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Tenerum et taxa cervice legendum est (Perse, I, v

[9!, 92-3] Chronique dûment (îsso)

en sculpture. Ils risqueraient fort d’être désappointés. Ceux-là mêmes qui élèvent leurs adorations jusqu’à la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace, à Raphaël et à Michel-Ange, seront, je le crains, un peu scandalisés devant ce chœur de jeunes femmes peintes comme des idoles asiatiques, et plus semblables aux prêtresses d’un Walhalla inconnu qu’à des déesses grecques. Ce mélange de marbre transparent et de couleurs, de jeunesse radieuse et de fard, de bienveillance souriante et de raideur fixe, jette l’esprit dans un désordre dont il est quelque temps à se remettre. Que nous voilà loin des blanches nudités de nos marbres aimés! Est-ce bien la Grèce qui a produit ces fleurs étranges, cet Olympe fantastique, peuplé de houris aux cheveux de pourpre, au corps de neige couvert de bijoux scintillants et d’étoffes bariolées? Ceux qui aiment à rêver aux gestes gauches et aux figures émaciées des madones byzantines dans leur nimbe doré, ceux que ravissent les tons sanglants des vieux christs de bois sculpté ou les éclatantes polychromies des mosaïques, ceux-là apporteront un esprit mieux préparé à l’adoration des Athénas grecques, telles que les a enfantées le cerveau des vieux sculpteurs du vic siècle. Ils comprendront que la même ardeur de piété, la même sincérité dans le travail et le même souci de la réalité, la même désespérance devant les difficultés du modèle vivant ont tour à tour enthousiasmé et tourmenté les âmes des artistes primitifs, à de longs siècles d’intervalle : ils ont encore pour trait commun d’avoir passé pour la plupart sans laisser leur nom, sans nous léguer autre chose, avec les débris de leur œuvre, qu’une énigme biographique irritante.

Ces marbres grecs ont bien pris leur temps pour reparaître à la lumière, car mieux qu’aucune autre, notre époque doit les comprendre et les aimer. Compliqués à l’excès et fatigués de nos subtilités, nous avons soif des œuvres naïves. Endormis dans leur rêve de sculpture blanche et incolore, nos artistes ont besoin de heurter leurs yeux aux puissants contrastes des marbres peints; ils y découvriront ce que le scribe accroupi d’Égypte aurait pu leur apprendre depuis longtemps, que la plastique colorée n’est pas un simple trompe-l’œil, qu’elle a de tout temps existé, qu’elle a produit en tout pays des œuvres saines et fortes, que dans 1 histoire générale de l’art, la sculpture incolore est elle-même un accident et une exception.

Les Grecs, en peignant leurs statues, n'ont fait que suivre l’exemple de leurs prédécesseurs, les Égyptiens, les Assyriens, les Perses. Ce qui eût été étrange et paradoxal pour un contemporain de Pisistrate, c eût été la statue sans couleurs. Mais comme les Grecs ont toujours eu le goût original, la personnalité poind chez eux par un endroit. Ayant une admirable matière entre les mains, le marbre de Paros ou du Pentélique, qui n’a rien des tristesses du granit ou de l’argile, ils n’ont pas dû se résigner à cacher entièrement sous des badigeons la blancheur des surfaces.

Sur les marbres d’Athènes, on ne distingue pas de peinture à l’endroit des chairs nues, tandis qu’elle apparaît très nettement sur la chevelure,

les yeux et les sourcils, les bijoux et les draperies. Sans doute, les nudités blanches devaient faire un contraste voulu avec les tons chauds des parties peintes. Là est l’originalité du génie grec, là est le secret de la séduction qui émane de ces marbres. Ils n’ont pas la froideur des fresques égyptiennes ou des frises émaillées de l’Orient, qu’on admire surtout pour l’exactitude de l’effet rendu et pour l’habileté de la technique. Ceux-ci ont une vie qui circule dans les chairs transparentes et fermes ; ce sont de vrais corps qu’on a habillés. Il ne leur manquera plus que d’acquérir la souplesse des gestes pour marcher et s’asseoir comme les statues de Phidias.

A autre chose encore on reconnaît la marque de la Grèce : c’est au sourire ébauché sur ces lèvres de divinités. Il est gauche et fait grimacer assez niaisement la figure; il a l’air de demander grâce; il a quelque chose de comique, mais il est touchant, et on le sent profondément sincère et bon. Quand on y pense, c’est une grande nouveauté dans l’art que ce sourire : c’est l’avènement d’un sentiment encore inconnu à l’humanité.

Les dieux, avant les Grecs, n’ont jamais souri. Monothéistes, panthéistes ou polythéistes, les religions orientales ont toujours placé Dieu dans une région inaccessible à l’homme. On l’adore en tremblant; on se soumet à ses arrêts justes ou iniques, toujours souverains; on tâche de gagner ses faveurs. Pendant des siècles et des siècles, les pauvres mortels ne regardent le ciel qu’avec terreur, s’efforçant d’en détourner la menace et le mal qui y régnent suspendus sur leurs têtes. Dès la naissance de la littérature grecque, dès Homère,- tout change : c’est une aurore. Les dieux sont bien encore fantastiques et violents, querelleurs entre eux et friands des grandes tueries. Mais ils s’humanisent; ils daignent frayer avec le monde des mortels ; chacun d’eux y a son pied-à-terre qu'il a établi dans une ville préférée.

Ils ont leurs protégés qui peuvent compter sur leur bienveillance, quoique jalouse et exclusive. Ce n’est pas encore le règne de la justice; c’est déjà celui de l’affection, ce qui est un grand progrès, même avec des formes brutales. Il y a dans l 'Odyssée des dialogues adorables entre Minerve et Ulysse : elle lui sourit, elle lui caresse la tète, elle lui porte ses armes, elle l’éclaire dans un escalier. C’est une amie, volontaire et despotique, mais une amie. Les naïfs artistes des Pisistratides ont ressenti cette influence. Cette détente heureuse de l’esprit humain s’est traduite sous leur ciseau par le sourire malhabile qui éclôt aux lèvres de la divinité accueillant le dévôt au seuil de son temple. La religion est transformée et purifiée par la plus grande pensée qu’on y ait mise, celle de l’amour; la haute parole de Jésus ne fera que donner une dernière et définitive sanction à ce dogme bienfaisant, placé désormais à la base de toute croyance religieuse. Voilà ce qu’il y a dans le sourire divinement gauche des déesses de l’Acropole : il annonce au monde que l’entente est faite entre le ciel et la terre.

Edmond Pottier.

On conviendra qu’il y a de jolies choses dans cette correspondance, dont je suis heureux d’avoir retrouvé l’auteur. Son lyrisme, car lyrisme il y a, n’exagère après tout que des idées justes. La théorie des dieux souriants fera fortune et je crois que ce modeste article de journal passera dans les gros livres. Décidément, un vent poétique souffle de nouveau sur l’École d’Athènes; c’est un curieux phénomène que ce retour à la manière de Beulé, après le règne de l’atticisme sec de Rayet. Mais gardons-nous de l’archéologie sentimentale !

— On sait aujourd’hui qu’après les guerres médiques Cimon nivela le sol de l’Acropole et combla les parties où le roc se dérobait avec tous les matériaux disponibles. Ces matériaux, retrouvés au cours des fouilles qui ont été conduites le long du mur de Cimon, sont tous antérieurs à l’invasion des Perses. Au-dessus du mur de Cimon, construit en grands blocs soigneusement ajustés, il y a un second mur d’époque byzantine qui se compose de pierres, de briques romaines et de terre. Au point où ce mur rejoint celui de Cimon, on a découvert un fragment de marbre pentélique, large de 0m,275 sur 0m,22 de hauteur maxima et épais de 0m,155. Ce fragment porte une tête féminine en relief tournée vers la gauche et touchant presque à la partie latérale supérieure d’une grande aile. MM. Cavvadias et Staïs virent immédiatement que cette tête appartenait à la frise du Parthénon, et prièrent M. Waldstein, actuellement directeur de l'École américaine à Athènes, d’en déterminer la place exacte. Celui-ci n’eut pas de peine à reconnaître que c’était la tête de l’Iris, qui manque à la plaque de la frise orientale aujourd’hui à Londres, où l’on voit cette déesse debout, à côté de Zeus et d’Héra assis sur des trônes'. Le style en est admirable et la conservation presque parfaite.

Dans la restauration des frises du Parthénon faite par Stuart, la tète d’iris est tournée à droite; on voit maintenant qu’elle était dirigée vers la gauche. Or, en 1885, M. Waldstein avait appelé l’attention sur une série de moulages réduits de la frise, existant à Rome depuis 1840 au moins, qu’il inclinait à considérer comme des réductions de moulages originaux faits à Athènes par ordre de Choiseul- Gouffier , alors que la frise n’avait pas encore été maltraitée par Elgin. Comme, dans ces réductions, la tête d’iris est tournée à droite, M. Waldstein reconnaît à présent que les moulages romains n’ont pas d’autre valeur que celle d’un essai de restauration moderne. M. Waldstein avait en même temps et très longuement insisté sur

4. Waldstein, The newly diseovered head of Iris, extrait (preprint) d el’ American Journal of Archaeology, 1889, pl. II.

des fragments de bas-reliefs en terre cuite conservés au Louvre (collection Campana), à Copenhague et au Musée Kircher de Rome, qui reproduisent à une échelle réduite des motifs de la frise du Parthénon. Bien qu’il se fût assuré lui-même que la dimension de ces bas-reliefs concordait avec celle des moulages étudiés par lui à Rome, il avait développé l’hypothèse singulière que les bas-reliefs de Paris, de Copenhague et de Rome pouvaient être les « esquisses originales de Phidias. » Dès le commencement de 1886, je m’inscrivis en faux, dans la Revue critique, contre une manière de voir aussi dépourvue de vraisemblance. Voici ce que j 'écrivais à ce propos : « J’ai examiné avec le plus grand soin la plaque du Louvre, qui peut donner vraiment le change aux plus experts; mais quand le moule est fourni par la réduction mathématique d’un chef-d’œuvre, quand la terre est la même que celle des anciennes terres cuites italiennes, comment veuton que le travail du faussaire laisse des vestiges apparents? Je ne comprends pas qu’après avoir exposé les faits que j’ai résumés d’après lui, M. Waldstein puisse conclure ainsi : « Je suis obligé de dire que « l’opinion qui présente le moins de difficultés sérieuses à mon sens « est celle qui admet l'authenticité des plaques1. »

Aujourd’hui, M. Waldstein incline à l’opinion contraire. La parfaite concordance des bas-reliefs en terre cuite avec les moulages romains l’éclaire sur la valeur des premiers, puisque celle des seconds est bien établie. « Quoique cela ne prouve pas encore définitivement que les terres cuites trouvées par moi 2 soient des faux, it goes far to make this probale. » Je transcris la phrase suivante en anglais, me déclarant incapable de traduire la langue surchargée et byzantine de l’auteur : «.lt is by such discoveries lhat this question will finally be decided, and not by mere assertions on the part of those who hâve not carefully studied ail the points and hâve in no way contributed by unwarrantable expression of opinion to the settling of the problem. »

Voilà une pierre dans mon jardin, où je la ramasse avec beaucoup d’indifférence. M. Waldstein, dans ses Essays on the art of Phidias, a commis une lourde, une très lourde erreur. Au milieu d’un concert d’articles de complaisance que ce gros et inutile volume a suscités, il s’est trouvé quelqu’un pour reconnaître, sine ira et studio, que, si M. Waldstein est un homme de quelque talent, il avait fait

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