Cf. Revue archéol., 1887, II, p
personnes qui, fort heureusement pour elles, n’ont rien de commun avec la Mater dolorosa du paganisme.
Thalles. — Dans la partie supérieure de la ville, des paysans ont trouvé une statue de femme plus grande que nature, sans tête ni bras, et un buste de grandeur naturelle ressemblant, dit-on, à Alexandre le Grand. M. Démosthène Baltazzi s'est transporté sur les lieux.
Cymé. — M. Démosthène Baltazzi me donne avis d'une découverte très importante qui a été faite à Cymé au mois de novembre -1887. En 1881, j avais pratiqué des fouilles auprès d’une petite cabane appartenant à un nommé Perganli, qui, en labourant soir champ, avait trouvé, quelques années auparavant, une inscription grecque intéressante. La présence d’un petit chapiteau ionique et d’un assez grand nombre de colonnes, employées dans la construction de la maisonnette, signalait cet endroit à mon attention. Je réussis à dégager le soubassement d un petit édifice, dont le pavé était formé de carreaux de marbre et où les bases des colonnes et la naissance des montants d’une porte étaient encore reconnaissables. Il me sembla que cette construction avait dû être transformée, à l’époque chrétienne, en une chapelle byzantine avec abside. N’ayant découvert qu’une monnaie de Licinius et deux fragments épigraphiques, je fus obligé d’interrompre mes recherches pour ne pas endommager les récoltes sur pied et les vignes.
A quelques mètres de là est une colline basse, voisine d’une autre colline plus élevée, qui a peut-être été autrefois l’acropole de la ville. Un cultivateur, voulant enlever des pierres qui encombraient son vignoble, découvrit en cet endroit un mur qui fait le tour de la colline. Ce mur est construit en pierres de grand appareil, ajustées par des crampons en fer. En dedans du mur était une masse de moellons, au milieu desquels on découvrit d’intéressantes sculptures, que la lettre de M. Ballazzi décrit brièvement. Il y a d’abord un bas-relief en marbre dont le fond est peint en rouge foncé : on voit au milieu un bucrâne, de part et d’autre une guirlande, sur cette guirlande un Eros endormi et un autre becquetant un cygne. Les sculptures sont parfaitement conservées et peintes de couleurs vives. Les autres objets sont en ronde bosse, à savoir : 1° un buste de femme, en marbre, de grandeur naturelle ; elle porte un diadème percé d’un trou au milieu ; les oreilles sont aussi percées pour recevoir des pendants; les cheveux sont ondulés et peints en rouges; le type rappelle celui des figures de Junon; 2° un buste viril (Tibère, suivant M. Baltazzi), également de grandeur naturelle. 11 est voilé en pontife; détail singulier,
la lace serait en marbre de Paros et le revers de la tèle en marbre bleuâtre. Une partie du nez manque'; 3° un buste viril en marbre de Paros, d’un beau caractère, d’une parfaite conservation; les cheveux sont courts; grandeur naturelle; 4° un buste viril, de grandeur natuturelle, très bien conservé. La tête est ceinte d’un bandeau coloré en pourpre et percé de (roussies cheveux sont bouclés ; couleur rouge sur le haut de la diaperie; type semblable à celui d’Apollon; 5° une statue de femme drapée, parfaitement conservée, aux trois quarts de la grandeur naturelle. La tète, en marbre de Paros, est rapportée ; traces de rouge sur le chilon et de dorure sur l’himation ; 6° différents morceaux d’une statue d’empereur romain, de grandeur naturelle, à savoir : les jambes jusqu’au haut du genou ; les brodequins historiés et peints en rouge, bleu et ocre ; le bras droit levé tenant un bâton de commandement; un autre bras sans poignet, etc.; 7° une jambe d’une autre statue.
Ces premières fouilles n’ont porté que sur un espace de 30 mètres carrés enviion. M. Baltazzi, qui a immédiatement averti le Musée impérial, se propose de déblayer toute l’enceinte lorsqu’il aura reçu des instructions à cet effet.
Les sculptures découvertes à Cymé paraissent avoir figuré dans quelque Augusteum , analogue à celui qu’on a trouvé en 1777 à Otri coli. Comme M. Baltazzi croit reconnaître les traits de Tibère dans un des bustes, on peut se demander s’il n’y a pas quelque rapport entre cet Augusteum et la généreuse intervention de Tibère, restaurateur de plusieurs villes asiatiques, entre autres de Myrina et de Cymé, à la suite du terrible tremblement de terre qui les détruisit1 2. Cette hypothèse me paraît confirmée par un texte épigraphique. Il existe, en effet, à Ali-Aga, un fragment d’inscription latine qui a été copié par M. Hirsclifeld et publié, d’après sa copie, par M. Mommsen, dans l’ Ephemeris epigraphica*. M. Mommsen l’attribue à Myrina Mysiae, mais c’est là une légère erreur : les gens d’Ali-Aga, en 1881, savaient que ce texte avait été apporté de Namourt (Cymé), et je suis en mesure d’ajouter qu’il provient de l’endroit même où l'on
1. Tacite, Annales , II, 47; cf. les textes cités dans La nécropole de Myrina, p. SO et suiv.
2. Ephemeris epigraphica, t. II (1875), p. 473, n° 1045. Celte inscription est certainement identique à celle dont une mauvaise copie a été publiée dans r Ephemeris, t. 1Y (1879-1881), p. 35, n° 55, avec l'indication : in agro Pascha Tschiflik rep. ubi Cyme fuit; est Myrinae. Pacha-Tchiflik est à dix minutes de marche de la cabane de Perganli. On sait d’ailleurs, depuis nos fouilles, qu’Ali-Aga n’est pas l’emplacement de Myrina.
a découvert maintenant les bustes d'empereurs. J’ai déjà parlé de la cabane de Perganli, située tout près des nouvelles fouilles. Or, dans le mur de celte cabane, j’avais observé, dès 1880, le fragment épigraphique suivant ( litterae apicalae ) :
En 1881, j’eus l’idée d’emporter ce fragment pour voir s’il ne s’ajustait pas à l’inscription d’Ali-Aga, publiée par M. Mommsen. Il s'y ajustait à merveille. L'inscription doit donc se lire ainsi :
Tl • CAES ////////
DIVI • AVG ■ F • DI////IVLI n.
augV STVS • PONTIF/////MAX Mb.
potE ST ■ XXXVI • IM///////VIW cos v
Cette inscription date de l’an 34/35 après J.-C. Or, l’inscription de la base de Pouzzoles, dédicace à Tibère ornée de bas-reliefs qui représentent les villes asiatiques restaurées1, est de l’an 30. On voit qu’il y a tout au moins de fortes présomptions en faveur de l'hypothèse qui rattacherait aux mêmes événements notre inscription, la base de Pouzzoles et les sculptures signalées par M. Baltazzi.
Les fouilles de Cymé ont encore fourni trois fragments épigraphiques dont M. Baltazzi m’a envoyé des estampages.
1° Petits caractères fins :
AIK
2° Beaux caractères romains avec apices, hauts de 0m,03. Larg., 0m,30; haut. 0m,185; épais. 0m,03 :
OTOYAAEAC))OY
lAAAflN OE (xa\ aXXtov 0stbv)
A A TKOY (Mapxo'j)
3° Fragment mutilé de tous côtés; bonnes lettres de l’époque alexandrine, avec S à branche divergentes (haut, des lettres : 0m,013). Le marbre a malheureusement été martelé et la lecture en est très
l. Corpus inscr. lat., t. X, 1, p. 20! ; La nécropole de Myrina, p. 52.
difficile. Le peu qu’on distingue fait regretter ce qui manque. Larg. O"1 2, 13 ; haut. 0m,29; épais. O™, 018.
1ANTAN A0ANTANII //// THMATH \ K A A AY.X I N AENAMHTEA A \AcfcONOHPAIH ATHPA2EKAT0N ZP0IIXPY2H2TAT 2ENENT A2T AAA " TAIPAXPHMMA I M A N T O 2 P I 2 A TE A Y N E N A
Myrina. — Le Musée des beaux-arts de Boston a récemment acquis une collection de vingt-neuf terres cuites provenant de Mvrina. Quelques-unes ressemblent aux statuettes de Tanagre, d’autres sont d’un style plus libre où se reflètent les tendances de l’art hellénistique. Espérons que V American Journal ne tardera pas à nous faire connaître ces figurines1.
Pergame. — A la Société archéologique de Berlin (avril 1887)3, M. Bobn a exposé les résultats des dernières fouilles de Pergame. Le plus important a été la découverte des palais royaux, mais, comme ils étaient construits en un point très élevé et n ont pas été protégés par une couche épaisse de débris, on n’en a retrouvé que peu de vestiges. Les célèbres pavés en mosaïque avaient été sciés et détachés dès l’antiquité.
MM. Kiepert et Conze ont présenté trois cartes à l’Académie de Berlin 3, savoir : les environs de Pergame, levés par M. Walter von Diest, le plan de Pergame par M. Humann et celui de l’acropole de Pergame par M. A. Senz. Ces trois cartes seront gravées dans le grand ouvage Alterthümer von Pergamon. Nous avons déjà eu 1 occasion de dire ici ce que nous pensons de cette publication, dont le prix total sera d’environ 2,000 francs. Nous lui souhaitons peu d acquéreurs et encore moins d’imitateurs.