‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 75 sur 125 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Du mariage du comte de CharoUois k la fille du duc de Bourbon , et comment le duc, quand il retourna en se$ pays , fnst grandement fe$toyéy et rhonneur que on lui feit. *

L'ait de grâce mil quatre cent cinquante-quatre, le pénultiesme jour d'octobre , après ce que la dispense de cour de Rome fust venue , par le commandement du duc Philippe de Bourjgfogne , lequel avoit envoyé icelle dispense contenant comment le pape dispensoit Charles , comte de CharoUois , fils du duc Philippe, et luidonnoilcongié de prendre à femme et espouse Catherine de Bourbon , sa couâne germaine , enfants de frère et sœur , en la ville de Lille-lez-Flandres, icelui (iharles espousa ladite Catherine de Bourbon , la duchesse sa mère estant à Lille , et ledit duc à Digeon en Bourgogne. Et fust ledit marriage si forcément fait , que la nuict de devant ledit Charles n'en savoit rien , et , disoit-on , que ledit Charles ne le faisoit point volontiers, pour autant que c'estoit sa cousine ; et aussi que la duchesse sa mère et Anthoine le bastard , et autres le induisoient fort à soi marrier en Angleterre à la fille du duc d'Yorck , lequel duc disoit appartenir à lui le royaume d'Angleterre, de quoi ledit duc fust adverti; et pour ceste cause, ains qu'il se partist |K)ur faire son voyage en Aliema-

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gne , il feit fiancer son fils à icelle Catherine de Bourbon, puis leur envoya quérir la dispense. Et me fust dit et disoit-on communément encoires plus , c'est à scavoir que ains ledit fianchage fust pourfaict , que le duc véoit bien que son fils eust volontiers reculé, que le duc manda son fils, et le bastard son fils, et présents plusieurs seigneurs, lui dit : « J'ai entendu que tu faits enuis (avec peine) le marriage que je veux que tu fasses. Je ne sçaj qui te meult , sinon que on m'a dit que tu te marrerois volontiers en Angleterre àtelle. Je veux bien que tu saches que, combien que j'ai eu grandes allianches aux Anglois, et pour vengier la mort de mon père , je me sois pieça allié à eux , si ne fust oncques mon cœur et mon courraige anglois. Et veux bien que tu le saches ; si je cuidois que tu le feis et que tu te volsisses allier , je te boutera «^ hors de touts mes pays , ne jamais de seigneurie que j'ai tu ne joyrois ; et encoires plus , si je cuidois que mon tiJs bastard , que voilà présent , te le conseillast, ne autres , je le ferois mectre en ung sacq et noyer , et touts ceux qui te conseilleroient de toutes ces choses. » Je m'en attends à ce qu'il eu est, toutes voies , comme dit ai. Parle commandement très exprès du duc , Charles coucha icelle nuict avecq sa femme , laquelle depuis il aima tant que c'estoit belle chose de la belle vie touchant marriage qu'ils menoient ; et disoient pour vrai, que pour rien icelui Charles n'eust allé à autre lemme que la sienne ; car lors c'estoit grande pitié

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que le péchié de luxure régnoit moult fort et par espécîal es princes et gens marries ; et estoit le plus gentil compagnon qui plus de femmes sçavoit tromper et avoir au moment , et qui plus luxurieux estoit ; et mesme régnoit encoires plus ice- Ini péchié de luxure es preslats de l'église et en touts gens d'église. Et comme le temps durant que le duc fust hors de ses pays, ledit duceustlaissé le gouvernement de tous ses pays à Charles son fils, qui estoit en l'âge de vingt ans , auquel gouvernement ledit Charles se contint très bien , et se faisoit fort craindre en faisant justice, caril volloitsur toutes choses que justice l'ust faite , ung dangier y avoit , comme on disoit , c'éstoit qu'il estoit informé et s'informoit aucune fois, sans vouloir ouyr partie , pourquoi on le doubtoit moult, et désiroiton la revenue de son père.

Environ le quatriesme febvrier , audit an cinquante-qufttre , le duc de Bourgogne s'en vint à Lille , auquel lieu il fust reccu joyeusement ; et avoit-on fait commandement que chacun chief d'hostel envoyast au-devant du duc , atout une torche de cire ardante. Après ce qu'il oit séjourné à Lille un peu , le vingt-quâtriesme jour de febvrier , audit an , ledit duc de Bourgogne vinten la ville d'Arras; allencontre duquel chacun chief d'hostel de ladite ville alla ou envoya portant chacun une torche ou torsin ardant.

t. Ou cinquante-cinq^ nouveau style.

ly^ MÉMOIKES {t4H)

Et entra ledit duc , en ladite ville d'Arras , par la porte Saint-MicheL A l'entrée de laquelle porte, sur hours faits, y avoit jeux de mistères et de personnages; et illecq aussi vindrent allencontre de lui plusieurs grandes compagnies de pucelles , toutes blanches vestues, portants chacune ungtorsiii ardant; lesquelles sitost qu'elles veirent le duc, crièrent Noël ! Et y avoit moult de belles filles» Eit après qu'il fust entré en la ville , il trouva tout du long de la tuillerie et du petit marchié , fait sur hours , moult richement habilliés , toute la vie de Gédéonen personnages de gens en vie, lesquels ne parloient point ; ains ne faisoient que les signes de ladite mistère, qui estoit la plus riche chose que on avoit veu pieca , et moult bien fait au vif; et disoit-* on que ce avoit cousté plus de mille courronnes d'or. Brief , si Dieu fust descendu du ciel , je ne scais si on en euist autant fait , ne peu plus faire d'honneur que on feit audit duc ; et véritablement aussi il estmt moult aimé en touts ses pays , et tant que plus on ne pourroit ; et si estoit redoubté de touts ses voisins et ennemis pour la vaillance de lui.

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