CHAPITRE XXX
IleTanibâssade queLanselot, roy de Hon^e et de Behaigne , envoya devers le roy de Franche, pour avoir sa ûlle en mariage j et d^aatrei choses/
Le huictiesmç jour de décembre, mil quatre cent cinquante^sept , en la ville de Tours en Tourraine, entra et arriva l'ambassade que envoyoit Lancelot, roy de Hongrie et de Behaigae, entre grandes et nobles ordonnances ; et estoient de trois nations, de Hongrie, de Behaigne et d^ Autriche s de Hongrie, l'archevesque Croldoffam, messire Laxilan de Polui; de Behaigne, le sieur Dester-» nembourg , messire Ozeran Zetzinges, et messire Jacques Strop. Et si en estoit le prévost de Tresves, le sieur Delrodenaguet , messire Adam de Castenoy et douze ou treize autres chevaliers , et bien trente gentil hommes de bon hostel; lesquels entrè^ rent en ladite ville en très belle ordonnance ; et estoient bien sept cents chevaux ou environ , et vingt-six charriots bien et richement attelés de beaux cheveaux. Belle chose estoit à veoir ladite entrée ; mais ains qu'ils arrivassent en ladite ville.
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envoya Charles, roy de Franche > à Tenconlre d'eux une grande et noble connpagnie : premier , le cardinal de Constance , l'archevesque de Tours, le sieur du Mans et plusieurs gens d'église; et après aUoient ceux de la ville de Tours; et après eux le chancelier de Franche et ceux du conseil; après estoient;, qui estoit la dernière compagnie , Philippe , duc de Savoye , leMîomte de Foix , le comte de la Marche , le comte de Dunois , le marquis de Saluées, le sieur de la Tour , le grand séneschal de Normandie et toute la suite de la noblesse , estant en la ville de Tours, Et quant les gens du roy de Franche trouvèrent lesdits ambassadeurs , chacun se meit en belle ordonnance ; et leur feit le chancelier dé Franche une belle et notable proposition. Et après, semeirent les gens d'église avecq les gens d'église , les chevaliers et escuyers avecq chevaliers et escuyers, et ainsi entrèrent enla ville deToursen très grande joie* Le roy de Franche , Charles, son second fils, la royne et madame Magdeleine, fille du roy de Franche , estoienl logés au Motis, assés près de ladite ville ; et avoit esté le roy Charles malade ; et pour tant ne peurent lesdits ambassadeurs parler à lui qu'il ne fust dix jours après ladite entrée. Auquel jour, qui fust le dix-huictiesme dudit mois de décembre , lesdits ambassadeurs feurent audit lieu de Motis et parlèi'ent au roy Charles, et lui feirent la révérence et recommandations du roy Lanselol, leur souverain seigneur et maître, et par la bouche
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du dessusdit archevesque de Croldestam , fust faite une belle proposition en latin , remontrant le prochain lignaige entre ledit roy Charles et ledit roy Lanselot ; aussi le grand amour que de tout temps avoit eu entre ceux des royaumes de Hongrie et de Behaigne et la très chrestienne maison de Franche; et dit au roy , qu'il n'estoit si belle chose que de paix^ et pour avoir amoui* entre lui et le roy Lanselot, ils estoient venus , en disant au roy Charles : « Quant paix et amour sera entre toi et mon souve- » rain seigneur, qui seroien t au monde ceux qui vous » pourront nuire? Tes prédéces^urs et nos souve- » rains royx de Hongrie et de Behaigne ont esté amis » et alliés ensemble ; encoiresysomriies-nousvenus >) pour ceste cause. Tu es la colompne de la chres- » tierineté, et mon souverain seigneur est l'escu ; » tu es la chrestienne maison , et mon souverain sei- » gneur est la muraille . » Plusieurs autres belles paroles dit au roy. En concluant , demanda et requist ledit archevesque au roy son enfant , c^est à sçavoir , dame Magdelaine , pour estre femipe et espouse du roy de Hongrie et de Behaigne. Et esi vrai que le roy Lanselot avoit fait demander par avant par plusieurs fois ladite Magdelaine audit roy Charles ; lequel lui avoit toujours rescripl que quant il envoyeroit devers lui ambassades notables , ayant pouvoir souffisant dudit roy Lanselot pour ledit marriage , qu'ily entendroit volontiers ; pourquoi le roy Charles oit l'ambassade; et voyant aussi que mieux ne pourroit allier sa fille, conclut d'en-
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tendre au matrriage; et feufent, de par le roj , gens desputés à (îQmmHnï<^uer avecq les afmbassadeurs pour pratiquer, ordonner et conclure ledit marriage. Et cependant les princes et seigneurs estants en la cour du xoj Charles se préparèrent à festoyer les ambassadeurs ; et premier commencha le comte de Foix, lequel fesloja lesdits ambassadeurs en ladite ville de Tours, le vingt-deuxiesme de décembre Tan dessusdit , et leur feit et donna un très beau disner, et feurent assis à la. table touts chiefs de l'ambassade dudit voj de Hongrie et le chancelier de Franche ; à la seconde table , touts les chevaliers et escuyers de ladite ambassade ; à la tierche table,, mademoiselle de Chastillon au haut estoit ; après , mademoiselle de Villeclerc ; après, Charles Dangier , sieur du Maisne, frère de laroyne de Franche ; après*, la dame de Chastillon; après, le seigneur et comte -de Vendosme; après, mademoiselle de,Château-Brun ; après, la damoiselle de Rosny, etplusieurs autres damoiselles, chevaliers et escuyers ; et estoient de ladite ambassade bien deux cents , ou environ ; et y avoit grand nombre de gens d'armes, héraux et trompettes , et nfiéùestriers. En icelle salle ne feurent point asàis le comte de Foix, le comte de la Marche, Philippe , fils du duc de Savoye , le comté de Dunois , le marquis de Saluées , le sieur de la Tour , le grand mareschal de Normandie , le sieur de Prie , et plusieurs autres grands seigneurs, lesquels disnèrent en une autre chambre ; et alloient la plus-
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part d*eux devant les luez. Les ta^bles feurent seT^ vies de plusieurs mez, desquels je me tairai , mais des entremez je vous. parlerai ungjjeu. Le premier entremez estoit ung cbasleau , où il y avoit quatre petites tours, et au milieu une grande tour à quatre fenestxes , et à chacune (enestre ung visage de damoiselle. Leurs cheveux derrière, et ne voyoiton que leur visage, et si avoit tout au plus haut une bannière des armçs du roy Lanselot , et tout autour des quatre tourettes , les armes des chiefs de ladite ambassade , et dedans ladite tour avoit six enfants très bien chantants , lesquels chantoient en telle manière qu'il sembloit que ce feussent lesdites damoiselles. Le second entremez estoit une terrible beste nommée tigre , le corps gros , court et arrassé, la teste terrible et hideuse, et avoit d^ux cornes courtes et aguës. Dedans ladite teste avoit ung homme qui la faisoit remuer , comme si elle ffist en vie ; et jeïtoit feu par la gueule très hideusement; et fu^ portée par quatre gentilhommes habilliésà lamodedeBierne(Béarn), et dansèrent à lafachon du pays. Le Iroisie^me entremez estoit une grande roche où il y avoit dedans une fontaine et faisant, etconnins(lapins) blancs et autres, ety avoit cinq petits enfants sauvages, lesquels issirentd'icelle roche et commenchèrenl à danser la movoisse. Le quatriesme enlremez fust un très habile escuyer qui sembloit estre à cheval et avoit fausses jambes par dehors ; et estoieht lui et son cheval gentement vestus et bougés , et que lui advenoit à faire bondir
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et saillir son cheval ; et tenoit en sa main ung pot de divers couleurs, et d'icelui pot issoit plusieurs fleurs : et par^dçssus tout avoil ung très beau lit bien chargié de fleurs de lis; et le assit sur la grande table adfin de vouer ceux qui voudroient vouer. Si vouèrent deux chevaliers de ladite ambassade : premier , Jacques Strop feit voeu que pour Tamour de mademoiselle de Villeclerc , la quelle estqit assise plus près de lui , que jamais ne seroit à table à disner et soupper , tant et j[U3ques à ce qu'il auroit fait armes ; ung chevalier de Hongrie feit vœu aux dames et au paon , que ung mois après qu*il seroit arrivé audit pays dé Hongrie , il romproit deux lances à fers émoulus pour l'amour de la damoiselle de Chasteau-Brun , et si ne se vestiroit que de noir jusques à ce qu'il auroit accompli son vœu pour l'amour de ladite damoiselle , qui estoit vefve. Enla^n , sans laver , feurent portés à la grande table , plats pleins d'espices confites , comme on diroit dragerie , très bien faites en fachon de cerfs, biches , sangliers, ours , singes , licornes , lions, tigres et autres bestes, et en chacun plat les armes de ceux que on servoit a icelui disner. Les officiers d'armes, trompettes et méneçtriers olrent dons et largesses , et oiiltre donna le comte de Foix , au roy d'armes de Hongrie , dix aunes de drap de velours, et après grâces, on commencha à danser, mais ce ne fust guères*
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