‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 87 sur 125 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Comment le comte de Sainct-Pol vint devers Philippe, dac de Boargogne, pour cuider avoir lainain-leve'e de sa terre d^Enghien j et comment le duc ^ en la présence dudit comte, lui feit proposer plusieurs crimes par lui fait^ , çt de la response dudit comte ,et d^itufxes choses.

Comme en l'an précédent cinquante-six, Philippe, duc de Bourgogne , eust fait mectre en sa main la terre d'Enghien , appartenant au comte de Sainct- Pol, laquelle terre est hors du royaume de Fran-? ehe , et jà-soit-ce que le comte euist plusieurs grandes terres et seigneuries enclavées es pays du duc, qu'il tenoit du rpyaume, le duc n'avoit touchié qu'à la terre d'Enghien, laquelle estoit, comme dit est, hors du royaume j» le comte, désirant avoir main-levée de sadite terre , ou scavoir pouri^uoi le duc le avoit mis en sa main et en faisoit recepvoir les prouffits, envoya prier et requérir au duc qu'il lui pleust lui envoyer ung saulfconduit , adfin qu'il pust venir vers lui et scavoir les causes pourquoi il avoit mis ses terres en ses mains. Lequel saulf-conduit le duc ne vouUut bailler y ne envoyer de prime face , se ledit comte ne se desclaroit son ennemi; mais s'il se desclaroit son ennemi, très volontiers lui envoyeroit. A quoi fust fespondu parle comte qu'il ne se desclareroit point '

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soD ennemi , mais son humble subjet, et que pour doubte de son ire , n'oseroit venir devers lui sans saulfconduit,et autrement il n'y venroit (viendroit) point. A la parfin, le duc lui envoya ung saulf-conduit. Et tantost que ledit comte oit ledit saulf-conduit , accompagniédu sieur d'OfFemon, du sieur de Jenly, du sieur de Happlaincourt et autres chevalliers, jusqu'au nombre de vingt-quatre ou plus , avecq deux avocats de parlement , et autres gens de conseil et escuyers , bien jusques au nombre de deux cents chevaux environ, le quinziesme du mois de septembre, audit an cinquante-sept, arriva en la ville de Bruxelles, où estoit ledit duc, et le seiziesme Jour dudit mois , le comte vint devers le duc en son bostel à Bruxelles, etillecq, en public, présentstouts ceux qui y vouUoient estre , fust dit et remonstré audit comte par le conseil du duc présent, comme le comte estoit bien tenu à lui ,♦ et que tout le bien qu'il avoit venoit la pluspart de lui ou de ses prédécesseurs ; car par les prédécesseurs dudit duc , auroit esté envoyé quérir le père dudit comte avecq ses deux oncles , frères de sondit père, au pays' de Luxembourg , lesquels on avoit rapporté petits enfants eu hottes,' et depuis, par le moyen dudit duc, avoient ensoubs lui et ailleurs les seigneuries que chacun sçavoit , c'est à sçavoir sondit père , nommé Pierre de Lu3i|.embourg , le comté de Sainct-Pol, k seigneurie d'Enghieu' et autres terres ; son oncle, messire Jehan de Luxembourg, la-comté de lignes et plusieurs autres grandes terres ; et si le

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avoit fait capitaine de la comté d'Artois , et son second oncle cardinal de Rouen. Mais pourquoi il avoit fait mectre sa terre d'Enghien en sa main , estoit pour certaines homicides occultes et autres crismes que le duc disoit que le comte avoit faits , ou fait faire , lesquelles choses on lui desclara ; et dura la desclaration bien l'espace de trois heures , en lui desclarant aussi qu'il n'estoit point venu vers le duc comme son subjet et vassal, ains estoit venu l'espée au poing , accompagnié comme ci-dessus est dit, et par saulf-conduit. Après laquelle proposition faite par le conseil du duc contre le comte, le comte respondit que , au regard du isaulf-conduit , il ne l'avoit pas prins comme ennemi du duc, ains estoit et avoit eslé prest de le servir , et que s'il ne doubtoit que lui , il le sentoit si sage et si prudent que en tout et partout il se mectoit en sa volloilté ; mais il sçavoit de certain que en sa cour avoient aucuns qui l'enflammoient devers lui, et ne l'aimoient pas, pourquoi, doubtant l'ire de son prince, il n'euist osé venir sans saulf-conduit. requérant au surplus au duc qu'il puist parler à lui à part pour lui dire et s'excuser des crismes qu'on lui mectoit sus, ou se non qu'il fust ou y en public en ses excusations, ce qui fust accordé. Toutesfois, quelque excusation qu'il feit , tant par sa bouche que par la bouche de maître Jehan de Poupecoiirt ( Popin court ) , avocat en parlement, la main du duc ne fust pas levée de sa terre d'Enghien, et s'en part it le comte isans rien faire ; et la cause princi-»

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pale> entre plusieurs autres, on présumoit que ledit Philippe , duc de Bourgogne, n'estoit pas bien content du comte , estoit pour tant que jà pièça le comte, qui avoit plusieurs enfants, tant fils comnie filles , avoit donné à marriage Sa fille aisnée légi* tiiiie, pour prendre à marriage, au fils aisné du sieur de Croy , lequel estoit premier chambellan et gouverneur du duc ; laquelle avoit esté et estoit passé dix ans en la main dudit sieur de Ci*oy, pour tant que ladite fille estoit trop josne y et estoit aussi son fils; mais en icellui temps feurent assés agiés; pourquoi le sieur de Croy avoit fait les nopces de son fils et de ladite fille enviroa le Noël , l'an précédent, et les avoit fait coucher ensemble. Lesquelles nopces s'estoient faites contre la voUonté du comte, et n*y avoit point esté; ains y avoit envoyé son fils aisné secrètement , accompagnié de gens de guerre pour la cuider embler et la ramener en son hostel; mais le sieur de Croy en fust adverti. Si s'en retourna le fils du comte de Sainct-Pol sans rien faire> et le sieur de Croy leur feit consommer ledit marriage. Depuis lequel marriage consommé , ledit sieur de Croy voulut que le courte payast le marriage de sa fille, ce que le comte ne voulut. Toutesfois, touchanttoutesces choses, ne fust rien parlé par le duc, quant il feit desclarer au comte les causes qui le avoient meu avoir ses terres en sa main.

En ce temps, le dix-huictiesme jour de novembre, audit an cinquante-sept , en la ville d*Arras, devant l'Hostel-Dieu de Saint-Jean en l'Estrée , au

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poinct du jour , f ust trouvé ung homme meurdrj, à barbe rousse , bel homme , fort et puissant , de Tage de quarante ans ou environ ; et fust trouvé en sa chemise , ses chaulses et son pourpoinct , et sa robbe jettée sur son corps; et ne pooit-on percevoir sur lui nulles playes, sinon qu'il avoit les cuisses desquirées, ainsi que on l'avoit traisné ; et si avoit lehatreau(cou) tout noir, ainsi s'il euist esté estranglé; et fust ledit mort porté en la halle d'Arras ; et combien qu'il y fust demi-jour ou plus , si ne fust-il pas recognu de personne; mais on supposoit qu'il fust marchand de joillerie; et ne peut-on oncques^davoir dont on le a Voit atraisné, ne qui avoit fait le raurdre.

Eiii^e temps aussi, environ la,Saint-Martin d'hiver > le Ijyon d'Aix et Hutinet de Lannoy, en la ville de Hesdain^ à plein jour^ battirent et navrèrent, en plusieurs lieux de son corps , le prieur de Hesdain, lequel estoitmoisoe de l'ordre de Saint-Rémy ,de Reims; et la cause fust pour tant que ledit Hutinet avoit esté quérir une femme que ledit moisû^ tenoit, de quoi ledit Hutinet avoit esté battu par le bastard de Cohem, lequel bastard avoit ramené ladite femme dudit moisue. A vérité dire, plusieurs gtîns'd'église. et le plus, en ce temps et long-temps pàravant, estoient si dissolus au péchié de luxure et avairice , ambition et es délices mondains , que ce seroit pitié à le mectre par escript , et aussi bien les grands comme preslats et autres que les povres prestres , mendiants et autres.

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En ce temps aussi; le hiiictiesme jdûr cle novembre, ung josne compagnon, nommé Petit Jean Fourment, en la paroisse de Hees près Arras, à son père, nommé Willame Fourment , donna ung coup de dacque dans sa maison entre les quatre membres; et la cause po.urqûoi, fust ce que son père voulloit aller rompre son coffre.

En cest an aussi cincpiante-sept, et l'an cinquantesix et cinquante-cinq, • feurent gfains en pareille valleur;^t valloit de trente-deux à trente-cinq sols, monnoye d^Artois, la charge d'ung cheval dé bled.

En cest an aussi, le quatriesme jour de<lécembre, environ noeuf heures du véspres , Jàcotiû Braquet, bourgeois d'Arras , et à marier , fust ocdis et mis à mort entre le petit marchié, à cousteaulx à pointes, en la ville d'Arras, par trois compagnons , nommés Jacotin Depré , Jennin , fils de Fremin , orphèvre, dit Biset, et Gufret, lesquels se disoient au sieur de Habare ; et avoit Tung d'eux esté à tuer ledit Jacotin, qui avoit esté tué comme cy -dessus est dit. Lequel Jacotin estoit âgé de trente-neuf ans ou environ , lequel en son advenement , environ dix-huict ou vingt ans devant ^sa mort, avoit esté soubconné de avoir occis avecq autres, en ladite ville d'Arras, ung sergeant d'icelle viHe nommé Perard. Mais, par forche d'argent et d'amis, il s'en purgea de fait nié , et depuis avoit ledit Jacotin despendé la pluspart de sa chevance. Et jà-soit-ce que ledit Jacotin fust de bonnes gens en ladite ville d'Arras , pour les débats et les noises que avoit.

jà-soit-ce qu'il ne sceust tirer en ung arcq, si estoitil bon homme d'armes, bon jouster et subtil homme; mais il estoît de méchante vie, et aimant les dez et les filles.

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