‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 52 sur 54 · JOUBN Ail (i4M · texte numérisé non relu

JOUBN Ail (i4M

voit bouter les Anglojs dedens Paris : mais Dieu qui tout scet ne le volt consentir. Un pou après , en celluy moys , prindrent les Angloys le chastel nommé Ourville ^ qui estoit au Galloys d'Auooy, lequel chastel il perdit par sa mauvaisetié ; car les

.soudars qui le dévoient garder, il ne vouloit payer de leurs gaiges; par quoy ils furent cause de la prinse du chastel ; et fût sa femme prinse , et fut menée à Meaux, qui estoit en cellui lemps en Fobéissance desAngloys; comment elle fut desmenée des Anglojs, on s'en taist.

Item^ il perdist toute sa chevance; et si fist la |)rinse de cestuy chastel , tant de mal à Paris, que homme ne le povoit nombrer ; car il estoit sur les cheiùins de Flandres , et de Picardie et de Brie , et brief snir touts les chemins dont il povoit venir biens à Paris. Brief , il fist tant de niai à Paris , car il fust prins à l'entrée de juillet que on de voit cuillir les blés ; si convint mettre grant garnison à Sainct-Denis , pour garder les laboureurs; mais, pour certain , oh ne scavoit duquel on avoit le meilleur marché , ou des Anglois ou des François^

. car les François prenoient pactis et tailles de trois mois en trois moi§ ;^et se les pouvres laboureurs n'avoiént deguoi payer, les gouverneurs les habandonnoiént aux gens d'ariries ; les Anglois les délirvroient quand ils les ]Ç)oy oient prendre par rançon. En celui temps fust mislç siège devait Montereau , le jour Saiuct-Barthélemy , en aoust , dont il convint que ceux de Paris payassent une trop grosse

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taille , qui moult les greva ; car il n'estoil nul qui gaignast, se non ceux qui avoient blé ou orge à vendre ; et si estoit le blé tant cher ou droit cueur d^aoust , à l'entrée de septembre, que le plus petit blé valloit quatre francs , le fromment six francs , Torge quarante sols parisis, et si ne mangeoit-on point de pain blanc.

Item y le jour de la my-aoust chanta-t-on en la chappelle Sainct-François aux Pelletiers, en l'église des Innocents, la première messe de la glorieuse Assomption de la glorieuse vierge Marie Nostre-Dame.

Item y en celui mois mil quatre cent trente-huit de septembre , on fist de rechief à Paris la plus estrange taille qui oncques mais eust esté faite ^ car nul en tout Paris n'en fust excepté, de quelque estât qu'il fust, ne évesque, abbé, prieur, moine, nonnaine, chanoine, prestre bénéficié ou sans bénéfice, ne sergents, ménestriers, ni les clercs des parroisses , ne aucune personne de quelque estât qu'il fust. Et fust premièrement fait une grosse taille sur les gens de l'église , et après sur les gros marchands et marchandes; et payoient l'un quatre mille francs, l'autre trois mille, ou deux mille huit cent , six cent, chascun selon son estât ; après aux autres moins riches, à l'ung cent francs ou soixante , cinquant^ou quarante ; trestout le moindre paya vingt francs ou au-dessus ; les autres plus petits au-dessous de vingt francs et au dessus de^ix frapcs. Nul ne passoit vingt francs , ne nul ne

payoit mains de dix francs ungs ; et autres plus petits , nulnepassoit cent sols ne mains de quarante sols parisîs. Après cette douloureuse taille feirent une autre très deshonneste ; car les gouverneurs prindrent es églises les jojaux d'argent , comme encensiers, plats, burettes, chandeliers, paix; brief de touts vesseaux d'église, qui d'argent estoient, ilsprenoient sans demander ; et en après ils. prindrent la grigneuç partie de tout l'argent moonoyé qui estoit au trésor des confrairies. Brief, ils prirent tant de finances à Paris , que à peine ea seroit homme cru , et tout sous l'ombre de prendre le chastel de Montereauet la ville. Et feurent devant sans riens faire-depuis la mj-aoust jusqu'au jeudi onziesme jour d'octobre ensuivant , lande^ main Sainct-Denis, qu'ils prindrent la ville par assault, et les gens d'armes se meirent dedens le cbastel a garant. Après plusieurs fois parlementèrent ensemble , mais ils ne porent accorder* Si assaillirent le obastel par plusieurs fois, et gettèrent de leurs canons et d'autres traits , tant et si souvent , que grandement grevèrent Je chastel et ceux de dedens; et aussi traioîent ceux de dedens à ceux de dehors ; mais pou leur vallu , mais ils: virent bien que longuement ne poroient tenir le chastel qu'ils ne faussent destruits. Si parlementèrent au roy; et ad ce s'accordèrent, que les Anglois s'en iroient sauves lèu?3 vies, comme estrangiers conquérants terre ; car ils n'estoient pas ijemis en France de leur «utorité ; et toi^ts cçux qui avecques

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eux estoient de la langue de France, se rendirent à la voolenté du roy • Et ainsi fust fait , dont la plus grant partie d'iceux François reniés feurent pendus par leurs gorges, et aucuns autres allèrent en longs pellerinaiges une corde au col. Cet appointemei>t fut fait lesabmedi dix-neuviesme jourd'octobre Tan mil cpiatre cent trente-huit. Et le mardi ensuivant rendirent lechastel et s'en allèrent, et ceux de Paris s'en tindrentbien mal contents; et ne feirent pour laprinseduchastel ne joie, ne feu allumèrent, ne s'en tindrent compte comme ils feirent pour la prinse de la ville ; car on sonna partout les mostiers de Paris , on fist partout joie et liesse toute nuit , et feux et danses; et tout ce fust deslaissé « parce qu'on avoit ainsi délivré les Anglois, qui estoient trois cents, touts meurtriers et larrons. La plus grant partie d'euxsemeirenten la rivière pour plus emporter de leurs bagaiges; et quant ils passèrent par-devant Paris, il fust crié,sur peine de la hart, que nul ne nulle ^ne fust si osé ne si hardy de leur dire pis de leur nom; dont le peuple de Paris fust moult malcontent ; mais à souffrir le convint pour celle fois : car de nulle rien ils n'osoient parler qui touchast le bien publique , car ils avoienttant d'oppressions, tant de tailles devantdites , tant de malgaignes , tant de gcant charte de pain et de touts autres vivres que oncques on eust veu puis cent ans^ Mais l'espérance de la venue du roy les confortoit ; laquelle fust bien en vain ; car quant il yint à Paris , lequel y vint landemain de la feste

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de Sainct-Martia d*yver, Tan mil quatre cent trente-huit , dont on fist aussi grand feste comme on povoit faire à Dieu ; car à l'entrée de la bastide Saînct-Denis par où il entra , tout armé au cler et le dalphin , jeune d'environ dix ans , tout armé comme son père le roy , à l'entrée les bourgeois lui meirent ung ciel sur sa teste que on a à la Sainct-Sauveur à porter Nostre-Seigneur ; et ainsi le portèrent jusques à la porte aux Paintres dedens la ville ; et entre ladite porte et la bastide avoit plusieurs beaux mystères , comme à la Portedes-Champs avoit angles chantants ; et à la fontaine du Ponceau Sainct-Denis , moult de belles choses qui moult longues seroient à raconter ; devant la Trinité , la manière de la Passion comme on fist pour le petit roy Henry, quant il fust sacré à Paris^ comme devant est dit.

Item y à la porte aux Paintres aussi et devant Chastelet et devant le Pallays , sinon que depuis ladite porte aux Paintres tout fut tendu à ciel jusqu'à Nostre-Dame de Paris , se non le grand pont. Et quant il fut devant l'hostel-Dieu ou environ , on ferma les portes de ladite église de Nostre- Dame, et vint l'évesque de Paris, lequel apporta ung livre sur lequel le roy jura, comme roy , qu'il tendroit loyalment et bonnement tout ce que bon roy faire de voit. Après furent les portes ouvertes, et entra dedans l'église et se vint loger au Pallays pour celle nuit; et fist-on. moult grand joie celle nuit , comme de bncciner , de faire feux en-my Jes

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mes , danser, manger et boire, et de sonner plipsieurs instruments. Ainsivint le roj à Paris comme devant est dit.

Item y le jour Sainte-Katherine ensuivant , fut fait ung moult soUempnel service à Saint-Martindes-Champs, pour feu le comte d'Arminac, qui fut tué comme devant est dit , environ dix-neuf ans devant dedans le Pallays; et y ot bien ce jour dix-sept \îents cierges allumés et de torches à la value; et tous prestres qui voldrent dire messe, furent payés. Mais on n'y fist point de donnée ; dont on s'esbahit moult , car tel quatre mille personnes y allèrent, qui n'y fussent jà entrés, s'ils n'eussent cuidé qu'on n'y eust fait donnée; et les maudirent qui avant prièrent pour lui; et tout ce service fit faire le comte de Pardriel (Pardiac) ou de la Marche , le maisné fils du comte d'Arminac devautdit^ et y fut le roy et chevaliers d'Anjou et tous ceux de Nostre-Dame et des collèges de Paris, tousrevestus*

Item y après dit le service , furent portés les os dudit comte à Nostre-Dame-des-Champç , accompaignés de grans luminaires et de gens tous vestus en noir ;. et là fut laissé jusqu'au mercredi suivant; et ce jourdisnale roy à Saint-Martin-des-Champs; et le .mercredi furent emportés les os dudit comte en son pays d'Arminac. Et en ce temps avoit à Paris gra^d , foison de gens d'armes ; et environ quarante ou cinquante larrons qui s'estoient boutés dedans Chevreuse , couroient tous Jes jours jus-

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ques aux portes de Paris , et prenoient hommes , bestes , voitures ; et devers la porte Saint- Denis , ne scai quels larrons qui estpieut à guette venoient prendre les hommes et les projes jusques emprès les portes de Paris; et pour ce point venoient tou* tes lei sepmaines ; et quant ils estoient trois ou quatre lieues loing, les gens d'armes qui à Paris estoient s'armoient tout à loisir^ et se partoient sans convoi ; et tantost s'en revenoient , puisqu'ils avoient fait manière; et pour ce enchéri tout grain; car le blé valloit cinq francs et demi, qui n'estmt que mesteil ; orge soixante sols , fèves menues cinq sols parisis le boessel, pois au pris, huilleeinq sols parisis la pinte , la livre de beurre salé six blancs et tout à forte mon noie. Et depuis que le roy estoit entré à Paris, tout enchérit, comme dit est , pour ces larrons qui toujours estoient en embusches emprès Paris ; ne roy, ne duc, ne comte, ne prévost , ne capitaine n'en tenoit compte , ne que s'ils fussent à cent lieues loing de Paris.

Item y cel an grand année de choulx et de navés ; car le boessel ne coustoit que six deniers parisis , par quoi les gens appaisoient leur faim et à leurs enlTenls. \ * '

Item y le fruit faillit partout, se non de neflOies et de pommes de bois, et si ne fut nulles noix ou nulles amendes.

Item ^ le roy se despartit de Paris le troisiesme jour de décentre mil quatre cent trente-huit^ sans ce que nul bien y fist à la ville de Paris pour lors;

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