FIN DU TROISIÈME LITRE
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SUR LA PRISE T)E C(ȔSTANTINOPLE
PAR .LES ÏURCS.
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Cet événement, xpii produisit uae si grande sensation dans toute la chrétieBté , e^ raconté avec beaucoup d'inexactitude ^et d'ignorance par les chroniqueurs de Bourgogne , pays où on prenait le plus vif intérêt à la cause des Grecs. Ducas (c. 34«-42) , Phranza (1. in. c. -7.-20) , Chalcondyle (1. viii, p. 201-2 14) ont^ raconté cet événement avec de grands détails ^ur les soufirances et les efforts des Grecs. Je me propose de publier prochainement une traduction française et le texte gïec; des quatre livres dç.Phranza^.dont le récit est surtout prédeux pour ce qui concerne la conquête de la Moréè , à laquelle est consacré tout le quatrième livre omis dans la traduction latine.
Sir Charles Stuart, pendant qu'il était ambassadeur d'Angletéire à Pari^, a fait imprimer à une vingtaine d'exemplaires, et avec le plus grand luxe ( 1 vol. in-4.0, 1823), les relations latines de la prise de Constantinople par Léonard de Ghios (composé dans l'île de Chios, le 16 août i^6q,
MOHSTRELET. T» XIII* MÉM. DE J« DU GlBRCQ. 2 1
522 SUR LA I^HISE DE GONSTANTIBfOPLB.
soixante- dix-neuf jours après révénement ) et de Godefroy Lange ^ et y a joint la lettre du cardinal Isidore au pape Nicolas V, et les complaintes de Ducas sur la destruction de l'empire d'Orient. Spondanus a fait (A. D. i^6q. n^s 1-27) une revue succincte des divers matériaux relatifs à cette conquête , et des faits qu'ils présentent; et Gibbon Ta racoi\tée en détail dans son dernier volume.
Labibliothèque du roi possède deux hianuscrits en vers grecs, sur ce spjet; mais ce ne sont que des complaintes dans le genre de celles de Ducas, qui ne présentent aucuns faits nouveaux.
Les manuscrits français , supplément 621 et ancien fonds 9675' , conliennent une relation française qui paraît avoir servi de base à tout ce qu'a écrite non pas Mônstrelet, [comme ledit Gibbon , Monstrelet étant mort à cette époque , mais Jacques Du Qercq, quel^ libraire-éiliteur de Mônstrelet avait copié; J. DuClercq n'a fait que transcrire textueUemént la relation que je vai$ donner ici ; il eo a seulement supprimé quelques passages. J'y ajouterai, pour compléter ce morceaja, une relation publiée pft? M. Garcki de Tassy ^ dans le Journal asiatique > d'après les Annales de Tèmpire Otto* man de Saad-Eddin'Effendi.
DE Là PRINSE DE CONSTANTINOPLE.
Information ^efOfée par Fraacisoo de Trasne , 4 très révérend père en Dieu monsei^iiev le cardinal d'Avignon ^ et par Jehan BIsmchin et Jacques Tétardé, marchans florentins, de Fentreprinse de Constant!nople Êiicte par Fempereur turc» le dîz-neuviésme jour de mars Fan mil quatre cent cinquante-trois ,* à laquelle ledit Jacques estoit personnellement.
Le quatriesme jour d'avril, audit an, Je Turc courut auprès de Constantin ople ^ et le cinquiesme jour dudit mois, posa son siège sur la cité.
A udit siège avoit en tout deux cent millehommes, desquels npouvoit avoir environ soixante mille hommes de fait , dont trente à quarante ftiille chevaux. Et estoient anîiés les aucuns d'eux de hauberjons et faques ; et aucuns en y avoit armés à la guise de France, autres à la guise de Bugarie, autres en autres ftiéons; aucuns avoient chappeauxde fer. Et avoient aucuns arcs et cranequins ; les autres, gens de fait, pour la pluspart sans armes, excepté qu'ils avoieiit targettes etsaumetaires, qui est espée turque. Le surplus, outre les soixante mille, estoient robeurs, gasteurs, merr
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chaas^ artisans et autres suivans le siège pour gaingner.
Audit siège avoit plusieurs bombardes et très grand nombre de couleuvrines et autres instruments pour offendre et abattre les murs. Et entre les autres y avoit une grosse bombarde de métail, pesant mil neuf cents livres, toute d'une pièce, tirant pierres de onze espaos et quatre dois détour, et pesans mil quatre cents cinquante -ui;ie libres; laquelle bombarde tiroitchascun jour décent à six vingts cops ; et dura le siège cinquante-cinq jours; pourquoi sont en compte qu'ils employèrent chascun jour mil livres de poudre à bombardes. Ainsi à cinquante-cinq jours en despendirent cinquantecinq mil livres ; et si y avoit dix mil coulevrines.
L'armée des Turcs estoit, tant en mer, au port, que dehors, de seize à dix-huit galées, soixante ou soixante-dix galiotés de dix-huit à vingt livres , de seize à vingt barges , petites comme pour monter chevaux qu'ils appellent palendrines, et assez d'autres fortes.
Le siège posé par terre, Sangan-bassa > conseiller du Turc, et celui qui estoitle plus craint et qui a plus d'autorité entour lui , fîst porter de la mer par sur terre, l'espace de deux ou trois milles, de soixante-dix à quatre- vingt tant gajèes comme autres fusles armées jusques dedans le gouEFreMandraguin, qui est auprès , entre les deux cités , auxquels est le port de Constantinople, auquel port la navire du Turc ne povoit aucunement en-
trer pour mer , pour Tannée des chrétiens et pour un pont de barques que les chrétiens avoient fait sur l'entrée du port , pour aller de Constantinople à Péra, pour s'entre-secourir. De cette armée du Turc, fut capitaine Alintengoli " , lequel rompit quatre nefs genevoises, et lors le Turc le fit capitaine. Et ainsi fut fermé le siège par mer et par terre.
Constantinople est très forte, en figure triangulaire , et a seize milles de tour devers la tetre , cinq milles devers la mer, cinq devers le port, et le gouffre cinq. Les murs devers la terrfe sont très gros et hauts, et dessus y a barbacanes et machicolis , et en dehors faux murs et fossés ; et sont hauts les murs principaux de vingt à vingt-deux brassées , et larges en eaux en aucuns lieux, six brassées et en aucuns lieux huit brassées.- Les ftux murs au dehors ont le terrein haut de douze brassées; le mur dessus , haut de quatorze brassées , et gros de trois brassées. Les tassés sont larges dé vingt-six brassées , et parfonds dé dix brassées.
En icellé cité avoit en tout de trente à trentesix mille hommes armés, et de six à six vingt mille conibattants et non plus.
An port , pour défendre" la chaisne , y avoit de chrétiens, trente nefs, neuf galle es; c'est à savoir.
I. Le manuscrit 52 1, suppL, Tappelle Arbîtangoli, et le manuscrit 9675' Alintengoli.
deux «ubtiUes, trois marchandes vénitiennes, trois de l'empereur , et une de maistre Jehan Justinien , Genevois y et aux gages de l'empereur.
Cotislantinople doncques ainsi assiégée par mer et par terre , et ainsi fort battue dehors et dedans de bombardes et de trait , se defTendit cinquantequatre jours.
En ce temps, advint aucunes particularités, semblant aux chrétiens estre de léger bruslées les navires des Turcs ; le capitaine de la galée Traxérin, demoura sur une galée subtile avec certains autres à ce ordonnés ; mais leur galée fut eflPondrée d'une bombarde des Turcs. Les gens furent noyés, excepté aucuns qui furent pris par les Turcs; lesquels furent parle fondement affichez à pieux aigus devant ceux qui fesoient la garde sur la mer.
Du costé de laterre estoit Sagan-bassa, Albanois renié , qui , en son siège , avoit plusieurs hommes accoustumés de miner l'or et l'argent; et mina en douze lieux sur le mur de la ville pour le tailler; et conmiença ses mines bien loin du mur. Les chrétiens contreminèrent en escoutant , et les reboutèrent plusieurst et diverses fois, et estoufierept les Turcs en leurs mines par fumées , par pueurs, et les noyèrent par force d'eau , et aucunes fois main à main.
Ledit Sagan-bassa fit un chastel de bois , si haut ej si fort et si grand , qu'il seignorioit le jnur. Item, fit ung pont sur boisles , long de mille
brassées j large de sept brassées, pour passer la mer à travers le p«rt
Item^ fit pUi grandes esçbelU fesoient grands e de cà et de là : i de dedans, il ei
Au siège du T de Grèce et aul soient subjets au
contraints par lui de régnier la foi chrétienne, ains adorent à leur volonté.
Et oultrê , y avoit aucuns capitaines et aucuns puissants Turcs,qui, par despit de Sagân-bassà, qui trop les oppressoit, ad visèrent ceux dedans, par lettres qu'ils tiroient dedans la ville et par toute autre manière possible , de tout ce qui se fesoit au siège. Et entre autres choses furent les navires ad visés comment le Turc , avec les barons , princes , seigneurs et conseillers avoient tenu conseil quatre jours'continuéls; entre lesquels estoit un capitaine nommé Calli-bassa , qui y conàeilloit à leVer le siège en alléguant au Turc : t< Tu as fait ton devoir, tu leur M as donné quatre grandes batailles, et tant y a » de jours , où il est mort grande quantité de gens. » Tu vois la cité deffensable et imprenable en telle )) manière que tant plus de tes gens vont à l'assaut, » plus y en demeure.. Ceux qui ont esté sur le mur » ont été reboutés et tués , et tes antécesseurs ja- >» mais n'y vinrent ne n'y voldrent venir ; et t'est
» grant gloire et honneur d'avoir tant fait ; et te
» doit suffire sans vouloir détruire toutes tes gens.»
Et tant. fut dit que le Turc délibéroit de soi lever
et de s'en retirer , et de ficher aucunes coulomnes
, pour notifier à jamais qu'il avoit fait cecpie nuls de
ses antécesseurs n'avdient entrepris, etque plus nul
Turc ne se osasse approcher de Constantinople.
Sangan-bassa estoit d'opinion contraire et dîsoit au
Turc : (( Tu aa fait le plus fort ; tu as rué jus une
» grande partie du mur de la cité; nous en ruerons
» de l'autre. Donnons encore un aspre assaut, et se
» nous faillons, nous prendrons puis le parti qu'il
» te semblera bon. » Tant lui sceut dire , que le
Turc lui consentit ; et de tout ce furent bien ad-
visés et advertis ceux de dedans , et admonestés
qu'Us se feissent vaiUants deux ou trois jours , et
estoient surs xju'après ledit assaut s'en iroit le
Turc sans nul retour.
Le Turc doncques délibéra d'encores assaillir. Trois jours devant l'assaut, commanda solennel jeusne, en l'honneur du grand Dieu du ciel , lequel seul il adore. Jeusnèrent lui et les siens trois jours continuels , par ainsi que tout le jour ne maogeoient riens que de nuict ; firent infini luminaire de chandelles et de bois qui brusloit de soi-mesmes en mer^ et ensuite ardist avec grands sons de tabours et autres instruments; car de trompettes n'ont-ils que bien. peu.
Estants les choses en ces termes, et le Turc dé^ libéré d'assaillir et en intention de vaincre , et ceux
APPENIMCE. S 29
de dedans bien délibéré» de deffeadre, le Turc commença son assautbien lentement ; le tingt^huitiesme jour de mai au soir. Et avoit le Turc ■ ordonné ses gens en la manière qui s'ensuit.:
IVenûeï» : *-
Bilhardy , capitaine géi^ral du Turc , avoit vingt mille hommes à la porte de Pighy , où estoij; la grant bastille*
Calli-basa, conseiller du Turc, ami des direstiens , et Sagan-bassa aussi conseiller du Turc , avec aussi la tierce partie de ses geœ du siège , ^ind*rent à la porte de Sainct^Romain^ loing de Pfgtyj environ ung "mille.
Elbiliabet, capitaine-général d« Grèce, fust mis au costel de Saligaria , à Tendroit du palais de l'empereur, où estoienl la moindre part des navires, loing de Sainct-Romain, deux mflles.
Sagan-bassa, Albanois régnoyé", estoit outre l'eaue*, dewrs Péro, avec plusieurs chrestiems régniés y car , de cù pays , s'en regnient moult tous les jours
L'assaut commendiié , ceux de dedans se deflPendirent vaillamment à la porte de'Sainct-Romaifi, qui estoit lelieuleplus'légier à envahir à la muraille qui estoit la plu» foible , et jà en avoient abbattu partie par les jours passés. Là estoient les bombardes, qui bouttèrent jus une barbacane, et une partie du' mur du milieu, où il y avoit bien deux cents brassées. Là aussi estoient les coulevrines et du traict, tant qu'on ne véoit ^int le ciel.
33o APPtKDICË,
Toutes voies, ceux de dedans rebouchoient les trous du mur de l>oîstes de bois et de terre , et se deffendoient le mieux qu'ils poroient, - En ce Tien deffendoit messire Jehan Justinian , ùng Genevois qui estoit aux gages de l'empereur ; si'se portoit vaillamment; et ainsi toute la cité avoit grant espoir en lui ^ en sa vaillance.
En ce lieu*, pour faire son dernier effort, s'approcha ie Turc à deux banniëre», avec dix mille hommes , esleus pour la garde de sa personne , et aussi attires avec le diastel de bois, ponts, eschielles et autres instrunients j et ccHnmenchèrent à;^nplir les fossés , et à dresser ponts , eschielles et autres instruments, et monter sur le mur.
Là, fust messire Jehan Justinian Uessé d'une coulevrine , et s'en partist pour se faire médiciner; et bailla sa garde à deux gentilhommes Genevois.
tes Turcs montèrent sur le mur; les gens de la garde de dedans , voyahts les Turcs jà entrés sur le mur, et messire Jehan Justinian s'en aller, cuidant qu'il s^enfouist, habandonnèrènt leurs gardes et s'enfouirent. Et ainsi entrèrent lés Turcs dedans GonstaMinople, à l'ailbe du jour, le vingtneuviésme jour de mai , et mtsctants à Tespée , tout quant que ils trouvoient qui leurs est^t résistante
Péra n'^avoit encore eu nul assaut ; et estoient la plus grande partie des chrestiçns à deffendre. Ceux qui estoient à Péra , qui n'avÔient rien perdu de leurs biens , délibéroient.d'envoyer les clefs au
APPENDICE. dôl
Turcs, et se recommander à lui, et lui oflFrîr la cité , en laquelle avoit environ six mille hommes , et de ainsi attendre la miséricorde de Keu. Toutes voies, une grande partie des hommes et des femmes, montèrent sur une nef de Genevois pour s'en aller ensemble ; laquelle ûef fust ractainte des Turcs et prinsCé
L'empereur de Constantinople mourut, et aucuns dient qu'il oit la teste tranchée. Autres dient qu'il mourut à la porte , en la presse > en soi cuidant issir» L'un et l'autre peut bien estre vrai : c'est qu'il fust mort en la presse, et que puis les Turcs lui eussent coppée la teste.
Les grosses gallées de Roménie , du voyage de Traxerit, demourèrent là jusques à midi, attendants pour sauver aucuns chrestiens, dont il en est venu bien quatre cents; entre lesquels estoit lui estant sur le mur en sa garde , bien loing par où entrèrent les Turcs ^ sentist leur entrée bien deux heures après , il gagna la mer , et se despouilla, et noa (nagea) jusques aux gallées qui le receurent.
Le Turc et ses gens effondrèrent une nef genevoise de huit cents boistes, quatre-vingt et dix mille ducats , et prirent de treize à seize tiefves, trois d'environ six cents boistes chacune , et les autres sont de deux à trois cents boistes. Le Turc a de navires en tout deux cents soixante, tant de nefs comme de gallées , que galiotes , dont la pluspart est à faire pour des Turcs.
Se Tarmée ^e Venise que menoit messire Jehan Lauredan , fust arrivée à Constautinople, ung jour avant qu'elle fust prinse , certes ik n'avoient nul doute ; laquelle armée estoit de neuf gallées vénitiennes , et vingt nefves en tout ; mais ne vint pas à temps : seulement arriva à Nigrepont ladite navire , un jour après que lesdites gallées fuyantes y estoient arrivées.
On trouve par ceux qui ont conversé avec le Turc, et qui ont cogneu ses faits, ses conditions et sa puissance, qu'il estoit de l'âge de vingt-trois à vingt-quatre ans, cruel plus que Neyron, soi délictant en répandant sang humain , courageux et ardent seigneur, convoite triompher tout le monde , voire plus qu'Alexandre ne César , ne autres vaillants hommes qui ont esté ; et allègue qu'il a plus grande seignourie et puissance , que nul d'eux n'avoit. Et tous)ours fait lire l'histoire, demande où et comment , et tient que légier lui seroit à faire de Zara durant jusques à Venise , pour povoir passer là ses gens d'armes. Pareillement demande de Rome où elle est assise , et aussi du duc de Milan et de ses vaillances ; et d'autre chose ne parle fors que de guerre.
Dit qu'il veut faire son siège à Constantinople : car là il ■ veut et peut faire merveilleux navire. Ainsi estime-t-il qu'il ne sera ne en mer ne en terre , ne ainsi ne sera pays du monde qui ne lui porte les clefs sans l'attendre , considérant qu'il a prinse Constantinople, la plus forte ville de
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ITurope, et se forte que jamais on ne cuidoit, pour grande armée qu'elle fust , qu'on la deust soumettre , et considérant que lui et les siens sont hardis et ingénieux en armes ^ plus que autres ne se peuvent estimer de leur vie.
L'on estime que le bulin de Constantinople vaut au Turc quatre millions de ducats. La perte de Venise s'estime à cinquante mille ducats ; car en cestegallée, s'est sauvé environ vingt mille 4^cals; de Genevois, il a perte infinie; de Florentins, vingt mille ducats .
On estime que pour cest esté, le Turc ne fera nul autre grand fait d'armes ; mais entendra à ses faits pour entretenir Constantinople , sinon que aucun lieu , de voulenté et sans guerre se youlsist rendre* Ses gens voudront chacun retourner en sa maison pour recueillir leurs biens et eux reposer. Mais on peut tenir pour certain qu'il s'apprestera merveilleusement par mer et par terre , pour se mettre sus au temps nouvel. Mais se les chrestiens y pourvoient promptement , on tient seurement qu'on le chassera du pays; et acquestera-t-il tout le pays à tout jamais. Et les manières d'y pourvoir sont telles.
Premièrement , il faudroit faire paix entre les chrestiens.
Item j îaudroil que Içs Vénitiens, le duc de Milan , les Florentins , et; autres seigneurs d'itahe, feissent uiae armée de vingt mille chevaux, bien en point et bons capitaines ; laquelle fust conduite de-
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vers Prime, par Albanie, jusques aux frontières des chrestaens ; et là se posast en Heu habandant de vivres , là où ils seront ou seroient seurs , et augmenter d'Albanois, Sallonicquois, et autres nations chresliennes , qui voulentiers venroient pour defiSsndre la foi chrestienne.
Par mer , outre Tannée jà faite à icette , faudroit adjoindre une autre du roy d'Arragon, de Vénitiens, de Florentins, de Genevois, de corsaire, et autres gens cpii sont à la marine, qui souffiroit à vaincre celle du Turc , celle n*est plus grosse que celle de pied : laquelle armée s'en allast au port de Nigrepont , pour prendre Sarrapoli, et autres lieux, pour obvier au passage de l'estroit , que le Turc veut faire de Turquie , en Grèce et en tout.
Item, faudroitque l'empereur , les Hongres, les Bohesmes, les Poullains (l\>lonois) , et autres nations d'io^uypays , avec Jehan Waivoda, en ceste partie très redoubté,eux fissent une autre armée qui seroil en Grèce et AndronopoK et autres lieux occupés du Turc ; et faudroit tenir manière que toutes ces armées feussent toutes en un temps èsdits lieux , et eussent toutes intelligence l'une et l'autre. Si s'ensuivroit cest effet.
Le Turc, qui à ceste fois a fait tout son effort , n'a que deux cents mille hommes , tant bons que meschants, entre lesquels j a grande quantité de chrestiens et autres de ses subjects qui le suivent mal voulentiers ; lesquels sentants l'armée des
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chrestiens , abandonneroient le Turc et se joindroient aux chrestiens.
Item ^ le Turc , par nature et d'usage , n'attend point la guerre ne en ciié ne en cfaasteau ; mais se tient continuellement aux champs , lui , et toute sa force ,• par quoi se débilitera lui et les siens.
En outre , les chrestiens de Russie , et des autres pays , vendroient tous à l'armée des chrestiens.
En outre, le Haramen, qui est grand seigneur en Turquie , ennemi capital du Turc , s'il est advisé que chrestiens guerroient le Turc , oppressera grandement le Turc en Turquie, et lui fera guerre.
En Grèce, n'y aura paysan ne laboureur qui n'apporte vivres aux chrestiens. Les vivres faudront aux Turcs , en Grèce ; le pays de Turquie leur sera rompu par la mer : les chrestiens de Grèce voudront recouvrer à l'espée, leurs terres es lieux du Turc. Ainsi, mais que les armées s'approchent po à po l'une de l'autre , il n'est nulle doubte que brief le Turc et son exercite ne soit affamé et deffait. Mais si on n'y pourvue diligemment , et que on donne temps et loisir au Turc de soi mettre à poinct , par terre et par mer , il n'est nulle doubte qu'il ne fasse grande esclandre en chrestienneté, dont Dieu nous garde par sa bonté !