‹ Chroniques d'OrientChapitre 210 sur 410 · Bull, de Corresp. Hellén., t. XIII, p · texte numérisé non relu

Bull, de Corresp. Hellén., t. XIII, p

5. Cf. le livre de M. C. Jorgensen, Kvinde figurer, Copenhague, 1888, avec

illustrations. L’auteur croit que les grandes statues représentent des déesses

et les petites des mortelles, hypothèse qu’il est bien difficile d’accepter. Voir

le compte-rendu de ce livre par M. Boehlau, Philol. Woch., 1889, p. 856.

ce n’est pas du sourire sec, un peu dur, presque ironique, qu’ont la plupart des tètes analogues, c’est d’un sourire fort doux, attendri et attirant, qui se trouve être en complète harmonie avec la placidité recueillie du regard et l’expression candide, imperceptiblement attristée de la physionomie. » Le sourire fort doux, attendri et attirant rappelle un peu trop la grâce faisandée de Pierre Loti. Attendons l’effet des Japoneries d'automne ! Comme elles ont aussi les yeux bridés et obliques, on nous parlera des Mousmés de l’Acropole.

— Une lettre anonyme sur les Musées d’Athènes, publiée dans le 7 emps du 28 novembre 1888, contient quelques observations fines et judicieuses sur les « Athénas » de l’Acropole. Nous en reproduisons un long passage, en le faisant suivre de la signature de l’auteur.

Droites et cambrées sous leurs robes de lin, figées dans une immobilité de marbre, dix jeunes déesses se dressent sur leurs piédestaux, les unes en pied, les autres affermissant sur une base leurs troncs d’héroïques suppliciées qui continuent à sourire. Toutes sont parées comme des châsses; d’éclatantes couleurs, que le temps n’a pas encore réussi à flétrir, soulignent les traits de leurs visages et les sinueuses flexions de leurs draperies. Le diadème en croissant, posé sur leurs cheveux rougeâtres, cache la blancheur de son marbre sous des paillettes bleues, noires ou vertes, rehaussées par endroit d’un trait d’or. Aux oreilles pendent de lourdes boucles en forme de disques, étoilés de rosaces. De longues tresses se détachent du front et viennent reposer symétriquement sur chaque épaule. La fine chemisette, aux plis minutieusement ondulés, laisse entrevoir à l’échancrure du col un large méandre de pourpre ou de sombres arabesques. Le manteau, jeté sur le corps avec une savante et féminine coquetterie, est moucheté de croix vertes ou bleues.

Les têtes ont une expression étrange : un feu s’allume dans leurs prunelles teintées de carmin ; le regard est fixe, plein d’une vie qui n’est pas humaine, inoubliable. Une surtout attire longuement l’attention par la douceur un peu dédaigneuse de son sourire et la candeur de ses grands yeux ouverts. Quelle fleur d’innocence et quel enchantement de la vie dans ce regard étonné; quelle création poétique de la vierge qui ignore la vie et qui l’aime, de la déesse-femme que charme l’adoration du monde prosterné à ses pieds'!

Le grand artiste qui a fait ce chef-d’œuvre nous est inconnu, mais on peut s’imaginer que Phidias, enfant, a dû venir contempler longuement ce qui restait de lui.

Nous ne convierons pas au voyage d’Athènes, pour voir ces premièresnées d’une Grèce orientale, ceux dont les préférences secrètes vont à l’Apollon du Belvédère dans l’antiquité, au Guide en peinture et au Bernin

Page 1