‹ Chroniques de FranceChapitre 18 sur 40 · MONTRESOR · texte numérisé non relu

MONTRESOR

Assurément, et loin d'en rougir je m'en vante. Dans la ville il fallait répandre l'épouvante, Obtenir l'assemblée en corps du Parlement, Soutenir les rentiers qui criaient vainement 1 Contre un dt leurs syndics je feins une entreprise ; On crie : Au Mazarin ! la cour est compromise. Un coup de pistolet part, le peuple est sauvé.

FON TR AILLES jtJOîi-y^aw^ Matha du. coude. Le peuple 1

MONTRESOR uu Coadjutcur.

Vous m'avez toujours désapprouvé, J'ai causé cependant cet utile scandale, Et sans blesser personne encor !

N'OIRMOUTIERS.

Hors la morale !

LAIGUES

Et comment sans ce bruit ameuter les bourgeois? Ils sont à s'émouvoir bien plus lents qu'autrefois.

BRISSAC

Bientôt nous ne pourrons en tirer rien qui vaille ; Nul ne voucb'a bouger, pas même la canaille.

FONTR AILLES.

Vous verrez qu'ils sont las de s'exposer aux coups Dont le mal est pour eux et le profit pour nous !

LE coADJUTEUR à MontrésoT.

On pouvait, sans ce jeu d'assassiner un homme.

Réussir

MONTRESOR d'un toïi senlencicux.

Les anciens, dans les beaux temps de Rome ! .

LE COADJUTEUR

Eussent-ils employé ce moyen dangereux?

Il n'est pas fait pour nous, s'il était bon pour eux.

Encore que la fin parfois les justifie,

A de pareils ressorts rarement je me fie :

Souvent la comédie échoue au dénoument.

Quant à moi, je n'aurais, je le dis franchement,

Ni tenté le succès ni hasardé la faute ;

« Et si Rome demande une vertu plus haute,

» Je rends grâces aux Dieux de n'être pas Romain

» Pour conserver encor quelque chose d'humain ! »

NOIRMOUTIERS

Non, non, rendez plutôt grâce à monsieur Corneille, Qui vient là tout à point pour vous.

LE COADJUTEUR

Je vous conseille, Avant que je me sois expliqué comme il faut, De ne vous point hâter de prendre un ton si haut. En dépit du succès, votre émeute maudite Du rusé Cardinal sert la trame hypocrite : C'est au Prince, dit-il, que s'adressaient nos coups ; Si le Prince le croit, la faute en est à vous.

FO>TRAILLES

Il doit être aujourd'hui détrompé par l'enquête.

LE COADJUTEUR

Peut-être; cependant sa fierté nous tient tète, Et vainqueur ou vaincu, c'est un rude ennemi.

MOINTRÉSOR.

Pensiez-vous donc jamais nous en faire un ami?

LAiGUES d'un Ion fanfaron.

Quant à moi, j'aime mieux l'avoir pour adversaire.

BRISSAC

Au parti son secours est fort peu nécessaire.

LE DUC DE BEAUFORT

Eût-il fait mieux que moi contre la cour ?

LE COADJUTEUR respectueusement.

Oh ! non !

NOiRMou TIERS avec dédain.

Mon nom, vous dirait-il, est Louis de Bourbon, Et ce n'est point à moi d'ébranler la couronne !. . .

LE DUC DE BEAUFORT

Les partis où je suis n'ont besoin de personne; Pour la mine et le cœur je le vaux bien, je crois ; S'il est prince du sang, mon grand-père était roi i On ne voit rien en lui qui ne soit en moi-même;

Et de plus l'aime-t-on aux Halles comme on m'aime?

FONT RAILLES bus à Mathu.

On dirait que c'est là qu'il fut si bien appris.

LE coADJUTEUR gravement.

De votre appui, Monsieur, nous sentons tout le prix.

LE DUC DE BEAUFORT

Et VOUS avez raison, car moi, coûte que coûte.

Je vas mon grand chemin.

NoiRMOU TIERS avec un sérieux affecté.

Sans barguigner sans doute.

C'est là votre coutume, et nous le savons tous;

Aussi c'est là, Monsieur, ce qu'on attend de vous.

Fontrailles , Brissac et Matha rient sous cape. Le Coadjuteur fait un geste d'impatience.

LE DUC DE BEAUFORT

Vous autres, vous allez attendre la Duchesse? Donnez-lui le bonsoir.

LE COADJUTEUR

Nous perdons Votre Altesse?

LE DUC DE BEAUFORT

Je ne peux pas rester plus tard.

NOiRMOLTiERS bus à Bnssac.

Il a raison ; C'est l'heure où le reçoit la belle Montbazon.

Demain notre procès se décide, je pense?

LE DUC DE BEAUFORT

Oui, nous avons demain, dit-on, une séance; Eh bien I en Parlement nous nous verrons encor. Vous me suivez, pas vrai, monsieur de Montrésor?

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