‹ Chroniques d'OrientChapitre 76 sur 410 · Ausland, 1879, p · texte numérisé non relu

Ausland, 1879, p

5. Corpus inscriplionum semilicarum, I, nos 86 A et B. M. Richter me fait observer que le plan de Citium publié dans ce recueil n’est pas tout à fait exact; on ne reconnaît plus partout le mur d’enceinte tel qu’il est indiqué sur ce plan. A Hagia-Katharina, et de là vers le nord et le nord-est, l’enceinte est encore parfaitement visible. En revanche, elle n’existe plus en certains points au sud et au sud-est.

du même type, hautes de 0,n,20, représentant la déesse-mère debout tenant un enfant dans le bras gauche. Le travail est extrêmement grossier, le nez seul étant indiqué sur le visage. D’autres fragments trouvés au même endroit appartiennent au style gréco-assyrien et marquent un progrès notable. Deux Apis et un sphinx en calcaire trahissent l’influence phénicienne. Enfin, une tète imberbe dont les cheveux sont travaillés à la manière assyrienne appartiendrait au commencement de l’époque grecque.

Bien que Larnaca-Citium ait été, avant l’occupation anglaise, le centre des recherches archéologiques dans l’ile, et que les environs immédiats de cette ville aient été relativement bien explorés, M.Richter a pu découvrir sur place un nombre suffisant de fragments pour se faire une idée des caractères distinctifs de l’art et de la civilisation de Citium. Dans un mémoire étendu qu’il nous a communiqué, il s’est appliqué à marquer l’antithèse que présente la ville phénicienne de Citium comparée à la ville hellénique de Salamis. Le contraste est surtout sensible dans la poterie archaïque de ces deux localités. Les vases à ornements verticaux courant de haut en bas ou de long en large 1 2 et les cercles concentriques, très fréquents à Citium, sont entièrement inconnus à Salamis. Les décorations géométriques, en échiquier ou autrement, nombreuses à Citium, font défaut à Salamis. Il en est de même de l’ornement appelé svastika. L’influence égyptienne, qui se marque à Citium par les figurines découvertes sur l’Acropole et les amulettes des tombeaux de Larnaca, n’a pas laissé de trace à Salamis. En général, les vases de Citium sont peints, ce qui n’est pas le cas à Salamis : la couleur est le plus souvent un gris sombre; le rouge brun et le rouge, seul ou combiné avec le noir, sont plus rares s. D’autre part, suivant la remarque de M. Richter,

1. Ces stries horizontales paraissent dériver de l’imitation des vases en bois, comme les cercles concentriques de l’imitation des vases en métal (Richter),

2. [M. Richter m’a écrit, depuis la publication de cette Chronique , une lettre où je relève le passage suivant : « Jusqu’ici on n’a découvert dans la nécropole de Salamis aucun fragment de poterie phénicienne (cercles concentriques peints sans point central, fleurs et boutons de lotus); mais on n’y a pas découvert non plus de fragments appartenant à la période préphénicienne de Chypre (vases à ornements incisés, mouflons, cerfs, serpents, lunes et soleils en relief, vases avec décors géométriques peints; cf. Perrot et Chipiez, t. III, fig. 487-593). Je modifierai donc ma théorie comme il suit. On n’a encore constaté à Salamis que la présence d'objets d'époque grecque plus ou moins pure, en particulier dans la catégorie de la céramique. Les 77 fragments trouvés par moi au mois de décembre 1830 ( plus bas , p. 163) indiquent seulement l'influence ou l'importation à Salamis des produits gréco-phénicins de l’ile elle-même. »]

les antiquités d’une époque très reculée, que l'on peut attribuer a la population primitive de I ile, sont plus nombreuses a Salamis qu a 11 1 Citium. La région de

Salamis, composée de plaines fertiles, est plus attrayante que celle de Larnaca.il semble donc que les Phéniciens aient trouvé à Salamis de très nombreux indigènes et que, ne pouvant les chasser, ils se soient établis plutôt à Citium. Les Grecs, à leur tour, trouvèrent une forte population phénicienne à Citium et dans d’autres localités de la côte méridionale de l’ile : aussi s’établirent-ils de préférence à Salamis.

La publication de M. Alexandre de Cesnola sur cette dernière ville parait n’avoir pas été faite avec toute la critique désirable, et l'auteur aura sans doute plus d’une fois éprouvé la même mésaventure queM . Richter, dont les ouvriers, comme nous l’avons vu plus haut, introduisirent des objets étrangers dans les tombes qu’ils fouillaient à Lar-

naca. Aussi souhaitons-nous que M. Richter puisse bientôt publiei intégralement le résultat des. observations comparatives qu’il a faites

à Salamis et à Citium.

Avant de quitter Larnaca, signalons une stèle funéraire fort intéressante, de style égyptisant et d’un travail très remarquable, trouvée à Citium et appartenant à M. Watkins (fig. à la page précédente) 1 La hauteur totale est lm,33 et la largeur maxima de 0m,58; la tète seule a 0m,51 de haut. C’est assurément le plus curieux objet de ce genre qui ait encore été découvert à Chypre.

II. Salamis. — De 1880 à 1883, M. Richter a pratiqué plusieurs fouilles partielles à Salamis pour le compte du Musée Britannique et levé un plan de l’ancienne ville qu’il compte publier prochainement2. Les ruines de Salamis sont peut-être les plus importantes de toute bile. D’une des portes situées à l’ouest de l’enceinte, une avenue longue de 360 mètres et bordée de grands édifices conduit au château d eau d Hagia-Katharina. Parmi les débris, on remarque de nombreuses colonnes, des fragments d’architecture, des quantités de marbres divers qui doivent avoir été amenés là à grands frais, car il n’existe pas de marbre dans l’ile. Tout auprès de ce champ de ruines, autour de Hagia-Katharina, se voit un bois de très vieux arbres dont nous avons parlé dans une précédente Chronique (1885, II, p. 108). Les habitants attachent une idée superstitieuse à la conservation des arbres de ce bois, et cette idée, qui est certainement une survivance, semble témoigner de l’existence en cet endroit d’un ancien sanctuaire très vénéré dont le bois actuel serait l’âXasç.

On sait que Salamis, sous le règne de Trajan, fut détruite par un tremblement de terre. Reconstruite aussitôt, elle fut détruite de nouveau sous Constantin, et une partie de la ville s’abîma dans la mer. Constantin réédifia au même endroit une ville nouvelle qu’il appela Conslantia et qui se trouve à l’intérieur de l’enceinte ancienne, appuyée sur la partie de celle-ci qui fait face à la mer3. L’Acropole, située en dehors de Constantia, est une colline voisine de la mer, qui présente une triple rangée de murs et qui domine les vestiges des ports aujourd’hui ensablés M. Richter, d’abord envoyé à Salamis en sa qualité de forestier, a fait cieuser des puits autour de l’Acropole a fi u (le trouver de l’eau pour les nouvelles plantations. En deux endroits, à 70 et à

1. IL’original a depuis été acquis par le Louvre, où il a , été dessiné par M. Devillard ; ce dessin a remplacé le croquis imparfait et trop réduit que nous avions publié dans la Revue. |

2. M. Richter nous avertit que les descriptions de Salamis publiées jusqu’à présent (H. Lang, Cyprus, 1878, p. 24 et suiv. ; Cesnola-Stern, p. 167 et suiv.), contiennent de nombreuses inexactitudes qu’il se propose de rectifier.

3. Ct'. Pococke, .4 description of lhe East, 1795, t. Il, p. 213, pl. XXXII.

j 80 CHRONIQUE D'ORIENT (1885) [E!, 348-9]

50 mètres de l’Acropole, il a rencontré des antiquités à la profondeur de 3 mètres. Ce sont d’abord deux grossières statues en calcaire d époque grecque : la plus grande, haute de O", 61, représente une deesse sur son trône, tenant un fruit (?); l’autre, haute de 0™, 41, est une statue virile de prêtre, étendant la main gauche et tenant la main gauche contre sa poitrine. Deux tranchées pratiquées dans le voisinage donnèrent des chapiteaux corinthiens de marhre blanc. A 600 mètres environ de l’Acropole, on trouva un pavement de marbre, d’anciens puits, un moulin à blé et les ruines d’une maison. La ville s etend, le long de la mer, sur une longueur d'environ 1,410 mètres; on y voit encore des restes de quais, mais la partie de Salamis qui est voisine du rivage est enterrée sous les sables. Ces dunes ont été plantées d’arbres malgré les protestations de M. Richter, qui demandait à y faire préalablement des fouilles. Depuis, le Musée Britannique a commencé des démarches auprès du gouvernement de l’île pour obtenir que l’on arrachât les arbres afin de ne les replanter qu après une exploration archéologique dont cette région parait avoir grand hesoin.

Les constructions restées debout sont peu nombreuses. Al ouest de Constantia aboutit un aqueduc, construit par Justinien, dont plusieurs arches subsistent encore. A 100 mètres environ de l’angle sud-ouestde Constantia, on voit une ruine considérable avec de grandes arcades qui paraît être une vasle basilique; le ciment et l’appareil sont identiques à ceux des murs de Constantia. Au sud des murs et près de la basilique, il existe des ruines d’une autre grande construction avec des colonnes de 0m,92 de diamètre.

En 1882, M. Richter a déblayé à Salamis des thermes attenant à un gymnase. Il y découvrit une exèdre pavée d’une mosaïque dont j’ai°la photographie sous les yeux. Elle représente Orphée entouré d’animaux; dans les médaillons, on voit un singe en face d’un canard et une tète de chèvre. Le travail me paraît assez fin, mais la conservation en est très défectueuse.

C’est là aussi qu’aurait été exhumé, au dire des ouvriers de M. Richter, un relief en bronze représentant Athéné, qui a été publié à Leipzig dans P'Effirepo; (1884, n° 73) ; M. P. Lambros, d Athènes, a démontré que c’était un objet moderne.

M. Richter a publié, dans les Mittheilungen de l'Institut allemand d’Athènes, deux articles étendus sur ses fouilles à Salamis (1 881, p. 191 et suiv. ; p. 244 et suiv. ;1883,p. 133 etsuiv.)et donné, dans le Journal of Hellenic Sludies (1883, pl. XXXIII et XXXIV), un relevé du château d’eau d’Hagia-Katharina, analogue à la Panagia Phaneromeni

[5s 349-50] CHRONIQUE D’ORIENT (1885)

près de Curium. Cette construction est située à 550 mètres à l’ouest de la muraille d'enceinte intérieure de Salamis. Elle tient à la fois du trésor et du château d’eau et renferme deux salles, l’une construite au-dessus de la source et l’autre placée en arrière. Ce n’est pas un véritable souterrain, puisque l’extrados de la voûte dépasse encore le sol environnant de 3m,50. A la fin du mois de décembre 1880, on a trouvé près de cette construction un fragment d’inscription grecque de l’époque alexandrine, où l’on distingue les lettres TAM El////, que M. Richter voudrait compléter en TAMEION, réservoir. Les pierres employées à la construction sont énormes : un des blocs a 4m,90 sur lm,95 et 1-.10, un autre mesure 5m,20 sur2ra,38 et 0m,65. Les blocs des murs verticaux sont carrés et réguliers, ceux de la voûte assez irréguliers ; là où l’ajustement des pierres n’était pas exact, on a rempli les vides à l’aide de petits moellons. La salle principale est rectangulaire et mesure 10“,96 sur 5™, 61 à l’intérieur. Les murs, hauts de 2m,20, sont surmontés d’une coupole haute de 2ra,58 et large de 5m, 60. A 'l’angle est du monument, vers l’extérieur, il y a des traces d’un escalier en blocs gigantesques. Le toit est formé d’un seul et immense monolithe.

A 55 mètres au sud de ce trésor, s’en trouve un autre enfoui sous le sol et qui reste encore à fouiller. Le monolithe qui le couvre a 4m, 50 sur 3 mètres et im,45.

A 520 mètres plus loin, au sud-sud-est, M. Richter a ouvert en 1881 une chambre sépulcrale qui avait déjà été violée à une époque antérieure. On y entre par une porte située à 1 ouest, couverte d un linteau long de lm,60, La forme générale est celle d’un trapèze. La chambre a 2ra,80 surlm,60. L’intérêt de cette construction réside dans un haut-relief placé au-dessus de la porte. C’est une figure virile monstrueuse qui se compose presque uniquement d une tête gigantesque et des membres supérieurs. Le visage, d’une laideur repoussante, lémoigne cependant d’un travail soigné. Les alentours de ce tombeau paraissent contenir des monuments analogues.

Au sud du tumulus d’Hagia-Katharina (Cesnola-Stern, p. 171), on découvrit à la fin de décembre 1880, soixante-dix-sept fragments de statuettes en terre cuite et en pierres de diverses époques, depuis l’âge le plus archaïque jusqu’aux siècles gréco-romains. La plupart des fragments archaïques représentent la déesse nourricière (cf. pour le type Cesnola-Stern, pi. XII), représentation qui n’est nullement spéciale à Chypre, mais qui se trouve aussi à Mycènes et dans un grand nombre d’iles de l’Archipel. Dans quelques figurines d’un style moins rude, les seins sont indiqués avec exagération et l’on voit

entre euxun pastillage figurant unecliaine ou un ornement. circulaire. Quelquefois la main droite est repliée sur la poitrine et tient une fleur ou un fruit; ailleurs elle tient un tvmpanon. Les torses de femmes nues appartiennent à l’époque romaine ou gréco-romaine.

M. Richter a décrit [Mitlheilungen,, VI, p. 251-252) trois objeis découverts par lui dans le voisinage du couvent d’Hagios-Barnabas, à dix minutes à l’ouest d’Hagia-Katharina (Cesnola-Stern, p. 171). Ce sont : une lampe avec inscription chypriote, un oiseau en terre cuite avec inscription, et une figure virile grotesque tïosSmv. Détail singulier, ces trois objets furent trouvés dans un même tombeau grécoromain. M. Richter en conclut qu’ils avaient été conservés dans quelque famille à la manière de reliques auxquelles on attachait un sens religieux . La preuve qu’on les a gardés comme des curiosités, c'est que l’oiseau se compose de morceaux qui ont été recollés anciennement. Ainsi s’expliquerait, comme nous l’avons supposé ailleurs la présence d’objets très archaïques dans des nécropoles relativement récentes, par exemple du grand vase publié par M. Rayet [Bulletin de Correspondance Hellénique , 1884, pi. VII) dans la nécropole grécoromaine de Myrina. En février 1882, M. G. Hake a trouvé à Salamis près du même endroit une figurine grossière assise sur un cheval, de style gréco -phénicien (cf. Cesnola-Stern, pi. XXXVII, 6).

Le contraste entre Citium et Salamis, que nous avons indiqué plus haut d’après M. Richter, s’accentue lorsque l’on considère le mobilier funéraire de Salamis. A Citium, il n’y a guère que des tombes isolées; à Salamis, on trouve des rangées de sarcophages, principalement en terre cuite, peints en rouge, quelquefois avec des ornements. Les sarcophages en pierre sont rares, alors qu’ils sont fréquents à Citium. Au point de vue du style général des trouvailles, ce qui frappe d’abord à Salamis, c’est l’absence presque complète d’éléments égyptiens. La plupart des vases ne sont pas peints; quand la couleur existe, c’est le noir ou le rouge brun. Les ornements floraux, en particulier le lierre, dominent : le règne animal n’est représenté, dans les trouvailles de M. Richter, que par un vase décoré de trois poissons. Les lampes historiées sont nombreuses. Tous les caractères de la poterie de Citium, formes bizarres, ornements géométriques, oiseaux d’eau, svastikas , manquent à Salamis. La faïence bleue n’est représentée que par un objet qui n’est pas égyptisant de forme; par contre, on trouve fréquemment des perles de verre et de faïence colorées. Les objets d’or et d’argent sont de style grec ou gréco-romain. Une bague en or porte

Page 1