‹ Chroniques d'Orient; documents sur les fouilles et découvertes dans l'Orient hellénique de 1883 à 1890Chapitre 77 sur 406 · Farul Conslanliei, 12 mai · texte numérisé non relu

Farul Conslanliei, 12 mai

3. Revue <irchéologique, 1881, II, p. 287. Un croquis de la tour a été donné à la p. 288.

du côté est, des chars de triomphe et de guerre ; du côté sud, des ornements d'architecture, spirales, feuilles, palmettes, oves, etc. ; du côté ouest, des femmes, des enfants, des animaux. Il est à remarquer que, du côté sud, les pierres sont de plus grandes dimensions que les autres; elles atteignent jusqu'à 1">,60 de hauteur. EnGn, parmi les pierres écroulées, on en a trouvé ayant fait partie d'une porte dont on n'a pu encore préciser la position '.

€ Un grand nombre de ces pierres ont été emportées par les paysans, qui y ont creusé des auges pour leurs bestiaux. Les Anglais qui ont construit la voie ferrée de Cernavoda à Kustendjé, en ont envoyé plusieurs en Angleterre. Les Turcs en ont dirigé quelques-unes sur Cons- (antînople. Le gouvernement roumain a pris des mesures pour protéger celles qui restent. Il a, d'ailleurs, Tintention de démolir la tour et d'en réunir tous les matériaux à Bucharest, où l'on procéderait à la reconstruction du monument tel qu'il est actuellement. Il est à espérer que les travaux de démolition amèneront au jour quelque indice servant à fixer définitivement la nature de celte tour et la date de sa construction.

« On ne sait, en effet, ou du moins on ne savait jusqu'à ces derniers jours, à qui attribuer celte construction ni à quelle époque la faire remonter. Les opinions les plus disparates ont été soutenues sur ce dernier point. C*e&t ainsi que M. Opréan affirme que la tour est un ouvrage des Perses; M. Soutzo veut y reconnaître un travail des Odryses, tribu thrace qui était parvenue à un certain degré de culture, grâce à son contact avec les Grecs des villes ponliques, ce qui ferait remonter l'époque de la construction au v* siècle avant J. -G. L'année dernière, une commission de savants allemands, venue pour visiter la tour, n'hésifa pas, après le plus sérieux examen, à la classer parmi les ouvrages de l'antiquité grecque.

c Mais M. Tocilesco, conseiTateur du Musée de Bucharest, s'est toujours prononcé énei^iquement pour Torigine romaine de ce monument. 11 affirme que le camp romain qui se trouve tout auprès est la preuve qu'une légion a séjourné dans cet endroit pendant un laps de temps assez long, et que c'est pour occuper les soldats que la construction de celte tour a été entreprise, peut-être aussi pour perpétuer le souvenir d'une victoire remportée en ces lieux. M. Tocilesco faisait observer que les pierres ayant servi à la construction du camp et à celle de la tour étaient les mêmes. Mais rien ne venait corroborer l'o-

I. [Les bas-reliefs d^Adam-Klissi ont été reproduits en photogravure dans la Revue archéologique, 1881, pi. XXI-XXIV.]

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pinion de M. Tocîlesco lorsqu'il y a deux mois une fouille a mis à nu une pierre portant gravé le motORDIN(w) dont les lettres étaient disposées de la manière suivante :

« Cette découverte résout déflnitivement le problème en faveur de l'opinion émise par M. Tocilesco au sujet de l'origine romaine de la tour, mais la question de date est encore pendante, et ne pourra être tranchée que par une découverte ultérieure.

« U. CnoussERrE.

« Kustendjé, le 30 novembre 1S85. »

Thasos. — Nos lecteurs se souviennent peut-être que nous avons publié dans cette Chronique deux fac-similés de dessins de M. Christidis, exécutés en 1886 d'après des bas-reliefs archaïques découverts à Liménas et qui avaient disparu depuis*. Quelque grossiers que fussent ces croquis, nous devons nous féliciter de les avoir fait connaître puisqu'ils ont permis de retrouver les originaux. M. D. Baltazzi m'écrivait en effet d'Ali-aga, le 42 août 4885 : « Dans votre Chronique d'Orient des mois de janvier et février, vous appelez Tattention du monde savant sur deux bas-reliefs trouvés en 4866 à Thasos. Ces deux objets, ainsi que d'autres antiquités, se trouvent renfermés dans les magasins de l'amirauté à Constantinople. L'an passé, vers le mois de juin, S. E. Hamdi-Bey m'envoya à l'amirauté avec le sous-directeur du Musée, Kadri-Bey, à l'effet d'examiner les antiquités qui se trouvaient dans les chantiers et que le ministre de la Marine mettait à sa disposition. On me fit voir à l'amirauté le bas-relief d'Hercule agenouillé tirant de Tare, ainsi que celui qui représente une procession bacchique. Dans un autre magasin, on me montra un sarcophage, un bas-relief, et dans un troisième une tète de femme en marbre, une très grande inscription byzantine et différents autres objets. A cause des réparations nécessitées par l'état de vétusté de Tchinli-Kiosk, les deux bas-reliefs de Thasos resteront encore pendant quelque temps à l'amirauté. »

Il est question de placer ces deux bas-reliefs dans les jardins du Musée, lorsque la réorganisation qu'il subit en ce moment sera terminée.

\. [Plus tiaut, 1885, I, p. 72 et 73 ]

Salamine de Chypre. —Au mois de juillet 1870, Taviso le Forbiriy venant des mers du Levant, désarmait à Lorient; M. Ricoul, premier maître, découvrit, en faisant l'inventaire du bâtiment, la stèle funéraire dont nous donnons ici le dessin et qui appartient aujourd'hui à M. Roche. La copie que nous publions a été envoyée à M. Perrot par M. Guiesse; elle est certainement exacte. Le texte se lit aisément :

La décoration de la partie supérieure est intéressante, et c'est pourquoi nous avons cru devoir donner un fac-similé de ce petit monument, qui appartient à une époque assez basse et dont il n'est pas possible d'établir la provenance avec certitude. M. Ricoul croit cependant se souvenir qu'au témoignage du commandant du Forbin la stèle de Diodore aurait été embarquée à Salamine ' .

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M. Sterrett en Asie Mineure. — Nous lisons dans la Nation^ de New- York, à la date du 26 novembre 4885: « L'expédition en Asie Mineure de M. J.-R.-S. Sterrett, de l'École américaine d'Athènes, parait avoir donné, l'été dernier, d'excellents résultats. Il a copié six cent onze inscriptions inédites, grecques et latines, et a presque créé la carte dlsaurie et de la Pisidie orientale. Il a découvert les emplacements d'un grand nombre de villes anciennes dont il a identifié les unes par des inscriptions recueillies sur place et d'autres par des considérations générales de topographie. Parmi ses plus importantes trouvailles est celle de la ville de Lystra, aujourd'hui Khatun (Khadyn)-Serai, à huit heures au sud d'Iconium. M. Sterrett a aussi découvert de nombreux vestiges hittites. 3»

Smyrne. — Nous sommes heureux d'annoncer, après une longue interruption, la publication de deux nouveaux fascicules du MouaeTov •/.al ^6Xioôi^xr) tîJç EiaYYsXixfjç ^yo\fi(; de Smyrne (IlepbSoç Texap-nr,, 1880-1884; IlepCcSoç wéi^irn), 1884-1885). S'il est une institution,

1. [J'avais attribué du bitalivem eut cette stèle à nie de Salamine; M. Lortet Doe fit remarquer qu'elle présentait le type syrien et M. Papadopoulos Kerameus en reconnut la véritable provenance.]

dans rCi'ient grec, qui ait bien mérité de la science et de rhellénisme, c'est assurément cette courageuse École de Smyrne, dont la bibliothèque et le musée s'ouvrent si généreusement à tous les savants étrangers et dont les publications sont sur la table de travail de tout épigraphiste. Le fascicule de 1880-1884 débute par une remarquable étude de M. Weber sur la chorégraphie d*Éphèse, écrite en un français excellent et accompagnée d'un plan à grande échelle qui est de beaucoup le meilleur que Ton possède. Il était temps qu'un topographe consciencieux portât ses recherches sur cet emplacement qui a été plutôt exploité qu'exploré par M. Wood, au cours des fouilles célèbres qu'il a entreprises pour le compte du Musée Britannique. M. Weber commence par démontrer que M. Gurtius a eu parfaitement raison d'appeler Pion, et non Coressus comme le veut M. Wood, la montagne au pied de laquelle s'élève le théâtre dÉphèse*. Le Coressus n'est pas seulement la montagne au sud-ouest de la ville, mais tout le massif jusqu'à la mer, où il y avait un port du nom de Coressus Abordant la question fort controversée des synonymies d*Orlygie, du fleuve Cenchrius et du mont Solmissus, M. Weber conclut, après une discussion très serrée, que le Cenchrius est le premier affluent de gauche du Caystre, qu'il laisse le mont Solmissus à droite et traverse la vallée d'Ortygie. Il identifle la ville de Coressus avec une ruine située sur le bord de la mer, à 2,500 mètres au sud de l'embouchure du Caystre. Quant aux anciens ports d'Éphèse, qui sont aujourd'hui à plusieurs kilomètres du rivage, M. Weber a pu en déterminer remplacement avec exactitude ; l'un d'eux est le marais qui s'étend entre le grand gymnase et la prison de saint Paul, et dont la forme rappelle d'une inanière frappante celle du port marchand de Carthage ; l'autre, port sacré ou Panormos, est un peu en amont du lac de Caystre, à un kilomètre et demi de l'embouchure actuelle du fleuve. Le lit du Caystre était un goulet naturel qui mettait la mer en communication avec les ports. Nous n'indiquons ici que les principaux résultats d'un travail qui est à lire en entier, et auquel on devra le redressement de bien des erreurs qui ont encore cours dans les livres de géographie. M. Weber a complété son élude topographique en signalant quelques monuments restés inconnus des précédents explorateurs. C'est d'abord une chambre sépulcrale taillée dans le roc sur le versant sep-

1. Le nom de la moulagne est Pion dans Pausanias, Prion dans Straboo. IIp^u>v est un nom fréquemment porté par des montagnes (cf. Pape-Benseler, s. V., et un témoignage épigraphique nouveau, plus haut, 1885, II, p. 93), mais la montagne d'Éphèse parait bien s'être appelée Ilibiv, sans doute à cause de la fertilité de son sol (Weber, p. 8).

[6, 15l-5j CHRONIQUE D'ORIENT (i886) 213

tentrional de la colline d'Ayassoulouk et deux autres sépultures du même genre qui remontent à une très haute antiquité ; puis les ruines d'une villa et d*un mausolée romain découvertes en 188i, contenant un sarcophage avec l'inscription suivante :

Auty; i^ <Jop6q stAv E-jy^vCou icpeaSoTfpou xl xXTjpovéïxwv avToîî. Zûd'V.

Au-dessus do sarcophage, dans le segment que dessine la voûte sur la paroi du fond, on dislingue des restes de peintures, deux paons, des branches de vignes et, détail bien singulier dans une peinture chrétienne, un grand œil prophylactique. La plupart des symboles ont d'ailleurs été détruits, depuis ces découvertes, par les sauvages des environs d'Ayassoulouk.

Le même fascicule du Moujerov contient une étude de M. Carolidis sur le dialecte qu'on parle actuellement en Cappadoce et les restes de l'ancienne langue cappadocienne qui s'y sont conservés (p. 47 à 265). Tout en n'admettant pas les rapprochements très hasardés institués par M. Carolidis entre des mots cappadociens actuels et des formes sanscrites, bactriennes, slaves et germaniques, on doit reconnaître que son travail, fruit de longues recherches dans le pays même, contribuera à la connaissance d'un dialecte qui était encore à peu près ignoré des romaïstes. Il est remarquable que certains mots latins se sont conservés dans le dialecte cappadocien alors qu'ils n'existent pas dans les autres dialectes grecs modernes; tels sont xcupsirepe, signifiant cursator^ et Tôp;xov'., signifiant terminus agrorum. Mais M. Carolidis ne sait pas s'arrêter à temps, et n*hésite pas à rapprocher AôoOxa de avusy icouXoOxa de puer, etc. Ce sont là des hardiesses de linguistique où nous ne pouvons pas le suivre. En somme, il eût peutêtre été plus utile, en même temps que plus prudent, de donner un simple lexique du cappadocien actuel, en réservant les déductions étymologiques pour une préface. C'est encore le « démon de l'étymologie > qui a rendu mauvais service à M. Carolidis, et qui nous empêche de louer sans réserves son consciencieux travail.

Le V« fascicule (1884-1885) contient la transcription en cursive de quatre-vingt-une inscriptions, dont quelques-unes ont déjà été communiquées par M. Fontrier au Bulletin de Correspondance Hellénique. La plupart des textes nouveaux sont des épitaphes, mais ces épitaphes elles-mêmes ne sont pas sans intérêt. Ainsi nous avons celle d'un auteur de mimes, [ji.£'.;j.oX6yoî (n** 250), d*un philologue, ^ùsoXôyoç (n* 246), d'un graveur en pierres fines, SaxiuXoxo'.XoYXufo; (nû uve', p. 64), dun jardinier, >cT)7uoop6ç (n® uv6', p. 65). Une stèle tom-

baie de Magnésie du Sipyle (n® uir6', p. 75) a été posée par le potier Ménophile, MiQvéçtXôç xep«[ji.suç*; ne serait-ce pas un membre de la famille des coroplastes Ménophile et G**, qui ont signé tant de statuettes de Myrina? A la fin d'une épitapbe (n* 220), on trouve une formule et un mot nouveaux pour exprimer le dépôt d'une copie de l'inscription aux archives publiques (cf. notre Traité d^épigr., p. 304): *Ax6xeix£ 5à TOUTOU xà èv tw apx^^V '^^ èvÇeivxXapeivov. Un relief représentant un cavalier surmonte la dédicace suivante (n^ 205) : A{ovu(j{[(j)] TTjv evo^Tjv àvé6iQxa, où ho^fi paraît synonyme de rfeéïVtiw, obligatio, à moins qu'il ne faille attribuer à ce mot un sens inconnu des lexicographes. M. Fontrier a publié (n^ uji-y', p. 58) un distique qui est une dédicace du proconsul Antolios à l'empereur Arcadius, à l'occasion de la reconstruction d'une partie des murs de Smyrne :

*ApxaS{({) PatcrtXÇi èxwvufjia Tet^çYj ItsuÇsv xXetvoç 6S' avôuTuoTwv xavaoçoç 'AvToXtcç.

CSet 'AvToXto<; est sans doute identique à un Anatolius qui fut préfet dm prétoire en Illyrie de 397 à 399, et auquel Arcadius et Honorius ont adressé des rescrits *. Une base de statue trouvée à Ghoulouk, le port de Mylasa ',n** uv', p. 61), porte une dédicace du sénat et du peuple d'Iasos à l'empereur Julien l'Apostat, Tovèx çtXoJcçiaç gaoïXeuovTa xal Îtxaic7uv7j T£ xal Taïç oXXaiç àpsTaTç zaaav StsiXi^çoTa tyjv u^' f^Xto) $X. KXauî. 'louXtavov tov [AiYt^TOV xa\ OsiéTaTOV AuToxpdtTOpa [jl£yi^cv. Hiérapolis en Phrygie a fourni la base d'une statue élevée à Tiberius Claudius Zoticus, irpwTôç IpyaTr^Y^ç, c'est-à-dire sans doute chef de la corporation, qualifié en outre d'agonothète, de greffier des temples d'Asie et de grand prêtre, par la corporation des/oulons, -^ ffSfjLvoTOTT) IpY^aia Twv 'EptozXuTwv (p. 79).

Une inscription découverte près de Hadji-Lar, en Lydie (n* uxô', p. 51), est une dédicace des habitants de Tamasis, oî èv TapLaast xaTstxoi, et nous apprend le nom et l'emplacement de celte ville jusqu'à présent inconnue*. Il y avait une localité de ce nom en Inde (Ptolémée, VII, 1, 54) et une seconde dans Tile de Chypre, dont le vrai nom paraît être cependant Tamassos, Une autre inscription (n** uXp', p. 53). fixe la position de la ville lydienne de Castollos à trois heures de Koula et à six heures de Philadelphie*; trois autres (p. 76. 77, 78)

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