I. Srhubart, Neue Jahrbücher , 1883, p
grecque lustrée ni d’une influence asiatique quelconque. Par contre, les terres cuiles sont tout à fait analogues à celles des tombeaux de Mycènes et l’on a l'encontre aussi des spécimens de cette poterie à décors géométriques, avec la représenlation très grossière d’animaux, qui était considérée, avant la découverte des tombeaux de Mycènes, comme la plus ancienne poterie grecque. La haute antiquité du palais est encore attestée par les nombreuses idoles d'Héra, sous forme de génisses ou de femmes avec deux cornes, ainsi que par la quantité des couteaux en obsidienne. Comme à Troie, les murs inférieurs du palais sont construits avec de grosses pierres et de l'argile, les murs supérieurs avec des briques crues de la même matière. Ce qui est particulièrement étonnant, ce sont les peintures en couleurs très vives que l’on voit sur l’enduit de chaux dont sont revêtus les murs; dans le nombre se trouve le modèle tout entier de l’admirable plafond du thalamos d’Orchomène. Schliemann espère terminer les fouilles au mois de juin *. »
D’après les renseignements ultérieurs, le Dr Schliemann a remis la continuation des travaux à l’année prochaine. Voilà donc encore une découverte capitale dont l’archéologie est redevable à l’explorateur d’Hissarlik et de Mycènes, à cet énergique pionnier de la science que nous admirerions sans réserve, s’il pouvait consentir à s admirer un peu moins lui-même. M. Newton écrivait tristement en- 1879 : Wky kas England no Schliemanns? Et ne pouvons-nous pas répéter à notre tour le mot d’Agésilas sur Pharnabaze : lalis quum sis, utinam noster esses!
Athènes. — Le 3 février 1884, la Société archéologique d’Athènes s’est réunie sous la présidence de M. Contostavlos ; M. Kcumanoudts, secrétaire, a donné lecture du rapport annuel. La Société se propose de continuer cette année les fouilles d’Olympie (reprises par M. Dimitriadis après le départ delà mission allemande), d’ÉIeusis et d’Epidaure; elle veut aussi, dit-on, faire explorer le fond de fa mer entre Salamine et la côte, et déblayer le portique situé à l’ouest de l’horloge de Cyrrhestes. Le projet d’exploration sous-marine est assurément très séduisant, mais nous doutons fort qu il puisse donner des résultats. Une expérience analogue a été faite pour les galions de Vigo, et elle n’a pas enrichi les actionnaires.
1, M. Belger a rappelé avec raison une lettre de Thierscli, datée du 30 septembre 1831, où cet archéologue signale la découverte faite par lui à Tirynthe des fondations de l’ancien palais des rois avec trois bases de Colonnes. 11 ne put pousser ses investigations plus loin.
La Société archéologique désire faire publier en couleurs les statues archaïques polychromes trouvées récemment à l’est du Parthénon. On ne peut qu’applaudir à cette idée, qui est malheureusement d’une exécution difficile, eu égard à l’imperfection des procédés employés par la chromolithographie.
— Dans la Sçaïpa du 14-27 avril, M. Dragatsis décrit les ruines d’un temple de Dionysos près du théâtre de Munychie. Une inscription trouvée à cet endroit a été restituée comme il suit par MM. Curtius et Kirclihoff ( Société archéol. de Berlin, séance du 6 mai 1884) :
Tovoe veto coi, aval;, Atsvlcioj sfcavo xrjSs •/.al vsp.evoç 6o6ev "/.al ijôav’ ei'y.ôXâ coi, y.ar. xavv oo xXoutcv xpîvaç xciXuapyopov a’i^eiv ev tbç to csêsiv, Bâx^s, ix cà vop.tp.a.
Avô wv, A tévuc , o)v fXaoç otxov ap,’ aùvou •/.al yeve^v ctôÇ oiç xav-ca vs cov ôtacov.
Le temple en question est indiqué sur la carte d’Athènes de MM. Curtius et Kaupert (feuille II, 2, Pirée).
— D’après le Messager d'Athènes, du 28 juin, les objets d'art qui se trouvaient aux Propylées et à la Pinacothèque ont été transférés au Musée de l’Acropole. Les vieux murs près des Propylées ont été démolis. Pour compléter l’œuvre commencée, le ministre de l’Instruction publique a nommé une commission composée de l’éphore général des antiquités, de M. Foucart, directeur de l’École française, de M. Koehler, directeur de l’Institut allemand, de MM. Koumanoudis et Semitellos, afin de savoir cc s’il faut conserver comme monuments historiques l’escalier turc sis à l’angle sud-ouest du Parthénon et les substructions d’époque moderne, ainsi que les puits qui se trouvent devant les Propylées ».
Nous espérons que la commission rendra une réponse négative et que les derniers vestiges de la barbarie turque auront bientôt cessé de déshonorer l’Acropole.
— On annonce la retraite d’un homme qui a rendu d’éminents services à l’archéologie, l’éphore général des antiquités grecques, M. Eustratiadis. Il avait succédé à Pittakis, le créateur du Musée de l’Acropole. Comme M. Koumanoudis, dont l’activité est infatigable, il. appartient à l’âge héroïque de l’archéologie grecque en Grèce, à l’époque où de belles inscriptions paraissaient encore dans les journaux quotidiens, où 1 ’Éphéméris était imprimée sur papier chandelle, où l’enthousiasme et la foi tenaient lieu des ressources matérielles qui
manquaient. La nouvelle série de 1 ’Ephéméris, si luxueuse, si européenne d’aspect, symbolise les changements heureux qui se sont produits depuis vingt ans dans la condition de la science hellénique. M. Eustratiadis a publié un grand nombre d’in scri plions inédites parmi lesquelles des textes très difficiles dont les obscurités ont cédé à ses efforts. Il a organisé le Musée de Patissia, qui, malgré des défectuosités choquantes, n’en est pas moins le plus beau musée de l’Orient. S’il n’a jamais encouragé les étrangers à fouiller en Grèce, s’il a même fait échec plus d’une fois à leurs desseins les moins ténébreux, c’est une faiblesse qui tient moins à son caractère qu’aux préjugés du temps où il était jeune. Les respects de ceux même dont il a entravé les travaux l’accompagnent aujourd’hui dans sa retraite. Le nouvel éphore, M. Stamatakis, a dirigé les fouilles de la Société archéologique à Tanagre, et commencé, à Délos, le déblaiement des temples des dieux étrangers; l’Éphorie générale l’a envoyé à deux reprises dans la même île pour surveiller les fouilles de MM. Lebègue et Hauvette-Besnault, et tout récemment encore à Élatée, où l’École d’Athènes a entrepris des recherches sous la direction de M. Paris. C’est aussi M. Stamatakis qui a continué les fouilles de Mycènes et exploré la nécropole de Tanagre au nom de la Société archéologique.
Élatée. — M. Paris, membre de l’École française d’Athènes, a commencé des fouilles à Élatée en Phocide, sur l’emplacement du temple d’Athéné Kranaea. Contrariés d’abord par le mauvais temps, les travaux ont été poussés activement pendant les mois de mai et de juin ; on annonce la découverte d’inscriptions et de nombreux fragments d’architecture ayant appartenu au temple. Le Bulletin de Correspondance Hellénique est d’ailleurs, suivant son habitude, très sobre de détails au sujet des recherches entreprises par un de ses rédacteurs1.
Samos. — On écrit à YAllgemeine Zeitung ( Philologische Wochenschrift, 29 mars 1884) que la conduite d’eau d’Eupalinos à Samos, décrite par Hérodote (III, 60) comme une merveille, a été complètement dégagée par Adossides-Pacha. Le souterrain, haut de l,n,75, large de lm,80 et long de 1,500 mètres, qui traverse la colline de Kastri, est aujourd’hui visible dans toute sa longueur. Sur le sol est creusé un canal profond de 7 mètres et large de 0m,80, au fond
(1) [Les résultats des fouilles d’Élatée ont été publiés en 1887 et 1888, Bull, de Corresp. Hellén., t. XI, p. 46, 405 ; t. XII, p. 37. Voir aussi plus loin, n° xvni.]
CHRONIQUE D’ORIENT (188 4) [i3, 8G-7]
duquel se Irouvent des conduites en ierre cuite de 0m,65 de long et Cm,80 de périphérie; le canal est voûlé et pourvu d’ouverlures. Le souterrain lui-mêrr.e est creusé dans le roc et étayé à certains endroits par des murs. Cette conduite d’eau, dont l’entrée était dissimulée par une construction, avait été vainement cherchée par Ross en 1841 ( Inselreisen , II, p. 151); mais le savant archéologue avait signalé une construction voûtée courant sous le mur du port de Samos et d’autres analogues à l’intérieur de la ville. Nous avons là un nouvel exemple incontestable de l’emploi de la voûte à l’époque hellénique.
L ambassadeur de Grèce à Berlin, M. Rangabé, a entretenu de cette découverte la Société archéologique de Berlin (séance du 1er avril 1884). Eupalinos serait un Mégarien descendant de quelque guerrier de Mégare fait prisonnier de guerre par ceux de Samos. Le travail lui-même serait un des « xspl Sajj,ov è'pya HoXuxpavEta » que mentionne Aristote (p. 1303 b 24) L
Corcyre. — M. de Warsberg, l’auteur des Homerische Landschaften, décrit dans la Kunstchronilt (1884, p. 290) des antiquités découvertes dans l’ancienne capitale de cette île, Paléopolis. Nous reproduisons ici deux inscriptions :
(1) ’AJcpPOAITA l[apov]
(2) lAPOITTANTnN
0€nNOAEBOMO2
que le voyageur autrichien a offertes au musée local de Gorfou. Elles remontent, selon M. Romanos, au IIIe siècle avant J. -G. M. de Warsberg pense que des fouilles régulières à Paléopolis donneraient des résultats intéressants.
Thasos. — Il est peu de régions du monde antique où le vandalisme soit plus à l’aise qu’à Thasos. On sait que cette île, qui fait nominalement partie de l’empire turc, a été autrefois concédée par le sultan à Méhémet-Ali et qu’elle est gouvernée aujourd’hui par un fonctionnaire égyptien résidant à Cavalla. Les lois tutélaires par lesquelles Mariette et M. Maspero ont assuré en Égypte, malgré des difficultés de tout genre, la conservation des antiquités, n’ont jamais été appliquées à Thasos; on se contente d’en prohiber l’exportation
I. [Cf. Fabricius, Die Wasserleitung des Eupalinos, dans les Miltheilungen des deutschen Instituts, t. IX, p. 165.]
sans rien faire pour les protéger contre l’ignorance et la brutalité des habitants. Une grande partie de ceux-ci sont des Bulgares, c’est-àdire des ennemis impitoyables de tout ce qui est grec, dans le présent comme dans le passé : ils ne détruisent pas seulement par cupidité, mais par système, et le mal qu’ils ont fait depuis quelques années est incalculable. C’est dans les environs de l’ancienne capitale, aujourd’hui Liménas, que l’on découvre le plus d’inscriptions et de sculptures : les unes et les autres sont généralement brisées en morceaux pour servir à la construction des murs. Au commencement de 1882, ayant passé quelques jours dans l’ile, j’ai pu m’assurer de visu que l’œuvre de destruction poursuivait son cours sans le moindre empêchement. A mon retour à Cavalla, j’allai immédiatement trouver le gouverneur égyptien, Toussoun-Bey, et le priai de prendre quelques mesures; il adressa en effet une circulaire aux Thasiens, menaçant de peines sévères ceux qui briseraient des antiquités, mais cette circulaire resta lettre morte. Peu de jours après, des maçons bulgares détruisirent un grand nombre de tombeaux pour en faire servir les pierres au pavage de leur église. Beaucoup de ces Bulgares viennent passer dans Plie six mois de l’année et retournent ensuite chez eux. Comme ils connaissent la valeur des petits objets qu’il est facile d’exporter, ils ouvrent dés tombeaux, en cachent le contenu sous terre et viennent le reprendre au moment opportun pour le transporter en Bulgarie. On nous a raconté que six Bulgares, fouillant un tombeau, y découvrirent tout récemment des objets en or : l’un d’eux se chargea du butin le plus précieux et partit sur-le-champ pour Philippopolis. Un Grec de Thasos, homme instruit et dévoué à la science, ne put recueillir entre les mains des autres que deux feuilles d’olivier et de myrte en or, une petite tête du même métal, une plaque coloriée en terre cuite et une anse de vase en électre de bon travail; le reste des trouvailles, beaucoup plus nombreuses et plus importantes, a probablement été fondu par quelque orfèvre de Philippopolis ou tout au moins dispersé, sans profit pour la science qui ne pourra jamais en reconnaître l’origine. Vers la même époque, on dut réparer la jetée construite dans le port sur les fondations de l’ancienne : les pierres requises pour ce travail furent empruntées, sous les yeux des autorités, aux monuments antiques de Liménas. Les Thasiens sont tellement barbares que ces actes de vandalisme leur semblent légitimes et qu’ils se moquent de ceux qui leur en font un reproche. Encore ai-je tort, en parlant ainsi, de me servir du pluriel. Un seul homme à Thasos, le docteur Christidis de Panagia, un vieil ami de MM. Miller et Conze, représente, dans cette île arriérée et ignorante,
les traditions de l’hellénisme et le culte du passé. Malgré les devoirs absorbants de sa profession, il n’a rien négligé, depuis plus de vingt ans, pour essayer d’éclairer ses concitoyens et sauver ce qui pouvait encore être sauvé. Lorsque M. Miller se disposait, en 1865, à enlever le beau bas-relief archaïque découvert par lui à Liménas, M. Chrislidis fut au nombre de ceux qui s’opposèrent à l’exécution de ce projet. Il m’a raconté lui-même, en 1882, qu’il croyait alors à la possibilité d’établir un musée local à Thasos : l’expérience des vingt dernières années a dû singulièrement le détromper. Sans doute il se félicite aujourd’hui avec nous que la stèle de Philis et le bas-relief des Charités soient en sûreté au Musée du Louvre et n’aient pas servi comme tant d’autres à construire le mur d’enceinte de quelque bassecour thasienne.
Puisque j’ai été amené à parler de Thasos, je crois devoir réunir ici quelques documents relatifs aux antiquités de celte île, très négligées depuis la fructueuse campagne de M. Miller. En 1882, je vis chez le gouverneur Toussoun-Bey à Cavalla deux figurines d’une leri’e rouge très cuite, abondamment pailletée de mica : elles avaient été découvertes dans des tombeaux de Thasos. L’une représente une tète de femme ornée d'une couronne de feuillage, l’autre est un groupe de joli style où l’on voit un chien s’élançant sur un coq (h. O”1, 08; 1. 0m,12). Je ne crois pas que l’on ait signalé jusqu’à présent aucune figurine en terre cuite de provenance thasienne.
M. Bulgaridis, vice-consul de France à Cavalla, possède un basrelief thasien appartenant à la classe nombreuse des cavaliers thraces : un cavalier accompagné d’un chien se précipite sur un sanglier en arrêt au pied d’un arbre. Au-dessous on lit l'inscription : Sùv-rpoooç Suvxpôipou )jat[pe].
A Panagia, capitale actuelle de Thasos, le proèdre du village, Constantinos, conserve une stèle en forme d’héroon. Dans le haut est une inscription martelée; la niche est occupée par un relief représentant un éphèbe courant à droite, tenant une torche dans la main droite élevée, la main gauche appuyée sur son bâton (h. lm,05; 1.0m,77). Faut-il reconnaître dans cette figure un vainqueur de la course aux flambeaux?
Au même village j’ai vu chez Économidis deux têtes d’un beau style attique, l’une de femme, l’autre d'enfant. Économidis est mort depuis, et je ne sais ce que ces marbres sont devenus.
Dans le salon du palais du gouverneur à Liménas, on m’a montré une très belle tête d’homme, de style grec, et dans la cour du même konak un bas-relief de très grande dimension (h. lm,05; 1. 0m,77)
représentant une femme assise sur un fauteuil artistement orné, la main droite levée, à laquelle une servante présente un très jeune enfant. La tète de l’enfant est seule conservée, mais le travail du marbre est remarquable et rappelle celui de la stèle de Philis, bien qu’il soit certainement moins ancien. Le konak possède également un fragment d’architrave surmonté de deux groupes de triglyphes, découvert, dit- on, à Liménas, en bas du théâtre. L’une des métopes représente une scène de chasse, l’autre un guerrier appuyé sur son bouclier1. L’architrave porte l’inscription suivante :
iMOZAIONOM
Un autre fragment de la même inscription se trouvait dans la maison d’Économidis. Ma copie porte :
«TPAT02 KOA«
La métope qui surmonte ces lettres présente l’image d’un homme debout, la main gauche levée, tendant de l’autre un objet à un chien. Ces fragments ne paraissent pas postérieurs au ne siècle avant J.-C. et sont d’un travail soigné2.
M. Christidis possède un cahier où il a copié, depuis 1864, toutes les inscriptions thasiennes qu’il a rencontrées. Bien que ces copies soient malheureusement défectueuses, elles ont néanmoins une certaine importance, caries textes originaux ont disparu pour la plupart, brisés en morceaux ou employés comme moellons. Vers 1876, un habitant de Panagia, construisant une maison, prit des pierres dans l’acropole de Liménas et découvrit dans le mur d'enceinte un marbre portant quarante à cinquante lignes d’écriture. Il le brisa en menus fragments et M. Christidis, averti trop tard, ne put copier que les lignes suivantes :
A O T WMfc.k EÏÏAX nOAÜNTPinNKAlHM NTHinENTErTAAAZTOTTOA rTAATOlAinOVNTAAETTAXHEO *]ENTEAAKTTAnNEITniAN rAITWIEPrAZETAIAETHNAE ATH^ITniHITOEniKAMniONE E2IBA00IAAKTYA0YETTIÀETH XflNTOlinPOIAYTOYI
1. Longueur totale, 0“ 88; haut, du triglyphe, 0™,24; long., 0™,26.
2. Je ne puis reproduire ici tous les fragments d'inscriptions que j’ai re-
La copie n’est pas bonne et une restitution est impossible, mais la perte du texte dont ce fragment faisait partie doit être d’autant plus vivement regrettée que c’était sans doute le devis d’une construction, analogue à celui de l’arsenal de Philon, si heureusement découvert par M. Choisy
Les découvertes de sépultures sont très fréquentes à Liménas. Beaucoup. de stèles représentant des banquets funéraires ou des cavaliers thraces sont encastrées dans les murs des maisons ; il ne se passe pas d’années que l’on n’en découvre de nouvelles. Dans un jardin de Liménas, on a trouvé en 1883, presque à fleur de terre, une main gauche en marbre, trois fois plus grande que nature, dont M. Chrislidis m’a envoyé le dessin ; il n'est guère admissible que le colosse dont elle a fait partie ait entièrement disparu. Des têtes en marbre, de femmes et d’enfants, ayant fait partie de hauts reliefs, se rencontrent aussi en assez grand nombre. Thasos est donc un des points où des fouilles sérieuses auraient le plus de chance de réussir ; mais il y aurait à compter avec la cupidité des habitants, qui refuseraient de laisser fouiller dans leurs jardins, et surtout avec le mauvais vouloir
cueillis pendant mon séjour à Thasos. Dans le Bulletin de Correspondance Hellénique de 1882, p. 443, j’ai publié une inscription archaïque encastrée dans un escalier de Liménas : IIEI0O2 IHPON. L’orthographe de ce dernier mot est très singulière et quelques personnes ont douté de l’exactitude de ma copie. M. Ghristidis, que j’ai prié de faire la vérification nécessaire, m’écrit que ma copie est parfaitement correcte et que l’H d’IHPON est incontestable. Cf. Cauer, Delectus, 2e éd., p. 336, n" 526.
1. M. Christidis m’a récemment envoyé l'inscription suivante, que je donne d’après sa copie et un estampage. C’est un fragment d’épitaphe métrique de basse époque : l’s est lunaire et le a carré.
N z e N e a Emmmo i a (?) TOAEAETTEPONHNIKAMOIPA a]N APOI I0E NAPOI NENMETTEPINOIA TdPOAOQEII ATTE0ANON H'MMÎêZH OIZIMHKATAOEON Txcp]ONrTEPIN0IAZAn2EIEI2TOi-a|i,iiïov ôrjv dpi« ]
Une autre inscription funéraire gravée au-dessous d’un buste de femme se lit facilement :
ETd5PAINOT(a)A TTPOYNIKOY XAI PE
tia> 91-2] CHKOMQUË D'OHIBJVT (1834) 79
des fonctionnaires égyptiens. Du vivant de Mariette, l’École française avait demandé la permission d’entreprendre des fouilles à Thasos : le khédive répondit par un refus à la suite d’un rapport de commodo et incommodo que lui adressa le gouverneur de l’ile, Toussoun-Bey1 2.
Crète. — Dans l’éparchie de Karmurion en Crète, un paysan a découvert, en labourant son champ, une statue de femme en marbre blanc, représentant, dit-on, une Aphrodite Anadyomène8. Nous ne savons où cette œuvre d’arl a été transportée. La Crète a eu son Verrès et une profonde obscurité n’a cessé d’envelopper les découvertes qu’on y a faites dans ces dernières années.
Chypre. — C’est un archéologue allemand, M. Ohnefalsch-Richter, qui continue actuellement à Chypre les fouilles de MM. de Cesnola et Ceccaldi. La Philologische Wochenschrift du 1er décembre 1883 fait connaître les dernières recherches de ce savant, dont le Journal of Hellenic Studies a publié un intéressant travail sur 1 e'Jrésor découvert à Salamis de Chypre (IV, I, 3). M. Rlchter a exploré les ruines d’un temple à Voni dans les environs de Kythrea (district de Nicosie). Il y a recueilli beaucoup de statues et de statuettes, représentant des prêtres ou des auteurs d'ex-voto, dont plusieurs de style archaïque et présentant des traces de couleurs. L’une des statues porte le nom nouveau de Karys, que M. Richter croit carien. Quelques statues assises ressemblent à celles que M. Newton a trouvées aux Branchides, Le temple était dédié d’abord à Apollon, puis à Apollon et Jupiter réunis. Une des inscriptions votives se rapporte à Artémis. Apollon est représenté quelquefois avec un veau, quelquefois associé à Adonis. Dans plusieurs statues de Jupiter, le dieu porte un aigle sur le bras gauche; une Victoire, rappelant celle de Paeonios, plane au-dessus de sa tète.
A Soli, M. Richter a trouvé des plaques en terre cuite d’époque romaine; quelques-unes sont des œuvres arcliaïsantes qui ressemblent aux plus anciennes terres cuites de Rhodes et d’Étrurie. On signale encore des figures d’Éros dansant ou jouant de la double flûte; des masques, des lièvres, des moutons, des dauphins et d’autres animaux. Sur les fragments d'une plaque de bronze, on reconnaît une
1. Le jour où c.es fouilles si nécessaires pourraient être entreprises, elles devraient être commencées au mois de mars, car aux mois d’août et de septembre les marécages de la côte macédonienne envoient à Liménas des fièvres pernicieuses très redoutables.