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est loin d’èlre parfaitement établi et demanderait à être conlrôlé par l’étude directe de l'inscription. Dans une copie que j’ai prise en 1882 à Thasos, d’après la copie originale de M. Christidis, les lacunes au milieu des lignes sont beaucoup moins considérables que ne l’ont indiqué M. Bergmann et les autres éditeurs d’après lui. Le savant allemand insista, après MM. Miller et de Longpérier, sur l’importance des deux bas-reliefs. Le plus grand représente une procession de fidèles venant offrir un sacrifice à Dionysios. Le motif du second, Hercule agenouillé tirant de l’arc, se retrouve non seulement sur les monnaies d’argent thasiennes, mais sur des anses d’amphore de même provenance *.
Depuis 1866, il n’a été question nulle part, à notre connaissance du moins, des bas-reliefs et de l’inscription découverts à Thasos. Dans la dernière édition de son Delectus (1883), M. Cauer se contente de dire que l’inscription a été transportée à Constantinople : mais elle n’existe certainement pasauMusée deTchinli-Kiosk. En 1882, j’eus l’occasion d’aller à Thasos et d’interroger M. Christidis sur le sort de ces objets qu’il avait été le premier à décrire. Ses souvenirs, à cet égard, étaient fort précis. Un bâtiment de guerre turc, commandé par un nègre du nom de Selim, vint, peu de temps après la découverte (août 1866), embarquer les marbres à destination de Constantinople. On dit que le khédive Ismaïl, auquel l’ile de Thasos appartenait comme fief de la vice-royauté d’Égypte, réclama ces objets et qu’ils furent transportés en Égypte. Ce qui donnerait une certaine vraisemblance à cette version, c’est qu’un grand aigle en marbre, découvert vers la même époque à Thasos dans le ruisseau de Liménas, a été transporté à Alexandrie, où il existe encore.
M. Christidis me donna les dessins originaux qu’il avait exécutés, avec plus de bon vouloir que de succès, d’après les deux bas-reliefs; j’en pris immédiatement des calques et les envoyai à M. Maspero, en le priant de s’assurer si les marbres de Thasos étaient conservés à Alexandrie ou au Caire. Après de minutieuses recherches, M. Maspero me répondit qu’il n’y avait pas trace de ces bas-reliefs et que personne ne se souvenait de les avoir vus. D’autre part, j’ai pu me convaincre qu’ils ne se trouvaient à Constantinople ni dans le Musée impérial, ni dans la collection du Syllogue grec. Seraient-ils restés dans l’arsenal maritime, comme les grands bas-reliefs de Salonique actuellement à
I. Sabatier, Souvenirs de Iiertch, Saint-Pétersbourg, 1849 ; Becker, Mélanges gréco-romains, I, p. 434 et Jahrbiicher für class. philol., Supplem. IV, p. 438; Dumont, Archives des Missions, 1871, pi. V, n° 24.
Tchinli-Kiosk qui furent retrouvés par hasard, il y a peu d’années, à la douane de Stamboul, avec des inscriptions provenant des murs de Salonique ? Seraient-ils égarés dans le palais de quelque prince égyptien, auquel Ismaïl-Pacha les aura cédés? Ce sont là des possibilités que nous nous contentons d'indiquer, avec la certitude que des
marbres de cette importance, une fois embarqués sur un navire turc, n’ont pu servir à faire de la chaux. Il serait facile à Hamdi-Bey d’instituer une enquête au ministère de la Marine à Constantinople, où Sélim, qui commandait l’aviso, ou du moins quelqu’un de ses officiers, peuvent encore figurer dans les cadres de l’amirauté ottomane. Quoi qu’il en soit, les dessins de M. Christidis sont actuellement le seul document sur deux œuvres d’art égarées ou disparues, et nous avons pensé qu’en dépit de leur imperfection ils méritaient d’ètre repro-
1. Catalogue du Musée impérial , n° 122. [Voir, sur ces bas-reliefs, de curieux renseignements donnés par le Dictionnaire de Larousse, art. Salonique .]
duiis en fac-similé, ne fût-ce que pour éveiller l’atlention de nos lecteurs de Grèce et de Turquie sur un problème archéologique qu’ils peuvent se proposer de résoudre. Nous leur serons particulièrement reconnaissant de toute communication relative à ces marbres ou à l’inscription qui a été découverte en même temps. Les dessins sont assez précis pour que nous puissions nous dispenser de les décrire : on remarquera que le grand bas relief présente aussi une niche à
chambranle, comme celle que nous avons signalée, d’après un autre croquis de M. Christidis, entre l’Hercule (à droite) et l'inscription (à gauche). M. de Longpérier a rapproché le Bacchus vêtu et tenant un long cep de vigne de représentations analogues sur les vases peints à figures noires.
Nous voudrions mentionner, à la même occasion, un autre monument d’un vif intérêt qui, découvert il y a vingt ans, a été vainement recherché depuis, et sur lequel nous possédons seulement le témoignage d’un homme tout à fait étranger à l’archéologie. Il s’agit d’un grand bas-relief sculpté dans le roc, à Ouzoun-Assanli près de Myrina, sur la roule qui conduit de Myrina à Magnésie, bas-relief qui doit avoir été analogue au célèbre pseudo-Sésostris de Nymphio
près de Smyrne, et appartenir, comme ce dernier et ses congénères ’, à l’art hittite ou lydophrygien. MM. Sayce, Dennis, Démoslhène Baltazzi et moi, nous avons passé toute une journée, au mois de février 1881, à chercher ce bas-relief rupestre à l’endroit où il m’avait été signalé; je suis revenu plusieurs fois à Ouzoun-Assanli et j’ai exploré les collines avoisinantes sans plus de succès. Comme le témoignage de l’oftîcier de marine français qui a vu ce monument est au-dessus de toute suspicion, je suis obligé de croire qu’un éboulement de terrain a dissimulé ou détruit ce bas-relief que le hasard seul pourra faire retrouver un jour. Voici la lettre que M. le commandant Guichon, autrefois attaché à l’exploitation du domaine d'Ali-aga, m’a écrite à ce sujet le 23 mars 1881 ; j’ajoute en note quelques indications complémentaires qui pourront servir aux voyageurs.
« J’appelle rivière de Cayalan1 2 le cours d’eau qui a son embouchure près de Kato-tépé 3 4 5 6, colline en pain de sucre située près de la ferme de Kalabassary *. A 7 kilomètres en amont de cette embouchure, en suivant la rivière de Cayalan, est l’affluent désigné comme la rivière de Guzel-Hissar s. Au confluent de ces deux cours d’eau, et en aval, sont les ruines d’un pont. On voit de là, à faible distance, et sur la rive droite de la rivière de Cayalan, la ferme d’Ouzoun-Bouroun. Toujours sur celte rive droite et au bas de la petite hauteur où sont les bâtiments de la ferme, il existe un sentier que l’on doit suivre en tournant le dos à Kalabassary. A 3 kilomètres de distance, on arrivera à une roche coupée de main d’homme. Cette roche est sur la rive droite et touche à la rivière de Cayalan". Une fois arrivé à cette roche, qui a été coupée pour établir une prise d’eau en vue de l’établissement de deux moulins dont les ruines se voient encore, il suffit de regarder sur la droite : la colline de la grotte est à petite dislance
1. Archaeologische Zeitung , 1843, p. 33, 133 ; 1846, p. 271; Texier, Asie Mineure, II, p. 302, pl. 132; Moustier, Tour du Monde, IX, p. 266; Perrot, Mémoires, 1873, p. 9; Weber, Le Sipylos, 1880, p. 41; Curtius, Archaeologische Zeitung, 1875, p. 36; Sayce, The Academy, 18 octobre 1879.
2. C’est le Pythicus, qui se jette dans la meràMyrina; aujourd’hui Khodja- Tchaï.
3. Voyez la carte de Myrina, publiée par M. Pottier et moi dans le Bulletin de Correspondance Hellénique, VI, pl. IX. [ Nécropole de Myrina, pl. I.]