CHAPITRE XV
Delare,pon.eqae le duc Philippe de Bourgogne feitau me«.ge du pape, et de. vœux qui furent voué», lesquels voeux peu ou néant feu-
rent accompli»-
Après ce que le duc Philippe de Bourgogne oit veu les lettres que nostre Saint Père de Ronae , le pape Nicolas , lui avoit envoyées avecq celle du Turc il festoya et bienveigna moult haultement ledit chevallier , porteur desdites lettres , et lui dit au'à l'aide de Dieu il feroit secours aux chrestiens le plus brief qu'il pourroit, contre ledit adniiral de Turquie, ennemi delà foi; et pour comnaenchement de faire secours . envoya quatre gallees furnies d'engins à nostredit saint père .et lui rescript ses lettres, et donna grand don audit chevallier. Et après ces choses faites , le chevallier se partist de Lille et s'en retourna.
Et comme en ce temps, ung peu devant caresme
prenant , Jehan , duc de Clefves, vint veoir le duc
de Bourgogne son oncle , à LUle , auquel lieu de
^Lille ledit duc de Clefves fust grandement festoyé
et de moult riches mangiers ou banquets ou feu-
rent dames et damoiselles, en lesquels banquets,
Jehan , comte d'Estampes, en feit ungmoult riche ;
duquel banquet et mangier, trop longue chose
seroit à raconter les histoires et richesses, sans
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les vivres qui y feurent ; s'y m'en tairai , sinon qu'en Ja fin du mangier dudil banquet veint une je^ine fille de l'âge de douze ans , laquelle accompagnée noblement , monta sur la lable et meit ung chappel de fleur sur le chef du duc de Bourgogne , qui estoit signifiance que le duc, après cestuy banquet , en devoit faire ung. Lequel duc moult liement receupt ledit cbappel ; et douze jours après, ledit banquet , feit ung banquet et mangier audit lieu de Lille , auquel banquet il manda plusieurs nobles , princes , chevalliers et escuyers , ducjuel je parlerai^pourtant qu'il y oit plusieurs mistèrés ; car le jour que ledit banquet se debvoit faire au vespres, ledit duc de Bourgogne, ainsi que une heure" après midi, feit issir de son hostel ung chevaUier , lequel estoit venu et extrait anciennement du chevallier au cigne ' , lequel estoit fils de la soeur dudit duc de Bourgogne , frère du duc de Clefves, et estoit nostre Adolf ; et avoitle chevallier fait voeu de jouxter celui jour contre touts venants, à chacun un coup de lance. Lequel chevallier au partir de son hostel , avoit ung cigne de la grandeur à'^ng cheval , au moins la fachon , car c'estoit ung homme vif dedans , lequel conduisoit ledit chevallier a tout une longue chaisne de fin or, et au costé du cigne alloient les fâchons de deux honmies sauvages ; et le chevallier estoit en-
i. Voyez les Mém. de Mathieu de Coussy^
120 MÉMoiniis ■^i'^*^)
vironné de gens en forme d'aigles. Après lequel chevallier aUoit le duc de Bourgogne, qui portoit sur lui plusieurs pierres précieuses , lesquelles on estimoit valoir ung million d'or ou plus ; et ledit duc , ledit jour , qui , passé seize ans devant , ne avoit donnée livrée de robbe ginon de noir , feit faire à ses gens robbes de couleurs , comme paravant lesdits seize ans il avoit accoustumé , et lui mesme porta couleur. Plusieurs princes et chevalliers alloient avec le duc de Bourgogne et condu^soient le chevallier au cigne , tant qu'il vint jusques au marchié de ladite ville, auquel il debvoit fournir sa jousle ; et illecq contre icellui chevallier au Cigne vindrent jpuster plusieurs princes et seigneurs, desquels aulscuns je nommerai: premier , Charles ^ comte de Charollois , fils légitime dudit duc de Bourgogne ; et plus d'enfant légitime ne avoit; le comte de Sainct Pol , son frère, le sieur de Fiennes, Anthoine, fils bastard dudit duc, et autres, desquels le compte seroit trop long ; si m'en tairai.
Après laquelle jouxte finie , chacun se retira en son hostel et le duc pareillement , lequel toutes 1^ dataes et damoi^elles qui avoiçnt esté à ladite jouste et le regardé , emmena et feit tout venir en son hostel. Entre lesquelles estoient dame Isabelle de Portugal, femme dudit duc de Bourgogne, damoiselle Catherine de Bourbon, fille du duc de Bourbon , nièpce dudit duc , et tant d'autres dames, damoiselles et bourgeoises que sans nombre^
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Jesqiielles Je we sçaurois nommer. Auquel hostel du duc de Bourgogne estoit le mangier et banquet tout prest. Auquel banquek^, après ce que chacun et chacune fust assis , par engins faits, vindrent tout du haut de la salle et descendoient chariots comme chaires de dames plains de toutes manières de vivres que on pourroit deviser, et chacun chariot Faisoit un plat de mets; je me tairai de toutes manières que pour corps d'homme on pourroit nommer. Il y avoit devant la haute table une fontaine faite par engin qui jettoit eaue; au milieu de la salle y avoit ung lion devant lequel on hast oit ung" chien net petit, et assés près en une foeuillère avoit la fachon d'ung homme sauvage. En ladite salle y avoit une jeune pucelle qui jettoit de ses inammelles hypocras au lieu de lait, et asses près d'elle y avoit ung jeune enfant qui jettoit par sa broquette eaue de rose! Tant d'autres choses y avoit que trop longue chose seroit à racompter. Droit devant la table dudit duc de Bourgogne y avoit fait une église, de laquelle issftt ung clerc séant sur ung dromadaire , lequel dromadaire menoitunggeyant tout vif; lequel clerc, oyantstouts, addressa sa parole au duc de Bourgogne , et en beaux mots , lui remonstra comment Mainte église perdoit de jour en jour son héritaige , et comn^ent cbrestienneté estoit foulée par les ennemis de la foi, en ramentevant les nobles chresUens trespasses, qui en leur temps soustindrent la foi. Et comme ledit clerc secomplaignoit ou nom de sainte église.
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ung DomméToison-d'Or , premier héraut du duc de Bourgogne , apporta ung faisan rôti , que on nomme autrement colimoge , moult joliment joli ; et présenta ledit héraut ledit faisan au duc pour entremets ; et dit ledit héraut au duc que à tel piet y chéoit vouer. Lors le duc de Bourgogne reprint les paroles du héraut , et dit que c'estoit bien droit de vouer et qu'il commencheroit toujours premier. Lors voua le duc de Bourgogne, présents touts ceux qui là estoient , à Dieu le père , Dieu le fils et au benoist Saint-Esprit, ung seul Dieu en trois personnes , à la glorieuse vierge Marie , mère de Dieu , et à toute la cour de paradis . que se le roi de Franche vol loit tenir ses pays en paix, il iroit où le grand admirai de Turquie estoit, et toute sa puissance , et qu'il le combattroit , se audit admirai ne tenoit de son corps contre le sien , ou puissance contre puissance. Après lequel vœu fait par le duc , le faisan fus t présenté à touts les princes qui illécq estoient, chevaliers et nobles hommes, c'est àscavoir: le comte Charollois, le duc de Clefves , Adolf , son frèil'e , le comte d'Estampes , le comte de Sainct-Pol et plusieurs autres seigneurs, lesquels feirent plusieurs grands vœux, desquels je n'en parlerai pour tant qu'il ne feurent pas accomplis ne faits , et si seroit la chose trop longue à racompter. Après lesquels vœux faits y oit plusieurs jeux de mistères , danses et mommeries ; et après lesquels danses chacun s'en alla coucher en 5on hostel.