‹ Chroniques de FranceChapitre 20 sur 40 · VOUS · texte numérisé non relu

VOUS

MADEMOISELLE DE CHEVREUSE avcc empoTtemcnl . Et pourquoi non? Ne dois-je pas prévoir Un danger que pour lui personne ne veut voir, Moi, qui n'aspire point à m'en faire un mérite? Moi, qui n'ai nul souci du rang de favorite?

Moi, qui ne vois ici d'intérêts que les siens, Et de ceux d'un parti ne fis jamais les miens?...

LE coADJUTEUR à dcmi-voix.

Vous vous laissez trop loin emporter.

MADEMOISELLE DE CHEVREUSE hovs d'elle-même.

Que m'importe?

L'ambition du moins n'est pas ce qui m'emporte ! LA DUCHESSE DE CHEVREUSE uvcc indignation. Vous me manquez, je crois?... Sortez!...

MADEMOISELLE DE CHEVREUSE

Je me soumets.

Je sors. . . .

Au Coadjuteiir.

Si vous cédez, ne me voyez jamais!

Elle sort en tirant la porte avec violence. La Duchesse la suit des yeux avec émotion. Le Coadjuteur relit tranquillement le billet de la Reine.

LE COADJUTEUR « la Duchcsse.

Qu'a-t-elle dit encor?

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE sovlant de SU Tcverie. Qui?., ma fille?...

LE COADJUTEUR

La Reine !

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Je ne sais — maintenant je m'en souviens à peine

Avec amerlume.

De ma fille endurer de semblables affronts 1

LE COADJUTEUR

Bon! colère d'enfant! mais nous la calmerons; Ce n'est, vous le savez, qu'un orage qui passe. Allons! soyez vous-même, et n'allez pas, de grâce. Manquer à vos amis quand ils comptent sur vous.

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE aVCC UU SOUpïr.

Oui, vous avez raison — Où donc en étions-nous?

LE COADJUTEUR

Eh ! mais au Cardinal, à la Reine, je pense : De les avoir servis comme on te récompense, Pauvre Prince ! . . .

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Quoi donc! son sort vous fait pitié?

Je ne vous croyais pas pour lui tant d'amitié.

LE COADJUTEUR

Eh ! n'est-ce point pitié de voir cette grande ame Devenir le jouet d'un lâche, d'un infâme, D'un pantalon niitré, d'mi fourbe italien?

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE avec inquiétude. Vous le seconderez pourtant !

LE COADJUTEUR

Il le faut bien !

L'intérêt du parti, mon honneur, tout l'exige; Sans quoi, je le répète, on me verrait, vous dis-je, Servir monsieur le Prince, et non ses envieux.

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Beau dessein! Croyez-vous qu'il vous en aimât mieux?

LE COADJUTEUR

11 me connaît du moins : que m'importe sa haine? Je pourrais, après tout, la préférer sans peine A la feinte amitié de votre Cardinal : La Reine a-t-elle pu s'enministrer si mal? Quel choix ! s'aller coiffer d'un faquin de Sicile !

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Le supplanter, pour vous serait peu difficile.

LE COADJUTEUR OVeC futuité.

Vous croyez?... Je n'ai pas pourtant de tels desseins.

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Pourquoi non? Regardez long-temps ses belles mains, Poussez quelques soupirs : quoique dévote et sage.

La Reine ne hait pas, je crois, un tel hommage.

LE COADJUTEUR

Nous verrons!... Laissez-moi répondre à son billet. LA DUCHESSE DE CHEVREUSE pendant qu'il se dispose à écrire.

Ministre!... C'est pour vous l'avenir qui me plaît : Que vous ferez de bien ! . . .

LE COADJUTEUR riant.

Sans doute, c'est justice Que votre fille alors aux plus grands noms s'unisse.

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE tristement.

Ma fille?...

LE COADJUTEUR tout €.11 écrivant.

N'est-ce pas que ce projet est doux ?

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE ttVCC distractiou.

Fort doux!..

LE COADJUTEUR

Voici ma lettre :

Il lit.

M II n'y a jamais eu de moment dans ma vie où je n'aie » été également à Votre Majesté. Je serais trop heureux

» de mourir pour son service, sans songer à ma sûreté. Je » me rendrai où elle me l'ordonnera. »

Il plie les deux billets ensemble.

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Eh bien! que faites- vous?

Au vôtre vous joignez le billet de la Reine?

LE COADJUTEUR

Je le sais.

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE

Imprudent !

LE COADJUTEUR

Votre frayeur est vaine.

De ce noble abandon son cœur sera flatté, Et son orgueil du moins veille à ma sûreté.

Il continue à plier la lettre. Pendant ce temps, la Duchesse va vers la porto, l'entr'omTe et paraît prêter l'oreille.

Sous un astre nouveau notre destin s'annonce, A la Reine demain vous portez ma réponse.

Il se lève.

Je ne crois pas qu'il soit besoin de cacheter?... Eh bien! de ce côté qu'allez- vous écouter?

SCENES DE lA FRONDE. 209

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE revenant tristement. Le croiriez-vous ! déjà ma fille est endormie !

L)E COADJUTEUR

Vous y songez encor? qui, vous, ma noble amie? Quelle enfance ! chassez un inutile soin ; De repos, j'en suis sûr, vous-même avez besoin. Bonsoir !

Il lui baise la main et sort.

LA DUCHESSE DE CHEVREUSE les yeux Jlxés vers la porte

de la chambre où est sajille.

Après m'avoir profondément blessée.

Elle dort ! nul regret n'a troublé sa pensée ! . . .

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