‹ Chroniques de FranceChapitre 15 sur 40 · LE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LE LUXEMBOURG

Le Cabinet du Duc d'Orléans.

LE DUC D'ORLÉANS étendu dans un fauteuil, L'ABBÉ DE LA RIVIÈRE debout devant lui.

l'abbé de la rivière.

Le Prince, Monseigneur, se plaint avec justice; Et de ses ennemis on vous croirait complice !

LE DUC d'orléans nonchalamment.

Eh ! qu'ai-je donc tant fait pour le mettre en courroux?

l'abbé de la rivière.

Comment ! au Parlement quand il compte sur vous, Près d'entrer au Palais, Monseignem' rétrograde!

LE DUC d'oRLÉa^JS.

Ah! l'Abbé, vous savez qu'hier j'étais malade! Ma douleur m'ayant pris auprès du Parlement, Je dus au Luxemboiu'g revenir promptement.

l'aBBÉ DE la rivière.

Ce n'est là. Monseigneur, qu'une pure défaite; Votre Altesse toujours a quelque douleiu" prête Alors qu'il faut agir ; nous le savons.

LE DUC d'orléans avcc embarras.

Qui! moi?

l'aBBÉ DE la RIVIÈRE.

Daignez donc avec nous être de bonne foi !

LE DUC d'oRLÉaïNS.

Mais vous-même, à servir les intérêts d'un autre Vous êtes bien ardent !

l'abbé DE LA RIVIÈRE.

Je ne sers que le vôtre, Monseigneur ; aujourd'hui le Prince est tout-puissant, Et la Cour contre lui ne peut rien à présent ;

Il faut clone que de vous il ne puisse se plaindre ; En restant son ami vous n'avez rien à craindre.

LE DUC d'orleans Ic menaçant du doigt.

Ah! l'Abbé, vous voulez devenir cardinal !

l'abbé de la rivière avec humeur.

De mon attachement c'est me payer bien mal ! Si le Prince a voulu qu'un serviteur fidèle Lui répondît de vous ; s'il promet à mon zèle Le chapeau qu'attendait le prince de Conti, Ce traité, Monseigneur, fut par vous consenti x Vous tournez contre moi ma soumission même !

LE DUC d'oRLÉaNS.

Eh! mon Dieu, vous savez, l'Abbé, que je vous aime! Mais tenez, aujourd'hui je ne me sens pas bien ; Ainsi nous reprendrons plus tard cet entretien.

l'aBBÉ DE LA RIVIÈRE,

Cependant, Monseigneur

LE VICOMTE d'autel entrant.

Madame la Duchesse D'Aiguillon est là-bas; qu'ordonne Son Altesse?

LE duc d'oRLÉANS.

Qu'elle entre; à l'instant même il faut la recevoir :

L'Abbé, vous l'entendez ! ainsi donc au revoir !

l'abbé de la rivière s'inclinant.

Je vois que Monseigneur ici me congédie, J'obéis.

Il salue la Duchesse d'Aiguillon qui entie , et dit à part :

Que je hais cette femme hardie !

LE DUC d'orlÉans suTis Se lever.

Ah I Madame, approchez ! c'est un rare bonheur Que de vous voir ici.

LA DUCHESSE d'aIGUILLON.

Ce m'est beaucoup d'honneur.

Avez-vous le loisir de m'entendre?

LE DUC d'oRLEANS.

J'écoute.

LA DUCHESSE d'aiguillon s' avançant vers un tabouret. Votre Altesse m'ordonne apparemment?...

LE DUC d'orlÉans négligemment.

Sans doute, Vous en avez le droit.

La Duchesse s'assied.

Eh bien! que voulez-vous?

Faut-il contre un neveu servir votre courroux?

Car de son équipée on m'a dit la nouvelle, Et, d'honneur! j'en éprouve une peine cruelle. En tout, ce maria{je est fort mal assorti ; Mais qu'y faire? il faut bien en prendre son parti : Un garçon que sa tante élève en demoiselle Par un enlèvement devait finir comme elle.

LA DUCHESSE d'aIGUILLON.

A cet événement c'est prendre trop de part ; De mes propres soucis nous parlerons plus tard ; Je suis ici, Monsieur, par l'ordre de la Reine.

LE DUC d'oRLÉaîNS.

Eh bien ! que veut de moi ma sœur et souveraine?

LA DUCHESSE d'aIGUILLON.

Elle croit qu'à ses maux vous devez compatir,

Et sur monsieur le Prince on vous veut pressentir :

D'obéir sans relâche à son ordre suprême.

Le bruit en court du moins, vous vous lassez vous-même,

Et vous l'abandonnez.

LE DUC d'oRLÉaiNS.

Ce bruit est mal fondé.

Qui! moi, je trahirais mon cousin de Condé! On m'a calomnié

LA DUCHESSE d'aIGUILLOIN.

Pourquoi cette colère?

Est-il rien en ce bruit qui vous puisse déplaire? Vous êtes de l'Etat lieutenant-général, Et devez, ce nie semble, y marcher sans rival. Monsieur le Prince veut, comme il le fait paraître. Se montrer votre égal et bientôt votre maître : Pensez-vous, à ce but s'il parvient aujom'd'hui, Que son ambition vous souffre auprès de lui?... Ah! plutôt joignez-vous, Monsieur, à la Régente ; Cherchez dans cette paix, pour tous les deux urgente, Yous, un destin plus noble et plus digne de vous. Elle, un appui, du moins, et plus sûr et plus doux.

LE DUC d'oRLÉaîNS.

Sans doute; mais, au fait, que veut-on que je fasse?

LA DUCHESSE d'aIGUILLON.

Que vous vous souveniez, Monsieur, de votre place.

LE DUC d'oRLÉaNS.

Eh! Madame, en ce monde il faut suivre le flot; D'ailleurs je ne veux pas tremper dans un complot.

LA DUCHESSE d'aIGUILLON.

Quoi! pour sauver le Roi, la France tout entière?

SCÈNES DE LA FRONDE. loîJ

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