CHAPITRE IV
Cy commence à parler de la mortelle çaerre qui fost entre Philippe , dac deBom'^ngne, comte de Flandres , et ceux de la ville de Gand, ses sobjets , et premier comment la guerre commencha.
Après que les Gantois eurent totalement refusé au duc de Bourgongne l'imposition qu'il vouloit mectre sur le sel au pays de Flandres , comme dit est, ils commenchèrent entre eulx à murmurer, disant que pour ce qi^'ils avoient refusé ladite imposition , ils n'éstoient point en grâce de leur seigneur ; et puis qu'il les vouloit tenir en haine , aussi ils ne tiendroient CJompte de lui , et s'élevè-
lO MÉMOIRES («4^»)
rent en tel orgueil , que quant le duc envoyoit ses officiers en la ville , tant pour renouveler la loi , comme il avoit accoustumé de faire , que autrement , ils ne le vouloient souffrir. Et quant les officiers de la ville, establis au nom du duc leur seigneur , leur remonstrèrent comment ils faîsoient mal , et le péril oii ils se bouttoient , ils s'esmeurent plus que auparavant ils n'avoient fait , tellement qu'ils prindrent plusieurs officiers de la ville, que le duc y avoit establis , comme de long- temps il avoit accoustumé de faire, et avoient de tout temps fait les comtes de Flandres, ses prédécesseurs , et faire debvoit et pooit , et sy feirent iceux officiers du duc décappiter; et' qui plus est, et toujourscontinuantenleurmalvalance qu'ils avoient à leur seigneur, ils constituèrent trois capitaines en la ville de Gand , qu'ils appelèrent hoy-guemans, (Hooftmans) qui vaut autant à dire en franchois, souverains hommes delà ville. Lesquels hoyguemans feurent esleus par la communauté de la ville, de gens de moindre estât d'icelle ville et povres gens; mais c'estoietit ceux en partie qui avoient esmeu et esmouvoient le peuple; dont le premier et principal d'iceux hoyguemans, fust appelé Lievin Bonne, qui vault aultant à dire en franchois , Lievin Fève, lequel es toit ung pôvremachon, et de meschant estât; le second estoit appelé Butreman, qui est à dire en franchois homme de burre , qui est aussi povre et meschant ou plus qu'icellui Lievin Fève, et le tiers uhg de pareille vagation. Et ces hoygue-
^'45a) DE J. DU CLERCQ. I 1
mans mis sus > ils commenchèrent à l'aire leurs ordonnances, telles qu'il leur plaisoit, et lors les plus meschants de la ville empreindrent à avoir plus de gouvernement que les nobles hommes , bourgeois et riches marchands. Et pourtant que j'ai intenlion de mectre toute la guerre qui fust entre lesdits Gantois et leurs seigneurs, sans j entrelascher quelque chose , laquelle guerre dura deux ans, j'ai ci-devant mis comment lepajs deGuienne et de Bordeaux se mirent en la subjection des Anglois , combien qu'icelle guerre des Gantois fust commencliiée avant la reddition d'icelui pays de Bourdelois aux Anglois, comme ci-après sera dit.