SCENE IV
V HOTEL DE CHEFREUSE.
Le Cabinet.
LE DUC DE BEAUFORT, MONTRÉSOR, LMGUES, BRISSAC, MATHA, FONTRAILLES, LE COADJU- TEUR, NOIRMOUTIERS.
I.e duc de Beaufort joue aux échecs avec Montrésor ; Laigues assis regarde la paitie. Brissac , Matha et Fontrailles vont et viennent. Le Coadjuteur est debout, aipuyé à un coin de la cheminée; Noirmoutiers, de l'autre côté, paraît l'observer.
MATHA à Brissac et à Fontrailles.
Ainsi le Mazarin est dupe de sa ruse ! De sa déconvenue, en honneur! je m'amuse ;
Voyons ce que de lui va dire à son retour Madame de Chevreuse !
BRISSAC
Elle est donc à la cour?
FOKTR AILLES.
Sans doute, il ne faut pas en perdre l'habitude.
MATHA
Le matois Cardinal doit changer d'attitude.
FONTRAILLES
Soyons juste : son plan méritait nos respects : Au Prince parvenir à nous rendre suspects, L'exciter contre nous; puis, voir en bon apôtre Les ennemis qu'il craint se détruire l'un l'autre —
MATHA
Comme alors dans sa barbe en eût ri l'imposteur !
BRISSAC
Ma foi! c'en était fait sans le Coadjuteur,
Car c'est à lui, Messieurs, que toute gloire est due.
FONTRAILLES
Vraiment, il fallait voir, sa harangue entendue, La foule en sa faveur s'indigner hautement. Et la Fronde envahir les bancs du Parlement !
Que pouvaient des témoins ramassés dans la boue, Echappés des prisons, du gibet, de la roue, Pour accuser Brousse! , ce grave sénateur,
Montrent le duc de Beaufort, Un fils de Henri-Quatre,
Montrant le Coadjuteur.
Et ce digne pasteur?
C'est du moins ce qu'il dit en séance plénière.
MATHA
Oui, le jour qu'il portait un poignard pour bréviaire.
BRissAC riant.
Grâce à moi I
MATHA à Fontrailles.
Ce procès pourtant traîne en longueurs.
FONTRAILLES
L'Eminence à sa marche apporte ces langueurs ; Mais il faut, malgré tout, que l'affaire finisse.
BRISSAC
Oui, nous ferons sous peu marcher dame justice, Sinon ! . . .
MON TRESOR jouant.
Echec au roi!...
FONTRAILLES riant.
L'à-propos n'est pas mal.
MATHA
J'aimerais mieux encor «chec au Cai^dinal !
Ils continuent à se promener en riant.
LAiGUEs au duc de Beaufort.
Le sort n'est pas ce soir propice à Votre Altesse?
LE DUC DE BEAUFORT
Monsieur de Montrésor m'a ga{pié de vitesse ; Mais dussions-nous ici rester jusqu'à demain, Je tiens bon, et je vas toujours mon grand chemin.
FONTRAILLES qui l'a entendu.
Ah ! voilà le dicton ! J'avais peine à comprendre Comment ce soir encor nous étions à l'entendre.
NOiRMOU TIERS au Coadjuleuv.
A quoi donc rêvez-vous, mon cher Coadjuteur? Votre air est aujourd'hui par trop conspirateur, Et Jean-Louis de Fiesque aurait à votre place Montré plus de gaîté, de....
LE COADJUTEUR
Noirmoutiers, de grâce.
Trêve à la raillerie, elle est hors de saison.
NOIRMOUTIERS
Vous avez de l'humeur?,..
LE COADJUTEUR
Ce n'est pas sans raison, Quand on paie à tous coups pour les fautes des autres.
NOIRMOUTIERS
Mes fautes?...
LE COADJUTEUR montrant Brissac et les autres. Ou les leurs
NOIRMOUTIERS
Tout beau! chacun les nôtres.
LE COADJUTEUR regardant Brissac.
En public, s'attaquer à des valets du Roi ! Sans respect i
BRISSAC
Sans respect est fort bon, sur ma foi, Dans sa bouche surtout.
LE COADJUTEUR
C'est le moment peut-être De parler en sujet quand on agit en maître.
BRISSAC nonchalamment.
Eh bien ! soit ; est-ce tout?. . .
LE COADJUTEUR
Non. L'autre follement Disperse à coups d'épée un pauvre enterrement.
MATHA
Le matin, au sortir d'un souper chez Prud'homme ! La chose, je le pense, est excusable en somme!
LE COADJUTEUR
Excusable?
MATHA
Le mort était un Mazarin ; Et d'ailleurs nous n'avons battu qu'un sacristain.
LE COADJUTEUR
On veut qu'à nous servir le peuple persévère, Et vous vous attaquez à tout ce qu'il révère.
FONTR AILLES bas à NoirmouUers.
D'honneur ! il croit ici parler à ses curés.
NOIRMOUTIERS
Eh! non, mais ses discours sont encore inspirés
Du sermon qu'il prêcha dans Saint-Germain d'Auxerre.
Que de beaux yeux en pleurs ! . . .
LE COADJUTEUR qiii ta entendu.
Voire langue est légère,
SCEÎNES DE lA FRONDE. 183
Noirmoutiers, et ne peut, je le vois à regret, Retenir un bon mot, ni garder un secret.
KOIUMOUTIERS.
Vous pourriez ajouter à ce portrait frivole
Que je suis moins léger de cœur que de parole.
Que mon bras, comme ici chaciui m'en est témoin,
A mes amis jamais ne faillit au besoin,
Et que, fussé-je enfin en butte à leur satire,
Je ne me puis fâcher contre ceux que j'admire.
LE coADJUTEUR en souriant.
Oui, vous avez du bon, je n'en disconviens pas; Mais n'usons point ainsi le temps en vains débats. Messieurs, nous nous trouvons dans un pas difficile^
FONTRAILLES
N'avez-vous pas pom' vous les faubourgs et la ville?
BRISSAC
Sanscompter les trois quarts au moins du Parlement.
LE COADJLTEUR.
Mieux vaudrait n'être point traduit en jugement.
INOIRMOUTIERS.
Pourquoi donc? Nous étions tous morts sans cette affaire. Notre parti vraiment ne savait plus que faire ;
Nos gens tiraient du pied déjà de tous côtés, Et nous restions en tout quatorze bien comptés.
BRISSAC
Quatorze?
NOIRMOUTIERS
Tout autant; Laigues peut vous le dire. laïques se retournant.
Quoi donc?
NOIRMOLTIERS.
Que nous restions quatorze.
Laigues se détourne avec humeur.
LE DUC DE BEAUFORT à LuigUeS.
C'est pour rire.
MATHA chantant.
C'est le régiment de Brûlons , Quatre tambours et deux dragons.
LAIGUES au duc de Beaufort qui joue.
Cette fois Votre Altesse a gagné la partie.
LE DUC DE BEAUFORT
Oh ! je suis, comme on sait, fort sur la repartie.
Je vas mon grand chemin, toujours sans barguigner,
Et c'est pourquoi toujours je finis par ga{jner. Le duc de Beaufort et Montiésor se lèvent. NOiRMOu TIERS qiU « causé bas avec le Coadjuteur. C'est à vous, Montrésor, d'occuper la sellette, On vous accuse.
LE COADJUTEUR à part.
Allons! autre coup de trompette.