‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 14 sur 103 · CHAPITRE CXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXV

Comment le duc dé Bourgogne fît plusieurs assemblées pour avoir avis sur ses affaires , doutant que ses adversaires ne tournassent le roi contre lui ^ si comme ils firent depuis.

Èn ce temps le duc de Bourgogne se tenoit en la ville de Lille en Flandre , auquel lieu il assembla plusieurs grands seigneurs , pour avoir avis et conseil sur ses affaires avec eux ; car chacun jour, ou au moins très souvent , lui venoient nouvelles de la ville de Paris. Et aussi il sut comment ceux qui avoient été ses adversaires gouvernoient le roi et le duc d'Aquitaine , et tendoient à éloigner lui et les siens de leur grâce et bienveillance. Si avoit icelui duc de Bourgogne sur ce plusieurs imaginations , desquelles bien doutoit que la fin ne tendît à ce que depuis en advint ; c*est à savoir qu'ils ne tournassent le roi et le duc d'Aquitaine du tout contre lui, pour en conclusion lui faire la guerre. Néanmoins , il étoit assez réconforté d'attendre toutes aventures qui advenir lui pou voient.

Et adpnc vinrent devers lui , d'Angleterre , le comle de Warwick , l'évêque de Saint-David , et aucuns autres , pour traiter le mariage du roi d'An-

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gleterre , et delà fille d'icelui duc. Nonobstant qu'il y eût autre ambassade devers le roi de France pour pareille matière , toutefois ils ne purent être d'accord , et par ainsi s'en retournèrent lesdits ambassadeurs. Et a*près ces besognes , le quatrième jour d'octobre , les seigneurs d'Offemont et de Morj vinrent à Saint-Pol en Ternois, de par le roi, devers le comte de Saint-Pol , pour cause qu'il rendît ou envoyât l'épée de connétable de France ; mais il répondit que , de son gré , et sans le conseil de ses amis , il ne la rendroit ; mais en conseil avec eux , il répondroit dedans bref terme, tellement que le roi seroit content de lui. Laquelle réponse ouïe par iceux seigneurs , après qu'icelui connétable les eut très honorablement festoyés , revinrent à Paris , et racontèrent au roi , en la présence de son conseil , l'état de leur ambassade y dont on ne fut pas bien content.

Et ce même jour fut fait un édit royal , contre ceux qui ne se confioient pas bien en la paix , lesquels sèment paroles au contraire mal sonnantes, et qui ne se peuvent ou veulent abstenir d'appeler et surnommer l'un l'autre par paroles et surnoms sonnant division , pour mettre et émouvoir gens à commotion et à discorde et rumeur , et engendrer nouveaux débats; duquel édil , pour divulguer par tout le royaume de France , la teneur s'ensuit.

« Charles , par la grâce de Dieu , roi de France , au bailli d'Âmrieas ou à son lieutenant ^ salut.

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» Il est venu à notre connoissance que jà-soit-ce que par grand' et mûre délibération de conseil, et à la prosécution et diligence de ceux de notre sang, ^t autres prud'hommes de notre royaume, nous, par. la grâce de Dieu, naguères eussions mis bonne paix et accord entre aucuns de notre sang et autres sujets , sur aucuns discords et débats qui étoient et ont été par très long temps entre aucuns d'iceux; et sur ce eussions premier fait voir les traités et points , et diligemment visiter età grand^et mûre délibération , tant de ceux de notre sang et grand conseil , si comme prélats , barons , chevaliers de nos cours de parlement , des comptes et autres nos gens et officiers , comme ceux de notre conciergerie, et de notre très amée fille l'université de Paris , et des collèges , du clergé , des bourgeois de notre bonne ville de Paris,qui tous d'une volonté ont eu lesdites choses pour agréables , et ont été moult liés et joyeux , et nous 6nt supplié qu'icelle nous veuillons parfaireet mettre abonne fin, comme Dieu merci nous avons fait ; et pour la plus grand^ sûreté et perpétuité d'icelle, nos très chers et trèsamés premier fils, neveux, oncle, et cousins, c'est à savoir Louis, duc d'Aquitaine, dauphin de Vienne, les ducs de Berri, de Bourgogne, d'Orléans, de Bretagne , de Bourbon et de Bar , les comtes d'Aïlençon , Vertus , Richemont , Eu , Vendôme , et plusieurs autres de notredit sang, eussent promis et juré en notre présence, en parole de fils de roi et de prince, sur le fût (bois) de la vraie croix,

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sur les saintes évangiles de Dieu , pour ce corporellemenlpareux touchés, et loulquant que ils peuvent méfaire devers nous , et qu'ils aimoient leur honneur et état y qu'ils sont et seront de ci en avant toujours bons et vrais parents et amis ensentible; et qu'il est et sera y qu'il j a et aura , en tant qu'à eux touche et pourra toucher y sans aucune fraude ou mal engin y bonne paix y amour et union entre «ux y dont ils ont promis à nous bailler leurs lettres patentes; et semblablement ont promis et juré ceux de notre sang et conseil y prélats y barons y et autres princes el conseillers , et plusieurs des gens et serviteurs de nosdits fils, oncle, neveux,

cousins, et aussi plusieurs , tant de notre cour de parlement et chambre des comptes , comme de notredite ville et université , des collèges, du clergé et autres bourgeois et habitants de nolredite ville de Paris , étant en notre présence en grand nombre , sur la foi , loyauté et service qu'ils nous doivent et autrement, comme dessus , qu'ils entretiendront et garderont , chacun endroit lui , ladite paix et union entre ceux de notre sang , et chacun sans venir encontre en quelque manière ; et qu'ils empêcheront de tout leur [loyal pouvoir , que aucune chose ne sera faite au contraire en quelque manière, si comme en nos autres lettres patentes sur ce faites est plus pleinement contenu. » Néanmoins , plusieurs étants en votre bailliage pleins de mal courage, doutants que pour occasion des débats et divisions devant dites, on ne

procèderoit contre eux à aucunes punition , ou a eux donner empêchement en corps ou en biens , ou autrement, et non confiants de ladite paix sèment paroles plusieurs à icelle contraires, sonnants et induisants à murmuration ; et de leur mauvaise volojité ne veulent, ni peuvent abstenir d'appeler et surnommer Tun l'autre par surnoms dénotants division devant dite, abolie par ladite paix ; de proférer ou de faire proférer aucunes choses à commouvoir et promouvoir gens à dissension , discordet rumeur, et pour engendrer nouveaux débals , dont il nous déplaît grandement, et non pas sans cause.

» Et pour ce, nous, qui ladite paix voulons être tenue ferme , et telle est notre volonté et intention, afin d'ôter fîntièrement et de tout notre pouvoir faire cesser toute matière de division et de voies de fait, et de guerre en notre royaume, et que chacun puisse désormais vivre en bonne paix et tranquillité; vous mandons, commandons et étroitement enjoignons, et si métier est, admettons par ces présentes , que tantôt et sans délai vous publiez et proclamiez solennellement à son de trompe en votre baillage par sièges et auditoires , villes et lieuxoùseseulent(ontcoutunje)faireproclamations et publications notables, et ailleurs où métier sera es ressorts et mettes d'icelui, notre intention, propos et volonté être telle, et icelle tenir et faire tenir , et sans rompre et enfreindre; mais tenir perpétuellement ledit traité et bonne paix , et icelle

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maintenir et garder , ainsi comme elle a élé jurée el affirmée en notre présence , comme dit est , en tous points et termes, sans Tenfreindre en aucune manière, ni souffrir être enfreinte par quelque personne; en faisant exprès commandement, et défense de par nous, sur peine de confiscation de corps et de biens , qu'il ne soit aucun , de quelconque état, autorité ou condition qu'il soit , qui fasse proférer ou semer paroles autrement dénotants divisions, et contraires à ladite paix , ni qui puisse gens induire à venir contre icelle et violer ou empêcher. Et de tous ceux que vous trouverez faisants , parlants , murmurants au contraire , de quoi nous voulons par vous ou vos commis être faite inquisition diligente, vous fassiez ou faites faire juste punition , toutes excusations cessants, par si et telle manière que ce soit exemple à tous autres , et que par vous ou votre négligence ou coulpe n'y ait aucun défaut. Et les biens desdits coupables et murmurants , meubles et non meubles quelconques , prenez ou faites prendre , et mettre en notre main aux dépens de la chose, par personne ou personnes suffisantes et notables qui de ce puissent et sachent rendre bon compte et reliquat, où et quand métier sera. Et de ce faire vous donnons nous , et aussi à vos commis et députés en celte partie» pleine puissance, nonobstant quelconques lettres , mandements , ordonnance , défenses , oppositions ou appellations à ce contraires.

92 GHaONiQUES d' £N6U BRaAND (i4>3)

» Donné à Paris le sixième jour d'octobre mille quatre cent treize , et de notre règne le trente-troisième. Ainsi signées par le roi et son grand conseil , où étoit le roide Sicile, messeigneurs les ducs de Berri , Orléans, Bourbon , les comtes delà Marche, d*Alençon, d'Eu, de Vendôme, d'Armagnac, le connétable, le comte de Tancarville, legrand maître d'hôtel et le maître des arbalétriers , l'amiral , les chanceliers d'Aquitaine et d'Orléans , les seigneurs d'Offemont , de Torcj , de Raide , de Bossa j , de Bauquille , l'Hermite de la Fayette , et plusieurs autres. P. Navehon. »

Et puis furent publiées à Amiens , et au bailliage le troisième jour de novembre audit an.

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