‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 9 sur 103 · CHAPITRE CXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXIL

Comment les ambassadeurs du roi et autres princes retournèrent à Paris, et adonc y rallérent d'autres , qui traitèrent de rechef à Pontoise la quatrième paix.

Le mercredi douzième jour de juillet retournèrent à Paris les ambassadeurs du roi , des ducs d'Aquitaine , de Berri et de Bourgogne , qu'ils avoient envoyés devers les seigneurs dessusdits du sang du roi ; c'est à savoir Tévêque de Tournai , le grand*maitre de Rhodes, les seigneurs d'OfFemont, et de la Viefville , maître Pierre de Marigny , et aucuns autres; et rapportèrent leur ambassade. Laquelle rapportée, unpeude tempsaprès, par l'ordonnance du roi et de son conseil , les ducs de Berri et de Bourgogne , avec eux les ambassadeurs dessusdits, furent envoyés à Pontoise; et ]e roi de Sicile , les ducs d'Orléans et de Bourgogne , les comtes d'Alençon et d'Eu, vinrent à Vernon, et de là envoyèrent leurs ambassadeurs audit lieu de Pontoise, pour exposer auxdits de Berri et de Bourgogne , et aux autres du conseil du roi, et de la bonne ville de Paris étant avec eux , les causes de leurs com-

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plaintes^ et les périls et inconvénients de laguerre, lesquels à cette cause étoient en aventure d'avenir. En bref; l'un de leurs ambassadeurs^ en beau François^ haut et clair, et en beaux termes, moult bien exposa le tout^ dont en substance la teneur s'ensuit. « A expliquer la crédence à nous baillée de la partie de nosseigneurs , c'est à savoir du roi de Sicile , du duc d'Orléans , du duc de Bourbon , le comte d'Alençon et le comte d'Eu ; à vous, mes très redoutés seigneurs de Berri , de Bourgogne , et à messeigneurs du grand conseil du roi, et de monseigneur d'Aquitaine , qui êtes en leur compagnie , puisqu'il convient que je dise la parole pour le bien de la paix , confiant en icelui , qui est acteur de paix , et de la faveur et bonne volonté des écoulants, je prends un mot du psautier : Oculi mei semper ad Dominum t au trente- troisième psaume , qui vaut autant dire : Mes yeux sont toujour devers monseigneur. Par l'introduction du sage Platon, duquel j'ai pris mon thème, entre les autres notables dits envoyés à tous seigneurs et princes ayant prééminence au gouvernement , qui aux choses publiques sont préférés , ils doivent garder les commandements de leur seigneur. Premier , qu'en tout ce qu^ils feront ils aient regard à la chose publique, en délaissant et mettant derrière leur bien particulier et profit. Et selon que la chose publique , dont ils ont le gouvernement, représente un corps dont ils senties chefs , et les sujets sont les membres , en telle

matiière que si aucuns des membres sont blessés , qu'il en descende douleur au chef. Et pour venir à mon propos, je considère ce royaume de France chrétien être un corps , duquel notre souverain , seigneur le roi est le chef, et les sujets sont les membres. Mais en quel degré je mettrai messeigneurs du sang royal , qui nous ont ci envoyés , et vous aussi mes très redoutés seigneursàqui nous parlons , je ne sais, car nous n'avons point de chef, sinon notre roi, souverain seigneur et prince.

» Quant au chef, je ne vous compare pas; ni aussi aux membres, démontrant à vous garder votre prééminence. Mais il me semble que je vous puis et dois comparer aux membres particuliers decedit chef. Et pourtant qu'entre les autres membres du chef les yeux sont les plus notables et de plus grand' singulière et merveilleuse condition , je vous compare comme les yeux dudit chef, et pour trois choses très excellentes et très singulières, lesquelles trois choses il a entre les autres. Premier , car les yeux sont , et doivent être de leur nature en corps bien disposés de mesure , forme et de vue, figure, et sans quelque diflFérence, comme quand un œil regarde droit et l'autre de travers , ou que l'un fût clos et l'autre ouvert , tout le corps en est diffamé; et de ce prend-il nouvel nom, comme borgne ou louche.

» Et ainsi me semble que nosseigneurs qui nous ont ci envoyés à vous, et nos très redoutés seigneurs à qui nous parlons, supposé que

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VOUS soyez plusieurs en grand nombre , toutefois éles vous le regard sur tout le corps , et devez é(re tous d'une volonté , tendants à une bonne fin ; c*est à savoir Toeil d'entendement par claire connoissance, et l'œil d'effet par vraie amour, et sans différence. Ocuti sapientis in capite ejus. Secondement, les jeux sont à la plus haute et évidente partie de tout le corps ; et pourtant regardent, etfont regard sur tout le corps entièrement, comme dit le prophète Ezéchiel, au trente-troisième chapitre. Speculatorem dedi te domui Israël. Tout pareillement sont nosseigneurs du sang royal ; car pour la grand' et singulière affection qu'ils ont à leur maître et seigneur , et à toute sa domination et seigneurie , ils veillent continuellement sur la garde d'icelui. Tiercement , car pour la grand' noblesse de l'œil , qui est de la forme ronde , il a telle sensibilité de tous les membres de son corps, que tantôt qu'aucun membre est blessé ou grevé de douleur ou frappé , il en pleure comme dit le prophète Jérémie au dix^neuvième chapitre. Plorans plorabù, et educei oculus meus lachrymani y quia captus est grex DominL

» Et semblablement fait à ce propos , ce que récite Valère-le-Grand , en son huitième livre de Marins le tyran y lequel voyant la désolation de sa cité par son ennemi, laquelleil avoitpfise par force^ ne se put tenir de pleurer , ce que dcvroit faire un vrai œil. Certainement il doit pleurer la douleur des membres, comme fit duc Codrus d'Athènes, lequel,

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