‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 15 sur 103 · CHAPITRE CXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXVI

Comment Louis , duc deBaTiére, se maria à Paris; et de ceui. qui furent bannis pour le discord^des ducs d'Orléans et de Bretagne ; et de plusieurs autres matières ensuivants.

*En ces propres jours , Louis , duc de Bavière , frère de la reine de France, épousa en l'hôtel de Saint-Pol, la veuve de messire Pierre de Navarre, jadis comte de Mortaigne; Auxquelles noces en ce même jour lé roi en personne jouta , et plusieurs autres de ses princes, et y fut faite très

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grand' fête. Et le lendemain messire Robinet de Mailly, messire Hélyon de Jaçqiieville , les Goys, c'est à savoir le père et le fils , maîlre Jean de Troyes, Denisot de Chaumont, Caboche et plusieurs autres dont dessus est faite mention , par procès fait en parlement contre eux , furent bannis à toujours du royaume de France, Et bref ensuivant, en allèrent les nouvelles au duc de Bourgogne, qui etoit à Sain t-0 mer , et là avoit assemblé les nobles du pays d'Artois pour avoir une taille , qui accordée lui fut, pareille à celle que le roi levoit annuellement, qui dudit bannissement ne fut pas bien content ; car avec lui étoient la plus grand' par lie de ceux qui av oient été bannis. Lesquels chacun jour l'exciloient de retourner à puissance dedans Paris, disants qu'ilsétoient tous acertenés (assurés) que s'il y vouloit aller, les Parisiens seroient pour lui, et chasseroient ses adversaires hors. Néanmoins le duc n'avoit pas conseil de ses principaux conseillers d'y aller par telle manière. Auquel temps s'émut dissension entre les <Jucs d'Orléans et de Bretagne, pour savoir lequel devoit aller devant en tous honneurs; tant que ce vint à la connoiSvSance du roi, lequel jugea pour le duc d'Orléans. Et pour ce se partit le duc deBretagne par mal-talent (mécontentement); et devant son parlement eut paroles avec son serourge (beau-frère) le duc d'Alençonj, et lui dit ledit comte, qu'il avoit au cœur un Lion aussi grand qu'un enfant d'un an ; donticelui duc fut très mal-

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content ; et par ainsi demeurèrent en haine Tun contre l'autre.

Esqiiels jours , le Borgne de la Heuse fnt de par le roi démis de la prévôté de Paris ; et en son lieju y fut constitué maître André Marchand , avocat en parlement, et Pierre Genson fut fait prévôt des marchands; et adonc furent licenciés de l'hôtel du roi par le duc d'Aquitaine, le grand maître d'hôtel, c'està savoir messireGuichart, Dauphin, leseigneur deRambures, maître des arbalétriers de France, et messire Antoine de Craon ; et leur fut dit qu'ils ne retournassent pas si le roi ne les mandoit.

Et pareillement furent chassés de Paris bien trois cents,quehommesquefemmes,pourcequ'ilsétoient favorables au duc de Bourgogne. Et le comte de Vendôme fut fait grand maître des arbalétriers; et plusieurs autres furent restitués en leurs offices.

Auquel temps les Bourguignons , environ seize cents chevaux^ mandés par le duc de Bourgogne , vinrent par Champagne en Cambrésis , et de là en Artois. Lequel duc éloit à Lille , avec lui le comte de Saint-Pol , qui se conseilla audit duc, à savoir s'il rendroit l'épée de connétable ou non ; mais il lui conseilla qu'il ne la rendît pas, et que sur ce il luiaideroit; et cela lui promit sansfaillir. Si envoya derechef ledit comte le vidame d'Amiens , pour cette cause . devers le roi et son conseil; lequel fit en ces jours un nouvel édit, afin que nul, de quelque état qu'il hU , ne se mit sus en armes » dont la teneur s'ensuit:

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w Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, au bailli d'Amiens , ou à son lieutenant , salut :

» G)nime par la grâce divine eussions fait paix entre aucuns de notre sang et lignage, lesquels ont eu ensemble aucunes divisions ou discords, par lesquels nous avons voulu que tous les gens d'armes de trait soient mis hors de notre rovaume , et que plus ne fussent sur le pays ri vivre ni à faire dommage à nos pays et sujets, comme ils ont fait au temps passé, laquelle chose nous a moult déplu ; Savoir faisons : que nous vouions notredite ordonnance et volonté tenir et garder , et obvier à ce qui pourroit être au contraire , et à l'oppression de nous et de nos sujets, sur ce qu'ils puissent vivre sous nous en paix et tranquillité. Et pour autres plus grands causes et considérations^ qui à ce nous meuvent, vous mandons et expressément commandons que vous fassiez proclamer et publier par tous les lieux de votre bailliage là ou on a accoutumé de faire publications , et ailleurs où .métier sera , à son de trompe , et ainfi qu'il appartiendra en tel cas être fait et accoutumé, afin qu'aucun chevalier, noble écuyer, de quelque état qu'il soit, ne se mette en armes, ou voise (aille)àquelque mandement de quelque seigneur qu'il soit , pour aller ne faire guerre, ou autrement en quelque pays, ou s'eflPorce de mener , sur peine de forfaire corps et biens, sans notre exprèscommandement ; et tous ceux que vous trouverez faisants au contraire, punissez 011 faites punir tellement que ce soit

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exemple aux autres , en mettant réellement et de fait tous leurs biens meubles et héritages en notre main, pour cause d'avoir commis inobédience et déloyauté envers nous qui sommes leur souverain seigneur, sans autre mandement avoir de nous, et gardez que par vous n'y ait aucun défaut.

» Donnéau boisde Vincennes, le vingt-deuxième jour d'octobre, Tan de grâce mille quatrejcent treize, et de notre règne le Irente-troisième.

» Ainsi signées par le roi en son grand conseil , où étoit le seigneur de Préaux , le comte deTancarville , les seigneurs de Montenai , et de Cambrillac, Pierre de l'Éclut , et plusieurs autres. »

Lequel édit fut publié à Amiens le douzième jour de novembreensuivant . Etle dimanchedevant la fêle de la Toussaint, leducde Bourgogne tint grand* fête à Lille ; et le lundi et mardi joutèrent chevaliers et -écuyers, c'est à savoir ledit duc son fils , comte de Gharrolois , le duc de Brabant , et le comte de Nevers ses frères. Après laquelle fête, et eux départis en peu de temps après la fête de la Toussaint , vinrent à Lille les ambassadeurs du roi, c'est à savoir le seigneur de Dampierre , amiral de France , l'évêque d'Evreux , et aucuns autres de par le roi , et lui commandèrent, par vertu de lettres royaux, que , sur peine de toute confiscation , ne fît aucun pacte ou convenance au roi d'Angleterre sur le mariage de sa fille , ni autrement en quelque manière; et qu'il rendit au roi trois châteaux , lesquels il te-

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noil OU faisoii tenir par ses gens, cVst à savoir Cherbourg^ Caen et leCroloi^ et qu'il tienne la paix telle qu'il avoit autrefois sur sa foi promise et jurée loyauaient au duc d'Orléans et à ses frères, adhérents ^ alliés^ serviteurs et bienveillants; mais quand il eut ouï ledit mandement royal, tantôt , sans faire à eux qiielque réponse,. demanda ses houseaux ( bottes ) , si se fit houser (botter) , puis monta à cheval et s'en alla à Audenarde ; et ainsi lesdits ambassadeurs retournèrent parRolaincourt, unchâtel, qui é toit audit amiral, la vigile de la Saint-Martin , et de là s'en vinrent à Paris.

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