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Je laisse le nom en blanc

2. Je suprime les noms et l’adresse. 11 s’agit d'antiquaires parisiens dune honorabilité au-dessus de tout soupçon, qui ont élé dupés par des correspondants peu scrupuleux.

Myrina que l’on offrait, à un prix très élevé, le groupe de la femme au laureau qui a été publié depuis dans la Gazette archéologique de 1882 (pl. XVI). Ce groupe était le premier qui osât affronter l’épreuve de l’héliogravure; il conservera, de ce fait, l’intérêt d’un document historique dans les annales de la mystification et de la fraude1. Les publications de MM. Froehner, Cartaultet von Duhn accrurent bientôt, dans des proporlions inquiétantes, la liste de ces chefs-d’œuvre sans état civil qui bravaient le scepticisme des connaisseurs. A ceux qui osaient exprimer des doutes, on répondait en montrant les nombreuses cassures de la terre et l’on affirmait, très justement d'ailleurs, que ces groupes arrivaient en France à l'état de fragmenls. Quelques gens difficiles à satisfaire n’en hochaient pas moins la tête et objectaient : 1° que le style de ces groupes rappelait Canova plutôt que l’antique ; 2° qu’on les disait asiatiques alors qu’aucun collectionneur de Smyrne ou de Syrie n’en avait jamais vu de semblables ; 3° que l’on ne trouvait dans le commerce ni têtes, ni fragments de torses du même style, alors que les vitrines sont remplies de fragments de Smyrne, de Myrina ou de Tarse; 4° que les cassures portent toujours sur le socle et les parties peu importantes, mais qu’elles épargnent religieusement les tètes et les accessoires; 5° que les draperies féminines de ces groupes présentent des plis crêpelés qui n’ont rien d’antique; 6° qu’ils sortent évidemment d’une même officine et se ressemblent extraordinairement, malgré la différence des sujets traités2.

Le problème soulevé par ces groupes aurait été discuté plus tôt et sans réticences si les collections publiques avaient consenti à les accueillir; mais Paris, Londres et Vienne se tenaient sur la réserve, et l’on comprend qu'il soit délicat d’attaquer l’authenticité d’objets qui font partie de collections particulières ou sont à vendre chez des marchands. En 1885, le Musée de Berlin ayant acquis une réplique du célèbre groupe de Charon (aujourd’hui chez le prince Liechtenstein à Vienne), la polémique trouva enfin le terrain qui lui manquait. M. de Duhn publia ce groupe dans 1 ’Archaeologische Zeitung (1885, pl. I, p. 1-23), en l’attribuant à Athènes et non à l’Asie Mineure; M. Furlwaengler répliqua qu’il provenait indubitablement de Myrina.

J. Je crois que cette terre cuite, d’un travail fort remarquable, est une imitation d'un bas-relief de Florence publié par d’Agincourt, Histoire de l'Art , t. IV, pl. I, n° 23.

2. En publiant le groupe de la Femme au taureau , dans la Gazette archéologique de 1882 (pl. XVI), M. Babelon, qui connaissait les autres groupes récemment arrivés à Paris, signalait très justement l’air de famille qui existe entre ces produits.

C’est alors que je crus pouvoir donner à la dation de New-York (24 septembre 1885, plus haut, p. 234) et à la Revue archéologique (1886, I, p. 158) deux bouts d’arlicles qui n’ont pas été les bienvenus, mais où je me suis simplement fait l’interprète des meilleurs juges qui pensaient depuis longtemps ce que je me suis décidé à écrire. Entre temps, Hamdi-Bey avait demandé à M. Démosthène Baltazzi un rapport sur les groupes d'Asie Mineure, dont un spécimen était entré dans une collection particulière de Constantinople. Hamdi- Bey, qui est artiste et homme de goût, quoique partisan et même auteur de la loi turque contre les antiquités, considérait le groupe comme faux; M. Baltazzi lui affirma qu’aucun fragment de groupe de ce genre n’avait jamais été vu à Smyrne, ni chez les marchands du bazar, ni chez M. Lawson, ni chez M. Humann. Son rapport, dont je possède une copie, conlient quelques détails intéressants sur la fabrication ou le truquage des terres cuites. Ainsi l’an dernier, lors de la faillite d’un marchand d’antiquités de Smyrne, on trouva chez lui nombre de moules; plus récemment, un marchand du bazar ayant vendu à un marchand d’Athènes une tète d’Hercule de fabrique smyrnéenne, fut très étonné quelques semaints après de voir celte têle, dans l’officine de son confrère athénien, artistement posée sur un corps intacl. M. Baltazzi nommait aussi un individu du Pirée qui, ayant commis un meurtre, s’expatria il y a quelques années en Crète et y commit des terres cuites dont M. Lawson lui-même fut dupe. Quant aux auteurs des groupes, il ne pouvait les désigner, par la bonne raison que res ohjels sont probablement fabriqués en Italie1 2, expédiés de là en fragments àAlliènes et envoyés ensuite d’Athènes à Paris, comme le prouve le comple rendu de M. Cavvadias que nous avons traduit plus haut. Mais ces groupes ne sont pas les seules terres cuites fausses mises en circulation dans ces dernières années. Il y a les fausses figurines de Smyrne, généralement dorées et d’une terre très cuite, qui ne sont pas, en général du moins, entièrement modernes, ce qui en rend la critique fort difficile1; il y a des figurines de femmes isolées, Muses ou Victoires, tantôt debout et tantôt assises, dont les draperies rappellent le style des fameux groupes; il y a de grands masques, parfois copiés sur des masques authentiques; il y a

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