‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 70 sur 107 · CHAPITRE CCXLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXLIV

Comment il s'émut grand discord entre le duc de Brabant et la duchesse sa femme , laquelle se départit de lui et s'en alla par Calais en Angleterre,

En ces mêmes temps fut moult grand discord entre le duc Jean de Brabanle d'un part , et la duchesse Jacqueline sa fenftae d'autre; et tant, qu'icelle duchesse se départit de l'hôtel de sondit mari , pource principalement, comme il fut commune renommée, qu'elle le véoit de petit gouvernement, et aussi qu'il se laissait dominer et conduire par gens de

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trop petit état selon sa puissance et seigneurie. Pour lequel discord apaiser et remettre ensemble, s'en entremit et travailla par plusieurs fois le duc Philippe de Bourgogne, auquel les deux dessusdits étoient germains. Et pareillement y travailla par moult de fois la comtesse de Hainaut, mère de ladite duchesse; maisfinablementoncquesne purent tant faire ni travailler vers elle, qu'elle y voulsît retourner ; ainçois (ainsi ) se conclu et délibéra du tout en elle-même, qu'elle trouverait les manières que la dé par lie seroit faite d'elle et de son mari , et qu'elle en pût avoir un autre qui gouvernât sa personne et sa seigneurie, ainsi qu'il appartenoità elle. Et pour lors étoiten fleur de son âge, belle et bien formée, ornée de bon entendement autant que nulle autre dame pou voit être ; et si véoit son temps passer , et sa jeunesse en grand' déplaisance, sans recouvrer. Et sur ce propos retourna en son hôtel , et avec ladite comtesse de Hainaut , sa mère , qui en partie l'a voit mariée audit duc de Brabant contre sa volonté. Auquel hôtel elle fut certaine espace, et après vinrent ensemble en la ville de Valenciennes. Auquel lieu icelle duchesse prit congé à sa mère dessusdite d'aller jouer en sa ville de Bohain; mais quand elle j fut , se partit le lendemain assez matin , et trouva sur les ch a m plie seigneur d'Escaillon , natif de Hainaut , Anglois en cœur de toute ancienneté, avec lequel avoit eu grand conseil par avant audit lieu de Valenciennes ; et loi avoit promis d'aller avec elle en Angleterre dever*

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le roi Henri , afin que de lui elle eût aide pour faire la départie dessusdite , c'est à savoir de son mari et d'elle. Et pour tant, après qu'elle eut trouvé ledit seigneur d'Escaillon , comme dit est, qui avoit environ soixante combattants avec lui, &e mit en chemin en sa compagnie pour aller droit vers Calais; et chevauchèrent cette première journée jusques à Houdain , assez près de Saint-Pol ; et puis tira jusques à Calais , où elle fut par aucune espace; et puis passa en Angleterre, et alla devers le roi , lequel sans faille la reçut et traita honorablement; et avec ce lui promit de l'aider en toutes ses affaires généralement.

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