‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 118 sur 125 · I . Othon Chastelain ou Castellan était un Florentin qui · texte numérisé non relu

I . Othon Chastelain ou Castellan était un Florentin qui

ques Cœur, perdant toute espérance d'obtenir justice de pareils' juges, n'eut plus d'autre ressource que de s'avouer clerc , et d'appeler de la procédure de gens cpii étaient tous laïcs, et par conséquent incompétents ; car on voyait alors des gens mariés qui étaient clercs tonsurés ; et l'évêque de Poitiers avait réclamé comme tel Jacques Cœur, dans le temps qu'il était prisonnier à Lusignan , ville de son diocèse , comme fit aussi l'archevêque de Tours , pendant sa prison à Maillé et à Tours : mais les commissaires n'eurent pas plus d'égard à leur réquisitoire , dont ils ne firent aucune mention dans leur procès, qu'à l'appel de Jacques Cœur.

Comme il persistait toujours à soutenir son innocence , et qu'il oflFrait de s'en rapporter , sur certains chefs , à l'évêque d'Agde, au cardinal d'£touteville , et au roi lui-même , A qui ses juges n'avaient garde de s'adresser , ils lui proposèrent un délai de deux mois pour justifier de ses faits, à commencer au premier juillet i452 jusqu'au

avait fait fortune en France, où il s'était établi : il était en procès, en i44^j avec Marie d'Anjou, femme de Charles VII, et avait été feit trésorier de Toulouse dans le temps que Jacques Cœur était en faveur; mais ^rës sa disgrâce, il lui succéda dans sa place d'argentier du roi, dont il ne jouit pas long-temps : car ayant été accusé de quelques malversations, il fut arrêté prisonnier à Lyon, en 1455, par Jean de la Gardette , prévôt de l'hôtel du roi , ce prince étant alors dans cette ville.

premier septembre suivant. Ce fut Antenne de Chabannes , alors chef de la commission , qui, après plusieurs interrogatoires, lui annonça qu'on le lui accordait. Ce délai était une suite naturelle du voyage en Languedoc ordonné par les commissaires y pour recueillir toutes les pièces essentielles au procès. Mais les deux députés ne purent agir que quinze jours après le commencement du délai : car leurs lettres de commission ne sont datées , de MehuU'-sur-Yèvre , que du 17 juillet i452. Aussi Jacques Cœur, qui en sentait l'inulilité, ne Taccepta-t-il qu'en reipontrant combien ce temps était court pour tant d'opérations, puisqu'il s'agissait de rechercher dans les diflFérentes vi^es du Languedoc les ordres qu'il avait reçus du roi pour la levée des deniers, les quittances qui en justifiaient l'emploi , les lettres de ce prince par lesquelles il lui en accordait une partie , et enfin les permissions qu'il assurait avoir eues des papes Eugène IV et Nicolas V, pour les transports de quelques armures chez les Sarrazins; « lesquelles permissions, » disait-il , il faudra peut-être chercher dans lesre- » gistres de Rome , si elles ne se trouvaient pas à » Montpellier ou à Aigues-Mortes. » Elles ne s'y trouvèrent pas en effet , et l'on en prit droit de condamna Jacques Cœur sur cet article, qu'on regardait alors comme une chose importante. Il est cependant certain qu'elles existaient , puisqu'on les Ut parmi les pièces de son procès , avec les certi-' ficats qui en constatent l'authenticité.

Les commissaires, en lui annonçant ce délai, déclarèrent en même temps que le procès n'était pas en état d'être jugé; il y avait cependant onze mois que Jacques Cœur était en prison, et l'on avait entendu contre lui environ cent-cinquante témoins. Le délai étant expiré , sans que ses juges eussent de nouvelles lumières, et celui-ci étant suivi d'un autre aussi infructueux, on le transféra à Tours, où il fut enfermé dans le château; et le roi fit expédier, le i5 janvier i453, une nouvelle commission, adressée à Antoine d'Aubusson, Otto Chastellain, et à d'autres commissaires, « par la- » quelle leur fut donnée puissance de besogner » es procès encommencés, et d'interroger encore » Jacques Cœur, » qui, soutenant toujours qu'il était clerc , et refusant de s'en rapporter aux déportions de témoins qui étaient notoirement ses ennemis, et même en procès contre lui, lors de sa détention , obligea ses juges d'en venir à des voies plus violentes; car le 22 mars ils ordonnèrent qu'il serait mis à la question pour savoir la vérité des faits dont il était accusé.

En effet, le lendemain , veille du dimanche des Rameaux , il fut conduit devant ses commissaires , qui le firent dépouiller et lier. Ce fut en vain qu'il réclama sa cléricature, qu'il remontra qu'il avait été pris en habit et tonsure de clerc, et qu'il dit qu'il appelait de la question et procédure faite contre lui : quelques-uns des commissaires lui dirent que puisqu'il se mettoit en telles matières • la

question lui en serait plus dure. Alors, épouvanté par la crainte des tourments , il se désista de son appel , et se soumit à dire tout ce que Ton voudrait, et à s'en rapporter même à Michel et Isaac Teinturier, quoiqu'ils fussent y i^S2Î\t''ï!Lf ses haineucc. Ces deux hommes avaient été facteurs de Jacques Cœur, et patrons de ses galères : ils l'accusaient principalement de les avoir obligés de renvoyer à Alexandrie un esclave chrétien qui, ayant quitté son maître, était venu en France dans le vaisseau de Michel Teinturier, et qui , après son retour à Alexandrie , avait apostasie*

Jacques Cœur ne niait pas le fait ; mais il soutenait qu'il ne savait pas que Cet esclave fût chrétien; qu'au reste Michel Teinturier avait eu tort d'enlever et de prendre furtivement un esclave appartenant à un Sarrazin , contre les conventions faites avec le soudan d'Egypte, par lesquelles on avait expressément stipulé que les sujets de l'une et l'autre nation ne s'enlèveraient pas leurs serviteurs ; que les marchands avaient fait de grandes complaintes de cette prise, et que le grand-maître de Rhodes (c'était Jean de Lastic) lui en avait écrit, et lui mandait que c'était agir contre la sûreté donnée aux marchands français ; et qu'au premier voyage ses galères en seraient inquiétées , puisque dès lors les Sarrazins voulaient se- venger sur certains pièges pour marchandises qui étaient à Alexandrie. Sur cela, Jacques Cœur avait assemblé les négociants à Montpellier, pour savoir

ce qu'a y aurait à faire en cette Qccasion ; et il fut conclu qu'il fallait absolument renvoyer cet esclave à son maître.

Ce renvoi, qui moins un des p contre Jacques C de sa condamnai répondait, jetail quoiqu'ils lemen faire donner la < tifications.

Ce fut dans ce de Léodepard, sî d'ennuis de la j jours après , fut sa cinquième pri

Charles VII él mai 1455, ordor pièces du procès sence, et travail!

Le 26 de ce e ses vicaires gêné qu'on lui remît comme ' clerc s< » ne serait ne e

I. On apelait clercs solus, ocm-seulement ceUx qui n'avaient point été mariés, mais encore cevix qui, Tay^nt été, ne l'étaient plus par la mort de leur femme.

» quoi ledit évêque considérant Féglisè et la jtiris- » diction ecclesiastiqtie être grevées par ladite ré- » ponse et dénégation, en appela, et de ceux par » qui ou par Tautorite desquels elle avoit été faite » et donnée, à c*elui ou à ceux à qui ou auxquels de » drpit et de raison il devait etpouvait provoquer et » appeler, »-etil<lemanda acte de son appel, qui fut reçu^ non par le greffier de la commission, mais par Louis Piat , ïiotatre royal , qui s'était pour cela transporté dans l'hôtel épiscopal.

C'est une chose risLble que de voir avec quel scrupule lés commissaires interrogèrent les barbiers des différents lieux où Jacques Cœur avait été prisonnier, pour savoir si, en le rasant, ils lui avaient Tait la tonsure , et s'ils en avaient aperçu qtlelques^ vestiges ; eï enfin, quelle était la forme des habits qu'il portait quand il fut pris , tandis qu'ils refusaient d'admettre ses lettres de tonsyre , que l'aLreheyêque de Tours , l'évêque de Poitiers et Jean Cœur, archevêque de Bourges , offi:*aient de montrer* Ce dernier, voyant qu'il n'y avait point de justice à attendre pour son père , alla à sept heures du matin , la veille de la prononciation de Parrêt, accompagné d'un notaire, chez GeofFroi Gfrrin , -derc, garde du sceL royal établi aux Gontraux à Poitiers , pour y former un acte d'appel , où il exposa- que, « puis n'a guères il était venu à » sa notice^ cognoissance que certains haineux et » malveillants de Jacques Cuer son père s'eflFor- » caient de pourchasser plusieurs griefs, dom--

» mages 9 intérêts, troubles et empeschements à » sa délivrance, dont et desquels griefs par lui » dits et exposés, il a appelé et appelle ou il » pourra et devra, et de ce requiert instrument ou » lettres testimoniales, pour lui servir et valoir ce » que pourra , et devers qui il pourra. »

On sent assez , à la manière dont furent faits ces actes, que les tribunaux étaient fermés pour les complaignants, et que la voix de rinnocence opprimée ne pouvait parvenir aux oreilles du roi. La bonté naturelle de ce prince et son équité même semblaient concourir pour la condamnation de Jacques Cœur, avec l'injustice et la passion de ses juges. Lés rois se croient toujours obéis ; et Charles VII avait, dès le commencement de la procédure, recommandé aux commissaires d'agir en conscience et suivant les lois. Pouvait-il les soupçonner d'être infidèles , d'avoir changé ou altéré les confessions de Jacques Cœur, et d'avoit* soustrait beaucoup de choses qui servaient à sa justification , comme les en accusèrent ses enfants , et comme en convinrent quelques-uns des commissaires dans la suite.C'est ainsi que les plus grandes vertus des souverains deviennent inutiles , disons même nuisibles à leurs sujets , lorsque leur confiance tombe sur des ministres qui en abusent. . Le roi s'étant donc fait rendre compte des informations , interrogations et autres pièces concernant l'accusé , il ordonna au chancelier de France , Guillaume Jouvenel des Ursins, de prononcer l'ar-

Movsthelct. T. XI IL — Mén. de J. du Clbrcq. 2^

rét au château de Lusignan^ le 29 mai mil quatre ceat ciaquante-trois.

Par cet arrêt, qui e&t très long, et doot la plu* part des abrégés que oous en avons sont peu exacts, Jacques Cœur est déclaré atteint et conyaincu de concussion et d'exaction des finances, d'avoir pris, levé et retenu plusieurs grandes sommes de deniers, tant sur le roi qme sur ses pays et sujets, en grande désolation et destruction desdits pajs; d'avoir transporté de l'oï et de l'argent hors du royaume, et en particulier chez lesSarrazins, ennemis de la foi; d'avoir transgressé les ordonnances royaux ; et enfin, il est déclaré coupable du crime de lèse-majesté et autres crimes, pour lesquels il a encouru la peine de mort et la pecte de ses biens ; toutesfois , pour aucuns services par lui rendus au roi, et en contemplation et faveur du pape,, qui lui en avait fait requête , et pour autres , causes Sa Majesté lui remet la peine de mort, le prive et déclare inhabile à toujours de tous offices royaux et publics, le condamne à faire au roi amende hono~ rable, en la personne de son procureur, nu -tête , sajfô chaperon, tenant une torche du poids de dix livres ; à racheter des mains des Sarrazins l'enfant qu'il avaii renvoyé à Alexaadrie, si faire se peut , sinon à racheter en sa place un chrétien desdits Sarrazins, et à le faire amener à Montpellier; et en outre, condamne ledit Jacques Cœur, pour les sommes par lui retenues , en la somme de 100,000 écus, et en celle de 5oo,ooo écus en amende profitable au roi , et à tenir prison jusqu'à pleine sa-

^isfaction : au surplus^ déclare tous ses biens conr. fisqués; le bannit perpétuellement du royaume, réservé sur ce le bon plaisir du roi; et au regard de Toinpoisoûnement d'Agnès Sorel, ce prince déclare « pour ce que le procès n'est pas en état » de juger pour le présent , qu'il n'en fait aucun » jugement, et pour cause. »

Ce dernier article doit paraître d'autanrt plus extraordinaire, que Jeanne de Vendôme avait été condamnée comme calomniatrice , à faire réparation à Jacques Coeur , et à se tenir éloignée de dix lieues de tous les endroits où se trouveraient le roi et la reine, le roi lui remettant la peine de mort qu'elle avait encourue. Aussi les avocats du parlement de Paris , que les enfants de Jacques Cœur ^consultèrent sur la manière dont ils pourraient revenir contre son arrêt, j trouvèrent r- ils une ini-. quité manifeste, en ce qu'il paraissait par le procès, que la principale charge de l'emprisonnement était fondée sur les poisons dont l'accusé ne s'était point trouvé chargé, « mais au contraire avoit étéprou-^ » vée son innocence par la sentence donnée contre » Jeanne de Vendôme , demoiselle de Mortaigne. » Ainsi est bien clair , concluaient-ils , selon droit » en bonne justice et raison, que Jacques Cceur » de voit être absous de ladite charge. Toutefois, » par ladite sentence, apert que sur cela n« fut rien » délibéré, par les opinions, mais fut dit qu'op n'y » faisoit peint de jugement; en quoi semble ladite ,» s^nt^nce contenir iniquité manifeste. »

372 ÀPPENDI€E^

L'amende prononcée contre Jacques Gœur nous paraît exces3ive : car les 4oo,ooo écus feratent aujourd'hui^ de notre monnaie 4*228, 36o lirres. Mais quelque exorbitante que fût cette soiiMne, il était ea état de la payer j et il n'avait pas besoin pour y, satisfaire du secours de ses facteurs, comme quelques historiens l'ont avancé. L'on a déjà vu .que le roi s'était saisi de 100,000 écus dès le commencement de la procédure; et la vente de ses terres , au nombre de plus de quarante paroisses , et des maisons et meubles qu'il avait dans plusieurs provinces du royaume, était plus que suffisante pour payer les autres 3oo,ooo écus. Les auteurs qui ont parlé avec admiration de ses grands biens, ne les ont point exagérés : ils étaient si prodigieux, qu'on crut qu'il avait la pierre philosophale.

C'était^ si l'on en croit Borel , le fameux Raimond Lulle qui, ayant trouvé à Montpellier Jacques Cœur encore jeune, conçut de l'amitié pour lui, et lui communiqua le secret de faire de l'or ; mais tout le secret de Jacques Gœur consistait dans ses talents et son habileté pour le trafic. On n'est plus étonné de ses richesses immenses , lorsqu'on fait réflexion, qu'il avait en propre dix ou douze navires qui voyageaient continuellement pour son compteten Egypte et dans les Echelles du levant ; que depuis vingt ans il faisait lui seul plus de commerce .que tous les marchands de l'Europe ensemble. Aussi voit-on, par les pièces de son procès.

qu*il avait par là encouru la haine des Génois ^ des Vénitiens et de tous les Italiens, dotrt il avait ruiné le trafid. Je ne parle point des profits qu'il avait pu faire dans les charges de finance dont il avait été revêtu , ayant été successivement 'maître de& monnaies de Bourges et de Paris, et argentiet* du roi; charges dans lesquelles il soutint toujours qu'il s'était comporté en homme de bien.

Telle avait été la situation de Jacques Gœur, lors^ qu'il fut arrêté. Quoique sa condamnation ne lui eût point été signifiée dans sa prison de- Poitiers, le même jour qu'elle fut prononcée à Lusignan, cependant, le 2 juin suivant, Jean Dauvet s'était transporté à Poitiers par-devers Jacques Gçeur , en vertu des lettres du roi données à Lusignan le premier juin mil quatre cent cinquante-trois, pour lui faire com-n mandement de payer la somme de 4oo,oDo écus. IL. répondit: « qu'il lui étoil impossible de payer une^ » si grande somme, et que ses biens ri'étoientsuffi- » sants delà fournir à beaucoup près; qu'il devoit » 220,000 écus qu'il avoit empruntés pour les » affaires du roi ; c'est pourquoi il prioit le sieur* » Dâuvet et M. de Dam martin de rémontrer au roi V son pauvre fait , et lui supplier qu'il lui plaise » d'avoir pitié et compassion de lui et de ses pau- >x vres enfants ». Jacques Gœur , en s'exprimant ainsi, n'entpndait certainement parler que de l'argent comptant qu'il pouvait avoir actuellement : car ses biens valaifent plus que l'amende à laquelle il, avait été condamné, comme nous l'avons dit.

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^74 APPENDiCfe^.

Gnq jours après sa condamnation, les commis-»' saires^ le chancelier à leur têfce , se transportèrent à Poitiers pour la lui signifier. Le jour même de leur arrivée, qui était lequatre juin, Pierre de Chaumont^ abbé de Saint-Cjprien , et maître Jean Tripaùlt, vicaire-général et officiai, députés par l'évêqué de Poitiers, s'adressèrent à M. le chancelier et aux autres seigneurs du grand conseil du roi, assemblés au prétoire du palais, et requirent qu'on leur ternît la personne de Jacques Cœur conàme clerc soluy dont ils montrèrent les lettres de tonsure. Comme ils ne purent avoir réponse ce jour-là sur leur réquisitoire, ils revinrent le lendemain ; mais les huissiers leur ayant refusé l'entrée du prétoire par ordre des commissaires, quoique tout le monde y entrât librement , ils furent contraints de rester seuls dans la grande salle du palais , où deux des^ commissaires, Hugues de Couzai, lieutenant du sé-^ néchal de Poitou, et Hélie de Tourotte, lieutenant de Saintonge, accompagnés du greffier du grand conseil , leur vinrent demander ce qu'ils desiraient, et leur dirent que s'il s'agissait du réquisitoire qu'ils avaient présenté la veille , ils avaient ordre de leur signifier qu'ils n'entreraient point au conseil, ni ne parleraient à messeigneurs du conseil : à quoi les députés répliquèrent que le réquisitoire par eux fait était juste et raisonnable , puisqu'il s'agissait de rendre à l'église, comme sujet, Jacques Cœur, ^ pour être puni et corrigé selon l'exigence des

APPENDiCB. 576

» cas, crimes et maiifaits par lui commis » : mais au reste ils leur signifiaient aossi à leur tonr, qu'au cas que messeigneurs du conseil "hyoudmient procéder contre ledit Jacques Ccevr et le contrain-dre à faire amende honorable ou autre exécution , de quoipourroit être infamé^ ils en uppelloient y et defaict en appellent au roi leur souperain seigneur , bien conseillé ^ ou à autre à qui d appartiendra. Ils prièrent ensmte ces deux commissaires de notifier aux seigneurs du conseil l'appel par eux fait , et la cause pourquoi ils appelaient , de les supplier qu'il leur plut au moins de surseoir et différer de pro* céder contre Jacques Coeur, jusqu'^à ce qu*ils eussent nouvelles du roi , vers lequel l'évêque de Poitiers avait envoyé pour lui faire de très humbles remontrances. Mais, malgré ces prières et tant de protestations réitérées , les seigneurs du conseil firent venir le malheureux Jacques Cœur à la vue d'une foule de peuple accourue à ce spectacle, lui ppoïîoneèrentson^rrêt et lui firent faire amende hoBorable publiquement , une torche au poing, sans ceinture et sans chaperon»

C'est ainsi cpie fut condamné Jacqpes Cœur, après avoir été pendant vingt -deux mois en diflférentes prisons^ «Son procès, pour me servir des termes de » la consultation des avocats, fut fait de place en »^lace, de château en château; les témoins ne furent » récolés ne confrontés. Il y eut mutation de com- » missaires, parmi lesquels, quoiqu'il s'y trouvas* de >► notables gens, lesunsont élé au comniencentent

» et les autres oon, et ceux qui ont opiné, n'ont été » à faire le procès;- ainsi ne peut qu'il n'y ait eu des » fautes au jugement ».

Jean Dauvet, procureur-général du parlement, fut commis pour mettre l'arrêt à exécution , et faire vendre tous ses biens , meubles et immeubles. Il n'y eut aucun de ses juges qui n'eût quelque portion des grandes richesses qu'il avait amassées; mais Antoine de Cbabannes fut le mieux partagé. Son lot fut la seigneurie de Saint-Fargeau , les baronnies de Toucy et de Péreuse , c'est-à-dire, presque tout le pays connu sous le nom * de Puisaie , consistant eu plus de vingt paroisses. On a déjà vu que les terres de Jacques Cœur avaient été distribuées dès le commencement de la procédure, avant qu'il y eût encore aucun jugement rendu contre lui : néanmoins, comme il am*ait paru trop odieux que les donataires ne les possédassent qu'en vertu d'une confiscation prématurée , ils se les firent adjuger après sa condamnation. Les terres du pays de Puisaie, qui avaient été mises en criées à la requête du procureur du roi, furent adjugées en l'auditoire du trésor de Paris , le trente janvier mil quatre cent cinquantesix, à Antoine de Cbabannes, pour la somme de

^ I. La petite ville de Saint-Fargeau, située sur la rivière de Loilig^à deux lieues de sa source, est la capitale de la Puisaie.

APPBNDIGE« . 677

20^000 écusd*or; et il eh rendit foi et hommage au roi , le lo février de Tannée suivante. Guillaume Gouffier, premier chambellan, eut la terre et seigneurie de la Motte, celle de Boissi, la moitié de celles de Rouanne et de Aon , pour lo^ooo écus; et le roi se réserva, pour en ordonner à son plaisir, les sommes qui étaient dues à Jacques Cœur par ses débiteurs , parmi lesquels on trouve François de Montberon , et Jeanne de Vendôme, sa femme

Il s*agit maintenant d'examiaer ce que devint Jacques Cœur après son arrêt , en quel lieu il se retira ; et où il mourut quelles furent les suites de sa condamnation , et enfin s'il est vrai que sa mémoire fut réhabilitée par le parlement, comme le disent quelques auteurs^

C'est une chose étonnante , combien tous nos historiens ont débité de fables sur ce que devint Jacques Cœur après sa condamnation. Les uns ont dit que, pendant son absence, ses amis avaient ménagé son accommodement ; que le parlement l'avait remis en sa bonne renommée, et ordonné que ses biens lui seraient rendus; d'autres, qu'après avoir ouï la lecture de sa sentence, il trouva moyen, par l'intelligence qu'il avait avec ses gardes, de sortir de prison , après avoir fait ferrer ses chevaux à l'envers , et de se retirer chez le Soudan d'Egypte , où il fut bien recueilli* Le commissaire La Mare le fait voyager en Turquie , « d'où, dit-il , » si l'on en croit une tradition que l'on tient pour

» constante , il Rapporta à son retour des poules de » Turquie qu'il fit élever dans son beau château » de Beaumont en Gâtinois. » Mais le plus grand nombrede nos auteurs , même les plus célèbres , comme la Tbatimasâère , Godefroi , le P. Dapiel, et d'autres , se réunissent à dire qu'ayant reçu de sçs principaux facteurs 60,000 écus, il se retira dans l'île de Chypre , où il trouva moyen de faire encore une nouvelle fortune , et de marier richement deux filles qu'il y eut d'une dame du pays , nommée Théodora , avec lacpielle il se remaria; chacune de ces deux filles ayant eu, disent-ils, 5o,ooo écus en mariage. L'aînée fut mariée dans la ville de Famagouste , et l'autre à une personne de considération du royaume de Chypre. Enfin Jacques Cœur, selon ces mêmes auteurs , ayant bâti im hôpital pour les pèlerins de \a. Palestine,' et ayant fondé magnifiquement l'église des Carmes de Famagouste , il y fut enterré avec pompe.

Après un détail aussi circonstancié de ce que fit Jacques Cœur dans l'île de Chypre , qui ne croirait qu'il y a dans ce récit quelque réalité ? Cependant ce técit n'est qu'une pure fable ; et l'erreur dans laquelle sont tombés un aussi grand nombre d'écrivains sur ce point particulier de notre histoire, doit nous rendre fort réservés à l'égard de plusieurs faits plus importants , auxquels nous accordons , sans examen , notre croyance ; parce que nous les voyous attestés unanimement par une

foule d'auteurs, la plupart dignes de foi» Combien de fois , en remontant à la source , ne trouverait-on pas qu'un grand nombre de témoignages ne forment qu'un seul témoin. L'application dé ce principe à l'opinion que je vais tâcher de détruire est toute naturelle : en effet, quoiqu'adoptée par presque tous nos historiens, elle ne doit peutêtre son origine qu'à André Thevet. Ce voyageur , qui vivait sous le règne de Henri III , et qui , dans son temps, était également décrié pour son ignorance et ses mensonges , rapporte qu'il avait vti , dans l'île de Chypre, le tombeau de Jacques Cœur avec cette épitaphe : Hic jacet Jacobus Cordatusy cms Bituricensis.

Les auteurs que j'ai cités ci-dessus, auraient dû au moins faire plus d'usage d'un titre dont ils ont eu connaissance, je veux dire dés lettres de Charles VII, du cinq août mil quatre cent cin-^ quante-sepl , par lesquelles il rend aux enfants de Jacques Cœur une partie des bi^ns de leur père ; car le roi, dans ces lettres, parle toujours "de Jacques Cœur comme étant mort alors, en exposant sa personne à V encontre des ennemis de la foi catholique j et le livre des obits de Téglise de Saint- Etienne de Bourges , à laquelle Jacques Cœur aVait fait beaucoup de bien , donne à ce grand homnie la qualité de capitaine général des armées de l'Eglise contre les Infidèles. Obiit genemsi animi Jacobiis Cordis JEcclesiœque capitaneus generalis contra infidèles. Ces deux pièces authentiques de*

38o APPENDICE.

vaient faire conclure que le court espace de temps écoulé depuis la fin de Tannée mil quatre cent cinquante-trois jusqu'à sa mort, arrivée à la fin de celle de mil quatre cent cinquante-six , temps employé , au moins en partie , à des expéditions militaires , ne pouvait s'accorder avec un mariage d'où seraient sorties deux filles, et avec toutes les opérations nécessaires pour faire un nouvel établissement et une nouvelle fortune. Il était naturel, au contraire, de penser que ce ne devait pas être dans l'île de Chypre, mais en Italie, que Jacques Cœur avait dû chercher un asile contre ses persécuteurs, puisqu'on le fait mourir à la tête des armées de l'Eglise contre les Infidèles. C'est en effet le parti qu'avait pris Jacques Cœur, comme nousl'apprenonspar d'autres lettres deCharles VII, données à Saint-Prix, en Dauphiné, au mois de février mil quatre cent cinquante-sept. Ces lettres, qui parlent de Jacques Cœur comme étant mort alors, seront le dénouement de ses dernières aventures. Elle contiennent une abolition accordée à un nommé Jes^n de Village , qui non seulement avait contribué à l'évasion de Jacques Cœur , mais encore s'était opposé à l'exécution des ordres du roi, pour la saisie de ses biens. Cet homme, devenu célèbre dans la suite , mérite bien que nous le fassions connaître plus particulièrement.

Si quelques-uns des facteurs de Jacques Cœur furent ses accusateurs et ses plus cruels ennemis , il y en eut d'autres, en plus grand nombre, qui

APPENDICE. 38l

partagèrent la disgrâce d'un si bon maître , et ne l'abandonnèrent pas dans ses malheurs. Obligés de s'enfuir à la nouvelle de son emprisonnement , ils mirent à couvert tout ce qu'ils purent emporter de leurs biens et de ceux de Jacques Cœur, avec qui ik étaient associés dans son commerce. Les principaux étaient Guillaume de Varie, et Jean de Village : le premier avait fait une fortune considérable, et avait été annobli par Charles VII, comme je l'ai dit; le second, ftatif de Bourges, avait été élevé jeune par Jacques Cœur, qui reconnaissant en lui des sentiments de probité, et des talents pour le trafic , lui avait fait épouser sa nièce , et lui avait confié le commandement de ses galères. Il fut dans la suite seigneur de Lançon en Provence , viguier de Marseille , capitaine général de la mer, conseiller et maître-d'hôtel de René , roi de Sicile , et chambellan du duc de Calabre , fils de ce prince. Car c'est une cijose à remarquer ici en passant , que tous ceux qui furent employés par Jacques Cœur , parvinrent à des postes honorables : ce qui prouve combien il se connaissait en mérite.

Jean de Village était dans un port de Languedoc , lorsque les officiers du roi se transportèrent dans cette province pour se saisir des navires de Jacques Cœur, et de toutes les marchandises, qui y étaient. Jean de Village s'opposa à cette saisie : non-seulement il demanda une décharge de la part du roi; mais il voulut encore en avoir une de

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Jacques Cœur , après qu'il lui aurait rendu ses comptes. La vigueur qu'il témoigna en cette occasion , fut cause que les commissaires du roi ne portèrent pas alors plus loin cette affaire , et laissèrent en repos Jean de Village. Une opposition si marquée aux ordres de son souverain , devait lui faire appréhender des suites fâcheuses ; et ce fut pour se mettre à Tabri de toute poursuite qu'il se retira à Marseille-, qui n'était pas encore de la dépendance du royaume* Néanmoins, quelque temps après , avec la permission de René d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence, on ^nprisonna la femme et les enfants , et l'on saisit tous les biens de Jean de Village, qui se sauva dans les pays étrangers, et ne revint en France qu'après la mort de Jacques Cœur. Charles VII , touché alors de compassion envers Jean de Village, reconnaissant qiien tous autres cas^ il était homme de bonne vie et conversation y et aussi qu^il étoit fort duit et expérimenté au fait de nasngaige y lui pardonna , par les lettres dont j'ai parlé ci-dessus, toutes les fautes qu'il avait commises au sujet de Jacques Cœur , et dont il avait fait l'aveu dans une requête présentée au roi au mois de février mil quatre cent cinquante-sept.

C'est par sa requête, relatée dans les lettres d'abolition que le roi lui accorda , que nous apprenons le détail de la sortie de Jacques Cœur hors du royaume, où il était encore au commencement de l'année quatorze cent quarante-cinq. Quelques

recherchesque j'aie pu faire, je n'ai pu découvrir de quelle manière il était sorti de sa prisou* de Poitiers après sa condamnation ; mais çnfin , il était encore , au mois dé janvier quatorze cent quarante-cinq , daBs la ville de Beaucaire où , suivant la relatipn de Jean de Village , // s^étoit vendu en

franchise dans le couvent des cordeliers. Il ne faut pas enteodre par le terme de franchise une retraite d'où Jacques Cœur fût ien liberté de sortir quand il aurait voulu , comme on le va voir.

Ce fut delà qu'il envoya, par un frère corde-. lier, à Jean de ViHage, qui s'était alors réfugié à Marseille, une lettre par laquelle.il le priait cjxhe pour Dieu il eût pillé de lui y en troussant mojr en de le tirer hors- de là et de lui sauver la vie. Jean de Yillage, mû de pitié à la lecture de cette lettre, résolut de sauver son bienfaiteur. Il considérait , dit-il , au roi dans sa requête , qu'étant serviteur w et parent de feu Jacques Cœur, que tous les biens » qu'il avoit en ce monde lui estoient et sont venus » par son moyen, et aussi qu'il estoit commune

' » renommée que Jacques Coeur feroit son appoin- » tement envers le roi et ne perdroit pas tous ses » biens , il n'avoit pas cru commettre une action « blâmable de le soustraire au ressentiment de ses » ennemis ». En effet, Jean de Village prit le parti d'aller à Tarascon, situé sur le Rhône, visà-vis de Beaucaire : il s'y logea chez les cordeliers pour être plus à portée de savoir les intentions de Jacques Cceur , à qui il fit donner avis de son ar*

rivée par un cordelier de Tarascon , qui, sous prétexte d'une visite qu'il allait faire aux cordeliers de Beaucaire , trouva (acilement moyen de parler à leur prisonnier. Jacques Cœur donna au moine des tablettes sur lesquelles il priait Jean de Village, comme son fils, que pour Dieu il lejettast dehors de la , car il appréhendoit fort qu^on ne le fîst mourir en ladite franchise sans le soeu du roi. Ce dernier trait prouve Tacharnement des ennemis de Jacques Cœur, qui, non contents de l'avoir dépouillé de la plus grande partie de ses biens, cherchaient encore à lui ôter la vie. Jean de Village lui fit dire , pour le réconforter , « que puisqu'il » avoit volonté de sortir des^Cordeliers de Beau- » Caire, il avoit courage, moyennant l'aide de Dieu, » de l'en mettre dehors; et qu'en attendant l'exécu- » tion de son projet , il eût à faire bonne chère. » Il retourna en diligence à Marseille, où il fit part de ses desseins à deux autres facteurs de Jacques Cœur , nommés Guillaume Gymart et Guillardet, natifs de Bourges, que l'emprisonnement de leur maître avait aussi obligés de prendre la fuite : ceux-ci l'encouragèrent et s'offrirent à le suivre. Comnie Jean de Village avait des navires armés à sa disposition, il n'eut ^as de peine à trouver dix-huit ou vingt compagnons de guerre y dont lui et ses deux associés jugèrent à propos de se faire escorter. Cette petite troupe étant arrivée à Tarascon, on fit avertir Jacques Cœur de se tenir prêt, le lendemain, à sortir des cordeliers, après

qu'il aurait entendu leurs matines (jui se disaient à minuit.

Il était questioo d^entrer dans là ville de Beaucaire, entourée de murailles ; mais un des soldats de Jean de Village connaissait mîe otfvérture dans un endroit du miir que l'on pouvait aisément agrandir, et par où il serait facile de pasiseç sans être aperçu. Ils traversèrent donc le Rhône dans une barque qu'ils avaient louée avec ïés instruments dont ils avaient besoin; et, étant arri^s'au pied dc^ murs de Beaucaire, ils y attendirent rKeure' marquée pour se rendre au couvent des Cordeliers. Jacques Cœur étant venu à leur rencontre à la sortie des matines ', ils lui firent repasser le Rhône dans leur barque jusqu^à Tarascon , d'où ils le conduisirent par terre à la Tôur-de-Boue , petit port de Provence , où Jean de Village' ^vait ordonné qu'on lui tînt toute prête une barque , dans laquelle il fit monter Jacaues Cœur ;. et ,\ Fayant fait débarquer auprès de Marseille ,• il le conduisit par terre jusqu'à Nice. Jacques Cœur s'y embarqua sur un navire attaé, et se rendit à Pise, d'où enfin il arriva' heureusjement à Rônie.

Il put encore avoir la consolation d'y voir le pape Nicolas V, qui , pejidant sa prison , avait , mais inutilement, écrit en sa faveur à Charles VU. Il l'avait honoré dé son amitié : et avait conçu une grande estime pour lui, lorsqu'il vint à Rome en qualité d'ambassadeur à cette célèbre ambassade d'obédience de Charles VU , qui rehaussa èi fort

MOSSTEELET. T* XIII. — MbM. DE J. DU ClEUC^». 2 5

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le lustre de la nation française aux yeux des Romains, et dont toute la pompe et la magnificence étaient dues au?c richesses et aux soins de Jacques Cœur. Lépape ne voulut point alors qu'il eût d'autre deûieure que son palais ; et dans une maladie qu'il y eut^ il lui rendit des visites fréquentes, et ordonna à ses médecins d'en avoir autant de soin que de sa propre persotine. Mais il ne dut pas jouir long-temps dn plaisir de revoir un pontife qui avait pris tant d0 ]papt à se* malheurs : la mort enleva Nicolas, les derniffrs jours de mars quatorze cent cinquante-ciuqi aprèft huit années de pontificat.

Jacques Cœur n'ayant plus rien à craindre de ses ennemis au milieu de la ville de Rome , s'y occupa à régler ses affaires, et a se faire rendre compte des biens dont ses facteurs avaient eu l'administifation- Car toutes les richesses de Jacques Cœur n'étaient pas. en France : il était en correspondance avec les négociants de l'Italie et du Levant ; ses vaisseaux fiaisâîent encore des voyages sur la Méditerranée pendant sa prison ; et ceux de ses facteurs qui hii demeurèrent fidèles , mirent en sûreté les biens de leur maître. Ainsi, malgré la confiscation de ceux qui se trouvèrent en France lorsqu'il fut emprisonné^ il trouva encore des ressources. Jean de Village dit que pendant Je séjour qiîG Jacques Cœur fit à Rome, il alla l'y trouver, etbesoigna a^ecques lui de toutes les charges et administrations de sesgalées etfaicls qu^ïls avaient eus ensemble ; et qu'après avoir partagé ce qui leur

devait revenir , ils se séparèrent contents l'un de l'autre.

Ainsi , il est constant, par le réck dô Jean de Village, que Jacques Cœur passa l'année quatorze cent cinquante-cinq à Rome ; et^ comme il mourut au mois de novembre l'année suivante , on sent bien , sans que j'en avertisse, qu'il est impossible qu'il ait passé dans l'île de Chypre pour s'y marier , qu'il ait eu deux filles de son mariage, 'Ct enfin qu'il y ait fait cette grande fortune dont parlent presque tous nos historiens.

Mais si Jacques Cœur n'est pas mort dans l'île de Chypre, où s'esl-il donc i^etiré après son départ de Rome ? Je n'ai trouvé qu'un auteur qui ait pu me donner quelque éclaircissement sur ;ce sujet ; c'est Jean d' Auton , historien de Louis XII , qui avait vécu avec les enfants de Jacques Cœur. Cet auteur, après avoir racooté une expédition des Français à l'île de Mételin ^ en quinze cent un , dit que leur flotte aborda à l'île de Chio pour y descendre les malades , dont quelques-uns moururent et furent enterrés dans l'église des Cordeliers ,ûrM- (juellieUy ajoute-t-il estpai^eUlementens épidturéfeu Jacques Cœur dedans le mâieu du chœur de ladite église. Ce témoignage de Jean 4'^uton paraît d'autant mieux fondé, qu'il s'accorde parfaitement avec ce que disent les lettres de Charles VU , et l'obituaire de Saint-Etienne de Rourges , que Jacques Coeur est mort en combattant contre les Infidèles à la tête des troupes de l'Eglise. Il n'y a

qu'à faire voir qu'ea quatorze cent cinquante-six le pape Calixte HI arma en eflTet à Ostie , contre les Turcîs , nouvellement maîtres de Constantinople , une flotte qui vint débarquer à l'île de Chio, et qui est la seule sur laquelle Jacques Cœur ait pu avoir quelque commandement,

La prise de Constantinople par Mahomet II , le vingt-sept mai mil quatre cent cinquante-trois, avait répandu la terreur dans toute l'Europe. Le pape Nicolas V avait exborté les princes chrétiens à s'opposer à un torrent qui menaçait toute la chrétienté : mais les guerres qui les divisaient alors ne periiiettâient pas d'espérer un prompt secours ; et Nicolas V étant mort au mois de mars mil quatre cent cinquante-<;inq , Calixte III , qui lui succéda au- ihoi^ d'avril suivant, résolut d'exécuter les projets de^on prédécesseur. Il avait fait à son élection ûp vœu solennel de déclarer la guerre aux Turcs, et de faire tous ses efforts pour reprendre sur eux la ville de Constantinople. Quoiqu'il ne fût pas secondé par les princes chrétiens, 200,000 écus d'or qu'il trouva dans, le trésor de l'église , les décimes qu'il avait imposées sur le clergé , et les aumônes que lui ramassèrent les prédicateurs qu'il avait envoyé prêcher la croisade, le mirent en état d'armer une flotte de seize galères.

Michel Ducas , auteur contemporain , et l'un des historiens de l'histoire byzantine, dit que cette flotte était commandée par le patriarche d'Aquilée, et

qu'elle fut destinée à porter du secours aux îles les plus voisines de la domination des Turcs, comme à Rhodes, à Chio, Lesbos, Lemnos, Imbros, Samothrace et Thasos. Ce ne peut être que sur cette flotte que s'embarqua Jacques Cœur ; il comman^ dait apparemment sous les ordres du patriarche d'Aquilée. Michel Ducas rapporte les expéditions de cette flotte qui , s*étant jointe à des pirates catalans et d'autres nations , ravagea pendant trois ans les cotes de l'Asie mineure et les îles dont les Turcs s'étaient emparés. Mais Jacques Cœur ne put avoir part à tous ces ravages, puisqu'il mourut au mois de novembre mil quatre cent cinquante-six. Michel Ducas qui marque exactement tous les lieux où s'arrêta la flotte, ne fait aucune mention de l'île de Chypre : il dit expressément qu'en partant d'Italie elle vint en droiture à l'île de Rhodes, où après avoir demeuré quelque temps, elle aborda à l'île de Chio , où elle séjourna aussi ; et ce fut alors que Jacques Cœur étant tombé malade dans cette île , il y mourut , puisque Jean d' Auton assure qu'il fut enterré au mijieu du chœur de l'église des Cordeliers. Nous ne savons aucun détail des circonstances de sa mort : Charles VII, dans ses lettres du cinq août mil quatre cent cinquantesept, nous apprend seulement « que Jacques Cœur, » à la fin de ses jours, lui avoit recommandé ses en- » fants^ en le suppliant humblement qu'eu égard » aux grands biens et honneurs qu'il avait eus en

ZgO APPENDICE.

» son temps autour de lui, son plaisir fût de leur » donner aucuoe chose, afin que ceux qui étaient » séculiers pussent honnestement vivre sans néces- » site »»

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