CHAPITRE LXIV
Comment la paix fast £ute derechief du comte de Charollois et du duc son père , «t de ceux de la cité de lAé^e et du pa;^s.
Le dimanche, septiesme jour de septembre, l'an dessusdit soixante-six, bien matin, le comte de Charollois , derechief se remist en bataille ; et ne passa pas ce jour le connestable la rivière , ains dempura avecq le comte; et en ceste ordonnance feurent jusques à dix heures. Lequel temps durant , les coureurs trouvèrent que les Liégeois s'estoient retraits, et se tenoient en ung villaige environ Tongres; et environ dix heures, l'ambassade revint de Liège , lui dire que ceux de Liège lui prioient et requéroient paix, et qu'ils estoient prests de tenir et parfurnir de poinct tout ce que le duc son père et lui demandoient ; et que pour ce faire plusseurement, ils bailleroient hostaiges
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de l'homme , tels qu'il plairoit au duc d^eslire , c'est à sçavoir , trente-deux hommes pour la cité de Liège , six pour la ville de Tongres, six delà ville de Saioct-Tron , et six de la ville de Hasselt ; et mesmemeut ce propre jour en livrèrent une partie; lesquels feurent menés à Judenge (Jodoigne) devers le due de Bourgogne, lequel s'estoil parti de Namur à intention d'estre avecq son fils pour combattre les Liégeois* Et par cette manière fust faite la paix d'entre le duc , son fils et les Liégeois , par laquelle paix ils promirent payer six cents mille florins de Rhin en six ans ; chacun an cent mille , et livrèrent les dessusdits cinquante hostaigiers à la volonté du duc , et tels qu'il les vouloit avoir ; lesquels , au bout de l'an , et qu'ils auroient payé ung paiement , iceux cinquante seroient quittes , et retourneroient , moyennant que ceux de Liège, ains qu'ils partissent, en renvoieroient d'autres cinquante , tels qu'il plairoit audit duc coinme dit est ; et si seroit le duc , comme duc deBraband, et ses successeurs ducs de Brabandà toujours maimbourgs (gouverneurs) et Capitaines des Liégeois et du pays, sans le conseil et, volonté duquel ils ne poiroient faire quelque chose doresnavant de nouvel. Moult autres choses y eut qu'ils promirent faire par ledit traictié ; desquelles, par brièveté , je me tais.
Ce jour , et le lendemain lundy , vivres feurent moult chiers , et à peine en pooient recouvrer les gens d'armes en l'ost.
MoMSTnELET. T. XV, — Mbm. de j. du Cleucq. 9
i3o MôMoinEs {i^m)
Ledit jour de lundy, huitiesme jour de sep* tembre , après que la paix et tout estoit fait , arrivèrent les Bourgoignons venants du pays tle Bourgogne, lesquels estoient environ quatre cents lanches;et les conduisoitledit seigneur de Montagu, etle marquis de Rostelings(Rothelin);etainsic'est(Ht la deuxiesme fois, c'est à sçavoir, Tannée passée , et à cesle fois , que lesdits Bourgoignons estoient venus sur le tard.
Cedit jour aussi arrivèrent en l'ost les Suistres ( Suisses ) , qui estoient environ soixante hommes.
Et ce propre jour, arrivèrent aussi trois cents hommes envoyés de la ville d'Anvers , cuidants que le comte , ce jour , deuist combattre les Liégeois. Ce propre jour aussi vindrent devers le comte touts les hostaigiers que ceux de Liège promirent livrer à la volonté du duc.
Le mardy ensuivant, le seigneur de Hubercourt et l'archidiacre de Avalon , feurent housses pour aller en la cité de Liège, pour rapporter le traictié scellé ; mais ils eurent conseil de non y allet.
Et le lendemain mercredy, ceux de la cité vindrent deslivrer au comte de Charollois les lettres de leur promesse scellées des sceaux des villes de Tongres, Sainct-Tron et Hasselt, et autres villes, contenants comment ils promectoient furnir et entretenir le traictié par eux fait, et chacun en baillier les hostaigiers , desquels si aucuns d'eux moroient durant qu'ils seroieht has-
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taigiers , ils seroient tenus d'en envoyer des autres ; et que des intérests que le duc avoit eu depuis la paix faite l'anuéeparavant , ils en prenoient le duc à juge , promectant payer ce qu'il en ordonneroit et faire à sa volonté • Et ce soir, le comte de CharoUois feit defFendre en son ost le courre , fourragier, et tout fait de guerre , et fust la paix cryée. *
Le jeudi ensuivant, onziesme jour de septembre, le comte de CharoUois et son ost se partist du lieu où il estoit, qui s'appeloit Helloy, et vint à Montenacq , et le vendredi à Groisettes , et le samedi à Moustier-sur-Saunière, et le dimanche à Chastellet-sur-Seine , un gros villaige appartenant au chapitre de Liège, et toujours son ost avecq lui. Audit Chastellet vindrent ceux de Tuin, faire leur amendise> lesquels pjar trois fois se jettèrent à genoux à terre, en criant merci en grand nombre, et là fust leur paix faite moiennant le traictié fait et ce qu'ils avoient promis d'abbattre leurs portes et murailles, et payer au connestable ce que cidessus est dit , et feurent illecq cent hommes ordonnés pour desmolir les murs de Tuin , aux dépens de la ville. Illecq donna le comte de Gharollois congië à touts ses gens, lesquels retournèrent touts en leurs marches, et le comte s'en alla à Gembloud, en Braband, et puis vers le duc son père, lequel estoit retourné à Bruxelles.
Au mois d'octobre ensuivant , hors de la porte de Saint-Michel de la ville d'Arras, un^^: nommé
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Miquel navra le fils d'ung mosnier , nommé Jehan de Bourgogne, duquel coup il mourut environ quinze jours après ; lequel Miquel fut prins prisonnier et descapité au marchié d'Arras. Icelui Miquel estoit de tel courage qu'il pria plusieurs fois qu'il n'eust pas les yeux bandés , et qu'il estoit tant asseuré qu'il ne doubtoit point la mort ; mais pour sa prière n'eil fust rien fait.
Audit an soixante-six , en la fin du mois de novembre , le duc de Bourgogne et son fils envoyèrent le souverain de Flandres , le seigneur de Rabodenghes, le seigneur delà Bôutillerie, et autres, en ambassade devers le roy Edouard d'Angleterre.
Le vingt-huitiesme jour de décembre , audit an , en la ville d'Arras , .ung machon , nommé Jacquemart, frappa par-dessous en l'aisne un sien beaufrère, nommé Absalon Ricart, sayeteur, duquel coup il mourut prestement et sans parler ; lesquels deux avoient soupe ensemble à la feste de la confrairie des archiers, dont ils estoient confrères. Et se meut la noise derrière Sainte-Croix , pour ce que chacun d'eux avoit des enfants , lesquels estoient nepveux d'un prestre , et que le prestre faisoit plus de bien aux uns que aux autres.
Audit an soixante-six encoires , en ung viliaige nommé Esquerchin , deux frères , pour ce que le maisnéreprenoitl'aisnéde sa malle vie,et que c'estoit mal fait qu'il avoit laissé sa preude femme , et tenoit une concubine, icelui son frère, qui estoit
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homme suivant les guerres, courut sus à son frère, le cuidant tuer, et le navra. Quant son frère, qui estoit bon lahourier et preurl*homme , veit ce , sy se ravengea; et comme Dieu le voUut, il tua et occist son frère, qui estoit très mal renommé. Le douziesme jour d'apvril ensuivant. Tan mil quatre cent soixante^sept , en la. ville d'Arras , ungcompagnon de Bucquoy, environ Arras, lequel servoit Jacotin Berto, ung archier de corps du duc de Bourgogne, fust navré de trois compagnons, de laquelle nayrure il mourut cinq ou six jours après^