M05 TRÉSOR
Oui, Prince.
LE DUC DE BEAUFORT
Adieu, Messieurs!
FONTRAiLLES à Laigues.
Tout va bien, et la chose Pour le gain du parti doucement se dispose — Ils continuent à causer bas.
LE COADJUTEUR TcveuT et regardant la pcndaU. Elle devrait pourtant être ici. Quel hasard A ]a cour aujoiu^d'hui peut l'arrêter si tard?
NOIRMOUTIERS
Ne le savez-vous pas? cette bonne Duchesse
SCENES DE lA FRONDE. 191
Com't après le crédit qu'elle eut dans sa jeunesse ; Mais ces jours de faveur, qu'hélas ! elle a perdus, Sont comme ses beaux joiu's, ils ne reviendront plus '
LAiGUES avec humeur.
Monsieur de Noirmoutiers, vos aigres épigramraes Devraient bien épargner vos amis et les dames.
NOIRMOUTIERS
Eh ! Laigues, calme-toi ; pourquoi ce ton amer? On dirait que c'est toi qu'on attaque, mon cher I Tu prends à la Duchesse mi intérêt extrême? Eh bien ! à son sujet, nous pensons tous de même ; Et, de ma bonne foi pour te voir convaincu. Je crois à sa jeunesse, et même à sa vertu !
LAIGLES.
Il est tel méchant mot qu'on devrait s'interdire.
MATHA lui montrant Noirmoutiers.
Comment diable veux-tu l'empêcher de médire?
NOIRMOUTIERS
Moi, médire? Ah! Messieurs, c'est me faire grand tort, Pour les dames, je suis indulgent sans effort ; M'a-t-on vu reprocher à notre amie intime
De mieux aimer toujours ce que moins elle estime? En sa fille admirant d'éblouissans appas, Lui vais-je demander l'esprit qu'elle n'a pas?
LK COADJL'TEUR.
Noirmoutiers ! . . .
NOIRMOU TIERS.
J'ai juré, tant sa beauté me touche.
De n'écouter jamais ce qui sort de sa bouche.
LAiGUES en colère.
Mesdames de Chevreuse ont droit ! . . .
LE COADJUTEUR
Paix ! les voici !
La duchesse de Chevreuse et mademoiselle de Che\Teuse entrent. LAIGUES allant à leur rencontre.
Vous voilà donc enfin?,..
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE à tOUS.
Gomment! encore ici?...
Je n'attendais pas tant de votre complaisance !
FONTRAILLES
On se plaignait déjà de votre longue absence.
NOIRMOUTIERS
L'impatience allait devenir de l'efFroi !
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Pardon, je vous ai fait attendre malgré moi ; Mais la Reine ce soir m'a long-temps retenue.
LAIGUES
La Reine !
BRISSAC
Tout de bon?
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Oui, je l'ai reconnue, J'ai presque retrouvé son ancienne bonté.
FO^JTRAILLES.
Voilà qui me paraît étrange, en vérité.
MATHA chantant entre ses dents.
Elle est revenue ,
Dame Anne , Elle est revenue î
LE coADJUTEUR à madame de Chevrcuse. Vous vous laissez ainsi prendre à quelque vétille?
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Comment ! deux fois au front elle a baisé ma fille.
LE coADJUTEUR à mademoiselle de Chevreuse. Et de cette faveur la Cour était témoin?
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE «V^C intention.
Non, nous causions alors à l'écart, assez loin.
NOIRMOL TIERS.
N'était son Cardinal, la Reine est assez bonne !
laïques avec ostentation.
Nous fûmes dévoués toujours à sa personne ! Matha et Brissac rient.
FONTRAiLLES à madame de Chcvrexise.
Que dit le Mazarin?
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Mais, d'un ton aigre-doux, A la Reine, à moi-même, il se plaignait de vous, Disant que par vos cris, votre humeur peu soumise, L'autorité royale est toujours compromise.
MATHA
Oui, l'on s'attaque au Roi dès qu'on s'attaque à lui.
LE COADJUTEUR
De ce nom, sans pudeur se faisant un appui, Aux plus vils intérêts cette ame déloyale Prostitue à tous coups l'autorité royale.
NOIRMOUTIERS
Au point qu'il s'écria, quand un piqueur brutal Encloua, l'autre jour, le Broglio, son cheval : « Messieurs, l'autorité royale est enclouée! »
BRissAC riant.
Le mot n'est pas mauvais.
MATHA de même.
La farce est bien jouée.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Convenez cependant que, grâce à sa douceur, 11 est mieiL\ votre fait que son prédécesseur?
FONTRAiLLEs jDorton^ la main à son cou. Oui, certes! j'en conviens
BRISSAC
ft^ Nul ne dit le contraire.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
A nos prétentions s'il voulait satisfaire, On pourrait s'arranger !
FONTRAILLES
Hom!..
BRlSSAC.
Mais!..
NOIRMOUTIERS
Qui sait!..
MATHA
Ma foi!.
LAIGUES
Pour ma part, s'il m'admet dans la maison du Roi!...
NOIRMOUTIERS
S'il me veut faire Duc !..
MATHA
S'il veut payer mes dettes ! . . .
FOiNTRAiLLES riant.
S'il me laisse partir le cou sauf, les mains nettes ! . . .
BRISSAC
Si Sa Grâce m'octroie un bon gouvernement, Où je m'en aille enfin dormir commodément ! . . .
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Et surtout s'il gouverne à notre fantaisie ! . . . .
LAIGUES
Parbleu ! nous laisserons crier la bourgeoisie !
BRISSAC
Messieurs du Parlement feront comme ils pourront.
FONTRAILLES
On se rira du peuple —
NOIRMOUTIERS
Et les rentiers pairoiit I . . .
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE aU Coudjuteur.
Vous seul ne dites rien ?
LE coADJUTEUR cu sounaul.
Je suis fort peu sensible Aux suppositions.
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE vivemCnt.
Quand la chose est possible?
Elle laisse tomber son manchon ; et , pendant que le Coadjutcur se baisse pour le ramasser, elle lui dit tout bas :
Attention !
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE ttU CoadjutCUr.
Pourtant, le rang de cardinal Avec l'archevêché ne vous siérait point mal?
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE ttU Coudjuleur.
Quoi! ce brillant chapeau ne vous fait nulle envie?
LE COADJUTEUR d' uH air d'itisouciance.
Jamais je ne l'ai moins souhaité de ma vie.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE-
Mais s'il vous est offert mi jour? Song^ez-y bien !
Je songe à mes amis : tout pour eux, pour moi, rien
LAiGUEs avec enthousiasme.
Je le reconnais là ! quel dévoùment unique !
FOiNTRAiLLEs le parodiant.
On se croirait aux temps de la guerre punique I
LE COADJUTEUR
Ces quolibets sont bons aux turlupins de cours. C'est assez pour ce soir de frivoles discours ! 11 faut laisser. Messieurs, reposer la Duchesse !
NOIRMOU TIERS.
Allons chercher nos hts; et, suivant sa promesse, Peut-être nous verrons arriver en dormant Mon duché !
MATHA
Mes écus !
BRISSAC
Et mon gouvernement !
Ils salueul la Duchesse et sortent tous, hors le Coadjuieur.
LE COADJUTEUR s'asscyaut.
Ça, parlons maintenant; qu'avez-vous à m'apprendrc?
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Moi?
LE COADJUTEUR
Sans doute, assez bien vous l'avez fait comprendre.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Qu'imaginez-vous donc, et qu'avez-vous compris?
LE COADJUTEUR
Du sourire des Rois je connais bien le prix : Quand on les voit, pour ceux qui méritent leur haine. Descendre tout-à-coup de leur hmneur hautaine. Ces discours si flatteurs et cet accueil si doux Nous disent assez haut qu'ils ont besoin de nous.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Poursuivez.
LE COADJUTEUR
C'est à vous d'achever de m'instruire.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Puisque VOUS savez tout, que pourrais-je vous dire?
LE COADJUTEUR
Mais que la Reine a pem", et pour son Cardinal
Voit en monsieur le Prince un trop puissant rival ; Que son faible pour l'un et sa haine pour l'autre Dans son besoin d'appui lui font chercher le nôtre ; Y suis-je?
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
A vous apprendre il ne me reste rien r Lisez donc puisqu'enfin vous devinez si bien. Elle jette un billet sur la table.
LE coADJUTEUR le prend et lit.
« Je ne puis croire, nonobstant le passé et le présent, » que monsieur le Coadjuteur ne soit à moi. Je le prie que » je le puisse voir sans que personne le sache que madame » et mademoiselle de Chevreuse : ce nom sera sa sûreté.
^ » Anne. »
la duchesse de chevreuse.
Que ferez-vous?
LE COADJUTEUR
J'irai.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
N'avez-vous point de crainte?
LE COADJUTEUR
Aucune.
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Cependant si c'était une feinte, Si la Reine cherchait à se venger de vous?
LE COADJUTEUR
Non, non, je ne suis plus l'objet de son coiuroux : Qu'est-ce donc à ses yeux qu'une guerre civile, Près des bruits que le Prince a semés par la ville? L'audace de Jarzé, qu'il approuvait tout bas, Et ses propos railleurs sur de royaux appas, D'un vif ressentiment ont attisé la flamme ; Si j'offensai la Reine, il a blessé la femme : Le plus haï des deux n'est pas moil
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Sur ce point Me voilà convaincue.
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Et je ne le suis point, Moi!
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Que voulez-vous diie ?
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
A ce plan je m'oppose !
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Et pourquoi, s'il vous plaît?
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Je vois bien qu'il s'expose, Quoi qu'il dise.
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE
Vos peurs sont de la déraison
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Que ferez-vous pourtant s'il est mis en prison? Assassiné?. . . Que sais-je ?
LE COADJUTEUR
Aimable inquiétude !
Calmez, je vous supplie, ime sollicitude Qui me rend à la fois confus et glorieux ; Je ne veux point coûter de pleurs à ces beaux yeux ; Et....
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Non, poui' me fléchir votre éloquence est vaine.
Cependant
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Je défends que vous voyiez la Reine.
LE COADJUTEUR
Souffrez.
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Vous m'offensez si vous faites ce pas.
LE COADJUTEUR
Dites-m'en la raison du moins.
MADEMOISELLE DE CHEVREUSE
Je ne veux pas !
Le Coadjuteur s'incline d'un air soiunis. LA DUCHESSE DE CHEVREUSE à SaJlUc.
Mais vous extravaguez; quel est donc ce caprice?
MADEMOISELLE DE cuEVREVSViJrappant du piccl. Non, vous aurez beau faire, il faut qu'il m'obéisse!
LA DUCHESSE DE CHEVREUSE souviant amèremcnl,