Voir plus loin, 1885, I, p
(REVUE ARCHÉOLOGIQUE, 1883, t. I, p. 69-97.)
Avant de nous occuper des découvertes archéologiques faites dans l’Orient grec au cours des derniers mois de 1884, nous voudrions appeler l’attention sur deux bas-reliefs d’une haute importance, signalés à Thasos en 1866, qui ont disparu depuis sans avoir été reproduits dans aucun recueil, mais qu’on réussira sans doute à retrouver le jour où l’on instituera, sur les lieux mêmes et à Constantinople, une enquête sérieuse à leur sujet. La chose en vaut la peine , il s 'agit d’œuvres grecques archaïques, provenant d une ile qui a déjà fourni à l’histoire de l’art les beaux reliefs du ve siècle découverts en 1864 par M. Miller.
Dans l’été de 1866, des officiers turcs chargés de construire des fortifications à Thasos vinrent chercher des matériaux pour leur travail au port de Liménas et, suivant l’usage, enlevèrent des ruines antiques tous les blocs de marbre qu’ils purent en retirer. Le chemin de Liménas à Panagia, la capitale actuelle de l’ile, traverse une porte monumentale bien conservée à laquelle font suite les murs de la ville ancienne1. C’est dans les murs en question, au sud du port, que furent trouvés alors trois blocs de marbre de grandes dimensions : a g auche de l’entrée de la porte, un bas-relief représentant une procession bachique, en marbre de Thasos {h. lm,50; 1. lm,10), à droite un bas-relief avec Hercule tirant de l’arc, en marbre de Paros (h. 0m,75, 1. 0m,60), et une inscription de douze lignes, sur marbre de Paros également. D’après les dessins que je possède, le bas-relief
1. Voyez le plan des ruines de Thasos donné par M. Perrot, Archives des. Missions, 1864, pl. II. La porte est indiquée sous le n» 1 avec la mention . Porte bien conservée où ne manque que le linteau . Cf. Conze, eise auf Inseln des thrakisken Meeres, 1860, pl. II.
d’Hercule et l’inscription étaient séparés par un troisième bloc de marbre dans lequel était sculptée une de ces niches que l’on constate également au centre du bas-relief d’Apollon et Hermès au Louvre 1 2 . L’inscription fut copiée par M. Christidis, qui dessina rapidement les deux bas-reliefs et envoya copie et dessins, en double exemplaire, à ses deux savants amis, M. Miller et M. Conze. M. Miller décrivit sommairement ces monumenls dans la séance du 14 septembre 1866 à l’Académie des inscriptions, en exprimant le vœu que les sculptures fussent photographiées à Constantinople où elles avaient été envoyées. M. de Longpérier insista sur l’intérêt qu’offrait la nouvelle découverte ; il fit remarquer le rapport frappant qui existe entre les deux bas-reliefs et le type des monnaies d’argent de Thasos émises au vc siècle avant J.-C. Sur ces pièces, on voit, au droit, une belle tête de Bacchus barbu, couronné de lierre ; au revers, un Hercule agenouillé tirant de l’arc', cc L’attitude et l’ajustement du dieu, la pose particulière de ses bras, tous deux étendus en avant, se retrouvent identiquement sur les monnaies et sur le marbre. Les deux divinités se voient encore associées sur les grands tétradrachmes postalexandrins qui ont pour type une tête de Bacchus imberbe et un Hercule debout accompagné de la légende HPAKAEOY2 2HTH- P02 OAZinN... M. de Longpérier espère que l’étude des deux nouveaux marbres pourra peut-être fournir quelque lumière sur la destination encore inexpliquée de la petite niche entourée d’un chambranle pratiquée dans l’un des bas-reliefs apportés au Louvre3. » En Allemagne, la découverte faite à Thasos fut annoncée par M. Bergmann (Hernies, 1866, p. 233), auquel M. Conze communiqua la lettre qu il avait reçue de M. Christidis. M. Bergmann publia le premier l’inscription, qui a été reproduite depuis dans le Delectus inscriptionum graecarum de M. Cauer4. Elle est relative à la location d’un terrain sacré, le jardin d’Hercule, attenant à l’enceinte du temple d’Asclépios. Le jardin est affermé à la condition que le fermier (o àvaipaipi][Aévcç vov y.îjxov) maintiendra la propreté dans l’intérieur du temple et ne permettra pas que l’on y jette des ordures. Le texte
1. Cf. Comptes rendus de l' Académie des inscriptions, 1866, p. 324; Froehner, Catalogue des inscriptions du Louvre , p. 32 et note 1 ; Michaëlis, Archaeoî Zeitung, 1867, pl. CCXVII.
2. Mionnet, Description des médailles antiques, 1808, pl. LV, n" 8 ; t. I, p. 433, n. 13, 17, 24; Dnruy, Histoire des Romains, t. II, p. 38; t. III, p. 136.
3. Desjardins, Comptes rendus de l’Académie des inscriptions, 1866, p. 325 ; Bertrand, Revue archéologique, 1866, II, p. 359.