‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 62 sur 167 · I. Liv. i, ch lo · texte numérisé non relu

I. Liv. i, ch lo

DE J. mj CLERCQ. ct

tioence des pelits-maitres. Il avait du moins alors sa source dans une sorte de fierté guerrière qui élevait Tame , si elle n'ornait point l'esprit. Tout, chez les nobles, était dirigé vers le métier d«s armes et les pratiques religieuses, plutôt que la religion. On voit par Olivier de la Marche quelle fut la nourriture du comte de Charrollois, et quelle était celle des princes, quand on se piquait de la soigner. « Il ne juroit Dieu ne nuls saints ; il avoit » Dieu en grande cremeur et révérence. Il appre- » noit à Tescole moult bien et retenoit ; et s'appli- » qnoit à lire et faire lire devant lui , du commen- » cernent , les joyeux contes et faits de Lancelot » et de Gauvain; et retenoit ce qu'il avoit ouy mieux » qu'autre de son âge et de sa nature; désiroit la » mer et les bateaux sur toutes riens. Son passe- » temps estoit de voler à esmérillons ; et chassoit » moult volontiers, quand il en pouvoit avoir le » congé.. Il i)uoit aux échecs mieux qu'autre de » son temps ' . Il tiroit de l'arc, et plus fort que nul » de ceux qui estoient nourris avec lui. Il jouoit » aux barres à la façon de Picardie , et escouoit les » autres par terre, et loin de lui ^ etc. » La Marche

I . Sandems cite en MS le livre de la Moralité' des nobles hommes sur le jeu des échez. Bibl. MS. P. IT, p. 4? ^^ ^^J» Le jeu des échez moralisé, Ib. , p. 9, u. 4^5, etc.

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cvj DES MÉMOIRES

ajoute ailleurs : « Au regard de danses et de mom- » meries S' combien que, de sa complexion, il » n'estôit point adonné à telles oisivetés , toutesfois » tenoit compaignie aux grands et petits, à ce » qu'ils vouloient faire, et dansoit très bien. Il ap* » prit Tart dé musique si perfectement, qu'il met- » toit sus chansons et motets, et avoit l'art perfec- » tement en soi. Toujours continuoit le service de » Dieu , et jeûnoTt tous jeûnes commandés pour le » moins. Jamais ne se fcoucboit qu'il ne fist lire » deux heures devant lui; et lisoit souvent devant » lui le seigneur d'Hymbercourt , qui moult bien » lisoit et retenoit ; et faisoit lors lire des hautes » histoires de Rome : et prenoit moult grand plai- » sir es faicts des Romains ^ » Cette éducation , il faut en convenir ,' ne ressemble point à celle que blâme Commines. Déjà dans les jeux de l'enfance percent ce besoin d'activité , cette fougueVt cette audace qui , plus tard , précipitèren^harles dans d'imprudentes entreprises, et la grandeur de Rome, quoique travestie par les interprètes de l'antiquité , qui ne tenoient point compte du costume, remplit sa jeune tête de fumées amWtieuses.

Le fils d'un Germain ne paraissait point dans l'assemblée des braves, avant d'avoir reçu le bouclier

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