CHAPITRE XLVIIL
De l'année que le dac de Bourgogne envoya en Gneldres , pour ayder le fils du duc de Gueldres, son nepveu, contre ledit duc de Goeldres, son père ^ et comment le comte d'Arminacq s'enâuit de Paris où il estoit prisonnier eslargi, et vint vers ledit duc de Bourgogne.
Le duc de Gueldres , qui avoit espousé la niepce du duc de Bourgogne , fille de sa sœur et du duc de Clefves, pour tant que , comme ci-dessus ai dit, ladite dame s'estoit partie de lui , et emmené son fils aisné avecq elle , et estoit venu dire la trahison que le duc de Gueldres , son mari , avoit voullu faire au duc de Bourgogne , et oncques puis ne s'estoit osé retraire vers le duc son mari , icellui son marine luisçavoit ne vouUoit donner quelque chose pour soi vivre ne entretenir son fils , ains leur tenoit le duc de Bourgogne leur estât à ses despens. Pourquoi, quant le duc de Bourgogne veit l'obsti-
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nation du duc de Gueldres, si feit assembler gens d'armes jusqu'à mille combattants , desquels estoit capitaine le bastard de Sainct-Pol , sieur de Hautbourdin, chevallier; et les envoya à l'aide du fils du duc de Gueldres^ lequel estoit entré en Gueldres, pour avoir provision de vivres , et avoit avecq lui plusieurs Gueldrois. Mais ^tost que le duc de Gueldres fust advetti des gens d'armes que le duc avoit envoyés et jà estoient près d'illecq, il feit traictié à son fils et à sa femme y et fust la paix faite ; et s'en retournèrent lesdits gens d'armes, et fust ladite paix faite environ la fin de septembre l'an dessusdit mil quatre cent cinquante-neuf.
Oudit an mil quatre cent cinquante- neuf , le comte d' Arminacq , lequel , par le commandement de Charles , roy de Franche, avoit esté prins par forche d'armes et mené prisonnier en la conciergerie de Paris, et feurent toutes ses terres mises en la main du i*6y, pour certaines causes que le roy feit proposer contre lui en parlement et contre son père dernier mort , contre lequel soii père il feit proposer crime de lèze-majesté , pourquoi il disoit ses terres et seigneuries estrç à lui confisquées, et pareillement fjeit proposer plusieurs crimes contre icellui comte , tant de lèze-majesté que autres, et avecq ce , que icellui comte avoit eu fea sœur en fornication, en laquelle il avoit engendré plusieurs enfants, puis la avoit prins en marriage contre raison ; après lesquelles propositions et conclusions criminelles prinses par le procureur du roy contre
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ledit comte , après qu'il euist eSté quelque temps prisomiier, durant lequel on lui faisoit son procès, fust eslargi de prison et pouvoit aller où bon lui sembloit^ à dix lieues autour de la ville dé Paris et non plus ; et lui avoit ordonné le roj pour tenir son estât dix milles couronnes d'or chacun an. Comme celui comte euist esté plus d'un an en cest estât, et sceut c[ue son procès estoit sur le point d'estre jugé , lui estant à Corbeil , se partist dudit lieu lui troisiesme , nng vallet, upg page et lui , sans plus, et passa la rivière d'Oise sur son cheval à nage, au plus près du bacq de Choisy ; et fust son page noyé au passer Teauwe ; mais lui et'son vallet passèrent outre ; et tant chemina que il arriva devers le duc de Bourgogne. Ilcuida parler à lui, mais le duc ne voeult parler, nesçai la chose pourquoi , sinon que son père avoit esté le plus enneilii mortel qu'il oit eu ; et à ceste cause fust son père le comte d'Erminacq tué en la ville dé Paris ^ par la commune de la ville ,• toutesfois le duc ne lui baillia nul empêchement ne feit bailler.
Quant ce veit le comte, si s'en alla vers monsieur le dauphin , et parla à lui au champ en allant à la chasse ; après se partit le comte ; si s'en alla à Louvain , puis se partist de Lou vain , et , comme on disoit, tira vers la cour de Rome pour avoir dispense au pape de avoir sa sœur en mariage ; aucuns autres disoient qu'il tira vers Espagne , où il avoit aucunes terres : ne sçai au vrai où il tira ne alla.
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En ce temps , les ambassadeurs que le duc de Bourgogne avoit envoyés à Mantua devers le pape, retournèrent à Bruxelles , et revindrent par plusieurs lieux et à plusieurs villes ; et y en oit plusieurs malades ; mais on disoit qu'ils y feirent bien peu^ Mais ce fust merveille dugrand honneur que le pape et ceux de la cour de Rome feirent au duc de Clefves , tant pour l'honneur de son oncle, le duc de Bourgogne, comme pour l'honneur de lui.
Charles, roy de France, y avoit aussi envoyémoult grosse et notable ambassade, laquelle aussi, comme on disoit , y fit bien peu.
Le duc de Milan alla à ladite journée de Mantua en moùlt grande compagnie; et estoit accompagnié de plus de trois cents hommes touts vestus de soye ; et y mena sa fille agiée de seize ans ou dixhuit , laquelle feit une proposition en latin devant le pape moult honorablement ; mais je ne puis scavoir sur quoi ne pourquoi, sinon que on me dit que le duc lui faisoit faire adfin que on perceupt et veit qu'icelle estoit clerges.se.