‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 50 sur 54 · JOURNAL (iâ^f · texte numérisé non relu

JOURNAL (iâ^f

ville et les Arminaz, et les autres vindrent par-devant , et les assaillirent moult asprement , et eux se deffendirent moult bien ; mais quant ils virent venir par derrière les autres, si cuidèrent que plus feussent trop qu'ils n'estoient; si se desconfirent d'eux-mesmes, et furent prins les plus gros cappitaines ou tués ; et entre les autres avoit ung meschant nommé Guillaume le Berger, qui faisoit les gens ydolatres en lui, et se chevaulchoit de costé, et monstroit de fois en autres ses mains et ses pies et son costé , et estoieht tachés de sang comme Saint- François; et fut prins ung capitaine nommé Potoa de Santraille, de moult grant renommée, et autres assez, et furent menés à Rouen •

Item y le jour de la my-aoust mil quatre cent trente-un, cuisi ung boulanger en la rue Sainct- Honoré du pain bien largement de très belle farine , et quant il fut cuit bien et bel, il fut de couleur de cendre; dont il fut si grant parler à Paris, que le plus disoient que c'estoit signifiance de très grant mal advenir; les autres disoient que c'estoit miracle pour ce que cuist avoit esté le jour de l'Assomption de Nostre-Dame ; brief, Paris estoit tout esbahy de ceste merveille, et n'y avoit celui qui n'en jugeast en aucune manière ; et fut le boulanger prins et sa farine pareillement, et en fît le prévost de Paris cuire , et quant il fut cuit et ordonné le mieux quefaire sepovoit,il fut trouvé autel (semblable) que l'autre ou plus lait. Si se conseilla la justice, et du blé veoir voldrent, et ne virent point ou blé

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nulle deffaulte ; si en firent mouidre et cuire de rechef ; mais il fut autel , comme devant est dit. Là avoit aucuns marchands qui blé cognoissoient , qui dirent que en aucuns pays où ils avoient esté avoient mangé de tel pain plusieurs fois, espécialement en aucunes cpntrées de Bourgongne, et est très-bon et savoureux à manger, et advient par une herbe qui croist avec le blé souvent que on nomme la roivolle ; et vrai estoit; mais le peuple de Paris ne se povoit appaisier ; et n'estoit pas fils de bonne mère qui n'avoit ung morcel de ce pain pour monstrer Tung à l'autre, pour la coulleur.

Item^ en octobre ensuivant, le vingt-cinquiesme jour, se partirent de la ville de Louviers, qui bien l'avoient tenue cinq mois ou environ contre les Anglois , et furent par composition qu'ils emportèrent tout ce qu'ils porent emporter; et si orent grant finance avecques; et encore estoit en la composicion que les Anglois ne dévoient à tous les habitants de la ville reproucher ne faire aucun grief par pillage ou autrement. Mais de ce se parjurèrent; car aussitost la garnison fut yssie, ils firent tout le contraire de ce qu'ils avoient promis ; et si firent abattre les murs de tout en tout. Quant ils orent fait leur voulenté, qui ne fut guère à leur honneur, ils allèrent à Rouen ; c'est à sçavoir les plus grands pour eux aisier; et disoit-on qu'il viendroit tant de bûche, mais que la ville de Louviers fust délivrée, que chacun en vauldroit mieux.

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Tantost après envkKjn huit jours , elle enchérj de tournois à Paris ou plus ; et disoîent les gouverneurs , et faisoient dire de jour en jour, que le duc de Bqurgongne venoit à Paris , et que pour vrai il admenoit avecques lui ung Jégat du pape , et que eux deux dévoient mettre bonud paix entre Charles qui se disoit roj de France et d'Angleterre, etHenrj qui se disoit roy de France et d'Angleterre; mais cela n'estoit que pour appaisier le peuple, qui moult estoit en grant oppression ; car en vérité le duc de Bourgongne ne tenoit compte de tous ceux de Paris ne du royaume en rien qui soit ; et pour ce vint Henry à Paris bien accompaigné, et y fut sacré et couronné.

Iterriy le jourSaînt- André, darrain jour de novembre, vint gésir Henry, âgé de neufansouenviron,en l'abbaye de Saint-Denis en France, à un vendredy, lequel se nommoit roy de France et d'Angleterre.

lierriy le dimenche ensuivant, premier jour des advents, vint ledit roy à Paris par la porte Sainct- Denis, laquelle porte devers les champs avoit les armes de la ville ; c'est à sçavoir ung escu si grant, qu'il couvroit toute maçonnerie de la porte ; et estoit à moitié de rouge et le dessus d'azur semé de fleurs de lys , et ou travers de l'escu avoit une nef d'argent grande comme trois hommes.

Item, à l'entrée de la ville par dedans estoit le prévost des marchands et les échevins tous rouges, tous vestus de vermeil^ chascun ung chappel en sa teste ; et aussitost que le roy entra dedans la

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ville , ils lui misrent ung grant ciel d'azur sur la teste, semé de fleurs de lys d'or; et le portèrent sur lui les quatre échevins, en la forme et manière, comme on fait à Nostre-Seigneur à la Feste-Dieu , et plus , car chascun crioit Noël par où il passoit. Item y devant lui avoit les neuf preux , et les neuf preues darnes^ et après foison chevaliers et escuiers ; et entre les autres estoit Guillaume, qui se disoit le Berger, qui avoit monstre ses plajes comme Sainct-Francois, dont devant est parlé, mais il ne povoit avoir joje, car il estoit fort lié de bonnes cordes comme ung larron.

Item y près devant le roy avoit quatre évesques, celui de Paris, le chancelier, celui de Noyon et img d'Angleterre , et après estoit le cardinal de Vincestre.

//e/w^ encore devant le roy avoit vingt-cinq héraux et vingt-cinq trompettes. Et en ce poinct vint à Paris, et regarda moult les Serraines (Sirènes) du Ponceau Sainct-Denis ; car là avoit trois serrainnes bien ordonnés; et ou milieu avoit ung lis qui, par ses fleurs et boutons jettoit vin et lait ; et là buvoit qui voloit ou qui povoit ; et dessus avoit ung petit bois où il avoit hommes sauvïiiges qui faisoient esbattements en plusieurs manières, et jouoient des escus moult joyeusement , que chascun véoit très voulentiers. Après s'en vint devant la Trinité, où il avoit sus eschafiault le mistère depuis la conception Nostre-Dame jusques que Joseph la mena en Egypte, pour le roy Hérode qui fist descoller ou

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luer sept vingt-quatre milliers d'enffents masles. Tout cela est oy ou mystère ; et duroient les chauffaux depuis ung pou par-delà Saint- Sauveur jusques au bout de la rue d'Ernetal, où il a une fontaine que on dit la Fontaine de la Royne.

Item^ vint de là à la porte Saint-Denys, où on fist la décollation du glorieux martyr monsieur Saint-Denys; et à l'entrée de la porte, les échevins laissèrent le ciel qu'ils portoient ; et le prinrent les drappiers, etieportèrent jusques aux Innocents; et là fut faite une chasse d'ung cerf tout vif, qui fut moult plaisant à veoir.

Item y là laissèrent les drappiers le ciel , et le prindrent les espiciers jusques devant le Chasteiiet, où a voit moult bel mystère ; car là avoit droit encontre le Chasteiiet à venir de front le lit de justice. Là avoit ung enflPent du grand du roy et de son aagC; vestu en estât royal , housse vermeille et chapperon- fourré^ deux couronnes pendans, qui estoient très riches à veoir à ung chascun sur sa teste ; à son costé dextre estoit tout le sang de France ; c'est assavoir tous les grands signeurs de France , comme Anjou, Berry, Bourgongne, etc., et ung peu loing de eux estoient les clercs , et après les bourgeois, et à sénestre estoient tous les grands signeurs d'Angleterre , qui tous faisoient manière de donner conseil au jeune roy bon et loyal ; et chacun avoit vestu sa cotte de ses armes, et estoient iceux de bonnes gens qui ce faisoient ; et là laissèrent les espiciers le ciel, et le prindrent

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les changeqrs, et le portèrent jusqu'au Palais- Royal, et là baisa les saintes reliques , et puis se party; et là prindrent le ciel les orfèvres, et le portèrent parmi la rue de Kalende et parmi la veille Juiverie , jusques devant Saint-Denis de la Chartre, et n'alla point à Nostre-Dame celle journée. Quant ce vint devant Saint-Denis de la Chartre , les orlevres laissèrent le ciel , et le prindrent les merciers, qui le portèrent jusques àl'ostel d'Anjou; et là le prindrent les pelletiers, qui le portèrent jusques devant Saint- Antoine le Petit ; et après le prindrent les bouchers , qui le portèrent jusques à l'ostel desTournelles. Quant ils furent devant l'ostel de Saint- Paul, la royne de France Ysabel, femme de feu le roy Charles VI de ce nom, estoit aux fenestres, avecques elle dames et damoiselles. Quant elle vit le jeune roy Henry fils de sa fille, à l'endroit d'elle, il osta tantost son chapperon, et la salua, et tantost elle s'inclina vers luy moult humblement, et se tourna d'autre part plorant ; et là prindrent les sergens d'armes le ciel ; car c'est leur droit; et fut baillé au prieur de Sainte-Katherine dont ik sont fondeurs.

Itenij le seize décembre à ung dimanche , vint ledit roy Henry du Palais Roy al à Nostre-Dame de Paris ; c'est assavoir à pié bien matin , accompaigniédes processions de la bonne ville de Paris, qui tous chantoient moult mélodieusement ; et en ladite église avoit ung eschaffaut qui avoit bien de long et de large et montoit sus à bien grands

AiOÇSTRELET, T'.A^K. — JoUBIT. d'uN BOURG. DE pARlS. 2o

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degrés larges que dix hommes et plus y pou voient de front ; et quant on estent dessus , on povoit aller par-dessous le crucifix , autant dedans le cœur , comme on avoit fait par dehors ; et estoit tout paiot et couvert d'azur ; et là fut sacré de la main du cardinal de Vincestre.

Item , après son sacre vint «u Palais disner lui et sa compaignie; et disna en la grande salle, à la grande table de marbre , et tout le remanarit parmi la salle cà et là ; car il n'y avoit nulle ordonnance; carie commun de Paris y estoit entré dès le matin^ les ungs pour veoir, les autres pour gourmander , les autres pour piller ou pour desrober viandes ou autre chose ; car icellui jour à icelte assemblée furent emblés en la presse plus de quarante chapperons et coppes et mordants de sainctures grand nombre ; car si grand presse y ot pour le sacre du roy , que l'Université, ne le parlement , ne le prévost des marchands, ne esche vings n'osoient entreprendre à monter à mont pour le peuplé, dont il y avoit très grand nombre. Et vrai est qu'ils cui- .dèrent monter devant deux ou trois fois à mont : mais le commun lesreboutoit arrière si fièrement, que par plusieurs fois leur convénoit tresbueher l'ung si|r l'autre; voire quatre-vingt ou cent à une fois ; et là besoingnoient les larrons. Quant tout fut escouUé le commun , ils montèrent après ; et quant ils furent en la salle , tout estoit si plain, que à peine trouvèrent-ils où ils peussent s'asseoir. Néantmoins s'assirent-ils aux tables qui pour eux ordonnées, estoient ; mais ce fut avec savetiers y

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iTWustardiers , lieurs ou vendeurs de vin de buffet, aides à maçom , que on icuida faire lever : mais quant on en Faisoit lever ung ou deux, il s'en asseoit six ou huit d'au|recosté.

Item y ils furent si mal servis que personne nulle , ne s'en Io«oit$ oarlejdusde la viande^ esjiécialemeot pour Je ccwnmun , estoit cuite le jeudi devant , qui moult semWoit estrange chose aux François; caries Angloisastoieiît chefs de la beso*ngne, et ne leur challoitque honneur il y eust, mais qu'ils en fussent deslivrés ^ et vrayement quelque personne ne s'en loua; mesmement les malades de rOstel-Dieu disoient que oncques sipouvre nesinu relief de tout bien ils ne virent à Paris.

Item y le jour de Saint-Thomas l'apostre ensuis vaut, àuuvendredi, fut ditte une messe solempnelle en la grant salle du Pallais , le roy estant en ^stat royal , tout le parlement en ^stat, c'est assavoir à chapperons fourrez et manteaux ; et après la messe lui firent plusieurs demandes raisonnables , lesquelles il leur ottroya; et aussi firent certains serments , qui leur furent demandez , qui sont selon Dieu et vérité ; car autrettieut ne voudroient-ils.

Item y vrai est que ledit roy ne fut à Paris que jusques au lendemain deNouëlJIsfirentunes petites jousiès landemain de son sacre : mais pour certain maintes fois ôU a vu à Paris enffents de bôurgecns , que quàlit ils se marioient , tous mestiers, comme orfèvres, or-bateurs, brief, gens de tmi^ joyeux mestiers eh admenddient plus qu'ils n'ont, fait du

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sacre du roy et de ses joustes , et de tous ses Anglois : mais espoir c'est pource que on ne les entend point parler , et ne nous entendent point. Je m'en rapporte à ce qui en e^ ; car pource qu'il faisoit trop grant froit en cellui temps, et que les jours estoient courjs , ils firent ainsipou de largesse. Item , vrai est que lendemain deNouël , jour Saint-E^tienne , ledit roy se despartU de Pari» sans faire aucuns biens à quoi on s'attendoit , comme déUvrer prisonniers, de faire cheoir uialtottes , comme impositions, gabelles, quatriesmes, et telles mauvaises coustumes , qui sont contre loy et droit : mais oncques personne , ne à secret ne en appert, on n'en ouy louer; et si ne fist oncques à Paris autant d'honneur à roy, comme on lui fist à sa venue et à son sacre ; voire veu le pou de peuple , les malles gaignes , le cueur a'yver, la grant charte de vivres, espécialement de bois ; car un meschant fagot tout vert vaUoit toujours quatre deniers ou six tournois; et vrai est qu'il faisoit si fort yver, qu'U n'estoit sepmaine qu'il ne gelast très fort deux ou trois jours, ou il negeoit jour et nuit, et avecques toujours il plouvoit ; et si commença dès la Toussainct ; et le treiziesme jour de janvier après l'allée du roy, gela si asprement dix-sept jours ensuivants, que Saine, qui estoit très grande, comme jusques dedans la Mortèllerie , fut toute prinse de la gelée jusques à Corbeil ; et si print en une manière de admiration ; car le lundi dont elle print , le mardi toute

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jour il pleut, et toutte nuit , et cessa un pou devant le jour , et faisoit chaut ; et au point du jour celui mardi, aussi tost que la pluie fut cessée, celle très mauvaise et forte gelée commença , qui dura, comme devant est dit, dix-sept jours; et après celle gelée que la rivière estoit ainsi prinse , le jour Sainct-Paul , il commença à déofeler -tant doucement et de nuit et de jour, que la rivière fut toute dégelée par pièces , sans faire quelque mal à pons ne à moulins , avant qu'il fust six jours après ; et si dîsoient les mariniers qu'elle avoit plus de deiix pies d'espais; et bien y apparoist ; car on alloit pardiessus, on y charpentoit pieix pour mettre au dedevant des raoullins pour rompre la glace au dégel ; on y levoit engins pour frapper les piez : mais oncques ne s'en demaiitoit. Et pour vrai, par la graee de Nostre-^Seigneur , elle fut aiftsi doucement dégelée, comme dk est: mais moult grant dommaige fîst ; car il avoit grant foison de vins , blés , lars , œufs , fromaiges qui e&toient arrivez à Mante pour venir à Paris : mais tout ou bien près fut perdu pour les marchans; car moult avoit pieu devant qui tout empira par la longueur du temps ; et si leur coustoit , tant en garde que autres frai;s, qu'ils perdirent presque tout.

Item^ en cellui temps coustoit ung meschant coteret de vieux chevrons cinq ou six deniers , car autre bois n'y avoit, et pour ce le régent abandonna le bois des bruyères aux bonnes gens , qui secourut ung pou Paris.

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Item , le vingtiesme jour de février l'aa mil quatre cent trente-un , arriva le cardinal de Sainte- Croix de Jherusalem , légat du pape , pour faire la paix entre les deux rois , dont Tung estoit nommé Charles de Valois , et se disoit par droite ligne estre roy de France, et l'autre estoit nommé Henrj,^ lequel se disoit roy d'Angleterre par succession de ligne , et de France par le conquest de feu son père ; lequel légat en fist très granttement son devoir, que tous deux lui promisrènt qu'ils s'en soubmettoient du tout sur ce qui ordonné en seroit ou grand concile qui devoit estre celle année à Basle en Allemagne, Après qu'it ot oui leurs responces*, il s'en partit de Paris, et alla au^i: autres signeurs ehrestiens partout.

Item y le mars ensuivant furent les eaux si grandes , car en Grève à Paris elle estoit devant l'ostel de la ville , en la place Maubert jusques à la moitié du marché au pain, et tous les marais depuis la porte Saint- Martin jusques à mi-voye ck Saint- Anthoine tous plains, jusques à huit jours du mois d'avril ; ne depuis Nouël jusques après Pasques de l'an, mil quatre cent trente -deux, qui furent* le vingliesme jour d^avril, on ne mangea point de verdure ; car pour faire une escuelle, coustoit ung blanc sans l'appareil ; et bonnes fèves cousloient doze blancs le bœssel , poix quatorze ou quinze.

Item^ la première sepmaine de mars vindrent les Arminaz cuider pï?endre Rouen ; e* furent bien sept ou huit vingts , qui firent tant p^g:* l'aide qu'on

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leur fisl, que par^schelles ils gadgnèrent fa plus grosse tour du chastel. Mais ceux de la ville le sçeurent tantost» Si gardèrent très bien le remena-nt du chastel , qu'il ny en pot plus eiïtrer ^ ne ils n^en poreut issir. Si furent si esbabiz^ qu'il convint qu'ils se rendissent à la voulenté de ceux de là ville j et le seiziesme et le dix-septiesme jour dudit inois de mars on en fit mourir cent quatorze , sans ceux qui firent à rançon ou noiez.

Item^ toujours geloit ou- gresieit^ ou il l'aisoit trop grant froit outre mesure ; car le samedi cinquiesme jour d'avril, mil quatre cent treûte-ung, gresla et neigea toute jour, et le dimanche ensuivant que on dit le dimanche perdu, gd^^a si fort et si asprement, qu'entre minait et le point db jour,, que tous les bourgeons et fleurs d'arbres qui estôient issues dehors , et tous les noyers , tout fut ars et br ui de la gelée.

Item y le samedi ensuivant, vigille de Pasques flem^ies, fut prinse^la ville de Chartres par grant trayson ; car il reparoit ung homme d^Orléans , qui moult sembloit estre bon marchand , et pour ce avoit-il sauf-conduit d'aller et venir à Chartres; et jà estoit cogneu par toute la ville c6mme le meilleur bourgeois qui y fust* En cellui temps avoit en 1 a cité grant faute de sel j sileur dit que leiir en amèneroit dix ou doze charretées à ung jour qu'il leur dist ; si s'y accordèrent. Si vint la vigille de Pasques fleuries , à toutes les ch^rettes, en chacune deux grandes queux. En chascune avoit deux homnnes bien armés,

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et à chascune deux hommes d'armes comme char* retiers vestus de roques, guiètre»en leurs jambes , ung fouait cbascun en leur main ; et si avoient celle nuit fait bien trois mille hommes d'armes embuschés es villaiges d'entour , et gardoient les chemins que nul ne le pust faire scavoir à ceux de la cité. Quant ils furent ainsi ordonnés , si se mirent au chemin lesdits chari^tiei^, et vinrent à la porte. Le traiteur (traître) appella les portiers qu'ils lui ouvrissent tantost la porte; car il leur amenoit, cpmme il leur distjgrant foison sel et desalouses.Si ils convoitèrent la vitaille^ etl'allèrent dire au capitaine, lequel vint tost et vit le traistre; si ne s'en deffia point, pour ce que souvent répairoit avec eux; et lui fist ouvrir la porte , et lui donna ung panier d'alouses le traistre pour plus l'abuser. Quant ils orent mis deux ou trois de leurs charrettes dedans, ils en arrestèrent une sur le pont-leveis, et tuèrent le limonier, et fut le pont arresté. Là issirent ceux qui estoient dedans les queux, à toutes grosses haches , et tuèrent les portiers; et tantost l'embusche vint accourrant qui mieux mieux ; et entrèrent en la. ville à force, et gaignèrent les portes et la ville; car si matin est oit , que les gens estoient encore en leurs lits. L'évesque s'arma quant il ouït dire la chose, et vint contre eux atout ung pou de gent : mais ce ne lui vallu t rien ; car il fut tué, et de ses gens, et la plus grant partie des bourgeois prins et mis en diverses prinsons. Ainsi les trahit le faux traistre; etdisoit-on qu'il en devoit avoir quatre mille salus d'or. Pour

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celle prinse de Chartres enchérit moult le pain à Paris; car moult de hpn en venoit avant la prinse.

Item y avec ce feisoit si grant froit tous les jours et ung vent si grant, qtie tant pou de fruit qui estoit demouré sur les arbres fut fout ab^tu.par le vent, qui tant estoit gratit et froit; et avec ce gelôit tous les matins très fort ; et dur* celle très grande froidure jusques après la translation Saint-Nicolas en mai; et vraiment on n'eust pas trouvé en cent amendièrs cinquante aniandes, ne prunes, ne quelque fruit que tout ne fust tout rompu fiu vent ou gasté ; ne des noyers n'eust-ôn trouvé une toute seule noix, de la grant froidure qu'il faisoit tous les matins ; ne en cellui temps ^n'estoit encore aussi com me point de verdure , et ce qui en estoit , si ce n'estoit ce que vieille porée ^voit rejette ; et vraimenttleux ou trois personnes en eussent bien mangé pour ting blanc, ou de choux; et si estoient fromaiges tant chers, que ung bien petit, qui estoit tout pissant , coustoit trois ou quatre blancs ; et n'avoit-on que cinq œufs pour deux blancs.

Item y le premier jour de mai mil quatre cent trente-deux, fut fait le signeur djp FIsle-Adam mareschal de France ; et celle sepmaine on alla assiéger Lagny . Et pour ce que le prévost de Paris estoit saige hom , il fut ordonné à garder vers Chartres ; et le cuida reprendre par l'aide de aucuns qui dedans estoient : mais on avisa leurs voulentés, dont ils furent morts honteusement , et faillit le prévost à son intention par celle cause.

Item^ la première sepmaine de juing ensaivaat, fui fait billes de Clamecy, chevalier, gardecki commis de la pré vosté de Paris , tant que l'autre fust revenu.

Item^ en celle sepmaioe mesme cuidèrent livrer aux Ar minas, aucuns de Pontoise et aucuns Anglois avecques eu3i alliés de la vil^ede Pontoise : mais ils furent apperceus et prias; etrecongneurentque leur voulenté estoit de tout tuer, hommes, et femmes , et enfFents , pourquoi ils furent morts honteusement , et leur linaige à hoiitaige , et femmes et euffents mis a pouvreté. En cellui teilips n'estôit nouvelle du duc de Bourgongne.

Item , en cellui aii, le. jour Saint-Jean^Baptiste, fît une fortune de temps si grande de tonnoire et de foudre , laquelle fit uioult de maux en plusieurs lieux, et par espécial à Vitry, car le clocher, qui estoit de pierre, fut abattu et foudroyé, et au cheoir rompit la couverture, et puis les voustes, qui cheurent dedans le moustier, et affollèrent moult de créatures, et en tuèrent cinq tous morts, qui es- . loient venus pour ouïr Iqs vesp?es du jcfur. Et le jour Saint-Pierre et Saint-Pol ensuivant ,f:gresla si terriblement , qu'il fut trouvé gr^le qui avoit seize pouces de tour, l'autre comme billes à biller, de plus menue et de plus grosse , et fut vers I^agny et Meaux.

Item y le vingt-troisiesme jour de juillet fut mis hors de la prevosté des marchands^ Guillaume Sanguin , et y fut ordonné ung seigneur du parle-

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ment nommé maistre HuguesTlappiot ; et ungpou devant on avoit changé des escbevhis deux.

Item y ledimenebe, jour Sainct-Laurent ,ciiidèrent prendre les Anglois Lagny , et gaignèrent le bouUevart , et fust mise k bannière du régent dessus : mais guères n'y demoura ) car ceux de dedens issirent qui estoient reposés , et vindrent sur eux par-devant ; et ceux qui venus estoient à l'aide de ceux de Lagny , vindreut hastivement par-derrière. Si orent les A.nglois trop à faire; et avec Ce leva une si grant ehallour celui jour, à l'eure qu'ils s'entre -encontrèrent^ qu'on avoit, grant temps avoit , ne veu ne sentie ,,,doat les Anglois orent pis que de leurs ennemis ; et "leur convint reculer par force. Et là feurent bien morts , tant par leurs ennemis que par la chaleur du temps ^ trois cents Anglois ou plus ; et ce ne fust mie grant merveille ; car les Arminaz estoient bien , si comme on témoignoit , cinq contre deux , qui est grant chose à telle besongoe. Et convint qu'ils missent leurs tan^s dû premiers s'estoient logés quant ils mirent te siège dfevant Laigny; et le ma- Ifeur comme fortuite, quant eHe commance à nuire, elle fait die mal en pis ; car elle leur fust contraire en plusieurs manières ; car , entre le kmdi et le mardi ensuivant , de nuit , la rivière de Marne si lesriva, par telle manière^ qu'elle crut celle nuit le quatre pies dé haiilt. Et vrai fust que le mois le juillet fiist si pluvieux , qu'il plut bien vingt- (uatre jours tout de rang ; et puis si vint au mois

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d'aoust uae cballeur'trop merveilleuse plus que accoustumance ; car elle ardoit toutes les vigues en verjus; et pour ce, et poipr le vin que on menoit en Tost , enchérit tant le vin à Paris, que celui qui en donnoit pour six deniers en juillet , à la mi-aoust il coustoit trois blancs ; et encore n'en pouvoit finer pour son argent ; car chacun doit sa taverne à côp.

Item y le mercredi des octaves de l'Assomption de Nostre-Dame , jour Sainct-Bernard , laissa le duc de ♦Betfort régent , lui et sa compaignie , le siège de Laigny ; et feurent si près prins , qu'ils laissèrent leurs canons et leurs viandes toutes prestes à manger , et grant foison de queues de vin dont on avoit si grant disette à Paris , et de pain par cas pareil , dont le blé enchérit à Paris tellement ; car le sextier monta le sabmedi ensuivant , de seize sols parîsis. Véez-là comme tout en alloit. Quant totite la Brie fust détruite des ungs , les autres gastoieht Beausse et Grâstinois , et tout le pays. De quelque part qu'ils tournassent, estoit pis que les Sarrazins, qui contre, la loi de Dieu sont , y feussent entrés ; car il n'estoit rien qui tant leur pleust que tyranner les couvres laboureurs de droite tyrannie. Et pource que le siège fust levé si honteusement , ceux que on disoit Ârminaz feurçnt hardis à mal faire, que on n'osoit issir de Pari^ ; et si estoit commancement de faire les vendanges , qui trop grant dommaige estoit à Paris après le siège de Laigny , qui tant Favoit

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dommaigé de tout bien dont on eust pust vivre , et de toutes manières de canons et d'artillerie dont on peut grever ses ennemis ; car vraiment gens à ce cognoissants, juroient et affermoient que bien avoit cousté plus de cent-cinquante mille salus d'or , dont la pièce valloit vingt-deux sols parisis , bonne monnoie.

Item ^ il y avoit en ce temps une pièce d*or qui n'estoit pas de fin or , et les nommoit-on dourdères, et valloit seize sols parisis; tantost après feurent criées à quatorze sols parisis , et non plus ; et moult y en avoit, par quoi on perdist moult.

Item y en la fin d'aoust fust mise en prinson Fabbesse de Saine t-Anthoine, et aucunes de ses nonnains , que on disoit qu'ils avoient esté consentants de vouloir , à la faveur du nepveu de ladite abbesse , qui se faisoit moult ami de la cité de Paris , trahir ladite ville de Paris par la porte Sainct- Anthoine; et dévoient premier tuer les portiers , et après tout tuer sans rien espargner, comme il estoit après la prinse d'eux commune renommée.

Item y le onziesme jour de septembre prindrent les Anglois en une forte maison^ nommée Maurepas , le seigneur de Macj , le plus cruel tyran de sang humain qut fust en France, et bien cent larrons avecques lui , entre lesquels en avoit uhg nommé Mainguet , qui recognut que dedans ung vieux puis avoit getté en ung jour, sept hommes l'un après l'autre ; et après les tuoit de grosses pierres, sans plusieurs autres meurdres qu'il irecongnut.

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Iterriy en odui an faillirent les blés , et fust si grant charte , <ïiie un sextier de bon blé valloii sept francs forte monnoie , et Torge valloit quatre francs ^ et estoit à la Toussains.

Ilem^ en celui temps estoit très graot mortalité sur jeunes gens et sur petits enfFents, et tout d'épidimie.

Item , le deuxiesme jour d'octobre ensuivant , fust prinse la ville de Provins et le chastel par les Anglois, etjust pillée et robée, et tué gens, commo coutume est à tels gens de faire , et dient que c'est droit de guerre.

Item y en celui temps fust faite à Ausserre ung concile pouF traiter de la paix des deux roys ; et plusieurs seigneurs de toutes les deux parties y feurent, aXài^ parle duc de Bourgpngne plusieurs.

Item y en celui tetmps estoit toujours la morta*lité à Paris 9 laquelle assaillit la duchesse de Betfort , femme du régent de France , sœur du duc de Bourgongne , nommée Anne , la plus plaisante de toutes dames qui adoncques feussenten France; car elle e^oit bonne et belle , et de belle aage ; car elle n'avoit que vingt-huit ans quant elle trespassa , et certes elle estdit bien amée du peuple de Paris ; et vrai est qu'elle trespassa en l'ostel de Bourbon , emprès le Louvre , le treiziesme jour de novembre, deux eures après minuit , entre le jeudi et le vendredi , dont ceux de Paris perdirerit moult de leur espérance ; mais à souffrir leur convint.

(i43a} d'un bourgeois DE PARIS. 5/^7

Item^ le sabmedi ensuivant, elle fust enterrée aux Céleslins , et son cueur fust enterré aux Augustins; et au porter le corps en terre estoient touts ceux de Sainct-Oermain , et les prestres de la confrairie des bourgeois, cbascnn une étoile noire et un cierge ardent en leur main , et ils chantoient en allant^ en portant le corps «n terre seulement , les Anglois en la guise du pays moult piteusement.

Item , s'en alla ia sepmàine 4'après le régent à Mante , et j demoora environ trois sepmaines , et puis revint à Paris. En icelle sepmàine, ceux c[ui estoient allés à Ausserre pour traiter de la paix , revindrent , et ne feirent rien que despendre bien largement , et gaster le tempsl Et quant ils feurent revenus , on fist entendre au peuple que très •bien besongné avoient r mais le Contraire estoit. Et quant le peuple le sceut au vrai , si commencèrent à murmurer moult fort contre ceux qui y avoient esté , dont plusieurs feurent mis en prinson , dissimulants que c'estoit à fin telle que le peuple ne s'esmeut; et quant ils avoient payé leurs despens largement , on les mettoit bors.

Item y quant les larrons qui estoient sur le«; cbamps sceurent de vrai qu'ils n'orent rien fait , et la mort de la régente , ils devindrent,si esragés , que oncques ne payens ne loups esragés ne feurent pires à chrestiens, qu'ils faisoient aux bonnes gens de labour et aux bons marchands. Et , poon certain, il n'estoit sepmàine qu'ils ne venissoni

448 JOURNAJL Ci45i)

deux ou trois fois jusques aux portes de Paris; et faisoient si grant cruauté, qu'ils preaoient moines , nonnaius y prestres , femmes , petits enffents , hommes vielx de soixante ou quatre-vingts ans; et nul n'escbappoit de leur^ mains sans payer grant rançon ou mourir ; et si n'estoit nul seigneur , quel qui fust , qui y mist tant soit pea de contredit.

Item y\e jeudi huitiesme de janvier, fist le régent Tobsèque de sa ftmme aux Célestins , et fist faire une donnée à chascun de deux blancs ; et feurent bien quatorze milliers à la donnée ; et y ot bien quatre cent luminaires de cire.

Item y en celui temps gela si fort , que Saine , qui moult grant estoit^ car elle passoit la Mortellerie en Grève , et pour cert^n y gela si fort , que en deux jours et en une nuit , elle fust si fermement gelée, qu'elle dura jusques après la Sainct- Vincent; et pour ce enchérirent touts vivres , ^espécialemetkt tout grain dont on povoit faire farine ; car le froment coustoit huit francs, petites fèves de deux ans ou de trois , que on soulloit donner aux pourceaux, coustèrent cinq francs le sextier; orge cinq ou six francs; vesse, nelle, tout se vandoit ainsi cher à la vallue , ne on ne mangeoit à Paris que pain que on souUoit faire pour les chiens ; et estoit si petit de quatre deniers, qu'il passoit bien par -dessous la main d'ung homme.

Item^ le quatriesme jour de février , se partist

(i4o3) D*lîN BOURGEOIS DE PARIS. l\ly!Q

le régent , et alla en Normandie cuiliir une grosse taille de quatre cent mille francs que on lui avoj.î; ottroyée quant il fust à Mante, comme dit est pardevant.

Item y en celle sepmaine fust deppointé de toutes offices royales le président ; c'est assavoir Philippe de Morvillier ; et fust ordonné en son lieu comme commis, maistre Robert Pié^de-Fer, demourant pour lors emprès la porte Sainct- Martin.

Item y la darraine sepmaine de mars fust fait un concile à Corbeil; et là feurent en celui temps tout le remenant (le reste)du k^resme,et plus. Ad ce concile estoit de la Croix et l'évesque de Paris , et plusieurs aujtres évesques et grans seigneurs, et grans clercs d'une part et d'autre ; et fust envoyé à Paris par le concile , un évesque qui estoit venu avec le cardinal à Corbeil , lequel fist le divin office la semaine peneuse, i^omipe d'assoultes, comme du chresme , prestres, diacres , soudiacres, accolithes , courronnés : mais il les fist si malin , que grant partie de toutes ordres à ce jour faillirent. Après s'en alla à Corbeil celui jour mesme.

Item y en celle année l'an mil quatre cent trente-deux , fust si grant froit , que jusques bien près de Pasques uiil quatre cent trente-trois , geloit touts les jours; mesme le jour Sainct-Marc fist-il si grant froit , que on le portoit à grant peine ; car , après disner , negça et^gresla moult terriblement.

Item y faisoit très grant froit à la Penthecoste ,

MOMSTRELET. 7'. XV* — JOURN. d'uK BOURG, DE PARIS. 2 Q

45o JOURNAL (i453)

qui fust cel an le darrain jour de mai mil quatre cent trente-trois.

Item y en ce temps se maria nostre régent de France , le duc de Betfort , le vingtiesme jour d'avril, le landemain de Quasimodo; et print par mariàige la fille au comte de Sainct-Pol , niepce du chancelier de France.

Item y le septiesme-jpur de mai vindrent les Arminaz à minuit , en la ville de Sainct-Marcel lez Paris, et feirent moult de maux ; car ils prindrent hommes, femmes et enflPents, dont ils orent moult grant finance ; et ainsi eux en allèrent tuant, occiant, bouttant feuz en moustiers. Et à celle fois cueillirent mouk grant pj:oye qpi moult greva Paris ; car pour cestç prinse enchéri tout plus que devant, et ainsi s'en allèrent à Chartres. Tantost après allèrent devers' Crespy en Vallois , Ic^uelle ville les Angloi^ avouent prinse ung pou devant : mais elle fust par trayson rendue aux Arminaz; qui fust douleur sur douleur , aux bons mesnaigiers de la ville.

Item y en juing ensuivant fut fait de rechief ung conseil à Corbeil , lequel devoit estre pour faire Irève ou abstinence de guerre entre les deux rojs; mais l'évesque de Terouenne , chancelier de par le rpy Henry en France , en cel espace de temps qui fut entre le premier conseil et cestui dernier , alla cestui évçsque , et assembla les garnisons de Normandie, et les admena à Paris la première sepmaipe de juillet, et après alla au conseil à Corbeil,

0433) D*€JS BOURGKOtS DE PARTS. 4^1

et quant on cnida qu'il deust sceller ledit traité qui devant avoit esté accordé parle cardinal etpar'le chancelier du roy Charles , évesque de Reims et par les autres signeurs, il ne volt rien faire, dont chacun se despartit comme par mal talent; et s'en alla le cardinal au grand concile à Basle, pour rapporter comme ledit conseil s'estoit desparti ; et l'archevesquede Reims se despartit moult doulant, et monstroit son volt et sa manière qu'il fut moult couroueé de ce que la chose ainsi allait ; mais autre chose n'en pot faire. Cestui chancelier de par le roy Henry, après le despartement, mena où envoya ces gens qu'il avoit admené droit àNuUy en Gastinois; et gaignèrent moustiers et* ville, et ardirent tout ; et firent pis que Sarrazins , ne que payens aux Sarrazins.

IterUy en ce temps de Tan mil quatre cent tfjentetrois, coustoit le blé seigle quatre francsT parisis ou plus, et l'autre au cas pareil. La darraine sepmaine de juing arriva à Normandie 1;ant grand foison blé , que le premier sabmedy de juillet on cria parmi Paris, bon blé métail à vingt-quatre sols parisis, ce qu'on avoit oncqnes mais vu crier le blé comme charbon ; et le mercredi ensuivant fut le pain de huit deniers mis à quatre' deniers , car il fut ce dit an très bon blé et grand Foison ; et si fist moult bel aoust, mais très grand mortalité estoit en celui temps, espécialement sur petits enffents de boce ou deverolle platte. Etendoreen celui temps n'estoit oncques puis»venu le duc de Bourgongne

1452 JOURW\L (i455)

à Paris que vous avez devant ouï; ne le régent, depuis qu'il fut marié, n'estoit retourné à Paris; et laissoit du tout régenter le devantdit évesque de Terouanne lui et ses alliés.

Item y en cel an fist le plus aoust que on eust oocques vu d'âge d'homme ; et furent les blés et les potaigers très bons ; mais si grand mortalité estoit de boce et d'épidimie , que puis la grand mortalité qui fut l'an mil trois cent quarante-huit , ne fut veue si grande ne si drue ; car pour saignée ne pour cristoire • ne pour bonne g'arde , nul ne nulle qui fut frappé de la boce qui pour lors couroit h'enpovoit eschapper, se non par la mort ; et commenta dès le mois de mars l'an mil quatre cent trente-trois, et dura ainsi cruellement jusques à bien près de l'an mil quatre cent trente-quatre , car toujours jeunes gens mouroient.

. Item^ en celui temps, en la darrainesepmaine de septembre , firent aucuns de Paris , gens qui avoient bonne chevance, une conjuraciou ensemble hien maudite ; car ils avoient ordonné qu'ils feroient entrer à Paris grand foison d'Escossois qui avoient la croix rouge^ et seraient deux cents ou plus ; et admeneroient cent des*plus forts et hardis de leurs gens qui auroient la croix blanche , et auroient la croix blanche , et auroient les mains liées bien simplement ,• et armés à couvert; et dévoient venir par la porte Saint-Denis et par la porte Saint- Anthoine, et dévoient embuscher en tour Paris bien près trois ou quatre mille Arminaz en querrières

(t455) d'un BOUHGEOIS DE PARIS. 453.

et ailleurs en destours, dont assez et trop avoit entour Paris ; et puis dévoient admener leurs prisonniers environ midi^ que les portiers disnent, et dévoient tous les portiers tuer , et tous ceux qu'ils eussent trouvé allants ou venants, fust aux champs ou à la ville ; et dévoient gaigner les deux bastides devant dites , et envoyer tantost quérir leurs armes , et mettre tout à l'espée ; mais Dieu qui ot pitié de la cité, donna cognoissance de leur dampnable conseil , et leur tourna leur fait, comme dit le Psalmiste : locum aperuit et fodit ^ et incidit in foK^eam quamfecil j car les ungs furent décollés , les autres bannis, et perdirent leur chevance, et mirent leurs femmes etenffens en mendicité, et enréprouche eux et leurs hoirs , et furent en haine de toutes les deux parties.

Item y celle sepmaine mesme avoit autres qui avoient vendus ladite ville pour payement d'argent qu'ils en dévoient avoir ^ et dévoient venir la vigille Saint-Denis atout nacelles , et entrer par les fossés d'entre la porte Saint-Denis etla4)orte Samt- Honoré, pour ce que il ne demeure personne là en droit; et dévoient tout tuer, comme devant est dit ; et pour vrai ils ne sçavoient rien l'ung de l'autre , selon leur confession, et selon le cri que on fist es halles , quant on les descolla ; et iceux de ces nacelles dévoient entrer le jour de Saint- Denis , et avoient pansée moult cruelle et plaine de sang ^et aux champs et à la ville et à femmes et enffents; mais le glorieux martyr moosieur Saint-

454 JOURNAL (i455)

Denis ne volt pas souffrir qu'ils feissent telle cruauté en la bonne cité de Paris , qui Ta autrefois gardée par sa saincte prière de tel péril et de plusieurs autres plus grands.

Item y le vendredi, vingl-neuviesme jourde janvier mil quatre cent Irente-trois , venoient à Paris grand foison de bestal , comnae bien detix mille porcs, grand foison bestes à corne» et grand foison brebis. Les Arminaz, qui avoient leurs espies, vindrent au-devant ung pou par de-là Saint-Denis, dont capitaine estoit ung nommé la Hire, plus, deux fois (jue ceux qui convoioient le bestail. Si furent tous desconfits , et tuèrent la plus grand partie , et prindrent la proie et les marchands, et les mirent à très grand rançon ; et quant ils orent tout tué , ils firent sercher le champ , et les prisonniers et tous ceux qu'ils trouvèrent morts ou vifs qui portoient oupar saingd'Anglois, ou parloient Anglois , ils leur coppèrent les gorges et aux morts et aux vifs \ qui estoit grand inhumanité de retourner ou champs , et copper la gorge aux chrestiens qu'ils avoient tué.

Item y la sepmaine d'après , vindrent à Vitr j , par nuit, et pillèrent etardirent tout. Si furent landemain suivis ung pou de ceux de Paris. Si ot treize pouvres laboureurs qui allèrent après ceux de Paris, et laissèrent ung pou la compagnie pour cuider gaigner et recouvrer aucune chose du leur. Si les advisèrent les Arminaz, et vindrent àeux ; et tantost les prindrent et leur coppèrent les gorges.

(i454) d'un bourgeois dj-: pabis. 455

Kn cellui temps, ils gaignèrentla ville et le ehastel de Beaumont ; et le vingt-septiesme jour de février fut faite prinse de chevaux et de gens dedans Paris, le plus que on pot; ^ quant ils furent là , toutbel de eux en refouir bîentost, et ceux qui s'en refuoient ne s'en faingnirent pas de piller en revenant vaches, bœufs et tout ce qu'ils porent, non pas ce qu'ils voldrent , comme il appert clereraent que le meilleur ne vaut rien.

Item y en celui temps, il n'estoit nulle nouvelle du régent ; ne homme ne gouvernoit que l'évesque de Terouanne, chancelier de Frsuice , lequel estoit moult haï du peuple ; car on disoit à secret et bien souvent à appert , qu'il ne tenoit que à lui que la paix n'estoit en France ; dont il estoit tant maudit et tous ses complices que fut oncques l'empereur Noiron, mais je ne scai s'il avoit desservi ou non , mais Dieu le scet bien.

Item y en l'an nril quatre cent trente-quatre , furent Pasques le vingt-septiesme jour de nîars l'an mil (juatre cent trente-quatre, et fut trè3 fort y ver et aspre en gelée , car il commença à geler en'Viron huit ou neuf jours devant Nouël ; et dura bien trente jours ^jsans cesser jour qu'il ne gelast fort \ et aucuris des clercs de Paris qui ^stoie^t enflés de science , affermèrent ,que pour certain celle grand froidure dureroit jusques à la mi-mai ou plus ; mais Dieu, qui tout scet, fist autrement, que pour vrai oncques homme n'a voit veu à son vivant tel mars; car oncques ne plut tout lepnoisdemars;

et si fistsi très chault, que par maintes fois oa n'avoitvu faire plus chaut à la Saiot- Jehan d'esté qu'il fist tout ledit mois; et le karesme fut si planteureux de harengs sors et bl%pcs , que à la mi-karesme on avoit la cacque de héfi hareng blanc pour vingtquatre sols , ou pour vingt-six sols parisis; on avoit le quarteron de bons harengs sors pour dix deniers ou pour deux blancs et du blanc pareillement; bons pois pour six blancs ou pour sept blancs ; fèves pour quatre blancs ; Thuille pour sept blancs la pin^e, toute la meilleure qu'on pust trouver à Paris,

Item y tout le mois d'avril il ne plut point, mais ladarraine sepmainedudit mois, le vingt-huitiesme jour» le jour Saint- Vital , gela tant fort que toutes les vignes furent celle nuit gelées et tous les marais, et si y avoit adoncques la plus belle apparence de foison de vin que on eust vu dix ans devant ; mais bien apparut que pou sont les choses de ce monde 'senres, car avecques la gelée vint tant de h^nneton^ et de chenilles , que tout le fruit fut tout dégasté d'icelle vermine; et estoient les pommiers, les pruniers sans feuilles comme à Noël. Et en cellui temps croissoit plus et plus fort la guerre ; car ceu^ qui se disoient François , comme de Lagny et des autres forteresses d'entour Paris , couroient tous les jours jusques aux portes de Paris, pilloient, tuoient hommes pour ce que à nul des seigneurs ne chaléoit de mettre la guerre à fin, pour ce que leurs souldoyers point ne payoient, et qu'ils n'a-

(i435) d'un bourgeois de PAais. 4^7

voient autre choseque ce qu'ils embloient ^tuant^ en prenant bommes de tous estais, femmes et enffents.

Item y k l'entrée de mai, l'an mil quatre cent trente-quatre, yint le comte d'Arondel e* ung che* valier d'Angleterre nommé^Talbot, etreprindrent par force Bea^mont; f t furent pendus aucuns dès larrons qui dedans furent prins ; et après allèrent devant le chastel de Criaiul en Beau voisin, «t puis s'en revindrent sans riens faire*

Item y en ce mois de juillet fut déposé de. la prévosté des marchands , maistre Hugues Rappiot, et changé deux esche vins.

Item, en cellui temps n'estoit Gaulle nouvelle dti régent ne du duc de Bouiçgongne ^ nç que si fussent morts , et donnoit-on tous les jours à entendre au peuple qu'ils dévoient venir bien brief , puis l'ung puis l'autre; et lesennemisvenoient tous les jours au plus près de Paris prendre les proyesj car nul n'y remédioit, ne Anglois ne François , ne quelque chevalier ou seigneur; et si estoit toujours le conseil à Basle en .Allemagne, don^ on n'avoit aussi nulles nouvelles.

Itemy en ce temps , à la Saint-Remy , on avoit bon blé froment pour vingt-quatre sols parisis.

Item y ou mois d'aoust, le deuxiesme jour, se troublèrent en la Normandie, les Anglois à aucunes communes de Normans , et en mirent bien à l'espée douze cents, et fut emprès Saint-*Sauveur sur Dyve.

Item y le. se|)tiesme jour d'octobre , qui fut au jeudi, commença le plus terrible veut de quoy ou eust poiut vu depuis cinquante ans devant ; et estoit environ deux heures après disner; et dura jusques éntfe dix et onze de nuit ; çt en ce pou de temps fist cheoir à Baris , maisoas efc- cheminées san^ nombre; et pour certain il £str cheoir une veille salle près de ma maison, où il avoit de grosses pierre^de taille, toais le v^nl en jetta trois pesants comme une cacque d'eau ou de vin , plus de quatorze pies de loing en ujag autre jardin, et il leva une poutre toute en l'air de ladite salle ; et fut assise sur les murs d'ung jardin chascun bout , portant sur l'ung des murs, sans aucunement grever les niurs , comme si viyigt hommes l'eussent assise le plus doucement que faire se peut; et^si avoit bien quatre toises de longueupç et si fut bien portée du vent, comme dit est, cinq ou six toises loing delà où elle fut levée du vent; et je vou^ jure que ce yys-je à mes yeux, aussi bien que oncques je vis rien de ce pionde ; ne je n'en creusse homme, si veu ne l'eusse. ^

Ilem y dedçqs les bois de Vincennes y fist si grant tempestCo que en mains de cinq heures abati ledit vent plus de trois cent soixante des plus gros arbres qui y fussent, les racines contre mont, san^ les petiz arbres dont on ne parle pas ; brief il fist tant de maux en bien pou d'heures , que c'est une grande admirâcion..

Item, le vin fut si cher, qu'on ne beuvoit point

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