‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 51 sur 54 · Ï)'UN BOURGEOIS DE PARIS · texte numérisé non relu

Ï)'UN BOURGEOIS DE PARIS

à moins de trois blancs vin qui valust rien , mais on avoit à la Sainte-Andrey Je meilleur fraument pour vingt-deux sols parisis , et autre grain à bon marché au cas pareil.

Item y le régent revint de Normandie à Paris, et admena sa femme le sabmedi dix-huitiesme jour de décembre, l'an mil quatre cent trente-quatre , environ , entreune et deux heures après disner ; et fist-on aller au-devant de lui aux champs les processions des mendiants et des paroisses reveslus et portants croix, et encensiers, comme on feroit à Dieu; et à la bastide Saint-Denis estoient les enflents decueur de Nostre-Dame, qui moult chantoient mélodieusement quant il entra à la porte Saint- Denis avec sa femme ; et crioit le peuple abuéé à haute voix Noël ! Brief on lui faisoit telle hbnneur comme on doit faire à Dieu.

Item , desdites communes qui furent- tuées emprès Saint-Sauveur sur Dive des Anylois , n'estoit plus parlé , fors que quant on parloit à Paris que c'estoit pitié, aucuns disoient que bien l'avoient desservi ; aucuns Anglois disoient, quant on en parloit que ça avoit esté à bonne cause 0d\ que les villains vouloient destourber aux gentilshommes à faire leur voulenté, et que ce avoit esté à bon droit.

Item , en cellui temps n'estoit nulle nouvelle du conseil de Basle ne en sermon , ne autre part à Paris, ne que s'ils fussent tous en Jherusalem.

Item y en cellui an fist moult doux temps jusques à la Sainte Andry , et cellui jour commença à geler

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si fort que merveilles ; etdiura ung quart d'an, neuf jours moins, sans point dégeler. Si negea bien quarante jours sans cesser ou de jour ou de nuit. Et fut abandonnée la place de Grève pour la porter à tomberaux ; car il fut commandé de par le roy que on l'ostast hors des rues , mais on n'en scavoit t^t oster, que landemain n'en eust comme devant , et la convint mettre à val les rues en graos tas comme mules de foing tout parmi Paris ; car oncques tant comme il gela et négea si fort , ne plust ne dégela. Et pour vrai la glace, avant qu'eUe fut toutte fondue , il fut l'Annonciation N astre- Dame en mars , qui est sept jours à l'issue.

Item, le régent se partit de Paris, lui et sa femme, le diziesme jour de février.

Item y le duc de Bourgongne ne vint ne alla à Paris , depuis que devant est dit.

Item y le vin fut si cher celle année , que du plus petit on n'avoit point la pinte à moins de trois blancs ; et si n^ pouvoiton finer point de servoise qui vaulsist , pour les maudittes subsides qui furent dessus mises ; ne vendoit servcHse qui ne pajast sept blayoUpour chascune sepmaine, et sans le quatriesme et l'imposition.

Item , le fruit fut tant cher, que on vendoit ung cent de bonnes pommes de cappeadu ung peu grosses , seize sols parisis.

Item , il recommença à geler à la fin de mars, et ne fut jour qu'il ne gelast jnsques après Pasques, qui furent le dix-sepliesme jour d'avril; et furent

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les vignes qui estoient en vallées , et les mares tous gelez , et tous les bourdelais qui es Irailles des farclins estoient , et toiis les figuiers morts , et tous les loriçrs grans et petiz ; et le bel piri de Saint- Victor, qui estoit le plus bel qu'on sceusten France, et la plus grant partie des serisiers aiissi moururent celle année , pour la grant froidure qui ikira sans pleuveoir ne sans desgeler, que trop pou plus il'ung quart d*an.

Item^ en celle année eust-on trouvé en cours umbraiges dessoubs fyens de grands glaçons ; et en vérité je en vis le jour Saint- Yves ; et fur6|it trouvez en un aVbipe creux , en cel an , par compte fait , sept vingts oiseaux morts de froit et plus.

Item y en celle année les aliftendiers ne fleurirent que pou ou néant pour vrai.

Iterrij le jeudi absolu que on vent le lart, qui est le quatorziesme jour du mois d'avril, vint à Paris le duc de Bourgongne, à moult noble compaignie de seigneurs et de dames ; et admena avecques lui sa femme ta ducîiesse , et ung bel filx qu'elle avoit eue de lui en mariaige ; et avec ce admena trois jeunes jouvenceaux qui mouh beaux estoient , qui n'es* toiènt pas de mariaige, et une belle pucelle; et le plus vieux n'ârvoit pas plus dé dix ans ou environ, et avoit en sa compaignie trois chariots tous couverts de drap d'or , et une littière pour son fils de mariaige , car les autres chevauchoient trèsbien; et pour sa gouvernante de lui et ses gens a voient bien cent chariots , et quelques vingt char-

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relies tout chargez d'armures , d'artillerie , de char salle ^ de poisson tallé, de frommaiges , de vins de Bourgongne ; brief il avoit toutte ponrvéance qu'on peut ou doit avoir au temps de guerre ou de paix; car aussi il avoit foison pavillons pour loger aux champs , se mestier eust esté ; et chascun cljariot- avoit tous les jours quarante sols parisis, et les charrettes deux francs.

Item , il fist sa Pasque à Paris, et tint cour plénière à tous venants \ et landemaia l'Université proposa devant lui , sur Id fait de la paix ; et le mardi ensuivant il fist faire ung moult bel obsèquè aux Gélestins, pour feue la duchesse de Betforl sa sœur, qui là esloit enterrée; ol là fist moult riche offrande d'argent et de luminaire • et tous prestres qui là voldrent aller, orent messe.

Item , le mercredi ensuivant , les damoiselles et bourgeoises de Paris allèrent prier moult piteusement à la duchesse qu'elle eusl la paix du royaume pour recommandée; laquelle leur fist response moult douce et moult bénigne, eu disant': « Mes » bonnes amies, c'est une des choses de ce monde » dont" j'ai plus grand désifr, et dont je prie plus » monseigneur et jour et nuy t pour le très grand be- » soirig que je crois qu'il en est; et pour certain je » scai bien que monsieur en a très grand voulante » d'yexposer corpsetchevance.»Sila remercièrent moult , et prindrent congié et se départirent.

Item y le jeudi ensuivant, vingt-uniesme jour d'avril , se despartit de Paris le duc et sa femme ,

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pour estre le premier .jour de juillet à Arras , ^u conseil ; et la première sepmaine de mai fut desconfit et prins le comte d'Arondel , et tes gens mors de par les Arminaz; et fut navré; et fut devant Gerberoy. ,

Item y de nuyt entre le darrain jour de mai et le premier jour de juing, après minuit fut prinse la ville de Saint-Denis par les Aruxinaz, dont tant mal s'ensuivit , que la vi^e de Paris fut si assiégée, que de nulle part n'y povoient venir nuls biens par rivière , ne par autre part ; et vénoieni tous les jours jusques aux portes de^ Paris; et à tous ceux qu'ils trouvoient en allant ou en venant qui estoiçnt de Paris, ils lestuoient ; et terajneset filles prenoient à force; et faisoient soyer les blés auprès de Paris, ne nul n'y mettoit contredit ; et après s'accoutumèrent que tous ceux qu'ils prenoient, ils leur coppoient les gorges , fussent laboureurs ou autres, et les mettoient en millQ,i>hemins, et à femmes. Aussi-bien après , vers la J6n d'aoust vint grant foison d'Angloys ; c'est ascavoir le sire de Haullebit , le sire d'Escalle , le sire d'Estanfort et son nepveu le bastard de Saint-Paul; et plusieurs autres seigneurs d'Angleterre; et la darraine sepmaine d'aoust assiégèrent ,ceux qui dedens Saint-Denis estoient , et Içur ostèrent la rivière qu'on nomme CrouJ ; et à faire leur logeys y daspécèrent les maisous de Saint-Ouin , de Haubervilliers , de l'a Chapelle ; brief de tous les villaiges d'entour, qu'il n'y demeura ni huis , ni fenêtres, ni traillis de fer, ne

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quelque chose qu'on pust emporter; ne n'y demoura aux champs , depuis qu'ils furent logés , fèves, ne pois, ne quelque autre chose; et se y a^t encore des biens sur terre , mais quelque chose n'y demoura ; et coppoient les vignes atout le grain, et en couvroient leurs logejs; et quant ils estoient un pou à séjour, ils alloient piller tous les., villaige» d'ejitour Saint-Denis. Quant ceux qui dedans Saint-Denis estoient , se virent ainsi enclos , ils yssoient souvent sur eux, et en tuoient très grant foisdn;'et quant dedens estoient, ils lest noient par canons grans e^ petits , et espécialement par petits long» canons qu'ils appeloient couïeuvrines; et qui en estoit frappé , à peine povoit-il eschapper sans mort.

Item, landemadn de la Nativité de Nostre-Dame, levèrent ung assaut à ceux de Saint-Denis ; mais tant bien se<leflPendirent, qu'ils tuèrent grant foison d'Angloys et de bien gros chevaliers et autres; et fut tué le nepveu au sire de Faleton ; et après fut despécé par parties et c^iit en une chaudière ou cjmetière de Saint-Nicolas, taat et largement, que les os laissèrent la char , et puis furent très bien nétoyés ; ils furent mis en ung coffre pour porter en Angleterre , et les tripes et la char et l'eaue furent enfouis en une grant fosse oudit cimetière Saint-Nicolas.

Item y celle année fist le plus bel aoust et bon blé et foison.

Item y celle année les moriers ne portèrent

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nulles mores ; mais ils fut tant de pescbes , que on n'en vit oncques mais tant , car on avoit le cent de très belles pour deux deniers parisis ou deux tournois , ou pour moins.

Itenij il ne fut nulles amandes.

Item, encore estoit le conseil à Arras, et oh n'en avoit aucunes nouvelles à Paris en cellui temps.

Item y le duc de Betfort, qui avoit esté régent de France depuis la mort du roy d'Angleterre Henri, estoit trespassé à Rouen le quatorziesme jour de septembre , jour Sainte-Croix.

Item y les Arminaz de Saint-Denis prirent le dimanche, vingt-quatriesme jour de septembre l'an quatorze cent trente-cinq , trêves ; et celle propre nuy t ceux 4^ son parti prirent le pont de Meulen ; dont ceux qui estoient dedans Sainct-Denis, quant on cuida traiter avecqueà eux , ils furent pires que devant \ et convint à eux traiter par ainsi qu'ils s'en iroient atout ce qu'ils voudroient ou pourroient emporter sans quelque contre leur dit denuUy; et aussi fut accordé par les signeurs qui tenoient le siège ; et se partirent le jour Sainte-Anne, quatriesme jour d'octobre, tout mocquant des Angloy«, en disant: «Recommandez- nous aux roys qui sont en- » terrés en l'abbaye de Saint-Denis et à lous nos *> compaignons, cappitaines et autres qui sontlà-de- » densenterrés.»Etestoientbiendequatorzeàquin2e cents très bien montés et habillés; et aux eséarmourches et assauts, en mourut bien environ quatre cents ; et se n'eust esté qu'ils avoient très grant

AlOKSTRF.LET. 7\ A 7^ - JoUr.K. d'uK BODRC. DE PaRIS. 3o

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faute d'eau douce et de vin et de sel , et si n'avoient admenés nuls mires ( médecins ) avecques eux, parquoj plusieurs navrés moururent par deffaute d'appareil, et sileuravoit-on esté leur|rivière; sen'eust esté ce, on n'eustpas eu si bon marché de leur partie.

Item y deux jours après vindrent devant Paris pillant , robant , prenant hommes, femmes et enffents ; car il n'estoit personne qui aux champs osast issir; et les Anglois estoient dedens Saint-Denys, qui pilloient la ville, san* rien y laisser à leur povair. Ainsi fut la ville de Saint-Denys destruite; et quant ils orent tout pillé à leur povair , si firent abbattre les portes et les murs, et en firent ville champestre ; et tant comme le siège dijra , il n'estait sepmaine quel'évesque de Therouanne , quiesloit chancelier , ne couchâst en l'ost une fois ou deux; et fist faire en l'isle Saint-Denys une petite forteresse entourée de grands fossés très profonds.

Item y la royne de France Ysabelle, femme de feu Charles VI, trespassa enl'ostel Sainct-Pol,le samedi vingt-quatriesme jour de septembre , Tan mil quatre cent trente-cinq ; et fut trois jours que chascun la véoit qui vojj^loit ; et après fut ordonnée comme il appartenoit à telle da'me^ et fut gardée jusqués au treiziesme jour jeudi d'octobre qu'elle fut apportée à Nostre-Dame, à quatre heures après distler , et y avoit quatorze sonneurs devant le corps et cent torches ; et n'y avoit compaignie de femmes d'estat, que la dame de Bavière, et ne

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scai quantes damoiselles après le corps , qui estoit en haut levé sur les épaules de seize hommes vestus de noir ; et estoit sa représentation moult bien faite; car elle estoit couchée si proprement, qu'il sembloit qu'elle dormist ; et tenoit un sceptre royal en sa main dextre. Celle journée furent dittes ses yigilles moult solempnellement, et fut prélat l'abbé de Sainte-Geneviève ; et là i^urent toutes les processions de Paris,

Item, le lendemain fut mise en la rivière de Saine après sa messe, en ung bastel, et fu portée enterrer à Saint-Deuys en France ; car on ne l'osa porter par terre , pour les Arminas , dont Içs champs estoient toujours pleins et tous les vill«iges d'entour Paris. Item y aussitost que le piSfeit de Meulan futprios, tout enchérit à Paris , se non le vin : mais le blé qu'on avoit pour vingt sols parisis monta tantost après à deux francs,- fromaige, beurre, huille, pain , tout enchérit aiiMi de près de la moitié ou du tiers , et la char et saindoux quatre blancs la chppine.

Item y en cellui temps n'estoit nulle nouvelle du conseil d' Arras , ne que s'ils feussent à deux cents lieues de Paris,

Item , en cellui conseil ne firent rien qui proufitast à Paris ; car chaliCun vouloit tenir le parti dont le prouffit lui venoit.

Item^ quant les François ou Arminas virent qu'ils ne porent trouver autre acçort, ils sd misrent sus plus forts quedevant, et se mii^ent en Normandie

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à puissance 9 et en pou de temps gaignèrent des meilleurs ports de mer qui y soient , comme Montivillier , Dieppe, Harfleur , et autres bonnes villes et chastellenies assez; et après vindrent plus près de Paris, et gaignèrent Corbeil, le bois de Vincennes, Beauté, Pontoise, Saint-Geirmain en La je, et autres villes et chasteaux assises autour de Paris; par quoi nul bien ne p<^oit venir en la ville de Paris, ne de Normandie , ne d'ailleurs , ne pour monter, ne pour avaller aucuns biens ; fit pour ce tous biens furent très chers en caresme, espécialement harangs caques ; car pour certain le caqué eoustoit quatorze francs ; et le sor aussi cher à la value; et n'admenda de rien tout le caresme; et environ Pasques tant enchérit le blé , qu'il valloit quatre francs, qui ne valloit à la Chandeleur que vingt sob parisis, le meilleur.

Item y en ce temps que chascun a apprins à gaigner, estoientWsg^iges si mauvaises, que les bonnes femmes cpi avoient apprises à gaigner cinq ou six blancs pour jour, se donnoient volontiers pour deux blancs, et se vivoient dessus.

Item y le vendredi de la trpisiesme sepmaînede caresme furent envoyés les Anglôis. entour les villaiges d'entour Pontoise pour bouter le feu partout, et en blés, et en avoines, et en pois, et en fèves, qui dedans les maisons estoieni; et en après fnllèrent tout ce qu'ils porent trouver ; et qui pis est , trestous ceux à q»i les biens estoient , admenerent prinsonniers dont ils orent moult grant finance.

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Et pour vrai fut dit en la ville de Paris ^ par gens dig-nes de foi , tous ordonnés pour moudre de bons blés, avoient ars pour vivre six mille personnes demi an , et ceux de Paris en avoient très grant nécessité, comme devant est dit; et toute cette maléfice et diabolique guerre soustenoient et maintenoient trois évesques ; c'est assavoir , le chancelier , homme très cruel , qui estoit Tévesquede Terouanne , Tévesque qui fut de Beauvais, qui pour lors estoit évesqùe de Lisieux, et Tévesque de Paris ; et pour certain par leur fureur, sans pitié on faisoit en secret et en appert moult mourir de peuple, oij par noyer ou autrement, sans ceux qui mouft)ient par bataille.

Item y la sepmaine devant Pasques flourie», l'an mil quatre cent trente-cinq, on fist aller commissaires partout Paris, pour sçavoîr combien de Wé ou de farine chascun avoit, ou d'avoine, ou de fèves, ou de pois.

Item y les devantdits gouverneurs firent faire en cellui Caresme à tous ceux de Paris le serment, sur peine de dampnation de l'ame , sans espargner prestres ne religieux , qu'ils seroient bons et loyaux au roy Henry d'Angleterre; et qui ne voloit foire, il perdoit ses biens,' et estoit banni, ou il avoit pis ; et n'estoit nul homnie qui parler en osast , ne faire semblant. Et si failliratit les harengs quinze jours devant Pasques et les oignons ; car six oignon* un pou gros coustoient quatre deniers parisis ; et tout estoit tant cher, pour ce que nul n'osoit rien apporter à* Paris, qui ne fust en péril d'estre tué.

Item y il convint par la force des devantJits gouverneurs , que chascun portast la croix rouge, sur peine de la vie et de perdre le sien, et tous les gouverneurs portoient une bande blanche toute plaine de croisettes rouges.

Item y le mercredi de lasepmaine peneuse, se despartirent de Paris environ cpiatre cent Anglois, pour ce cju'on ne les payoit point de leurs gaiges; et le jeudy ensuivant estoient encore à Nostre- Dame-des-Champs ; et là firent du pis qu'ils porent ; et mangèrent celui jour tous les œufs et fromaiges qu'ils porent trouver là et ailleurs par où ils tindrent le cbemiif ; et robèrent et pillèrent les églises de croix, de calices et de nappes, et toutes les maisons des bonnes gens. Brief après eux n'j demouroit rien en plus qu'après feu; mais environ trois ou quatre jours après ils furent rencontrés, tellement qu'ils furent presque tous mis à mort.

Item y le mardi des festes de Pasques, les gouverneurs de Paris firent partir de Paris, environ minuit, bien six ou huict cents AngJois pour aller bouler le feu en tous les petits villaiges et grands qui sont entre Paris et Pontoise sur la rivière de Seine, et quant ils furent à Saint-Denis , ils pillèrent Tabbaye;*et vrai est qu'en l'abbaye aucuns prenoient les reliques pour l'argent avoir cpii autour estoit. Et de fait , l'ung regarda ung prestre qui chantoit la messe ; et pour ce qu'elle lui sembloil trop longue , quant le prestre eut dit Agnus Dei, et qu'il usoit le précieux sang > ung grant ribault saut avant, et tantost print le calice et les corporaux et

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s'en va ; les autres prindrent nappes de tous les autels , et tout ce qu'ils porent trouver dans l'église Saint-Denis : et s'en alloient atout faire les douleurs que nos évesques et les gouverneurs leur avoient donnés à faire. Mais le seigneur de l'Isle- Adam, quiestoit vssu de Pon toise, etestoitsur les champs, vint contre eux, et les mit presque tous à mort, et les chassa, tuant et oceiant par-delà Espinet jusques aux portes de Paris ; c'est à sça^oir la Bastide de Saint-Denys, mais celui jour environ deux cents s'estoient espartis es baillages, car ils sorent la chose comment elle alloit; ils se mirent dedens Saint-Denis en une tour qu'on nomme la tour du Velin. Quant le sire de l'Isle-Adam vit qu'ils furent là , si dist qu'il n'en partiroit point tant qu'il les eust,mortsou vifs, I^ laissa de ses gens; et firent tant qu'ils les prindrent ; et tantost furent tous mis à mort sans rançon ; et fut le vendredj des festes dePasques, Tan mil quatre cent ta*entesix; et furent cel an Pasques, le huictiesme jour d'avril, et fut celle année bisextre , dimenche courant par G. .

Item y en cellui vendredy d'après Pasques, vinrent devant Paris les seigneurs de la bande devant dite, c'est à sçavoir : le cdmte de Richemont , qui estoit connestablej de France de par le roy Charles, le bastard d'Orléans, le seigneur de l'Isle Adam et plusieurs autres seigneurs droit à la porte Sainct- Jacqiies; et parlèrent aux portiers, disant : <cLaissezix nous entrer dedens Paris paisiblement , ou vou^

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» serez tous morts par famine , par cher temps ou » autrement, » Les gardes de la porte regardèrent par-dessus les murs, et virent tant de peuple armé, qu'ils ne cuidoient mie que toute la puissance du roy Charles pust finer de la moitié d'autant de gens d'armes, comme ils povoient veoir. Si orent paour, et doubtèrent moult la ftireur ; si se consentirent à les boutter dedens la ville ; et entra le premier le seigneur de l'Isle-Adam par une grant eschelle qu'on lui avalla, et mit la bannière de France dessus la porte, criant : Ville gaignéeî Le peuple en sceut parmi Paris la nouvelle ; si prindrent tantost la croix blanche droite, ou la croix Saint-Andrj. L'évesque de Terouanne, quant il vit la l>esongne ainsi tournée, si manda le prévost et le seigneur de Huillebit , et tous les Anglois , et furent tous armés au mieux qu'ils porent. D'autre part, ceux de Paris prindrent cueur par ung bon bourgeois nommé Michel de Lalier, et autres plusieurs qui estaient cause de ladite entrée ; et firent armer le peuple , et allèrent droit à la porte Saint-Denis ; et furent tantost trois à quatre mille hommes, que de Paris, que des villaiges, qui tant avoient grant haine aux Anglois et aux gouverneui»s , que autre chose ne désiroient que les destruire. Comme ils estoient à garder ladite porte , et les gouverneurs devant dits orent assemblés leurs Angloys , si firent trois batailles, en l'une le sire de Huillebit, en l'autre le chancelier et le prévost, et en l'autre Jehan l'Archer, ung des plus crueulx chrestiens du

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monde ; et estoit lieutenant du prévost , un gros villain comme un cagoux , et pour ce qu'ils craignoient moult le quartier des halles, y fut envoyé le prévost à toute son armée ; et en allant trouva un sien compère , ung très bon marchand nommé le Vavasseur, qui lui dit , « Monsieur mon corn- » père , ayez pitié de vous ; car je vous promets » qu'il convient à ceste fois faire la paix , ou nous » sommes tous destruits. »— «Comment, dit -il, trais- » tre, es-tu tourné? »Etsansplus rien dire, lefiertde son espée par le travers du visaige, dont il cheut, et après le fit tuer par ses gens. I^e chancelier et ^s gens alloient par la grant rue Saint- Denis ; Jehan l'Archer alloit par la rue Saint-Martin^ lui et sa oompaignie; et n'avoit celui qui n'eust bien en sa compaignie deux ou trois cents hommes tous armés ou archers ; et crioient le plus orriblement que oncques on vit crier geos : « Saint George ! saint » George ! traistresFrancoys ! vous tous morts ! >»Et ce traistre l'Archer crioit qu'on tus^st tout, mais ils ne trouvèrent homme parmi les rues, se ce ne futen la rue Saint-Martitf, qu'ils trouvèrent devant Saint- Mery ung nommé Jehan le Prestre, et iing autre nommé Jehan desCroustez, lesquels estoient très bons mesnaigers et Hommes d'honneur, qu'ils tuèrent à plus de dix fois. En après allèrent criant, comme davant est dit, et tirant aux fenestres, espécialement au bout des rués, de leurs flèches; mais les chaisnes qui estoient tendues parmi Paris leur firent perdre toute leur force. Ainsi allèrent à la

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porte Saiot-Denis, où ils furent bien receus ; car quant virent tant de peuple , et qu'ils virent qu'on leur getta quatre ou cinq canons, furent moult esbahis; et au plustost qu'ils porent, s'enfouirent tous vers la porte Saint-Anthoine , et se boutèrent tous dans la forteresse. Tantost après vindrent parmi Paris le connestable devant dit , et les autres signeurs aussi doulcement , comme se toute leur vie ne se feussent point meus hors de Paris , qui estoit ung bien grant miracle ; car deux heures devant qu'ils entrassent , leur intencion estoit , et à ceux dfe leur compaignie, de piller Paris, et de mettre tous ceux qui les contrediroient à mort ; et par le record d'eux ^ bien cent charretiers et plus qui venoient après l'ost, admenoient blés et autres vitailles, disant : «On pillera Paris, et quant nous au* »rons vendu nostre vitailleà ces vilains de Paris, » nous chargerons nos charrettes du pillage de Paris, »et remporterons or et argent, et mesnages , dont »nous serons tous riches toutes nos vies. » Mais les gens de Paris, aucuns bons chrestiens et chrestiennes, se mirent dans les églises, et appeloient la glorieuse Vierge Marie et monsieur saint Denys, qui apporta la foi en France, qu'ils voulsissent prier à Nostre-Seigneur qu'il ostat toute la fureur des princes devant nommés, et de leur compaignie. Et vrayement bien fut apparant que monsieur saint Denys avoit esté advocat de la cité par-devers la glorieuse Vierge Marie , et la glorieuse Vierge Marie par-devers Noslre-Seigneur Jésus-Christ;

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car quant ils furent entrés rïedans, et qu'ils virent qu'on avoit rompu à force la porte Saint-Jacques ^ pour leur donner entrée , ils furent si meus de pitié et de joie , qu'ils ne se porent oncques ^tenir de larmoyer; et disoit le connestable , aussitost qu'il se vit dedens la ville , aux bons habitants de Paris : « Mes bons amis, le bon roy Charles vous re- » mercie cent mille fois, et moi de par lui, de ce » que si doulcement vous lui avez rendu sa m aistresse » cité de son royaume; et s'aucun, de quelque estât » qu'il soît, a mesprins par-devers monsieur le roy, » soit absent ou autrement, illui est toutpardonné. » Et tantost,sans descendre, fit crier à son de trompe que nul ne fust si hardy, sur peine d'estre pendu jt par la gorge, de soi loger en l'ostel des bourgeois, ne des mesnaigers outre sa voulenté, ne de reproucher, ne de faire quelque desplaisir, ou piller personne de quelque estât, non s'il n'estoit natif d'Angleterre et souldoyers dont le peuple de Paris le print en si grant amour, que avant qu'il fust lendemain n'y avoit celui qui n'eust mis son ccffps et sa chevance pour destruire les Angloys. Après ce cry furent cerchéesles hostelleries pour trouver les Anglois; et tous ceux qui furent trouvés furent mis à rançon et pillés, et plusieurs mesnaigers et bourgeois qui s'enfouirent avec le chancelier 3eclans la porte Saint-Anthoine, ceux-là furent pillés; mais oncques personne, de quelque estât qu'il fust, ne de quelque langue, ne tant eust mal fait contre le roy, n'en fut tué.

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Ifem^ landemain de l'entrée, jour de sabmedy , vint tant de biens à Paris , qu'on avoit le blé pour vingt sols parisis, cpii le. mercredi devant coustoit quarante* huit ou cin(Juante sols; et futle vieil marché décevant la Magdelaine ouvert, et y venditon Je blé qui plus de dix-huit ou vingt ans avoit esté fermé; et on ot cellui jour sept œufs pour iing blanc , et le jour de devant on n'en âvoit que cinq pour deux blancs; et autres vitailles au cas pareil.

Item ^ ceux qui se boutèrent en la porte Saint- 'Anthoine , eux trouvèrent moult esbahis , quant ik se virent enfermez là dedens ; car ils estoient tant que tout estoit plain , et eussent esté tantost aflEa- ,^ mez. Si parlèrent au connestable , et finèrent avec par finance qu'ils s'en iroient sains et saufs par sauf-conduit ; et ainsi vuidèrent la place , le mardi dix-sept jour d'avril mil quatre cent trente-six ; et pour certain, oncques gens ne furent autant mocquez ne huyez comme ils furent , espécialement le chancelier , le lieutenant du prévost , le maistre des'bouchers , et tous ceux qui avoient esté coupables de l'oppression qu'où faisait ou pouvre commun ; car en vérité oncques les Juifs qui furent menezenCaldéeen chetivoison(captivité), ne furent pis menez que le pouvre peuple de Paris; car nulle personne n'osoit issir hors de Paris sans congié , ne riens porter sans passe-port , tant fut pou de chose ; et disoit on : « Vous allez en tel lieu , revenez à » telle heure, ou ne revenez plus.»

Item^ nul n^osoit aller sur les murs , sur peine

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de la hart ; et si ne gaignoitle peuple, de quelque labour qu'il feist, denier; car pour vrai les An^lois furent moult long-temps gouverneurs de Paris; mais je cuide en ma conscience que oncques nul ne fit semer ne blé ne advoine , ne fa^re une cheminée en hostel qui y fust , se ne fut le régent duc de Betfort, lequel faisoit toujours maçonner en quelque pays qu'il fust ; et estoit sa nature toute contraire aux Ânglois; car il ne vouloit avoir guerre à quelque personne ; et les Anglois de leur droite nature veulent toujours guerroier leurs voisins sans cause , par quoi ils meurent tous mauvaisemeat; caradoncq en estoit niort en France plus de soixante et seize mille.

Item, le vendredi ensuivant, pour la grâce que Dieu avoit faite à la ville cie Paris , fut faitte la plus solempuelle procession qui fat faitte , passé avoit cent ans; car toute l'Université, petits et grans^ furent à Sainte-Katerine du. Val des Escolliers, cbascun ung cierge afrdant en sa main. Et estoient plus de quatre mille, sans autres personnes que pre^tres ou escolliers , et pour certain oncques on ne vist cierge qui s'estaignit depuis les lieux dont ils partirent , jusques à ladite église ; que on tenoit à droit miracle ; car il Faisoit un temps pluvieux et venteux ; et celles choses doivent bieft donner à tout bon chrestien voulenté et tfevoction de remercier nostre créateur, et espécialment de4'enlrëe qui fut si bénignement et si doucement Jaitte , comme vous avez ouï devant ; et en deveroit-on

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faire tous les ans louange à Nostre-Seigneur ; car comme ce fut de droite prophétie , l'oflPertoire de la sainte messe de cellui jour en parle assez de ce faire ; car il dit : Erit vobis hic dies menioricdis y et diemfestum celehrahitis solempnem Domino inprogénies- ve stras legitimum sempiternum aient. Ailelujaj allelujra y alleluja.

Item y le dimenche ensuivant fut faitte procession générale très solempnellement ; et ce jour plut * tant fort , que le pluie ne cessa tant que la procession dura , qui dura bien quatre heures , que aller que venir ; et furent les signeurs de Sainte-Geneviève moult agence de ]a pluie, car ils estoient tous nus pies; mais espécialment ceux qui portoient le précieux corps de madame sainte Geneviève et saint 7 Marcel, orent moult de peine; car à grant peine se soustenoient sur les carreaux ; et vraiement ils estoient si trempez de la pluie comme s'ils eussent esté jettez dedens Seine ; et pour certain ils suoient si fort , qu'ils desgoultoient tous par le visaige de sueur , tant estoient vains et travaillez. Et pour certain oncques nuls de tous ceux n'en, furent oncqùes malades ne découraigés ; qui me semble droit miracle de madame sainte Greneviève, qui peut bien faire-^ar ses mérites, par-devers Nostre-Seigneur , et plus que tant , comme il appert par-devers Nostre-Seigneur en sa sainte lêgende^, comment par plusieurs fois elle a sauvé la bonne ville de Paris, l'une fois de cher temps, l'autre fois des grans eaux, et de plusieurs autres

(i436) d'un fiOURGEOIS DE PAAiS, ■* ^79

périls. Après ce, on fist un prévost de marchans du devantdit Michel de Lalier ; après on fist eschevins nouveaux , donf Tung fut Colinet de Neufville, Jehan de Grantruë, Jehan de Belloy, Pierre de Langre, tous quatre natifs de la bonne ville de Paris; et fut fait prévost de Paris, ung chevalier nommé Messire Philippes de Ternant, chevalier signeur de Ternant , de Toisy et de la Motte , conseiller du roy nostre sire , et garde de la prévosté de Paris,

Item, la dernière sepmaine de mai , furent prins les os du comte d'Arminac et du chancelier de France , sire Henry de Marie, et de son filx Téves-que de Constances , et ung nommé maistre Jehan Paris , et ung autre nommé Remon de la Guerre , qui estoient enterrez en la grant court de darrière Saint-Martin-des-Champs en ung grand fumier qui là est ; et furent enterrez leurs os en l'église de Saint-Martin-des-Champs ; c'est assavoir le comte d'Arminac dedensle cueur à dextre du grant autel.

Item , quant les François furent afTermez avec le parlement et les grans bourgeois et le conseil , ils se plaignirent que le roy estoit très pouvre et toutte sa gent, et qu'il convenoit avoir de l'argent, où qu'il fust prins. Si leur fust ditra II faut faire ung »emprunt. » Et ainsi fut fait espécialment trèsgriel^ sur ceux qu'on cuidoit qu*ils amassent mieux les Anglois que les François; et fut l'emprunt très grant ; et se monta à très grosse somme d'argent et d'or ; car ils furent pou à Paris de mesnaigers qui

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n'en payassent pou ou grant. Quant ils orent cette grant somme d'argent, ils s'appointèrent pour aller devant Crail ; et y furent environ trois sepmaines ou ung mois qu'à aller , qu'à venir , qu'à mener vitaille et artillerie ; et quant tout fut prest , et qu'on y ot moult despendu sans cop frapper , se bien pou non, ils levèrent le siège, et s'en revindrent trestous sans scavoir cause pourquoi, comme on disoit , se non qu'on leur fist entendre que grant foison d'Anglois venoient pour lever le siège : ainsi fut là despendu mauvaisement grant partie de l'emprunt. Quant ils furent revenus à Paris, si leur convint faire nouvelle finance. Si leur fut donné ce conseil qu'il convenoit faire cheoir la monnoie ; mais pour ce qu'ils n'avoient point assez de monnoie forgée au coing du roy Charles, ils firent crier, lemercredi vingt-sixiesme jour de mai mil quatre cent trente-sept , les blancs de huit deniers qui éstoient au coing de Henry , qui se disoit roy d'Angleterre et de France, ils les misrent à sept deniers , si valloient mieux de six blancs pour franc , que ceux qu'ils forgeoient au cqing du roy Charles , si comttie on disoit ceux à ce reconnoissants.

Item y le jeudi douziesme jour de juillet ensuivant, firent de louts points cheoir les blancs que devant avoient rais à sept deniers ; et les salus d'or qui pour le temps qu'ils mirent les blaàcs à sept deniers, valloient vingt-quatre sols parisis , ils les mirent à vingt sols parisis; et la sepmaine de devant s'es-

(»457) 1>'UN BOUKGEOtS DE PARIS. 48i

toieritralliés les Anglois et eouroient à une lieue près de Paris, et boutoient feux, et tuoient femmes et en* fents, et destruisoient quant que ils encontroient.

Item y en cellui temps, en la fin de juing, ung caymant (mendiant) fé rit l'eniFent d'une caymande dedaùs l'église desInnocents;celle] et le cuida frapper sur la teste. Si r< ung bien pou au visage ; si lui fisl i gratigneure, dont ung bien pou d pour certain ils en furent vingt--de son ; et en ces vingt-deux jours onc Paris ne volt reqoncilier l'ég'lises'i et les deux pouvres gens n'avoie lant en toutes choses , comme la somme qu'il demandoiti Et pour ce que ledit évesque «e le- volt faire , s'il ii'estoit pay é à sa guise , en tous les «ingt^ deux jours oncques messes, matines ne vespres, ne corps en terre ou cimetieAe'^e.fut, ne le saint service fait de nulle heure , né" l'eaue benoisté; et les confrairies qui avoient en ladit5^ église leurs journées assignées, ils alloient faire leur service à Sain l- Josse , en là rua Aubry-le-Bouchet .

Item y en celle annéç fut tant, de cerises que on avoit lalivre pour ung denier tournois t voire ti^lles fois fut six livres pour ung blattc de quatre .deniers parias ; et durèrent jusques à la Nostre-Dame miapust. . * '

/^ew^ celle, année fut la Saint-Laurent au vendredi; et fist-on la foire comme autrefois, 'de toutes marchandises accoustumées à ladite journée.

MONSTBELET. T* XV.-^ JOURK. d'uI? BOURG. DE PaRIS. O l

482 JOUHNAL («43^)

Item y ou mois de septembre ensuivant , on commença à vendanger ; mais oncques mais les vendanges ne<îOustèrent autant comme ils firent celle année . et si ne furent oncques mais vendangeurs et \i«Bdangeuses à si grant marché ; car on avoit au commencement quatre femmes tout le jour pour Aefyxx blancs, et tel jour fut-on en avoit cinq pour deux blancs et hotteurs pour deux blancs ou pour trois ; et si avoit-on très grant marché de vivres ; et si ne furent aussi chèresr, passé à cinqiiante ans; car en toutes les portes de Paris avoit deux ou trois gergents de par les gouverneurs de Paris, qui sans loi et sans droit et par force faisoient pajer à chacun hotteur deux doubles , à chacune charrette qui amenoit cuves où il y eust vendange huit blancs, ^ize de dieux , huit sols parisis* de trois ; et ceux des garnisons d-entour Paris comme le Bois, comme Saint JClouJ, lé Pftrif de Gharrenton,avoierit de chacun villaige huit ou éix queues de vin de rançon, et autant ou plue qu'ils en pilloient de nuit et de jour, sansles grands pactis qu'ils avoient ;et témoingnoient les gens. dignes de foi, que ou bois de Vincennes tant seuleinent en ot bien celle année trois cent queues, etjes autres ainsi, ce qu'ils porent^non jjas tant qu'ils voldreut. Et en cellui temps n>estoit nouvelle du roy nullement, ne que se il f;}0t à Borne ou à Jérusalem. Et pour certain^ oncqjics, puis l'entrée de Paris, nul des capitai»9jft^ irMcois ne fist quelque bien^nt on doie aup«inement,parler , senon rober et pillerpar npk et par jo ur ; et les An-

(1458) D*UN B0URÛE0I6 Dli ^AlUS. 485

glois menoieat guerre en Flandres, en Nownandie, devant Paris , ne nul ne les contredisoit ; et gaignoient toujours quelque forte place Saint-Cosme et Saint-Damién vindreni Saint-Germain-des-Prés; neoncque»

d'armes de Paris, ne s'en voldrent ] disoientqu'on ne lespayoit point. Et en

que pouvres gens de honnest villes e

sance pouvoientgaigner estait pour eux; et de ceux des villaiges ce qu'ils avoient gaigné ou à gaigner leur ostoient*ils 5 ne nulle chose ne leur demouroii • ne que après feu ; et pour certain ils dîsoient qu'ils avoient auss^icher, oij mieux, cheoirès mains des Anglois comme es m^ins des Françpis.

Item-yen ce temps le» bouchers de Saint-Ger*^ main-deS'-Prés firent une boucherie aii.bout du pont Saint-Michel , comme on tourne à aller aux Augustins ; et commencèreAt à .vendre la vigille de Toussaint, jour Saint-Quçntin.

Iterriy le jour Saint -Clément ensuivant , vint le connestable à Paris et ameaa «a femme , sœ^r du duc de Bourgongne; et avoit est* (èmme au duc de Guienne , fib du roy de France ; etr vint avecques lui l'archevesque de Raims, chancelier de France et le parlement du roy ; et entrèrent par la porte de Bordelles, qui nouvellement avoitesté desmurée.

Item y le jçudi ensuivant, vigille Saint-Andry , fut crié à son de tronoipe que le padement du roy Gharle!^, qui depuis sa despartie de Paris avoit esté

Tfil^ JOURNAL Ci437)

tenu à Poitiers , et sa chambre des comptes à Bourges en Berry , se tendroit désormais au Palais-Boyal à Paris, en la fourme et manière que ses prédécesseurs rois de- France Tavoient accoustumé à faire; et commencèrent le jour Saint-Eloy , premier jour de décembre mil quatre cent trente-sept. Et ainsi fut fait, et furent rappelles aucuns bourgeois par douceur, qu'on avoit mis hors après la départie des Anglois, parce que moult estoient favoureux aux Angiois pour leurs oflices ou autres causes; et leur fut tout pardonné très doucemeut, sans reprouche, etsansmalmeltre eux ne leurs biens.

Item y celle année fut tant de navez ,qu*on avoit celle année le boisseau pour deux doubles, et tant de poreaux, qu'on avôit une grosse botte pour ung denier, qùid'année devant coustoit quatre doubles.

Item^ pois, fèves furent à si grant marché, qu'on avoit fèves pour dix deniers le boissel, belles et grosses, et pour quatorze deniers bons pois, et très bon vin partout Paris pour deux doubles, blanc et venneil.

Item , en la fin de novembre , Ja vigille Saint- Andry , commença à geler si fort, qu'elle dura jusques àkaresme-prenant , qui fut le douziesme jour de février; et en cellui temps ne plut point, mais moult negea.

Item y celle nuyt de karesme-prenant^ à heure de my-nuit , ou environ , prindrent les Angloys la viUe de Pontoise , par la grant négligence du capitaine , qui estoit seigneur de JÎsle-Adam , qui

fï437) D*UN BOURGEOIS DE PAHIS. ^85-

H'estoit pas si saige comme mestier eost esté , car il estoit très convoiteux ; et bien y parut ; car on disoit qu'au jour que la ville fut prinse , qu'il y avoit de blé plus qu'il n'en falloit pour deux ans tous entiers pour fournir ladite ville, et il en avoit très pou à Paris; mais oneques, pour prière que ceux de Paris peussent faire , il n'en voit oncques laisser venir grain à la ville de Paris ^ et lui vouloient donner les marchants de Poûtoise' de chascun sextier quatre francs parisis. Or perdit tout ; premièrement, honneur, car ils'enfouyt honteusement sdtas delTendre ne lui ne la ville. Ainsi par lui furent les bonnes gens tués et leurs biens perdus, et ceux qui ne furent tués furent mis en divers lieux en prinsons, çt mis à si grant finance, qu'ils ne porent payer ; pourquoy plusieurs moururent dedans les prinsons. Ainsi fut tout ce mal par lui; et enforceales ennemys, et greva tant par sa mauvaise garde Paris et le pays d'entour , que à peine le pourroit-on raconter : car aussitost que la ville fut prinse , trois ou quatre jours après le blé enchérit à Paris à la moitié, et tout portaige de grain; car nul n'osoit venir à Paris, pour les Angloys qui par tout couroient autour de Paris. Et fut la veille du premier dimenche deka»esme, vindrentà douze heures de nuyt ou environ assaillir Paris , parce que les fossés estoient gelés ; mais ils furent si bien reboutés par canons bu autrement, qu'ils y gagnèrent pou, et qiie tout bel leur fut de leur eslbigner. Ilem , la première sepmaine de karesme fut crié

48B jocrual (i43«)

à son de trtMnpe, que nul boulanger ne fisl plus pain blanô* ne gasteaur, né escbaudé^, afin que les bourgeois qui avoient du blé cuisissent.

Item^ la gelée avoît tellement fait mourir toute la verdure, que à la fin de mars on n'en trou^ voit quelque pou , se non ung peu de poreaux qui coitstoient une petite botte quatre deniers , qu^on avoil eu en janvier pour ung denier , et oingoons très chers , et pommes très chères ; car le quarteron de cappeiidu un pou grosses CQustoit sept blancs ; et à ne vint nulles figifes ; mais il fust le meilleur miel qu'an eust veu grant temps avoit f et à bon ^larché , car la pinte ne coiïstoit que deux blancs ; et si avoit-on le molle de bûche en €rève pour di^ blancs.

Item , lepain fui monlt cher, car le sextier de très petit seigle coustoît quarante quatre sols ou trois francs , et le frbmeiit quatre francs.

Item y lasepthsine penéilse, le mercredi viogisixiesme jour de mars de Tan quatorze cent trente^ sept , furent descollés trois hommes , l'ung ad vocat en parlement ; nommée maistre Jacques de Cutiay , et ung autre de la chambre des compta, nommé maistre Jacques Rousseau , et un vârlet de boucher qui estoit devenu ponreuivant , qui portoît aux ennemis anciens de Finance tous les secrets qu*on faisoit k Paris, et lui envoioient les deox devantdiz , et ung autre nommé maistre Jehan le Gler; lequel fut mené en ung tèttiBerel à voir 1^ journée que les deux dessusdiz furçnt d^scoUés ,

(i43ô) D*U1N BOlJaCBOlS DE PABIS. ^87^

et après eondampné perpéluelleunent en oubliette, pource que clerc estoit, elles ckux estaient bigames. Lesquelx recongnurent,espécialment maistrè Jacques^ Rousseau^ que quant aucunes boanes villes que les Angloys tenoient se vouloient mettre en l'obéissance du roj de France , et , que les bour- . geois le mandcnent au eoaneslable et au chancelier qu'on feust prest <Je ce faire , à tel jour les faux traistres devantdiz le niaadoient aux Angjoys, qui tantost faisoient grants garnisons^de gens d'armes , et faisoient copper testera desroj, et ban-* nissoient gens , et prenoient le Içur sans merci, et, tuoient et boutoient feux^ès villaîges d'entour ^ et menoiei>t tous les biens en leurs ^garnisons.

Item^ lasepmaine de Pasques, l'an quatorze cent trente-huit, fut prins à Beauv.ais, ,en Brie,^ un nommé MUle de Saux, lequel estoit procureur de parlement, qui avoit esté autrefois prins ,et avoit promis d'estro loyal et avoit baillé , sa foi et mis sa femme et deux fils qu'ij avoit en hostàige; mais de. tout ce ne tint compte de foy, ne de femmes, ne d'enffents , mais devint le plus fort larrçn , bouteux de feu?: et de tout autre maléfice qui fust en . France m en Normandie; et si estoit ^vl «naudit conseil des trois^ devaatdiz , et pour ce ot-il la teste coppée et^on varlet, le diâesme jour d^avril quatorze ceat trente-^, huit; et ceiluy Mille epseigna plusieurs gisants: caves et anciennes touchants, à quarrières , desquelles on ne savoit riens, parmi lesquelles on de-

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