CHAPITRE XXVIII
De la venue de la femme de monsieur le dauphin deyers son . mar^r ; et comment aulcuns Franchois se bouttèrent en mer et descendirent en Angleterre , et prindrent Saint-Wlcq , ung port en Angleterre, et au-:, très choses.
'En ce temps, le dixiesmé jour de juillet, l'an dessusdit cinquante-sept , madame , fille du duc dé Savoye , laquelle avoit espousé monsieur Loys , aisné fils du roy de Franche y dauphin , et laquelle n'avoit encoires oncques esté conjoinctenxent avecq son mari, jq^soit-ce qu'elle euist seize ans ou environ ; et si avoit plus de cinq ans passés que sqndit père l'avoit livrée audit monsieur le dauphiâ ; et l'estoit allé quérir le sieur de Montagu ; et elle arrivée devers ledit monsieur le dauphin son mari , consommèrent le mariage et couchèrent ensemble* Et lorsque ladite dame arriva audit Namur , le duc de Bourgogne n'y estoil point , car il s'estoit parti pour aller au pays de Picardie , et alla par Lisle à
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AbJ>eville , de Abbeville à Amiens , puis à Corbie et à Péronne et à Saiût-Quentin , lesquelles villes il alla visiter , pour ce que on disoit que le roy de Franche avoit une grosse armée preste ; et ne scarvoit-on pour où estoit aller , ne qu'il en voulloit faire. Pour laquelle cause le duc estoit allé es villea dessusdites eux remonstrer comment le roj lui auroit baillié ledit pays par accord fait ; et depuis^ par le traictié d'Arras, et leur remonstra depuis qu'il les avoit eus , il les avoit tenus en paix ; par quoi il leur requéroit , que se le roy envoyoit garnison èsdites villes, qu'ils ne les receussent pas ; mais si le roi y venoit en personne , il leur coammandoit que on lui feist, ouverture et allasi^n allencontre de lui comme il appartenoit ; ce que lesdites villes lui accordèrent; puis retourna par Camhray et alla à Mons en Haynault. En ce temps , le vingt-deu:?:iesme de juillet , il tonna et çscli^tra moult fort , et feit grand orage, etqueut (tomba) le tonnoir au clocher de Saint- Vaast.
EpvïTon un mois devant , le tonnoir aussi avoit ards ttois maisons à Lille ; et si avoit fort dommagié; une des portes de Bétl;iune ; à Paris aussi avoit fait grand dommaige ; et en celle saison aussi en plusieurs villes et villaiges par orages oit grands dommaiges.
î.Ën ce temps aussi , audit an cinquante^ept, environ le*JQur de la MUgdelaine , une partie dô. la ville de Dure^éh:, en >Hollande' , ftrst ardse ; et y oit plus de deux miUe maisons ard«es et gempluBieurs.
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Oudit an mil quatre cent cinquante-sept, au mois d'aoust , Charles , roi de Franche , faindant qu'il envoya plusieurs gens de guerre en l'aide du roy d'Escoche , lequel avoit guerre contre le roy Henry d'Angleterre , iceux gens de guerre montèrent en mer à Dieppe , et à Harfleur en Normandie ; et , disoit-on, qu'ils estoient grand nombre; etestoieht leurs capitaines , le sieur de lat Barende , séneschal de Normandie , l'admirai de la mer, Flocquet, capi-* taine d'Evreux ^ Chariot Desmares , capitaine de JDieppe , et autres ; et le jour de Saint-Jean Décolasse descendirent et prindrent port à Angleterre à Saint-Deswicq(Sand wich) . Et tan tost qu 'ils y feurent descendus et olrent prins port , ceux d'Angleterre feirent grands feus , et sonnoient par toutes églises leurs cloches pour eux assembler ; mais ains qu'ils peussent eslre assemblés , livrèrent les Franchoi» ung assaut audit Saint -Deswicq. Auquel assaut faire , feurent faits chevalliers lesdits Flocquçt , Chariot Desmares, Polrus.de Lignes et autres, jusques au nombre de vingt ; et prindrent par forche d'assaut ledit Saint-Deswicq ; et y oit des Anglois environ trois cents tués , e\ des Fr anchois de trente à quarante , entre lesquels il oit quatre homnoes d'armes franchois inorts. Après ce fait , les Franchois pillèrent toute la ville et meirent leurs sacs sans boutter nuls feux ne riens faire aux ^lises , puis se meirent en mer sans retourner à Dieppe , le jour Saint -Gilles ensuivant ; et rie fpttr^t sur terre que l'espace d'une ^ marée ; et y
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gagnère^Qt les Franchois grand butio . En ceste propre saison , environ huict jours devant , une grande compagnie de Bretons aussi passèrent la mer , et entrèrent en Angleterre et y bouttèrent les feus et pillièrent une grande distance de pays , puis s'en retournèrent en Bretaigne ; et disoit-on que les Franchois qui estoient montés à Dieppe cuidoient que lesdits Bretons deuissent venir en leur compagnie, mais chacun feit son fait à part lui.
En ce temps, le mardi vingt-uniesme de septembr-e, le cardinal de Constance , le sieur Desternay , l'un desgénéraux de Franche, et ung des secrétaires du roy de Franche Charles, ambassadeurs dudit roy de Franche , envoyés devers Philippe , duc de Bourgogne , arrivèrent à Bruxelles ; et estoient accompagniés deTévesque d'Arrâs, nommé Jehan, lequel les avoit attendu à Tournay , au commandement dudit duc ; et environ la Toussaint ils s'en retournèrent ; et ne peusT-je scavoir les causes pourquoi ils estoient venus, ne la response qu'on leur feit»
En cest an cinquante-sept, on mourut de l'impédimie (épidéipie) en plusieurs villes et villaiges, très fort , espéciallemeht à Amiens , à Compiègne , à Noyon, à Douay et ailleurs.
En ce temps , en la ville d'Arras , mourut maître Jehan Lesot, agié de quatre-vingts ans environ, lequel estoit conseillier de la ville d'Arras ; après laquelle mort succéda à son office Richart Pinchon, procureur de la ville; lequel Richarl^ depuis lors
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en avant se feit appeller maître Richart, combien qu'il ne fust clercq , et n'a voit oncques éstudié eu clergie ; mais il estoit renommé d'estre ung des plus cauteleux hommes du pays ; et par subtilité et caulelle estoit procureur-général du pajs du duc de Bourgogne. Il avoit en son temps tant travaillié l'église de Saint-Vaast par procès, tant encontre la ville d'Arras , comme contre lui propre , que pour ung jour la ville d'Arras avoit cinquante et ung procès contre ladite église de Saint Vaast ; et faillit enfin que , pour eschever (éviter) les grands despens, le duc envoyast certains commissaires despotes de par lui, pour les accorder; et y feurent envoyés maître Jehan Tronchon et maître Philippe de Lanterne ; et des cinquante et ung procès, ceux de la ville d'Arras, par la sentence desdits commissaires, ne obtini^ent gain quç en ung, et ceux de l'église en cinquante; parquoion pou voit percevoir que ledit Richart n'aimoit point l'église ne celle de Saint-Vaast , ne celle d'Ancin , ne mainteis autres, auxquelles par sa subtilité il feit maintes griefs torts et dommaiges.
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