CHAPITRE XVI
Comment le duc PMlippe de Bourgogne feit fiancer à son fils la fille du duc de Bourbon, laquelle estoit fille de sa sœur^ et comment après ce , ledit duc se partist et s^en alla en Allemagne ^ pour trouver passaige et avoir ayde et compagnie pour aller sur les Infidèles.
Environ huict jours après ce que le duc Philippe de Bourgogne oit fait le banquet et vœux dessusdits , en la première semaine de mars , ledit duc de Bourgogne feit fiancer à Charles , son fils légitime , et plus n^en avoit , Catherine , fille du duc de Bourbon, sa nièpce, fille de sa sœur. Pour lequel marriage parfurnir , il envoya à Rome Jehan évesque d'Arras, pour avoir une dispensation de notre saint père , pour parfaire ledit marriage. Après ce fait , le duc de Bourgogne congia touts ses officiers domestiques jusques à vingt-deux mois passés, qu'il espéroit estre autant dehors ; de quoi plusieurs de ses serviteurs feurent eshahis ; car plusieurs en y avoit qui n'avoient point tant espargné que pour vivre sans gage ledit temps durant; et le quinziesme jour de mars ensuivant, l'an dessusdit cinquante-trois , le duc de Bourgogne se partist de Lille à privée compagnie, et print son chemin par Bourgogne , et puis s'en alla es AUemagnes pour cuider trouver l'empereur illecq, adfin de scavoir audit empereur d'Allemagne
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et aux autres princes s'ils ne voldroient point faire secours aux clirestiens , et aussi se par lesdites Allemagnes ses gens polroient passer sans avoir encombrier. Esquelles Allemagnes de plusieurs grands princes il fust moult hautement et notablement festoyé et bienvenu ; mais il ne parla point à Tempereur ; ains envoya l'empereur devers lui, mandant qu'il se desportast de venir vers lui pour certaine maladie qu'il avoit. Aucuns disoient que l'empereur feignoit estre malade , et qu'il ne l'estoit pas ; mais il ne voUoit pas parler audit duc, doubtant que s'il parloit , que le duc lui eust tant requis d'aller sur les Turcs, qu'il ne l'eust sceu bonnement refuser ; et toute voye il n'y voUoit pas aller, car icelui empereur Frédéric n'estoit pas chevallereux en armes , ains estoit tout quoy avecq sa femme , et ne ly cbaloit de guerre. Toute voie les messagiers d'icelui empereur qui vindrent vers le duc prindrent journée de eux retrouver devers le duc et l'empereur, se faire se pooit , en dedans six mois , pour lors conclure sur les requestes que ]e duc faisoit aux ambassadeurs de l'empereur, au nom dudit empereur , touchant le secours qu'il avoit intention de faire aux chrestiens. Ces choses ainsi faites , le duc s'en alla et retourna des Allemagnes et s'en vint à Digeon en Bçurgogne , où il se tint une espace de temps.
(1454) DP J. DU CLERCQ. I7I