‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 13 sur 103 · CHAPITRE CXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXIV

Comment le duc de Bretagne vint à Paris ; du conseil que le duc de Bourgogne tint à Lille ; du fait du comte de Saint-Pol , et d'autres diverses besognes qui lors se firent.

Eir ce temps vint à Paris Jean, duc de Bretagne, gendre du roi , et son frère le comte de Richemont. Si y vinrent aussi le duc d'Evreux' et le comte de Rostellant, anglois , pour traiter le mariage du

^M^I^^W^— I^M^— ^^H— — ^— ^B^i— 1—^^^— IM^^M— M^— ^»^— — — — — 'Il ■■■■■ llim^ «^M. ^M^^— — ■ !■ I ■ ■ Il ^1— ^^^1^^^^

I . Il n'existe auca n titre semblable en Angleterre, peut-être s'agit- il du duc d'York dont le nom latin est DuxEborum*

tï4iS) DE MONSTRELET. 83

roi d'Angleterre , et de Catherine , 6IIe du roi de France , afin d'empêcher l'alliance que vouloit faire le duc de Bourgogne, de sa fille et du roi d'Angleterre. Lesquels ambassadeurs , après ce qu'ils eurent fait et montré au roi et à son conseil ce pourquoi ils étoient venus, s'en retournèrent en Anp-leterre. Et entre temps le duc de Bourgogne tint ^Tand conseil à Lille en Flandre , ôû étoient les Gantois, ceux de Bruges , d'Ypres, et desquatre métiers , et moult de nohles, entre lesquels étoitWaleran, comte de Saint-Pol , connétable de France ^ lequel venoit de Boulogne et Lolinghen , de traiter avec les Anglois , c'est à savoir le comte Warwick , l'évêque de Saint-David et aucuns autres , poiir les trêves d'entre les deux rois avoir ; lesquelles furent octroyées jnsquesà la fête saint Jean- Baptiste ensuivant.

]^t là , reçut lettres leclft connétable dq roi , par lesquelles lui mandoit qu'il allât à Paris rendre l'épée de la connétablie. Lequel voyant Cfs , et qu'on le vouloit déposer dudit office , s'en conseilla audit duc de Bourgogne ; et eut conseil , c'est à savoir , de non rendre ladite épiée. Il se départit de là , et s'en alla à Sainl-Pol en Ternois , en son châtel , où étoit sa femrne , et de là s'en alla à Amiens , où il fut par l'espace de quatre jours ; duquel lieu il envoya ambassadeurs à Paris , devers le roi , c'est à savoir son neveu le comte de Çlonversan , et le vidamje d'Amiens, avec lesquels alla maître Robertle-Jeune, avQcat à Amiens , pour proposer devant

84 CHRONIQUES d' ENGD ER RANI> (»4i37

le roi la légation, El pour ce , eux là venus , et en proposant par ledit maître Robert-le-Jeune les paroles et charges de leurdite légation , pour la partie dudit connétable ^ comte de Saint-Pol y en pleir> conseil , auquel étoit le roi présent , avec le chancelier et autres conseillers , dit qu'oncques son seigneur et son maître ne fut en ce royaume partial y ni a voit tenu bande y ni aussi n'a voit aucunes villes , châteaux 9 et forteresses , contre le roi , assailli ni occupé 9 comme avoient fait plusieurs autres.

Après lesquelles choses ainsi dites , lui fut requis qu'il se fit avouer sur les paroles comme avoient fait aucuns qui avoient proposé en cas pareil et autres ; lequel ne fut point avoué desdits ambassadeurs. Et pour ce fut tantôt mené en Châlelet , où il fut deux jours y et à grand' peine , à la prière du duc de Bar, serourge (beau- frère) dudit comte de Saint-Pol , fut délivré. Et le samedi ensuivant , le lendemain du jour, monseigneur Sain t-Mor ledit connétable de Saint-Pol se partit d'Amiens , et s'en retourna en sa comté, triste et pensif.

Et après , derechef, furent envoyés autres mandements royaux , par toutes les parties du royaume de France , à être publiés es lieux accoutumés. Lesquels commandements contenoient les desrois (désordres) naguères faits en la ville de Paris par les Parisiens , à la déplaisance de la reine et du duc d'Aquitaine; desquels mandements je me tais, car la substance et les faits énormes des dessusdits

(i4i3) DE momstublet. 85

Parisiens ont élé par ci-devant suffisamment déclarés.

Après lesquels mandements envoyés y le duc -d'Orléans , selon les convenances de la paix , demanda au roi qu'il (jt rendre ses deux châteaux ; c'est à savoir le château de Coucj et le château de Pierrefons, lesquels le comte de Saint-Pol , connétable, ne lui avoit voulu rendre. Si lui fut sa requête accordée ; et fut ordonné raessire Gasselint-du- Bois , bailli de Sens , pour aller recevoir l'obéissance de par le roi; et par ainsi furent restitués audit duc d'Orléans.

Et outre, le samedi ensuivant » vint à Paris le comte d'Armagnac, et Clignet de Brabant, chevaliers, à très grand'compagnie de gens d'armes. Lesquels comte d'Armagnac , et aussi pareillement Clignet de Brabant et leurs gens , furent moult honorablement reçus par le roi et à grand* joie , et aussi de par tous les autres seigneurs et barons.

Et alors tous ceux , ou au moins la plus grand' partie de ceux qui avoient tenu la partie des Or* léanois , s'en vinrent audit lieu de Paris. Et si se conduisoient toutes les besognes et affaires du rojaume par leur moyen , et du tout à leur plaisir; car le roi et aussi le duc d'Aquitaine étoient pour ce temps conduits et gouvernés par eux. Et quant à ceux de la partie du duc de Bourgogne y ils étoient tous boutés arrière , et n'avoien.t quelque audience que ce fût ; tant et tellement qu'il falloit que les ilessusdils , qui étoient demeurés dedans la ville

85 GHAOIflQUBS D*EN6U£RRA]ND (i4i^}

baissassent les têtes , et ouïssent plusieurs paroles qui pas ne leur étoient plaisantes ni agréables.

Page 1