Philologische Wochenschrift, 19 janvier
bataille d’Amazones exécutée en relief. Les mêmes fouilles ont donne une plaque d’argent ornée de fleurs. La plupart de ces objets ont ete transportés au nouveau musée archéologique de Nicosia. On prete à M. Richter l’intention de reprendre les fouilles de Curium commencées par M. de Cesnola.
Éolide. — M. Démosthènes Baltazzi, qui habite Ali-aga (entre Myrina et Cymé), continue à s’occuper avec zèle des antiquités de cette région, dont il a récemment envoyé quelques intéressants spécimens au Musée de Constantinople. A Cymé ( Namourt et non Lamourt, comme l’écrit M. E. Reclus)1, un cultivateur de Nouvelle- Phoeée, voulant convertir un champ en vignoble, a découvert plusieurs tombeaux. Sur l’un d'eux, construit avec des pierres de taille unies par des scellements de fer, on a trouvé deux stèles funéraires formant couvercle. L’une représente deux femmes ayant chacune à côté d’elle un petit serviteur : l’inscription est illisible. Sur l’autre stèle, on voit un éphèbe drapé. Le tombeau ne contenait que des ossements et du bois calcinés. Tout auprès on a trouvé un autel dont la base porte une couronne avec l’inscription : 0AHM02. A côté était une stèle funéraire avec l’inscription métrique suivante, en caractères du ii° ou du ier siècle avant J.-C.s :
Mévropa tov Xlov Xeucijciç, ijavs, vov 0 uico p-^vpoç Xîaç, e’tç Afôoç oûp.a za0cXv.6p.evov,
"Ov Xfesv mxaév rj, luxrpl iocç B’ àicôveuç'.v îoouoa,
Sciviaev Ÿ) yevexeip’ apyaAsoiç Çevieiç.
5 ’Ap-çorépoiot 0’ taov '/p6voV 'f/VUCc Mc.pa, Eaoaa'TrercaexeTç {sic) 0’ vjXwv èçéXmov,
Aïip.cu oï axeçavoç xivuxïjv opeva pcvjvusi avôpoç ’Aoxiouoüç ' Xetiret B àXyea oiaw.
Sous la corniche, au-dessus de ce texte, on voit une rangée de feuilles et l’inscription :
TTocrciBiovtoo
i'crfti ire v.oüoov Mevxopa Xïov.
1. Géographie universelle , t. IX, p. 603. Il y a beaucoup d’inexactitudes dans la description que M. Reclus donne de l’Éolide; on dirait qu’il ignore l’existence de Myrina et les publications dont cette ville a été l’objet dans le Bulletin de Correspondance Hellénique.
2. Communiquée par nous à l’Académie des inscriptions, dans la séance du 13 juin 1884.
L’épigramme est au premier abord assez obscure. La mère de Mentor est morle à vingt-cinq ans ; elle avait donné le jour à son fils huit ans auparavant, et ce fils est mort, loin de sa patrie, au même âge que sa mère. 11 faut remarquer la forme eîxcMiuevTasTeïç, au lieu de etxoatxEVxaexeîç, qui est nouvelle *. Au cinquième vers, 0’ i'cov au lieu dex’ taov est une incorrection résullantde la prava aspiratio, phénomène souvent constaté à l’époque hellénistique et même dans les inscriptions attiques de la bonne époque *.
Dans le meme champ, on a rencontré plusieurs sarcophages mutilés en pierre calcaire de Phocée, contenant des ossements et divers petits objets, tels que miroirs de bronze, aiguilles, strigiles, objets de toilette, verreries, monnaies autonomes de Cymé et beaucoup de menus fragments de terres cuites fort analogues à celles de Myrina3. Il est probable que cette nécropo’e, datant de l’époque grecque, a été bouleversée et violée à l’époque romaine et byzantine.
A Cymé également, dans un vignoble, on a trouvé l’inscription fragmentée qui suit, dont nous donnons une copie d’après un estampage :
A T PI ETT PE// ///////
AAAAIAAZEZ<Î>A / // // // // EZBÉZENArPOIAHZ M///// TTAIZINAOPOANIKOZ////// AetjnEINOZTEAKAIZnOAIAN ETAIONTENE TAAHMO TEKNOTTANZTYTEP//////
Ce qui reste de cette épitaphe, dont l’estampage est assez indistinct, prouve qu’elle était rédigée en vers comme la précédente. Elle parait du reste d’une époque bien plus tardive.
t. Dans mvzaL&rut, l’a est produit par l’analogie de Sexalxy); et d’IjiTalx/];; le mot slxoffaiîsvTaér/jç montre un progrès ultérieur de la même contagion analogique.
2. Roscher, Studien zur griech. und latein. Grammatik, t. 1, p. 107.
3. Les collections de l’Europe et eu particulier celles de Paris contiennent des groupes en terre cuite qui ont été répandus dans le commerce sous le nom de terres cuites de Cymé. Nous ne perdrons jamais une occasion de protester contre cette attribution fantaisiste : l’origine de ces groupes nous est entièrement inconnue, mais nous sommes certain qu’ils ne proviennent pas de Cymé. [Nous avons retranché quelques mots du texte primitif de cette note; la raison de cette suppression est donnée dans la Classical Revieui de 1888, article qui sera reproduit plus bas.]
L’inscription suivante a été trouvée en démolissant 1 enceinte fortifiée de Nouvelle-Phocée.
AIONY2IE//////////EOI
TflctANNATOPA
Remarquez l’orthographe du dernier mot, avec deux N, qui sont parfaitement lisibles sur l’estampage.
A une heure etdemie de Nimroud-Kalessi (Aegae), se trouve un village nommé Jénidjé-Keui, où l’on a, dit-on, découvert une nécropole contenant des terres cuites. Les tombeaux sont construits de la même manière qu’à Doumanly- Dagh ( Revue archéologique, 1883, 1, p. 362), c’est-à-dire en terrasse avecun petit mur d’enceinte. Enfin, on parle de tombes récemment découvertes dans la région de l’Éolide du nord, nommée aujourd’hui Gun-Dagh. En 1877, on ne connaissait en Éolide qu’une seule nécropole, celle de Cymé ; grâce aux recherches de l’École d’Athènes et de M. Baltazzi, on en connaît aujourd’hui une demi-douzaine.
Puisque nous sommes en Éolide, signalons encore deux nouvelles signatures de fabricants sur des terres cuites provenant de ce pays. L’une d’elles, chEIAlPTOY, se lit sur un groupe que nous avons vu à Paris; l’autre, CCOOPONOC, se trouve sur le revers cl’une petite colonne découverte à Myrina L
— M. E. Curlius a présenté à la Société archéologique de Berlin (séance du 1er avril 1884) un groupe de terre cuite, représentant l’enlèvement de Ganymède, récemment acquis par le Musée de Berlin. La provenance indiquée est Myrina. Comme nous n’avons trouvé dans cette nécropole, où la plupart des motifs sont représentés par de nombreux exemplaires, aucun groupe analogue à celui que décrit M. Curtius, nous mettons formellement en doute, jusqu’à nouvel ordre, l’authenticité de la provenance indiquée. Le nom de Myrina sert aujourd’hui, comme celui d’Éphèse il y a sept ou huit ans*, de pavillon à des marchandises d’origine et de valeur très diverses; c’est un abus qu'il importe de signaler avant qu’il ne s’introduise dans les catalogues de s Musées, où il donnerait lieu à des confusions très regrettables.
1. Voir, pour les autres signatures relevées sur des terres cuites, Bull, de Corresp. Hellén., 1883, p. 204; Rev. archéol., 1883, II, p. 123; [ Nécropole de Myrina,, p. 172 et suiv.].
2. Dans la salle des terres cuites grecques au Musée du Louvre (2° vitrine contre la fenêtre en entrant) se trouvent plusieurs têtes de Smyrne qui sont encore désignées par l'étiquette sous le nom de terres cuites d'Éphèse.. Espérons que cette étiquette trompeuse ne tardera pas à disparaître. [Elle a disparu .J
Pergame. — Dans la séance du 15 janvier 1884 M. Conze a rendu compte à 1a. Société archéologique de Berlin des derniers travaux exécutés à Pergame, travaux dont la direction était confiée à M. Bohn et que le conservateur du Musée de Berlin a inspectés au mois de décembre 1883. Les résultats de cette campagne sont très importants pour la topographie de la ville antique. On a retrouvé la trace des différentes enceintes, dégagé le péribole de l’ancienne agora sur la colline et découvert, presque au sommet de l’Acropole, au-dessous et à l'ouest du temple d’Athéna, un grand théâtre datant de l’époque des rois. Il fut abandonné à l’époque romaine, sans doute parce que l’accès en était trop difficile, et les Pergaméniens construisirent un autre théâtre au pied de la colline. Nous avons déjà parlé des sculptures découvertes au cours de ces fouilles : ce sont notamment un géant ailé et de très nombreux fragments de la grande frise ainsi que de celle de Télèphe. Ces fragments ont surtout été recueillis danslemur d’enceinte byzantin, que l’on a presque complètement démoli. Au mois d’avril dernier, Hamdi-Bey, accompagné de M. Dém. Baliazzi, s’est rendu à Pergame, et le partage des découvertes a été effectué de concert avec M. Humann. Nous avons déjà donné la liste des objets abandonnés au Musée de Tchinli-Kiosk : l’Allemagne a eu pour sa part 434 fragments et 398 menus débris de la Gigantomachie, une tète de serpent, des bras et des mains, une tète, un torse et une aile de géant, une roue de chariot, une vingtaine de morceaux de la frise de Télèphe, deux boucliers de la baluslrade du portique d’Eumène, quelques statuettes et morceaux de sculpture peu importants, etc. Il est probable que les fragments de la Gigantomachie que l’on a transportés à Berlin serviront à compléter en partie les groupes trouvés dans les fouilles précédentes. Le permis de l’Allemagne a été prorogé pour un an. Dans la prochaine campagne on se propose de déblayer le théâtre, ce qui prendra au moins cinq ou six mois, à cause de l’accnmulation des terres; on terminera aussi l’exploration de l’agora et Ton commencera celle du gymnase.
M. Conze a raconté (Sitzungsberichte der Akademie zu Berlin, 17 janvier) comment la découverte de l’agora est due à une inspiration heureuse de M. Kirchhoff, qui a rétabli le mot âyopxîi’.ç dans une inscription métrique mutilée, gravée sur la base d'une statue d’Hermès. La pierre étant en place, M. Bohn a pu retrouver le péribole de 1 agora en fouillant presque à coup sûr. Des inscriptions de l’époque royale mentionnent l’ï-'.3xvs77aT3ç t/jp àycpSç k~\ toj tso
i. Philologische Wochenschrift, 9 février 1S84.
Ai oç tou aumjpoç. Cet autel, suivant M. Conze, ne serait aulre que le grand autel dont le nom était jusqu’à présent ignoré.
Peu de temps avant l’interruption des travaux (mai 1884) on a trouvé l’entrée nord de l’orchestre avec une architrave ornée de masques portant l’inscription :
’AxoXXiSwpoç ’Apxîp,wvoç y£VÔp.£Voç Ypa;j.[j,aTEÎ;ç ovjp.ou tov xuXûva xai to s v aÙT<S xsTaap.a Aioviiao) xa0rJYsp.ovi '/.ai t5> Svjp,u .
M. Ramsay a communiqué à la Société archéologique de Berlin un bas-relief appartenant à un particulier de Smyrne et qui représente un cavalier nourrissant un serpent, avec un adorant à droite. Audessous on lit l’inscription : 'O SeTvx ’AxcaXJmvîsu v£W7.ôpoç ’A0ï;[vaç vinvjçépjou vjpwi F. Lenormant avait déjà cru reconnaître
le héros Pergamos dans une figure d’un groupe de terre cuite attribué à cette ville. Il est difficile de dire si le héros est représenté par le serpent ou par le cavalier. Mais il est assurément impossible de voir dans ce dernier un vainqueur à la course des flambeaux. Cette hypothèse ne repose que sur une fausse interprétation proposée par Krause du célèbre vase de Pergame 3; ce savant pensait que la lampadodromie, à Pergame, devait s’exécuter à cheval. Les prétendues torches des cavaliers figurées sur ce vase sont tout simplement des lioussines, comme cela a été reconnu depuis longtemps.
Cappadoce, Phrygie, etc. — M. Ramsay, le vaillant explorateur de l’Asie Mineure, a fait un exposé de ses découvertes à la Société archéologique de Berlin, dans la séance du 5 février 1884 3. « De même, dit-il, que le système actuel des routes en Anatolie s’explique
t. Cf., pour le 7i£Ta<jp.a et le rcuXiov, Athénée, N1V, 16, p. 622.
2. Ni M. Ramsay, ni M. Christian Belger, qui a résumé sa conférence (Philologische Wochenschrift , lct mars 1884), ne paraissent savoir que le vase décrit par Choiseul Gouffier se trouve depuis un demi-siècle au Musée du Louvre (salle des antiquités de l’Asie Mineure; Clarac, Musée de Sculpture , pl. 190 a, n° 35B). Remarquons en passant combien certains savants étrangers connaissent peu notre grande collection nationale. Dans son numéro du 16 février 1S84 (p. 221), la Philologische Wochenschrift annonçait, d’après la Vossische Zeilung, que l’on venait de placer au Louvre des fragments du temple d’Apollon à Jlilet découverts par MM. Rayet et Thomas aux frais de MM. de Rothschild. Ces fragments sont déjà décrits, comme aussi le vase de Pergame, dans la 6° édition (18S1) du Guide à Paris de Baedecker (p. 96).
8. Imprimé dans la Philologische Wochenschrift , 8 mars 1S84.
par la position de Constantinople, de même le plus ancien réseau, antérieur à l’histoire écrite, oblige d’admettre que la capitale de la péninsule était dans la Cappadoce du nord. » Cette capitale serait Boghaz-Iveui et c’est là que se seraient croisées les anciennes routes. Des sculptures analogues à celles deBoghaz, centre d’un empire qui a pu embrasser toute l’Asie Mineure, se rencontrent non seulement à Eyouk et en Cappadoce, mais en Lydie, en Phrygieeten Lycaonie. M. Ramsay a décrit trois de ces sculptures, récemment visitées par lui : 1° A Ibriz près de Cybistra, au-dessus d’une source, on voit un bas-relief taillé dans le roc, représentant un dieu debout, haut de 5 mètres, qui tient à la main des épées et des raisins; son costume est celui des paysans actuels de la contrée. En face de lui se tient un prêtre ou un roi, richement vêtu, haut de 3 mètres seulement, qui l’adore les mains jointes ; les ornements sculptés sur son manteau ressemblent aux bijoux lydiens publiés par A. Dumont dans le Bulletin de Correspondance Hellénique (1879, pl. IV et V)*. — 2° Le bas-relief à'Elflatoun-Bounar est également placé au-dessus d’une source; il est sculpté sur d immenses blocs de pierre, dont l’un mesure 7 mètres de long. Le groupe du milieu représente une figure humaine avec des cornes sur la tète, debout aupiôs d un autel. A sa gauche on voit la figure plus grande d un dieu, coiffé du chapeau de forme particulière qui se retrouve sur d autres monuments de cette classe; à droile est une déesse dont la coiffuie rappelle celle du sphinx d’Eyouk. Le troisième relief décrit par M. Ramsay est à Tyane.
Celte ancienne civilisation de la Cappadoce fut refoulée d abord par la domination assyrienne, puis par celle des Perses. Dans la même province on a rencontré des inscriptions cunéiformes dans une langue inconnue, dont sept, trouvées à Kaisariéh par M. Ramsay, sont aujourd’hui au Musée Britannique.
Les monuments en pierre de la Phrygie appartiennent, sauf quelques exceptions, à un style plus récent ; l’art qu’ils rappellent le plus est celui de Mycènes. M. Ramsay a découvert dès 1881 des tombeaux taillés dans le roc, dont la porte est surmontée de deux lions affrontés (Journal of HellenicStudies, 1882, pl. XVII-XIX). Non loin de là se trouve un grand monument rupestre (à Liyen, entre Kara-Hissar et Iioutaliia), haut de 27 mètres et semblable à un obélisque a\ec une chambre sépulcrale à sa partie inférieure. Le style rappelle celui
1. Ces bijoux ont passé depuis entre les mains ;[lls sont aujourd'hui au Musée du Louvre.]
de M. Hoffmann à Paris.
CHRONIQUE D’ORIENT (1884) [i!, 98-9]
du tombeau de Midas ; des ornements croisés et des méandres décorent la façade à la manière d’un tapis. Le mur du fond de la chambre porte une image en relief de Cybèle, haute de 8 pieds, avec une lionne de chaque côté, les pattes posées sur l’épaule de la déesse. Audessus de la porte est un fronton orné de deux sphinx affrontés, de style très archaïque. Sur les deux petits côtés du monument sont figurés un lion et un griffon, sculptés à la hauteur de la porte. M. Ramsay a pris des dessins de tous ces reliefs, dont l’importance pour l'ethnographie et l’histoire de l’art n’a besoin que d’ètre signalée.
Taviüm. — Les Sitzungsberichte de l’Académie de Berlin nous apportent l’écho d’une intéressante discussion entre MM. Hirschfeld et Kiepert sur la position de Tavium, la capitale des Galates Trocmes (lt883, p. 1243; 1881, p. 47). Suivant M. Hirschfeld, les identifications proposées avec Tchorum, Nefez-Keui et Yôzgàd ne sont pas admissibles. Les Trocmes n’auraient pas habité seulement la rive droite del’Halys, mais les deux rives de ce fleuve. C’est sur la rive gauche qu’au dire d’Hiéroclès se trouvait Tavium, qu’il faut donc chercher dans la région qui, partant d’Ancyre, s’étend au nord-ouest le long de. l’Halys. Ces considérations amènent M. Hirschfeld à reconnaître l’ancienne Tavium dans Iskelib : on y trouve, en effet, des tombeaux creusés dans le roc comme en Paphlagonie et en Gaiatie et, diantre part, la route romaine d’Ancyre à Amasia, que la Table de Peutinger fait passer par Tavium, Iraverse certainement Iskelib. M. Kiepert n’admet pas le tracé de la route romaine d’Ancyre à Amasia tel que l’indique M. Hirschfeld : il pense que Tavium doit être cherchée sinon à Nefez-Keui, du moins à quelque localité voisine vers l’est, dans la grande plaine d’Aladja. Quant à Iskelib, on ne peut encore se prononcer sur le nom de la ville antique qui s’élevait à sa place*. M. Ramsay, qui a parcouru le pays, certifie du moins que lès restes de ville antique à Nefez-Keui sont très peu considérables..
LïCffi, — Bien que nous n’ayons pas l’habitude de rendre comptedos voyages pittoresques, nous voulons pourtant dire quelques mots des Homerische Landschaften de M. de Warsberg (Vienne, 1884), qpe leur titre un peu fantaisiste pourrait faire négliger des archéologues. Le sous-titre du premier volume, le seul qui ait paru, porte les indications suivantes : I. Le royaume de Sarpédon; II. Rhodes; III. Dans la mer Égée. Les deux derniers chapitres ne présentent
R [M. Kiepert place à Iskelib Andrapa-Neoclaudiopolis, hypothèse adoptée parM. Ramsay, Hist. geogr.of As. Min., p. 320.J
rien de nouveau : en revanche, le premier, contenant le récit d’une excursion à Gjolbaschi au moment des fouilles, fournit quelques renseignements curieux sur ce mausolée dont les sculptures ont enrichi le Musée de Vienne. Deux gravures exécutées d’après des photographies en reproduisent les principaux aspects; nous signalerons surtout la porte d'entrée du monument, surmontée de protomés de taureaux qui rappellent le fameux portique de Délos. La description des bas-reliefs contient bien des hypothèses, mais aussi quelques rapprochements heureux. M. de Warsberg est un homéromane, à la façon du docteur Schliemann ; c’est aussi un enthousiaste de l’art et un ami sincère de l’antiquité. Parlant du théâtre de Telmissos, dont les gradins en marbre ont récemment été enlevés par les Turcs pour bâtir la caserne de Scutari, il écrit avec raison (p. 47) : « On ne peut s’empêcher de perdre patience en présence de pareils actes, qui sont comme un défi jeté aux goûts artistiques de notre temps. » Ajoutons que si quelques pages de ce livre peuvent servir aux archéologues, ce n’est certes pas un archéologue qui l'a rédigé. Et pourtant, on ne lit pas sans agrément ces notes de voyage, toutes chaudes encore des émotions de l’auteur. Les gravures sont bien choisies et moins mauvaises que dans les livres allemands du même genre, il manque une carte, qui aurait été fort utile, M. de Warsberg nous avertissant lui-même que le croquis inédit de M. Kiepert, dont il possédait un calque, est très inexact pour la contrée qu il a parcourue.
Palestine. — On sait que M. Clermont-Ganneau a découvert en Palestine et en Syrie bon nombre d’objets d’antiquité grecque et gréco-romaine dont il a déjà fait connaître les plus importants. Les journaux allemands nous apportent aussi des renseignements à ce sujet. La Philologische Wochenschrift du 9 février dernier reproduit une notice de M. Schreiber insérée dans la Zeitschrift des deutschen Palæstinave reins au sujet des trouvailles intéressantes qui ont été faites en 1882 à Nabulus (. Neapolis Flavia) au pied du mont Garizim, en Palestine. On signale surtout une base d’autel en marbre blanc1, haute de 1 mètre sur 0"',75, couverte de reliefs et d inscriptions. Trois des faces présentent une double rangée de scènes, où les personnages principaux sont désignés par leurs noms. Sur la rangée inférieure sont figurés trois exploits de Thésée : 1” le jeune héros
1. Cf. Clermont-Ganneau, Comptes rendus de V Acad, des inscriptions , 26 octobre 1883.,
soulève le rocher, pour eu retirer l’épée de son père 1 2 ; à côté de lui sont Aithra et deux suivantes; 2» combat de Thésée et du Minotaure en présence des jeunes gens athéniens sauvés de la mort ; 3" le héros vainqueur ayant à ses pie 1s le géant Periphetes élendu sur le sol; derrière Periphetes, on voit Apollon jouant de la lyre et deux Muses dont l’une tient une double flûte. Les représentations de la rangée supérieure sont les suivantes : 1“ Hercule enfant étouffant les serpents; à droite et à gauche, une suivante recule d’effroi; 2° Artémis, Apollon et Latone vainqueurs du serpent Python; 3“ Déméter sur son char traîné par des serpents; devant elle Gaea, étendue à terre, et dans un angle un arbre fruitier. L’exécution de ces reliefs est d époque gréco-romaine, bien que les motifs eux-mêmes soient probablement plus anciens. On a aussi trouvé le torse d'une statue d’Artémis, d’un travail assez grossier mais d’un type nouveau. Le pasteur allemand Reinicke rapporte que sur le même terrain on a découvert un autre socle analogue au précédent, mais que le propriétaire a dû le recouviir de terre pour n’ elre point obligé de le livrer sans indemnité aux fonctionnaires ottomans. Édifiant résultat d'une législation barbare que nous ne nous lasserons pas de dénoncer comme elle le mérite !
Égypte. A la date du 17 décembre 1883, M. Sayce écrivait du Caire à la Philulogische Wochenschrift (n° du 12 janvier 1884) pour signaler quelques antiquités grecques dont M. Maspero a enrichi le Musée de Boulaq II y a notamment des figurines en terre cuite, couvertes de couleurs très vives, qui rappellent le style des statuettes de Myrina. La campagne de M. Sayce sur le Nil parait avoir été très fructueuse; dans une lettre qu’il m’a adressée à la date du 16 avril dernier, il me parle notamment d’un grand nombre de copies d’inscriptions grecques qu’il a rapportées à Oxford. A Abydos, le savant anglais a relevé beaucoup de graffiti dont la lecture avait découragé la patience de ses prédécesseurs; cette ville lui a fourni 33 textes cariens, plus de 60 phéniciens, 43 chypriotes (auxquels s’ajoute un autre trouvé dans les tombeaux des rois à Thèbes) !, enfin une quan-