Cf. Perrot et Chipiez, Histoire de l’Art, t. IV, p
creusée dans le roc avec une inscription latine ; les autres monuments de ce genre seront décrits par M. Sterrett. La ville dont ils font partie est peut-être la capitale des Homonades, qui paraissent avoir possédé ce district.
« J’ai visité le monument d’Eflatun-Bounar qui a été inexactement décrit par M. Sokolowski dans la Revue archéologique1. Eflatun- Bounar, « la source de Platon », ou, d’après la prononciation vulgaire, Elfatun-Bounar, est une belle fontaine qui s’élève au milieu d’un petit bassin demi-circulaire dans la plaine à l’est du lac de Beysheher, le long de la grande route de Beysheher à Kirili et Ya'.owadj (Antioche de Pisidie), près du point où une route s’embranche à droite dans la direction du village de Selki, éloigné de 4 milles. Le bassin a l’aspect d’une cavea de théâtre et la scène est formée par une digue artificielle, qui a refoulé l’eau de la fontaine dans un petit espace. Le trop-plein des eaux s’écoule par un trou pratiqué dans la digue et arrive au lac de Beysheher. A côté de la fontaine actuelle, sur le bord même de l’eau, un édifice, qui avait probablement la forme d’une simple cella, a été construit à une époque ancienne. Un bloc au moins, long de 17 pieds, a été employé à contenir la digue; d’autres, sans doute, sont dissimulés dans la construction. Le mur de l’édifice, qui est presque complet, mesure 22 pieds et demi de long et 12 de haut. Derrière l’édifice on voit deux grands fragments qui faisaient autrefois partie d’un même bloc. Ce bloc présente les deux faces d’une porte ou d’une fenêtre, pratiquée dans la partie postérieure de l’édifice. Au-dessous de la porte, il reste une partie d’un grand animal, probablement un lion, sculpté en haut relief. »
On ne regrettera certainement point la place considérable que nous donnons, dans cette Chronique , aux lettres de M. Ramsay. Grâce à son obligeance, les lecteurs de la Revue ont la primeur de découvertes topographiques et archéologiques du plus grand intérêt, clairement exposées par celui qui les a faites, écrivant sur le théâlre même de sa féconde et intelligente activilé.
— L’inscription hittite découverte par M. Sokolowski entre Iconium et Ilgün, et copiée plus exactement par M. Ramsay, a été l’objet d’une très intéressante nolice de M. Sayce dans 1 ’Academy du 23 octobre 1886 2. Ce texte est gravé sur trois lignes, en caractères identiques à
1. Voir maintenant Perrot, Histoire de l'Art , t. IV, p. 730-739, 810. M. Perrot à pu tirer parti des photographies de M. Haynes, d’une lettre de M. Ramsay sur le même sujet et d'un mémoire inédit de M. Radet.
2. Cf. la lettre de M. Cheyne dans le même recueil, 30 octobre 18S6.
ceux des pierres de Carchémish et de Hamath. Depuis la seconde édition du livre de M. Wright, The empire of the Hittites, M. Sayce croit avoir fait un pas de plus dans le déchiffrement de ces mystérieux hiéroglyphes. Un des titres porlés par le roi de Carchémish est roi du pays de la tête de taureau. Or, la tête de taureau est un idéogramme qui permute avec les trois caractères e-me-er, dont les deux derniers sont connus par l’inscription bilingue de Tarkondémos. La valeur phonétique de ce signe serait donc Emer ou Emeris. D’autre part, les Assyriens appellent Gar- Emeris, la contrée située au nord de Damas; M. Sayce traduit cette expression par le gar (district?) des Amorites. Dans les textes égyptiens, suivant une remarque de M. Maspero, la région hittite au sud de Carchémish s’appelle pays des Amorites. Ces rapprochements paraissent confirmés par des textes de la Bible. Hébron, dans l’Ancien Testament, est à la fois une ville hittite et une ville amorite. Ézéchiel dit que la mère de Jérusalem était hittite et son père amorite. Suivant Manéthon, Jérusalem aurait été fondée par les Hycsos après leur expulsion d’Égypte; si donc Mariette a eu raison d’identifier les Hittites et les Hycsos, Ézéchiel et Manéthon sont presque d’accord.
M. Sayce a encore fait observer, avec l’assentiment de M. Deecke, que la tèle de taureau hittite, équivalent de e-me-er, est le prototype du caractère chypriote me. On sait que M. Deecke, après avoir soutenu l’origine cunéiforme du syllabaire chypriote, s’est entièrement rallié à l’opinion de M. Sayce qui le fait dériver des hiéroglyphes hittites. 11 nous semble que cette manière de voir est aujourd’hui tout à fait inattaquable. Elle n’empêche pas, du reste, de reconnaître un lien de parenté entre les alphabets asianiques de M. Sayce et le groupe des alphabets phéniciens. Si les Hittites ont été en Égypte, leur écriture peut être, comme l’alphabet phénicien, un dérivé plus ou moins direct des hiéroglyphes. Ainsi s’expliquerait le caractère égyptien du monument de Nymplii et du cartouche qu’il porte, où l’on a si longtemps cru reconnaître des hiéroglyphes.
Le syllabaire chypriote serait un cousin germain de l’alphabet phénicien auquel on le trouve réuni dans les textes bilingues de Chypre. De la sorte, la doctrine du monogénisme alphabétique, s’il est permis de s’exprimer ainsi, doctrine que les progrès de la science des alphabets n’ont fait que confirmer, ne recevrait aucune atteinte par l’existence de ce groupe asianique, dont le chypriote indigène est encore le seul représentant auquel la philologie contemporaine ait arraché son secret.
Asie Mineure ( Terres cuites prétendues trouvées en). — Les groupes de terre cuite dits d'Éphèse, de Cymé, de Grynium et d’autres lieux continuent à dissimuler leur origine ; les défenseurs de leur authenticité observent le silence de Conrart. Nous avons eu récemment l’occasion d’étudier un beau groupe de cette classe, une scène de lécythe attique, l 'offrande à la stèle, exéculée en haut relief. Notre interlocuteur1 2 croyait fermement à l’authenticité, et, comme de juste, après deux heures de discussion, nous avons conservé chacun notre manière de voir. L’avenir prononcera ; nous attendons son verdict sans inquiétude. Disons seulement qu’il ne faudrait pas essayer, à cause du caractère attique de ces groupes, de les attribuer à quelque île de clérouques, comme Sa’amine, Imbros ou Lemnos; ces îles sont bien connues, nous avons été une fois à Lemnos, deux fois à Imbros, et n’y avons pas vu le moindre fragment de ce genre. Il ne faut pas non plus faire le silence sur les groupes faux confisqués par l’Éphorie d’Athènes, ni surtout — quod quibusdam placet — substituer, dans une question aussi délicate, les injures aux arguments. Il est d’ores et déjà certain pour nous que la grande majorité des groupes sont fabriqués à Naples ou près de Naples*, mais il reste toujours à en déterminer les prototypes, c’est-à-dire les modèles authentiques dont les faussaires se sont inspirés. C’est une étude qui vaut la peine d’ètre poursuivie avec un peu de sang-froid et un esprit scientifique exempt de toute prévention.
Myrina. — Les terres cuites de Myrina sont aujourd’hui extrêmement répandues dans les collections publiques et privées; la concurrence des fameux groupes A’ Asie Mineure a pour heureux résultat d’en maintenir le prix dans des limites raisonnables. Nous venons de publier, M. Pottier et moi, le catalogue de celles du Louvre, qui comprennent la collection découverte par l’École d’Athènes et celle qui a été acquise depuis d’un antiquaire anglais. Il serait bien désirable que l’on possédât un inventaire des terres cuites de Myrina qui figurent aux Musées de Constantinople, d’Athènes et de l’École évangélique de Smyrne. Le Musée Britannique n’en avait qu’un très petit nombre au printemps de 1886 ; j’ai publié ici la plus remarquable, le groupe des Derniers conseils. Au cours d’un récent voyage en Allemagne, j’ai pu cataloguer sommairement les figurines de Myrina
1. [C’était M. Furtwaengler ; la discussion avait lieu dans son cabinet au Musée de Berlin.]