PERGAME
le temple dit jusqu’à présent d’Auguste est celui de Jupiter et de Trajan. Il est prouvé aujourd’hui, m’écrit M. D. Baltazzi, que le temple d’Auguste se trouve dans la partie basse de l’Acropole. M. Baltazzi m’a communiqué un plan des fouilles dressé par M. Humann, qui montre avec beaucoup de clarté le progrès des travaux. Nous l’avons fait reproduire à l’échelle de 1/3200, mais comme nous ne pouvions employer des teintes, nous avons eu recours aux indications conventionnelles que voici. Les espaces de terrain entourés d’un pointillé noir restent encore à déblayer; ceux qui sont entourés d’étoiles ont été fouillés du P septembre 1878 au 13 août 1881 ; enfin, ceux qui ont pour limites des petits cercles ont été explorés du 13 avril 1883 au 13 juin 1886. Le théâtre est compris parmi ces derniers.
M. Démosthène Baltazzi m’a envoyé la copie d’une intéressante inscription trouvée à Poiradjik, près de Pergame. Mon frère Théodore Reinach l’a publiée dans la Revue historique (sept.-oct. 1886), d’après la copie de M. Baltazzi ; bientôt après, il en a reçu un estampage qui lui a permis de modifier sur quelques points la transcription du texte ( Revue historique, nov.-dée. 1886). Je renvoie aux articles cités pour les détails du commentaire; qu’il me suffise de dire que cette inscription, malheureusement mutilée, prouve entre autres : 1° qu’à Pergame, comme ailleurs, les prytanes ont succédé à un état monarchique; 2° qu’Oronte le Bactrien, s’étant révolté sous Artaxerxès Mnémon, vers 363 avant J.-C. vainquit les Pergaméniens et les établit de nouveau dans leur ancienne ville, c’est-à-dire probablement à Teutlirania. — On le voit, c’est une page d’histoire, d’autant plus intéressante que nous connaissons encore mal les origines de Pergame. L’inscription appartient au in° ou au IVe siècle avant J.-C. ; en voici le texte, revu sur l’estampage :
[p.cva]p)da . . .SiS. . .
xax’] è'tcç eya[ax]cv. Kat xpwxoç èxpuT[âv£uasv ....aç ym èi; è"/.é!v ou pi-/pi vüv xpuxâ[v£iç àel
Staislvôtiacv. Opoviïjç oà Apva!pj[pou .
...]cç Bay.vpicç àxc<rràç àxo ’ApTa^ép[5ou xcü LUp]a2>v (3x<ji7,£co5 èx.pârr,<:ev v£W n£pya[p.v;VMV
ym p,]eTwxiasv aùioùç xâXtv èxi tov y,ct[ .
eîç] TïjV xa[Xai]àv xôXtv. Eixa ’Opévrçç .
...ipô... [’ApxaJçÉpSï] àxsôaVEV . 1
1. [Cf. Ausgratungen zu Pergamon. Dritter Beiicht, p. 56; Revue des Éludes grecques, 1890, p. 365.]
Jérusalem. — Le Daily News a consacré un leading article , dans son numéro du 19 juillet 1886, à une découverte importante faite récemment à Jérusalem. En creusant les fondations de l’hôtel de la Méditerranée, près de la porte de Jaffa, à l’extrémité de la rue qui mène à la Tour de David, on a trouvé, à la profondeur de 15 pieds, les restes d’un vieux mur que l’on croit être la <r seconde muraille » de Josèphe. Il reste deux ou trois assises de grandes pierres sur un espace de 25 mètres. Or, on sait que l’identification du Saint-Sépulcre avec le Golgotha est fortement contestée depuis Robinson. Gordon, qui a séjourné à Jérusalem avant de se rendre à Khartoum, expressément pour étudier cette question, concluait avec Confier à placer le Calvaire sur une éminence rocheuse près de la porte de Damas. Le crucifiement a eu lieu « en dehors de la porte. » Mais le prétendu Saint- Sépulcre est au milieu même de Jérusalem. Si l’on pouvait suivre le second mur et que le Saint-Sépulcre se trouvât compris dans son enceinte, la sainteté de ce lieu ne reposerait plus que sur une erreur. « Les croisades, dit le Daily News, ne seraient plus qu’un long combat pour une coquille de noix vide. » Malheureusement, les maisons modernes d’une part, la loi turque de l’autre, empêchent de continuer des fouilles dont l’Angleterre serait prête à faire les frais.
Sinaï. — M. Gardthausen a récemment publié à Oxford1 le catalogue des manuscrits grecs conservés dans les couvents du mont Sinaï, suivi d’une description des manuscrits les plus importants de Patmos et d’Alexandrie. Ce volume est le fruit d’une mission remplie par l’auteur pendant l’hiver de 1880 à 1881. Les résultats sont plus importants pour la paléographie que pour la littérature. Ainsi M. Gardthausen a signalé le plus ancien bombycin (?) daté, un Euchologe de 1153 après J.-C., et quatre feuillets d’un Asceticum, écrits sur papier de coton en lettres onciales, qui paraissent appartenir au Xe ou au XIe siècle. Il y a beaucoup de manuscrits de l’Ancien et du Nouveau Testament, mais aucun n’est comparable, pour l’importance, au Codex Sinaiticus étudié par Tischendorf. Parmi les textes nouveaux, on peut citer un feuillet de Sententiae, quelques écrits de théologie et des lexiques de basse époque. Un manuscrit d’Apollonius de Rhodes, écrit en Crète, remonte au xv8 siècle; deux manuscrits d’Euripide appartiennent au xive et au xve ; enfin, un lexique du XVe siècle contient un fragment des Grenouilles d’Aristophane. Les palimpsestes
1. Catalogus codicum graecorum sinaUicoruin, Oxonii, 1886. Cf. un intéressant compte rendu dans 1 ’Academy, 1886, p. 381.
sont sans intérêt. En somme, c’est une déception pour ceux qui attendaient la résurrection de quelque chef-d’œuvre. M. Lindsay, dans YAcademy, exprime l’opinion que l’on trouverait davantage, sans aller Lien loin, si l’on pouvait décider les grands seigneurs anglais à ouvrir plus libéralement leurs bibliothèques au public studieux.
Éphèse. — Dans une Chronique de l’an passé (1886, I, p, 164), j’avais signalé, à titre de mystification, la découverte annoncée par un journal grec du manuscrit original de Y Apocalypse. M. Papadopoulos Kerameus m’écrit qu’il s’agit bien d’un manuscrit de cet ouvrage, qui se trouve dans l’église de Kirkintjé et qui a déjà été mentionné par M. Wood dans ses Discoveries at Ephesos ; mais il n’a pas été découvert dans une caverne, et — bien entendu — il n’est pas de la main de saint Jean.
Asie Mineure. — M. Ramsay, qui a récemment passé de l’Université d’Oxford à celle d’Aberdeen, s’est acquitté avec succès, pendant l’été de 1886, d’une nouvelle mission en Asie Mineure. Sur ma demande, il a eu l’obligeance de me tenir au courant de ses découvertes par une série de lettres écrites en voyage qu’il m’a remises toutes ensemble à son retour, en les accompagnant d’un croquis topogra¬
phique que je reproduis ici. Nos lecteurs ont accueilli avec trop d’intérêt les détails que nous leur avons donnés à diverses reprises sur les explorations antérieures de M. Ramsay pour que nous ne nous fassions pas un devoir de traduire aussi complètement que possible les importantes communications de notre ami.
« Environs de Koniah, juillet i 886. — En quittant le chemin de fer, je me suis d’abord proposé pour but d’éclaircir la seule difficulté sérieuse que présente encore la topographie de la Plirygie méridionale, l’identification de Trapezopolis. La situation de cette ville est déterminée, d’une manière générale, par deux considérations : 1° elle était sur la frontière de la Carie et de la Plirygie, c’est-à-dire au sudouest de la Plirygie ; aussi l’attribuait-on tantôt à la Plirygie, tantôt à la Carie; 2° elle faisait partie du conventus d’Alabanda et doit, par suite, avoir été située à l’ouest de la route conduisant de Cibyra à Laodicée, car toute ville placée sur cette route doit avoir appartenu au conventus qui comprenait Laodicée et Cibyra. Par suite, la position assignée à Trapezopolis par M. Waddington ( Kizil-Hissar ) est inadmissible, Kizil-Hissar, est, en effet, sur la route de Cibyra à Laodicée.
« La Carie et la Plirygie sont limitrophes sur un assez court espace suivant les deux versants nord et sud du Baba-Dagh (mont Salbacus, suivant l’identification proposée en premier lieu par M. Waddington). Trapezopolis peut donc avoir été au nord ou au sud de cette montagne. J’examinai d’abord le pays dans la région du nord et je me convainquis qu’il avait existé deux villes anciennes dans un district où Ton n’en avait encore signalé qu’une seule, Attoudda. Une de ces villes était près de Serai-Keui, actuellement la tète du chemin de fer ottoman ; l’autre était à Assar ou Hissar, à quatre heures de Serai- Keui, sur la route d’Aphrodisias. Jusqu’à présent, on a placé sans hésitation Attoudda à Hissar, sur la foi d’une inscription publiée dans le Corpus. Je ne veux point entrer dans l’examen de ce témoignage : qu’il me suffise de dire que si j’ai raison de reconnaître le site d’une ville gréco-romaine près de Serai-Keui, cette ville n’a pu être qu’Attoudda. Le temple de Men-Karou appartenait à Attoudda (la légende MHN K A POT se lit sur les monnaies de cette ville) et le temple en question était dans la plaine un peu à l’ouest de Serai-Keui. Hissar est à une hauteur considérable dans la montagne, et le seul nom antique qu’on puisse lui attribuer est Trapezopolis. Sa situation à miroute entre la ville phrygienne d’Attoudda et la ville carienne d’Aphrodisias explique pourquoi les Romains l’assignèrent à la Carie et au conventus d’Alabanda, tandis que les Byzantins la mettent en Plirygie sous la métropole de Laodicée.
« En second lieu, j’ai examiné le pays montagneux entre les villes eariennes bien connues de Heracleia (Makuf) et de Sebastopolis (Kizilje) à l’ouest, la route de Cibyra à Laodicée à l’est. Il me semble qu’aucune cité antique n’a pu exister dans cet espace de terrain.
« En un mot, l’ancienne ville de Hissar réclame un nom, et le seul
qui lui convienne est Trapezopolis ; Trapezopolis réclame un emplacement, et aucun ne remplit les conditions voulues, si ce n’est Hissar.
« Pendant les dix jours suivants, nous explorâmes le pays montagneux au nord et au sud-est de Colossae, à l’effet de corriger la carte de la Pisidie. Kayadibi doit représenter remplacement de Ceretapa Diocaesareia, comme je le pensais en 1884 : l’inscription Ate't [KJafeapi sur un autel dans le bazar de Kayadibi indique une forme locale du culte impérial qui justifie le nom de Diocaesareia. Le lac de Kayadibi est l’Aulindenos mentionné par les monnaies. La frontière entre la Phrygie et la Pisidie sur ce point est la ligne de partage des eaux entre JCayadibi et Gebren. Toute la vallée du Gebren-Sou avec ses nombreuses cités antiques appartient à la Pisidie. Le cours supérieur du Gebren-Sou traverse de grands domaines impériaux ; les cités des environs datent leurs documents suivant le procurateur impérial (èx't ÈxiTpéxôu) et les locataires de ces domaines (Ixl iMtrwoQûv). Tout le territoire d’Ormelion paraît avoir formé un grand domaine impérial.
« Cette ville a été étudiée d’abord par MM. Duchesne et Collignon, mais je dois contester sur bien des points la lecture et l’interprétation qu’ils ont données de ses nombreuses inscriptions. Le nom d’Ormelion (je l’écris ainsi d’après l’analogie de Philomelion ), n’est connu que par les inscriptions. Cette localité paraît avoir été élevée au rang de xôLiç vers l’époque de Dioclétien; à l’époque byzantine, elle s’appelle toujours Maximianopolis. Hiéroclès, dans sa liste de cités pamphyliennes, qui nous est parvenue fort altérée, la nomme deux fois : 1° Maximianoupolis ; 2° Ktéma Maximianoupoleos, c’est-à-dire le « domaine impérial de Maximianoupolis ».
« Gebren marque l’emplacement d’une cité antique, probablement d’Ariassos, qui est mentionnée par Hiéroclès à côté de Maximianopolis. L’ère employée dans une inscription de Gebren paraît être l’ère asiatique d’octobre 85 avant J.-C.
« A Ormelion, deux ères étaient usitées concurremment, l’ère asiatique et une autre remontant à 37 après J.-C., qui donne peut-être la date où le domaine impérial fut organisé.
« Une borne milliaire à Ormelion marque la distance de cette ville àxo Ki6i3 paç.
« L’emplacement de Gebren a été d’abord étudié par M. Hirschfeld, qui reconnaît dans le nom moderne celui d’une ancienne ville hypothétique de Kebrene.
« A Eyinesh, sur un affluent du Gebren-Sou, il y avait une autre cité antique, découverte par MM. Duchesne et Collignon. L’ordre
suivi par Hiéroclès me fait croire que cette ville est Palaiopolis ou Alieros ; le dernier nom est le nom indigène qui fut remplacé pour un temps par le nom grec, mais qui reparaît dans les listes ecclésiastiques byzantines de basse époque. Les noms proposés par les explorateurs récents (Sanaos, par M. Duchesne ; Themissonion, par M. Sterrett), ne sont pas d’accord avec les données topographiques. Palaiopolis a frappé quelques rares monnaies, si toutefois j’ai raison de lui attribuer les pièces données jusqu’à présent à une ville supposée de Palaiopolis en Lycie ou en Carie.
« Olbasa a été découverte, il y a longtemps, par Schoenborn à Belenli : c’est, à mon avis, la seule ville antique qui eût été identifiée d’une manière certaine avant mon voyage dans la vallée du Gebren - Sou.
« Hassan-Pacha, au sud d’Ormélion, dans la vallée du Gebren, est aussi un site antique et pourrait disputer à Gebren le nom d’Ariassos ; l’un et l’autre de ces emplacements conviennent à l’ordre suivi par Hiéroclès. Strabon donne la forme Aarassos, qui parait n’ètre qu’une transcription grecque différente du même nom indigène.
« Ainsi, les résultats de notre voyage de 1884 se trouvent confirmés dans leur ensemble par nos explorations plus minutieuses de cette année. J’avais été aussi conduit à la pensée que Lysinia doit être cherchée sur le Lysis (Gebren-Sou), dans la partie supérieure de son cours, mais à quelque distance au-dessus de son embouchure, et que Colbasa, Corbasa, Cormasa ou Colbassos (quatre transcriptions grecques d’un nom pisidien), est située à l’extrémité septentrionale du passage par lequel Manlius traversa le Kestel-Dagh, entre la vallée du Taurus et celle du Lysis, dans sa célèbre campagne contre les Galates.
« Nous avons passé beaucoup de temps et pris beaucoup de peine pour arriver à éclaircir ces questions, et bien que nous ne soyons pas parvenus à des résultats indiscutables, je crois avoir définitivement résolu le problème de l’itinéraire de Manlius et déterminé 1 emplacement des cités susdites.
« La rivière appelée aujourd’hui Gebren-Sou a deux branches principales : celle du nord commence près de Gebren, celle du sud près d’Ali- Fakhreddin-Yaila (l’ancienne Lagbon, la Lagon de Tite-Live). La branche du sud était considérée dans l’antiquité comme la principale. Les sources du Lysis sont sur la route de Manlius, et c’est à ce fait que nous devons d’en connaître le nom.
« La situation de Lysinia est déterminée par trois conditions : 1° nous pouvons inférer de son nom même qu’elle était sur le Lysis ou près de cette rivière ; 2° elle est dans le voisinage, mais non sur le