‹ Chroniques d'OrientChapitre 85 sur 410 · Plus haut, 1885, I, p. 72 et · texte numérisé non relu

Plus haut, 1885, I, p. 72 et

Salamine de Chypre. — Au mois de juillet 1870, l’aviso le Forbin, venant des mers du Levant, désarmait à Lorient; M. Ricoul, premier maître, découvrit, en faisant l’inventaire du bâtiment, la stèle funéraire dont nous donnons ici le dessin et qui appartient aujourd’hui à M. Roche. La copie que nous publions a été envoyée à M. Perrot par M. Guiesse; elle est certainement exacte. Le texte se lit aisément :

A'.oâwps xprçaTS v.m aX me. -/aîps. Z^u«[ç] ïvq xï],

La décoration de la partie supérieure est intéressante, et c’est pourquoi nous avons cru devoir donner un fac-similé de ce petit monument, qui appartient à une époque assez basse et dont il n’est pas possible d’établir la provenance avec certitude. M. Ricoul croit cependant se souvenir qu’au témoignage du commandant du Forbin la stèle de Diodore aurait été embarquée à Salamine '.

M. Sterrett en Asie Mineure. — Nous lisons dans la Nation, de New-York, à la date du 26 novembre 1885 : « L’expédition en Asie Mineure de M. J. -R. -S. Sterrett, de l’École américaine d’Athènes, parait avoir donné, l’été dernier, d’excellents résultats. R a copié six cent onze inscriptions inédites, grecques et latines, et a presque créé la carte d’Isaurie et de la Pisidie orientale. R a découvert les emplacements d’un grand nombre de villes anciennes dont il a identifié les unes par des inscriptions recueillies sur place et d’autres par des considérations générales de topographie. Parmi ses plus importantes trouvailles est celle de la ville de Lystra, aujourd’hui Khatun (ILhadyn)-Serai, à huit heures au sud d’Iconium. M. Sterrett a aussi découvert de nombreux vestiges hitlites. »

Smyrne. — Nous sommes heureux d’annoncer, après une longue interruption, la publication de deux nouveaux fascicules du MouasTov •/.«! fkSXtoG^xï] ~ffi de Smyrne (ITsptoSoç tôt aç,vrr

1880-1884; IlEpîsSoç xé[j.xTY; , 1884-1885). S’il est une institution,

1. [J’avais attribué dubitativement cette stèle à l’üe de Salamine; M. Lortet me fit remarquer qu’elle présentait le type syiien et M. Papadopoulos Kerameus en reconnut la véritable provenance.]

dans l’Orient grec, qui ait bien mérité de la science et de l’hellénisme, c’est assurément cette courageuse École de Smyrne, dont la bibliothèque et le musée s’ouvrent si généreusement à tous les savants étrangers et dont les publications sont sur la table de travail de tout épigraphiste. Le fascicule de 1880-1884 débute par une remarquable étude de M. Weber sur la chorographie d’Éphèse, écrite en un français excellent et accompagnée d’un plan à grande échelle qui est de beaucoup le meilleur que Ton possède. Il était temps qu’un topographe consciencieux portât ses recherches sur cet emplacement qui a été plutôt exploité qu’exploré par M. Wood, au cours des fouilles célèbres qu'il a entreprises pour le compte du Musée Britannique. M. Weber commence par démontrer que M. Curtius a eu parfaitement raison d’appeler Pion, et non Coressus comme le veut M. Wood, la montagne au pied de laquelle s’élève le théâtre d'Éplièse1. Le Coressus n’est pas seulement la montagne au sud-ouest de la ville, mais tout le massif jusqu’à la mer, où il y avait un port du nom de Coressus. Abordant la question fort controversée des synonymies d’Ortygie, du fleuve Cencbrius et du mont Solmissus, M. Weber conclut, après une discussion très serrée, que le Cenchrius est le premier affluent de gauche du Caystre, qu’il laisse le mont Solmissus à droite et traverse la vallée d’Ortygie. Il identifie la ville de Coressus avec une ruine siluée sur le bord de la mer, à 2,500 mètres au sud de l'embouchure du Caystre. Quant aux anciens ports d’Éphèse, qui sont aujourd’hui à plusieurs kilomètres du rivage, M. Weber a pu en déterminer l’emplacement avec exactitude ; l’un d’eux est le marais qui s’étend entre le grand gymnase et la prison de saint Paul, et dont la forme rappelle d’une manière frappante celle du port marchand de Carthage ; l’autre, port sacré ou Panormos, est un peu en amont du lac de Caystre, à un kilomètre et demi de l’embouchure actuelle du fleuve. Le lit du Caystre était un goulet naturel qui mettait la mer en communication avec les ports. Nous n’indiquons ici que les principaux résultats d’un travail qui est à lire en entier, et auquel on devra le redressement de bien des erreurs qui ont encore cours dans les livres de géographie. M. Weber a complété son étude topographique en signalant quelques " monuments restés inconnus des précédents explorateurs. C’est d’abord une chambre sépulcrale taillée dans le roc sur le versant sep-

1. Le nom de la montagne est Pion dans Pausanias, Prion dans Strabon. llptmv est un nom fréquemment porté par des montagnes (cf. Pape-Benseler, s. v., et un témoignage épigraphique nouveau, plus haut, 1885, II, p. 93), mais la montagne d'Éphèse paraît bien s’être appelée IIÎuv, sans doute à cause de la fertilité de son sol (Weber, p. 8).

tentrional de la colline d’Ayassoulouk et deux autres sépultures du môme genre qui remontent à une très haule antiquité ; puis les ruines d’une villa et d'un mausolée romain découvertes en 1884, contenant un sarcophage avec l’inscription suivante :

A'jtyj y) g opôç stïiv Eàysvfo'j rtpsaSuTopoo v.t y.Xïj.povop*wv XjGCj. Ztosiv.

Au-dessus du sarcophage, dans le segment que dessine la voûte sur la paroi du fond, on distingue des restes de peintures, deux paons, des branches de vignes et, détail bien singulier dans une peinture chrétienne, un grand œil prophylactique. La plupart des symboles ont d’ailleurs été détruits, depuis ces découvertes, par les sauvages des environs d’Ayassoulouk.

Le même fascicule du Mouusïov contient une étude de M. Carolidis sur le dialecte qu’on parle actuellement en Cappadoce et les restes de l’ancienne langue cappadocienne qui s’y sont conservés (p. 47 à 265). Tout en n’admettant pas les rapprochements très hasardés institués par M. Carolidis entre des mots cappadociens actuels et des formes sanscrites, bactriennes, slaves et germaniques, on doit reconnaître que son travail, fruit de longues recherches dans le pays même, contribuera à la connaissance d’un dialecte qui était encore à peu près ignoré des romaïstes. Il est remarquable que certains mots latins se sont conservés dans le dialecte cappadocien alors qu’ils n existent pas dans les autres dialectes grecs modernes; tels sont youpaarspe, signifiant cursator, et Tôpp.6vi, signifiant terminus agrorum. Mais M. Carolidis ne sait pas s’arrêter à temps, et n’hésite pas à rapprocher A6oïi'/.a de avus, tcu7,ou~5! de puer, etc. Ce sont là des hardiesses de linguistique où nous ne pouvons pas le suivre. En somme, il eût peutêtre été plus utile, en même temps que plus prudent, de donner un simple lexique du cappadocien actuel, en réservant les déductions étymologiques pour une préface. C’est encore le «démon de 1 étymologie » qui a rendu mauvais service à M. Carolidis, et qui nous empêche de louer sans réserves son consciencieux travail.

Le fascicule (1884-1885) contient la transcription en cursive de quatre-vingt-une inscriptions, dont quelques-unes ont déjà été communiquées par M. Fontrier au Bulletin de Correspondance Hellénique. La plupart des textes nouveaux sont des épitaphes, mais ces épitaphes elles-mêmes ne sont pas sans intérêt. Ainsi nous avons celle d’un auteur de mimes, p,£i;j.oX6yoç (n0 250), d’un philologue, (pfXoXéyoç (n° 246), d’un graveur en pierres fines, SavauXoy.oiXoyX’jçoç (n° uvs’, P- 64), d'un jardinier, xrpro opôç (n° uv0 , p.65). Une stèle tom-

CHRONIQUE D’ORIENT (1886) [6, 155j

baie de Magnésie du Sipyle (n° ux6 , p. 75) a été posée par le potier Ménophile, MvoçiXsç xspap.séç»; ne serait-ce pas un membre de la famille des coroplastes Ménophile et C1 2 3 4'0, qui ont signé tant de statuettes de Myrina? A la fin d’une épitaphe (n" 220), on trouve une formule et un mot nouveaux pour exprimer le dépôt d’une copie de l’inscription aux archives publiques (cf. notre Traité d'épigr., p. 304) :

Axôxsits §£ toutou xe âv tû àpye (ai to èvÇeivxXapetvov. Un relief représentant un cavalier surmonte la dédicace suivante (n° 205) : Aîovu<%] èvo^vj v âvéGijxa, où ivo^ paraît synonyme de debitum, obligatio, à moins qu’il ne faille attribuer à ce mot un sens inconnu des lexico¬

graphes. M. Fontrier a publié (n» üF.Y', p. 58) un distique qui est une dédicace du proconsul Antolios à l’empereur Arcadius, à l’occasion de la reconstruction d une partie des murs de Smyrne :

ApxaSiw (SootiXvjï sxwvup.ct idyr, ïtsu^sv xXsivoç oS àvQuxdtTfciv xava- oçoç ’AvtôXicç.

Cet AvtoXioç est sans doute identique à un Analolius qui fut préfet du prétoire en Ulyrie de 397 à 399, et auquel Arcadius et Honorius ont adressé des rescrits . Une base de slatue trouvée à Choulouk, le port de Mylasa (n° uv , p. 61), porte une dédicace du sénat et du peuple d’Iasos à l’empereur Julien l’Apostat, vov èx çiXoffoçîaç jWtXeôcma xai O'.xxiooôvï; ts xat Tatç âXXatç âpSTXïç xSoav â'stXyjçÔTJc tyjv ûy’ljXiw 'J'/.. IvXauo. ’louXiavov tov [a-'t'kjtov xA ÔstÔTaTov AÙTOxpctTopa [asyioTov. Hiérapolis en Phrygie a fourni la base d’une statue élevée à Tiberius Claudius Zoticus, xpwTcç c’est-à-dire sans doute chef de

la corporation, qualifié en outre d’agonothète, de greffier des temples d’Asie et de grand prêtre, par la corporation desïoulons, y) Tsp.viTaTï; ipyocaia tûv ’EptoxXüTÛv (p. 79).

Une inscription découverte près de Hadji-Lar, en Lydie (n° uxQ', p. 51), est une dédicace des habitants de Tamasis, oî èv Tapait xcïtoixot, et nous apprend le nom et l’emplacement de cette ville jusqu’à présent inconnue !. 11 y avait une localité de cenomen Inde (Ptolémée, VII, 1, 54) et une seconde dans l’île de Chypre, dont le vrai nom paraît être cependant Tamassos. Une autre inscription (n° uXg', p. 53). fixe la position de la ville lydienne de Castollos à trois heures de Koula et à six heures de Philadelphie1; trois autres (p. 76, 77, 78;

Page 1