‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 89 sur 125 · CHAPITRE XXX L · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX L

Gomment nouvelles viadrfeht en Frapche aui^ ambassadeurs^ de la piort du roy Lanselot, et du grand deuil que on en felt.

La nuict de Noël ensuivant , audit an mil quatre cent cinquante-sept , vindrent les nouvelles audit lieu de Tours , de la mort du roi Lanselot , roy de Hongrie et de Behaigne , de laquelle mort fust fait grand et merveilleux deuil de touts ceux du sang royal et autres estants audit Tours , c^r ung chacun s'effgrçoit de faire joye aux ambasaadeurs du roy Lanselot. Le comte de Foix les avoit premier festoyés , comuxe dessus est escript ; le comte de Maine les debvoit festoyer le troisiesme jour après Noël ; et déjà estoient les préparations faites si grandes, que on disoit qu'il n'estoit point mesmoire d'homme d'avoir veu devers le roy si grand disner, ne tant de grands entremez qui y debvoient estre , et après les debvoient festoyer tous les autres grands seigneurs; mais la douloureuse mort abbatit toute la joie qui là estoit. Etxju'il soit vrai, ne fust point souffert aux trompettes et u^énestriers de jouer des instruments devant le comte de Maine le jour de Noël ; lequel jour de Noël , ledit comte tenoit Testât pour le roy, ne aussi que le roy d'armes ne héraux criassent largesse , ja-soit-ce que

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le don leur en fùst fait. Pitîé estoit de veoir le deuil que ceux de la très noble ambassade dû roj Xanselot faisoient ; qui de si longtain pays estôient venus, comme *de Honnie, deBehaigne, d'Autriche et d'ailleurs , en grands et merveilleux despens de riches et somptuerax habits et vesiures , tant de très riches draps d'or et. bordures de perles, et de draps de soye et d'aiifres draps, riches fourrures de martres zébeliries,. hermines, menus vairs et autres fourrures , de. riches joyaux, vaisselles d'or et d'argent > riches montures et grands nombres de charriots bien babilliés. Or, voyoient iceux ambassadeurs, le très grand appareil qui sç mectoit sus, tant de beaux banquets, diners, soUppers, jfJustes criées et toutes autres manières de festoyements , de quoy corps d'homme se peut adviser, se préparoient pour eux festoyer. Et d'autt^e part, en quelle joyè se cuidoient aller, car ils se fenoient pour touts asseurs de emmener la belle et bonne Magdelaine , fîUé du roy Charles dé Franche, à leur souverain seigneur, qui tant ne désiroit terres et joyaux, or et argent, et ne demandoit que son seul corps. Ledit Lahselbt estoit josne roy, âgié de dix-huict ans et non pjus. Il la désiroit pour l'amour d^elle et pour tant qu'elle estoit fille ilu roy de Franche. Iceux: ambassadeurs scavoient Aussy les grands apparaux qui se faisoient par touts les lieux où ladite dame Magdelaine dêbvoit passer, et par espécial en la ville de Parme(Prague), où elIe*debvoit estïfe moultriche-^

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ment couronnée et receue ; auquel lieu de Parme iceux ambassadeurs s'attendoient d'avoir triomphes de gloire et d'honneur., ensemble rémunération de leurs grands travaux, peines et coustâg^s que portés avoient en leurs voyages. Or leur advint tout le contraire de leur désir. La mort d'icelluy roy Lanselot fust celée au roy Charles , six jours, et ne lui osoit-on dire pour deux raisons , l'une parce qu'il avoit esté malade , l'autre pour le grand desplaisir qu'il en prendroit. Et fust le service du roy Lanselot fait aux despens du roy Charles de ceux de son sang, et conseil, ains qu'il en sceut riens; et fust fait eh l'église de Saint-Martin , en la ville de Tours, le viégt-neuf de décembre ensuivant, où feurent le comte de Maine, le comte de la Marche, Philippe de Savoye , le comte de Dunois et autres grands chevalliers et escuyers, de gens de conseil et preslats, et dit le cardinal de Constance la messe^ A icelluy service y oit deux cents torches et mille cierges ; les povres qui tenoient les torches feurent touts vestus de noir ; et fust donné pour Dieu celluy jour deux cents livres tournois , et icelluy mesme jour fust dit au roy Charles la mort du roy Lanselot, dont le roy fust moult desplaisanL; toutesfois il loua Dieu, puis que son plaisir estoit comme ainsy fust.

Et le penultiesme dudit mgis de décembre , ceux de ladite ambassade allèrent prendre congié à la royne de Franche et de dame Miagdelaine, et lui présentèrent ung moult riche collier, ung dia man t,

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el une robe de drap d^or à la fachon de Hongrie. A icelluy congié prendre y oit maintes larmes plourées ; et estôit pitié de veoir chacune partie , pour lé deuil que chacun menoit. Et le dernier dudit mois de déce|nj>re, lesdits ambassadeurs prindrent congié du roj Charles, et lui présentèrent quatre che Vaux blancs qui avoient esté conquis sur le grand Turc, dont sur les deux avoit deux pages^ et les autres estoient en main, touts couVerts.de draps d'or et scellés. Le roy Charles aussy donna grands dons auxdits ambassadeurs , c'est à sçavoir , riche yaisselle toute dorée , couppes d'or toutes plaines d'escus d'or , et fit dons à touts ceux à iqui il appartenoit, et aux officiers d'armes, trompettes,* ménestriers, tambourins, et comme on disoit, monta le don qiie le roy leur feit à vingt-deux mille escus d'or ou plus, les soixante-dix escus pesant huict onces, vingt esterlins pour chacune once; et après se départirent lesdits ambassadeurs, et s'en rallèrent en leur pays.

, Les nouvelles vindrent à Philippe, duc de Bourgogne, environ le jour de Noël, audit an, que le roy Lànselot , roy de Hongrie et de Behaigne , âgié de dix-huict ans, estpit mort. Lequel roy Lànselot estoit mort par poison , lequel poison lui fust baillié en ung mangier aux vespres; et prestement qu'il oit mangié ledit poison, il devint pasle et depuis verd comme herbe , et ne vescut que trois heures après; et, disoit-pn la cause pourquoy il fust empoisonné, estait pour .ce que le roy Lànselot voul-

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loit avoir la fiUe du roy de Franche , et ses gouverneurs doubtoienj que âpres le mariage fait , ne lui bailliast autres gouverneurs. Ledit roy Lanselot disoit lui appartenir la ducWé de Luxembourg , laquelle duchié Philippe, duc de Bourgogne, avoit conquis à Tespée, et disoit-on lui appartenir par les raisons cy en ce livre dessus desôlarées ; sy la tenoit en Sa main et le pbssessoit* Ledit roy Lanselot laissa par testament , comme on disoit , .à la fille du roy de Frfinche ladite duchié.

Iceliuy roy, nonobstant que ledit duc Philippe et lui feussent prochains parents, sy terioit-il le duc pour son ennemy à cause de ladite. ducljié de Luxembourg ; et disoit'-on que l'une des causes pourquoy il se vouUoit allier en Franche , estoitadfin d'avoir l'aide du roy de Franche pour venir guerroyer ledit duc ; et s'estoient ja tirés aucuns gens de guerre du roy de Franche '• vers ledit pays de Luxembourg, en espérance que > le marriage consommé entre la fille du roy de Franche et le roy Lanselot; ily auroit pleine guerre. Ces choses considérées, et nonobstant que le duc fust adverty de toutes ces choses, sy ne les doiïbtoit-il pas, ains feit grand deuil de la mott dudit roy Lanselot, et feit faire ung moult notable serviche pour ledit roy en la ville de Bruges, où feurent monsieur Loys de Franche ^ aisné fils du roy de Franche, dauphin- de Vienne, Charles, comte de CharoUois, fils du duc, et plusieurs autres princes , chevalliers et escuyer». Iceliuy roy Lanse-

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lot avoit, comme on disoit, commis exécuteur de son testammeiït^ à ^ause du don i^u'il àvoit fait de ladite dudiié de Luxembourg à Magdèlaine^ fille du roy Charles , le père de ladite ifille.

En ce temps, Jehan de Coymbres, fils de Pierre de Portugal , lequel Jehan avoit espousé la fille du roy de Cypre , nouvellement mort , laquelle estoit royne de Cypre , et par ce moyen estoit ledit roy Jehan , roy , clost son dernier jour et mourut. Icelluy Jehan estoit nepveu à la duchesse de Bourgogne , et le avoit le duc marrie et fait roy. En ce temps aussy, le premier jourîde janvier, maistre Jacques de Paris, de Tournay, clost son dernier jpur et mourût en la ville de Paris, en l'eage de quatre-vingt ansouenviron; lequel maistre Jacques estoit tenu le plus expert etle plus sage en la science de médecin , qui ne fust au royaume de Franche , ne qui avoit esté grand temps devant. On lisoit aucuns livres par lui faits comme faits ps^r très notables docteurs. Icelluy maistre Jacques délaissa moult de- livres en médecine , et fust moult plaint pour le poble sens qu'il avoit en l'art de médecine..

En icelluy an , environ ce temps , . clost son dernier jour et mourut le duc de Bretaigne sans laisser hoi?s de sa chair, ep laquelle duchié lui succéda son frère Arthus, comte de Richemont et connestable de Franche.

En icelluy temps, environ la chandellier , en la ville de Lille, l'hoste de'' la teste d'or, nommé Gilles de Neyers, fust ards, et raitiené en poudre

pour le ord etvîllain péchié de Sodome ; et accasa icelluy Gilles plusieurs d'icelluy péchié , et mesme ung Amessure , lequel fost prins et ards pareillement. En la yîllé de Saint-Omer , feurent ards deux hommes pour ledit péchié, lesquels en accusèrent plusieurs autres comme l'on disoit , dont onardit encoires depuis en ladite ville. En icelluy temps, ung cabaretier, demeurant sur le marchié, nommé le Régent , lequel estoit blasphesmeur du nom de Dieu , et sy n'en prenoit-on quelques pugni lions, en revenant en son hostel après disner, soudainement mourut.

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