‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 62 sur 103 · CHAPITRE CXLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIX

Comment les chanoines de Saint- Gëry, à Cambrai , eurent grand discord aux habitants de la yille; et de la guerre que leur fit le duc de Bourgogne à cette cause.

En ce temps se mut une grand' dissension entre les bourgeois et habitants de la ville de Cambrai ^ d'une part, et les chanoines du chapitre Sain l-Gérj en Cambrai, d'autre part, pour tant que lesdits bourgeois et habitants , voyants la guerre de France approcher de leurdile ville , conclurent ensemble pour leur sûreté et garde d'icelle ville , de réparer et élargir les allées de leurs murailles par dedans leur ville. Pour quoi , tant de force comme autrement ^ firent démolir et abattre plusieurs murs des jardins des habitants à l'encontre de leurdite muraille. Et par espécial en firent plusieurs démolir entre les jardins desdits chanoines, entreprenant très largement sur les héritages d'iceux chanoines, sans pour ce les vouloir de rien récompenser. Et d'autre part , lesdits habitants voulurent défendre aux dessusdits à vendre vin à leur cellier, nonobstant qu'iceux chanoines long-temps paravant avoient vendu,etdeceéloienten bonne pi)ssession. Pour lesquelles offenses et oppressions lesdits chanoines , après ce qu'ils eurent plusieurs

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Ibis sommé lesdits bourgeois et habitants, voyant qne de ce ne leur seroit faile aucune raison , se retrahirent devers le duc Jean de Bourgogne et son conseil , eux très grièvement coniplaignant desdites oppressions h eux faites par iceux bourgeois et habitants. Lequel duc de Bourgogne , à causede sa comté deFlandre, est garde de tontes les églises de Cambrai , héritablement et à toujours , et pour ladite garde prend chacun an perdurablement certaine quantité de grains sur les terres et seigneuries desdiles églises au pays de Cambrésis ; et se nomme icelle seigneurie appartenant audit comte de Flandre, la Gavenne de Cambrésis. Lequel duc, de ce non content , envoya ses messagers solennels à Cambrai, devers lesdits bourgeois et habitants, eux signifier qu'ils réparassent les dommages et oppressions par eux faits aux dessusdits chanoines, lesquels étoient en sa garde ;ou si ce non il y pourvoiroit par telle manière que ce serait exemple à tous autres. Si n'eut pas sur ce réponse à son plaisir. Et pource qu'il étoit en son pays de Bourgogne , récrivit à Philippe , comte de Charrolois, son seul fils, lequel étoit en Flandre, que très instamment il gardât et préservât lesdits chanoines de Saint-Géry de toutes oppressions et violences, en contraignant les dessusdits bourgeois et habitants d'iceux réparer de leurs dommages et intérêls.

Lequel comte de Charrolois , sentant la volonté dudit duc de Bourgogne son père , fit sommer derechef iceux bourgeois et habitants, qu'ils rétablis-

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sent et dédomniageassent lesdessiisdits cbdnoines ; pourcequ'iceux ne luifirent pas derechef réponse q son plaisir,il fit savoir secrèlementauxditschanoines qu'ils vidassent la ville et s'en allassent à Lille, auquel lieu il leur bailleroil demeure suffisante. Lesquels, sachants l'inlention duditCharrolois ^nriirenl grand' partie de leurs biens àsauveté, et puis tout coyenient, sans être aperçus , se départirent , et allèrent la plus grand' partie demeurer à Lille. Et assez tôt après ledit cotnte de Cbarrolois fil défier ladite ville de Cambrai et habitants par Hector de Saveuse , lequel Hector assembla bien trois cents combattants. Etlejour de l'exaltation sainte croix , soudainement entrèrent en Cambrésis, et vinrent assez près des portes de la cité de Cambrai , pburce que le marché y étoit , en pillant , occiant et navrant plusieurs de ladite ville , et en faisant et perpétrant cruellement moult d'autres maux. Et tantôt après ledit Hector et ses gens, sans faire longue demeure , se départirent atout (avec) très grand' dépouille , et s'en allèrent loger vers Bray sur Somme» disants que ce avoient-ils fait au commandement do comte de Charrolois.

Pour laquelle envahie ( attaque) lesdits citoyens de Cambrai furent fort émerveillés et eurentgrand' doute ; pour quoi de plusen plusconçurentgrand' haine à l'encontre desdits chanoines , en eux préparant de garder leur ville , et prenant de jour en jour les biens desdits chanoines : c'est à savoir vins , blés , bois et autres manières de vivres. Ton-

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tefoisy après qu'iceiix citoyens eurent été courus plusieurs fois , et eu de grands dommages » considérants qu'au long aller ladite guerre étoit la destruction totale de leurdite cité, se retrahirent (retirèrent) devers le duc Guillaume, comte de Hainaut , qui étoit gardien , de par le roi de France , de ladite cité de Cambrai, auquel ils requirent qu'il voulsît traiter leur paix devers le comte de Charrolois, son neveu , et ils seroient prêts de faire toute raison auxdits chanoines, en eux réparant leurs pertes et intérêts. Pourquoi, tant par Je moyen dudit duc Guillaume comme par autres, la défense fut soumise sur clercs de droit; et en la conclusion furent lesdits citoyens condamnés à faire réédifîer tous les murs que avoient fait abattre aux jardins desdits chanoines ; et avecque ce s^obligèrent à payer chacun an perpétuellement auxdits chanoines, loo francs, mon noie royale, par condition qu'iceux chanoines ne pourroient vendre vin à leurs celliers ; et aussi lesdits citoyens pourroient racheter ladite somme de loo francs pour certaine quantité de monnoie, toutes et quantefois qu'ils auroient l'aisemenl et volonté de ce foire. Et pr ainsi , avecques aucunes au très conditions , furent icelles parties apaisées , et retournèrent lesdits chanoines à leur église.

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