GREGOIRE DE TOURS
S'il est une époque où la religion se montre à nous dans toute sa force et dans tout son éclat , c'est assurément celle oii elle commence à s'établir : elle est comme l'eau, d'autant plus pure qu'elle est plus près de sa source. Comment douter de sa puissance quand elle ne vaut à celui qui la professe que la persécution ou le martyre, quand elle obtient du cœur de l'homme jusqu'au sacrifice des plus douces et des plus légitimes affections?
Peu d'anecdotes de ce temps sont plus touchantes , plus poétiques même que celle des deux amans , dit M. Guizot dans sa notice sur Grégoire de Tours. La légende du pieux évéque ayant produit sur moi la même impression , j'ai essayé de la reproduire dans mes vers. Je ne rapporterai point ici le récit original, de peur de m' exposer à une comparaison qui me serait sans doute défavorable; je tirerai seulement de Grégoire de Tours quelques détails sur l'établissement du christianisme dans les Gaules , et sur la conversion de V évéque Artémius , que j'ai cru devoir intercaler dans la légende comme propre à compléter la physionomie de l'époque. Ceci toutefois n'est que pour ceux qui n'auraient pas sous la main les livres oii j'ai puisé ces renseignemens ; car aujourd'hui, grâce aux travaux d'hommes savans et éclairés , les sources de notre histoire sont à la portée de tout le monde , et personne ne se peut faire mi mérite d'une instruction qu'ils ont rendue si facile.
Dès l'année 177 des missionnaires chrétiens ayant pénétré dans les Gaules, un grand nombre d'entre eux, ainsi que beaucoup de leurs convertis , avaient subi le martyre; mais c'est seulement vers 250, sous l'empereur
Dèce, que les premières églises furent fondées. Dans ce temps, sept hommes nommés évc (pie s furent envoyés pour prêcher dans les Gaules : Gaticn à Tours ; Trophime à Arles ; Paul à Narbonne ; Saturnin à Toulouse ; Denis à Paris; Strémon '*" en Auvergne , et Martial à Limoges.
A saint Strémon avaient succédé Urhicus, Lcgonus et saint Hillide. « Saint Népotien fut le quatrième évêque d'Auvergne. Des députés de la ville de Trêves furent envoyés en Espagne. Parmi eux était un certain Arlémius, d'une sagesse et d'une beauté remarquables et brillant de jeunesse ; il fut attaqué d'une fcvre violente. Les autres , ayant continué leur route, le laissèrent malade à Clermont. A cette époque, il était fiancé à Trêves avec une jeune fille. Saint Népotien l'étayit allé voir et l'ayant oint de l'huile sainte , par la grâce de Dieu , le rendit à la vie. Artémius , ayant ouï du même saint la parole de la prédication, oubliant son épouse terrestre et ses propres biens, fut uni à la sainte Eglise , et , ayant été fait clerc , il se distingua par une si grande sainteté qu'il succéda à saint Népotien dans la direction du troupeau du Seigneur. »
* M, Trognon l'appelle Austremoine.
Les Gaules étaient à cette époque une province romaine, et, depuis la conquête, les Gaulois avaient adopté peu à peu la langue, les mœurs, les coutumes des vainqueurs. Grégoire de Tours donne au héros de sa légende le titre de sénateur ; son nom était Injuriosus ; je ri ai pas cru devoir le conserver, non plus que celui de la jeune Jille qui s'appelait Scholas tique.