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NOTICES SUR LES PERSONNAGES

Anne d'Autriche , sœur de Philippe IV, roi d'Espagne, fut mariée à Louis XIII à l'âge de quinze ans. La mésintelligence que Rictelieu avait soin d'entretenir entre elle et le Roi , la rendit fort malheureuse, et la légèreté de sa conduite dans ses jeunes années ne fournit que trop de pi-étextes aux persécutions qu'on lui suscita. Lorsque , après vingt-trois ans d'un mariage stérile, elle donna le jour à Louis XIV, et peu après à Philippe de France , père du Régent , elle crut que cet

événement lui rendrait l'amitié du Roi; mais loin de là, les dispositions de Louis XIII à son lit de mort prouvèrent qu'il avait conservé toutes ses préventions contre la Reine à laquelle il ne laissait que le titre de Régente, lui imposant comme Conseil le ministère tel que l'avait composé Richelieu. La Reine fit casser le testament par le Parlement, qui la déclara Régente absolue ; elle mit alors à la tète de son gouvernement le cardinal Mazarin. Ignorante et paresseuse, le besoin qu'Anne avait d'un ministre qui eilt la connaissance des affaires lui fit accoider un empire égal au sien même. Rientôt l'avidité du Cardinal et les imprudentes libéralités de la Reine, qui accordait sans discernement toutes les grâces qu'on lui demandait, mirent le désordre dans les finances; pour y remédier, il fallut créer de nouveaux impôts, le peuple trop chargé se souleva, et le Parlement prit parti pour lui en refusant d'enregistrer les édits. Cet état de choses donna naissance aux troubles qui agitèrent la France pendant la plus grande partie de la Régence.

Louis XIV fut dressé de si bonne heure à son rôle de Roi , qu'on doit peu s'étonner qu'il l'ait si bien joué ; les écrits du temps nous le montrent à l'iïge de sept ans, adressant ce discours aux vieux conseillers du Parlement : « Messieurs , je suis » venu ici pour vous parler de mes affaires ; mon Chancelier » vous dira ma volonté. » Madame de Motteville remarque qu'il était naturellement sérieux et ne riait point comme les autres enfans. La Reine voulait qu'il fût toujours obéi et ne souffrait pas même que Monsieur , son frère , lui résistât en aucune chose. Tant que le Roi fut enfant , Mazarin se soucia peu de capter sa bienveillance qui ne lui pouvait être bonne

à riou ; il \v négligeait mémo mi point de le laisser mantjuer d'argent, de linge, ete.; aussi inspirait-il alors au jeune Monarque une aversion qu'il avait peine à dissimuler. (Voyez les Mémoires de La Porte.)

Le Cardinal Mazarin. Rien n'est plus incertain que l'origine de Jules Mazarin (Giulio Mazarini) ; les uns le font gentilhomme, natif de l'Abruzze ; les autres lui donnent une naissance obscure et le pi'étendent originaire de Mazare , bourg de Sicile, quoique lui-même se dît Romain; ses ennemis aimaient à faire sans cesse des allusions à la bassesse de sa naissance *. D'abord militaire, puis ecclésiastique, quelques services qu'il avait rendus à la France lui valurent la faveur de Richelieu , et bientôt la pourpre et le ministère des affaires étrangères. Il parvint, à la mort du Roi, à conserver la confiance de la Reiqe qui aurait dû le haïr comme créature de Richelieu, son ennemi; il commença par montrer dans le poste de premier ministre autant d'humilité , de douceur et de modestie , que son prédécesseur avait fait paraître d'inflexibilité et d'orgueil , et fit si bien cependant « qu'il se trouva sur la tête » de tout le monde, dans le temps que le monde croyait l'avoir » encore à ses côtés. » (Retz.) Le Cardinal aimait le travail; sa politique était fine et habile. Il avait de l'esprit, de l'insinuation, de l'enjouement , des manières ; mais « le vilain cœur, dit Retz , paraissait toujours à travers, et il porta le filoutage dans le mi-

* Comme on disait au duc de Mortemart que le Cardinal était fort affligé de la mort de Piètre Mazaiin , son père : « Je le crois bien, repartit le duc, » c'est peut-être le seul homme qui pouvait mourir sans qu'il en héritât. »

nistère. •• Ennemi de la foule et du bruit, il faisait murmurer les courtisans qu'il laissait languir à sa porte sans daigner se montrer; prodigue de promesses parce qu'il se souciait peu de les tenir, il se fit bientôt un nombre infini d'ennemis. Inaccessible à tout motif d'honneur , d'affection et de reconnaissance , il avait pourtant un côté vulnérable ; les mécontens ne tardèrent pas à partager sur son compte l'opinion de son frère le cardinal de Sainte -Cécile. Mon frère, disait celui-ci, est un poltron : fati rumore, egli havra paura; et chacun fit en effet le plus de bruit possible pour faire peur au Cardinal, qui fut ainsi la cause première des troubles de l'Etat.

Monsieur, Gaston de France, frèie de LouisXIII, et nommé, par le testament de ce prince, lieutenant-général du royaume, avait partagé sous le ministère de Richelieu toutes les disgrâces de la Reine, et semblait avoir pour elle une véritable amitié. Cependant la faiblesse naturelle de son cai'actère l'entraîna dans les cabales. « Cette faiblesse , qui régnait dans son cœur » par la frayeur et dans son esprit par l'irrésolution, salit tout » le cours de sa vie. Il entrait dans toutes les affaires parce » qu'il n'avait pas la foi'ce de résister à ceux qui l'y entraînaient » pour leur propre intérêt, et il n'en sortait jamais qu'avec » honte, parce qu'il n'avait pas la force de les soutenir. » (Retz). C'est ainsi qu'il laissa périr tour à tour Chalais, l'aimable duc de Montmorency, et le jeune et malheureux Cinq-Mars, qui s'étaient compromis avec lui ; du reste ce prince avait , à l'exception du courage, tout ce qui est nécessaire à un honnête homme, des agrémens naturels, un esprit aimable et cultivé, et une grande douceur de moeurs, encore qu'il fût un peu glo-

litux de celle gloire grossière qui le rendait trop jaloux des prérogatives de son rang.

L'abbÉ de la RiviKRE (Louis Barbier), favori de Gaston, le plus méchant des hommes, dit son épitaphc, avait été d'abord professeur au collège Duplessis, puis attaché à Robert, évéque de Cahors, premier aumônier de Gaston. Il s'était acquis toute la confiance du prince , par un esprit orné , une conversation amusante et un dévouement apparent; mais il vendait son maître au ministère et n'exploitait qu'à son profit l'empire absolu qu'il avait sur lui. Déjà, à cette considération, il s'était fait donner par Mazarin une place au Conseil et promettre la nomination de la France au cardinalat. Mais le prince de Condé, qui prétendait au chapeau, pour le prince de Conti son frère, se désista difficilement de sa demande ; il exigea même pour condition de son raccommodement avec la Cour, que la Rivière s'engagerait à révéler tout ce qui viendrait à sa connaissance de relatif au prince de Condé. La Reine , le Cardinal et le duc d'Orléans lui-même accédèrent à ce singulier traité.

Ondédei (^Joseph Zongo ou Longo) était le secrétaire intime du Cardinal, et, comme on dit, son ame damnée. Il fut fait évéque de Fréjus en récompense sans doute des services qu'il avait rendus.

Le chancelier Pierre Séguier << aurait été , dit madame de Motteville , le premier homme de son siècle , si , avec sa >> science et sa grande capacité , il eût eu une ame assez éle\ ée » pour préférer la gloire à la fortune; il aimait la fax eu r, et,

» s'il l'avait moins révérée , il aurait été plus digne de la pos- » séder. » Sa conduite, lors de la journée des Barricades, prouve que son courage n'égalait pas celui du président Mole; il faillit aloi's être massacré par le peuple. Peut-être trouvera-t-on, dans ce passage d'un de ses discours, l'explication de la haine qu'on lui portait. « Il y a , » disait-il aux membres du Parlement , qui soutenaient que leur conscience ne leur permettait pas d'enregistrer un édit d'impôt ; « il y a deux » sortes de conscience ; l'une d'Etat , qu'il faut accommoder » à la nécessité des affaires , l'autre aux actions particulières. »

Le comte de Brienne (Henri-Auguste de Loménie), secrétaii'c-d'Etat , après avoir fait partie du ministère de Riclielieu , fut chargé, sous la Régence, du département des affaires étrangères. Sa capacité jointe à une inflexible droiture lui valut de la part des deux ministres plus de considération que de bienveillance; mais il préféra l'estime à la faveur et n'en parut pas moins convaincu que « nulle considération » humaine ne peut, ni ne doit dispenser un homme de bien de » mettre dans tout son jour la vérité dont il est persuadé. » La comtesse de Brienne sa femme avait également une haute réputation de vertu et de piété.

Abel Servien, marquis de Sablé , secrétaire-d'Etat. C'était à ses avis que Mazarin déférait le plus volontiers, comme celui dont le génie avait le plus de rapport avec le sien ; son esprit , selon Brienne, excellait en équivoques et en duplicités.

Le comte d'Avaux , surintendant des finances, frère du

président de Mêmes, offrait avec Ser\ ien un contraste parfait. « Il affectait une grande neltelé et é\ itait de tromper personne, '. ce (jni est d'un honnête fiomme ; tàcliant en même temps » d'être trompé le moins qu'il pouvait, ee qui est d'un homme » d'esprit. » (Brienne.)

Le Tellier (Michel), secrétaire-d'Etat ; il devint plus tard chancelier de Fiance et fut père de Louvois ; son nom est devenu fameux par la révocation de l'édit de Nantes et la magnifique oraison funèbre de Bossuet.

Lyonne (Hugues de), secrétaire de Mazarin et neveu de Servien , était d'un caractère d'esprit qui approchait fort de celui de son oncle; il faisait assidûment sa cour au Cardinal, et s'appliquait uniquement à gagner ses bonnes gTâccs.(BRiENNE.)

Duplessis-Guénégaud , secrétaire-d'Etat, ministre de la maison du Roi, était marié à Elisabetii de Choiseul, fille du maréchal de Praslin. Cette dame , dont madame de Motteville nous a laissé un portrait fort remarquable , ne trouvant pas qu'on lui accordât à la cour la considération qu'elle croyait mériter , s'en dédommageait en se faisant à elle-même et chez elle une sorte de domination. Il y avait peu de secrets dans le cabinet qui lui fussent cachés ; elle fut la première à connaître l'arrestation des princes, son mari, qui était au conseil un des témoins de cet événement, le lui ayant mandé aussitôt qu'il se fut passé.

GuiTAUT (François de), capitaine des gardes de la Reine,

qu'on appelait le vieux Guitaut, se faisait pardonner, par son dévouement éprouvé , une brusquerie dont la Reine s'amusait quelquefois.

La duchesse d'Aiguillon (Marie de Vignerot), nièce du cardinal de Richelieu, mariée à ComLalet, neveu du connétable de Luynes. Elle fut toute-puissante sous le ministère de son oncle qui la laissa, en mourant, tutrice de ses neveux. Cette dame, « qui par ses belles qualités surpassait en beau- » coup de choses les femmes ordinaires , » sut si bien défendre sa cause, qu'elle persuada à la Reine, malgré son aversion pour tout ce qui portait le nom de Richelieu, qu'il était de son intérêt de laisser dans ses mains le gouvernement du Havre où elle commandait au nom du jeune duc de Richelieu son pupille. Elle parvint même à se mettre assez avant dans la faveur de la Reine pour la recevoir l'été dans sa maison de Ruel. Elle était fort animée contre le prince de Condé, qui lui avait suscité mille tracasseries au sujet de la succession du duc de Brezé , frère de Claire Clémence de Maillé sa femme ; car Richelieu avait contraint le feu prince de Condé de conclure cette alliance de sa nièce avec un prince du sang. En favorisant le mariage du duc de Richelieu avec madame de Pons , le prince porta au plus haut degré le ressentiment de la duchesse d'Aiguillon. Ce fut elle, dit madame de Nemours, qui donna à la Reine le conseil de le faire arrêter; toujours est-il qu'elle eut une grande part à cet événement.

Mad.vme de Motteville , veuve d'un premier président à la Cour des comptes, ^éeut pendant de longues années dans l'iu-

tiniilc dv la n'ine Aime d'Auliichc, sans exercer eependaiil aucune eliargc de sa maison. Sincèrement attachée à cette princesse, elle lui dit constamment la vérité; aussi elle n'en obtint qu'une estime affectueuse et point de faveur ; la bonté de son cœur et l'impartialité de son esprit, (jui la portaient quelquefois à excuser les méeontens , sans lui faire manquer à aucun de ses devoirs, nuisirent peut-être à sa fortune. Les Mémoires qu'elle nous a laissés prouvent qu'elle avait un caractère solide et vertueux, une instruction étendue, une piété aussi éclairée que sincère , et un esprit plein de sagesse et de pénétration.

La princesse douairière de Condé , Cliarlotte-Marguerile de Montmorency , est célèbre par la passion que sa beauté avait inspirée à Henri IV, et à laquelle le prince son mari ne put la soustraire qu'en l'emmenant hors du royaume. Peu aimée de son époux , ennemie mortelle du cardinal Richelieu , qui avait fait décapiter le duc de Montmorency son frère , ces rapports de situation l'avaient rapprochée de la Reine dont elle se montra toujours la meilleure amie, l'aidant même de sa bourse dans l'occasion. Elle attachait un grand prix à la faveur de la Cour, et autant elle se sentit fière des services que le prince de Condé rendit à la Reine , autant elle éprouva de chagrin quand son autre fils le prince de Conti et la duchesse de Longueville, sa fille, prirent parti pour les Frondeurs.

Le prince de Condé (Louis II de Bourbon), auquel ses contemporains ont accorde le surnom de Grand que l'histoire lui a conservé, était le personnage le plus important de cette Cour. La bataille de Rocrov, gagnée peu de jours après la mort de

Louis XIII, l'avait placé tout jeune encore au rang des premiers capitaines de son temps, et de nouveaux exploits n'avaient fait qu'accroître sa l'enomméc. Non content d'affermir l'Etat au-dehors par ses victoires, il voulut rétablir au-dedans l'autorité royale et punir les Parisiens dévoués au Parlement et à la Fronde; dans ce dessein, la Cour quitta secrètement Paris. Le Prince mit le siège devant cette ville , força les bourgeois et le Parlement à capituler, malgré leur résistance, et ramena au Louvre en triomphe le jeune Roi , la Reine et leur ministre. Après de tels services , il n'était point de récompenses auxquelles le Prince ne se crut en droit de prétendre ; il obtint beaucoup et demanda plus encore. Mazarin embarrassé opposa à ses prétentions son système accoutumé de promesses et de déceptions ; Condé, irrité de sa mauvaise foi, et convaincu de sa faiblesse , fit bientôt peser sur lui la plus étrange tyrannie. Il sembla se faire un jeu de traverser le ministre dans tous «es desseins, s'opposa au mariage de sa nièce, prétendit à toutes les grâces pour lui-même et pour sa famille avec laquelle il s'était réconcilié : au premier refus il rompit d'une manière éclatante avec le Cardinal, et parut se joindre aux Frondeurs qui étaient accourus lui offrir leurs services. Mazarin, effrayé , cbercha à se rapprocher du Prince ; celui-ci lui accorda la paix, mais à des conditions si dures, qu'on ne lui en pouvait avoir de reconnaissance. Cette conduite lui attira en même temps la haine des Frondeurs qui se crurent joués. Le Cardinal cependant, qui craignait un nouveau rapprochement entre le Prince et la faction, trouva moyen de lui persuader, en profitant d'une émeute élevée par les Frondeurs, que ceux-ci en voulaient à ses jours. Condé, n'écoulant que son

impétuosité, tourut porter sa plainte au Parlement où il aecusa d'un complot contre lui, le duc de Beaufort , le Coadjuteur et le vieux conseiller Broussel, l'un des principaux partisans de la Fronde. Il s'aperçut bientôt qu'il s'était trop hâté; mais il n'en rejeta pas moins toutes les avances des Frondeurs qui demandaient à se justifier, et le procès continua. Coudé semblait alors accroître à plaisir le nombre de ses ennemis ; il avait choqué les prétentions de la noblesse , soit en demandant des tabourets pour des femmes de ses amies qui n'y avaient point de droits, soit en voulant renverser ceux des maisons privilégiées; son langage hautain avait plusieurs fois irrité le Parlement; le peuple ne pouvait lui pardonner l'appui qu'il avait prêté à Mazarin, et son humeur brusque et railleuse n'épargnait pas toujours ces jeunes gentilshommes que l'éclat de son rang et de sa valeur attachait à sa personne *. Enfin il n'épargna pas même la Reine, et la contraignit à recevoir de nouveau le marquis de Jarzé qu'elle avait banni de sa présence pour avoir eu la présomption de se déclarer amoureux d'elle. On a déjà vu comment la duchesse d'Aiguillon devint aussi son ennemie; c'est ainsi que le Prince avait creusé lui-même le précipice où il devait tomber.

Le prince de Coxti (Armand de Bourbon), frère du prince de Coudé, était né avec de l'esprit, de la vivacité, du courage ; la faiblesse de sa santé et un corps disgracié de la natui'e le firent destiner par son père à l'état ecclésiastique; cependant,

* On leur donnait à la C,o\n- le nom de pctits-maitres , parce qu'ils élaienl, dit madame de Moltevillc , à celui qui le paraissait être de tous les autres.

malgré la dévotion qu'il montia toute sa vie, il n'avait aucunt' vocation pour l'Eglise. Lors de la guerre de Paris, il alla se mettre à la tête des mécontens, cédant en ceci à l'influence de sa sœur la duchesse de Longueville , et au dépit que lui causaient la renommée de son frère et le mépris que celui-ci semblait faire de lui. Il s'en rapprocha cependant par la suite et se brouilla avec les Frondeurs.

Le duc de Longueville (Henri d'Orléans) était le dernier descendant de la maison de Dunois. Vieux et goutteux , il épousa la belle Geneviève de Bourbon , sœur du prince de Coudé, dont il aurait pu être le père. Il embrassa, ainsi que sa femme, le parti des Frondeurs où l'entraînaient des mécontentemens particuliers; puis, à l'époque delà paix, il s'éloigna d'eux pour se réunir au prince de Condé , ce qui fut cause que le Coadjuteur l'abandonna à son tour et lui laissa partager le sort de son beau-frère.

Le comte de Boutteville (François-Henri de Montmorency), qui fut depuis le maréchal de Luxembourg, était fils du comte de Montmorency-Boutteville décapité sous Richelieu pour s'être battu en duel. Attaché au prince de Condé par les liens de l'amitié et ceux de la parenté, il lui montra le plus grand dévouement ; il essaya , lors de son arrestation , de soulever le peuple, en lui persuadant qu'on venait d'arrêter le duc de Beaufort; il avait voulu aussi enlever les nièces du Cardinal, afin de les garder comme otages ; mais il ne réussit qu'à prouver son courage et son affection pour le Prince.

Le comte de Ta vannes (Jacques de Saulx) se montra également dévoué à Condé, et, après avoir sacrifié ses propres intérêts ;i la fidélité qu'il croyait lui devoir, il demeura, dit-il dans ses Mémoires , sans emploi du côté de la Cour et sans reconnaissance de la paît du Prince.

Le marquis de Jarzé (Louis Duplessis), « le moins sage » de tous les hommes, » dit madame de Motteville, et le plus présomptueux des /?e/<V.f-/«a/Vrej- y ses fanfaronnades lui tournaient d'ordinaire assez mal; et l'extravagance qu'il eut de se déclarer amoureux de la Reine ne lui valut qu'une réprimande publique.

Le marquis de Vigneul , qu'on appelle aussi Vincuil ou Vignole , était l'un des nombreux amans de la duchesse de Montbazon, maîtresse du duc de Beaufort.

Priolo (Benjamin) naquit à Saint-Jean-d'Angelj, d'une famille qui prétendait avoir donné des doges à Venise ; mais on lui contestait cette généalogie. Il servit tour à tour le duc de Rohan et le duc de Longueville, sans beaucoup de profit, à ce qu'il paraît, puisque un écrivain contemporain l'appelle « le plus pauvie des auteurs de son temps *. Il faisait, dit-on » aussi , valoir son la fin , menaçant les ministres d'une histoire » satirique dont il récitait des fragmens dans les compagnies. » Cependant, moyennant une pension de deux mille livres et dix mille écus pour les frais d'impiession , le satirique devint his-

* F'oyez les Mémoires de Brienne le fils, publiés par M. Barrière.

toriographc, et son travail fut publié sous ce titre : Benjamini Prioli ab exressu Lndoinci XIII de rchus gallîcis , Jibri XII.

Le duc de Beaufort (François de Vendôme) se trouvait, par César de Vendôme son père , petit-fils d'Henri IV et de Gabriclle d'Estrées. Ce prince, dans les premiers jours de la Réfrénée, se montra l'appui de la Reine; mais il ne tarda pas à se brouiller avec elle à la suite d'une querelle survenue entre les duchesses de Montbazon et de Longueville, et dans laquelle la Reine prit parti pour la dernière. Beaufort , amant de madame de Montbazon et indigné de ce qu'on l'avait exilée , cabala contre la régente avec quelques esprits mélancoliques, qui avaient la mine de songer creux, et que pour cette raison on avait surnommés les importans ; mais bientôt il fut arrêté et conduit à Vincennes. Il venait de s'évader de sa prison, quand le Coadjuteur qui , attendu sa profession, avait besoin d'un bommc qu'il put mettre devant lui , songea à se servir de ce prince. Il ne fallait au prélat «qu'un fantôme, et par bon- » heur pour lui il se trouva que ce fantôme était petit-fils » de Henri-le-Grand, qu'il parla comme on parle aux halles » (ce qui n'est pas ordinaire aux enfans de Henri-le-Grand), et » qu'il eut de giands cheveux bien longs et bien blonds. » Ces circonstances, jointes à une bravoure plus grande qu'il n'appartient à un fanfaron , rendirent le duc de Beaufort l'idole du peuple ; aussi lui donna-t-on le surnom de Roi des ha/les.

Le Coadjuteur (Paul de Gondi), plus tard cardinal de Retz, était alors archevêque de Corinthe et Coadjuteur de Paris; son oncle Jean-François de Gondi en était l'archevêque, et l'espoir

do conserver celte dignilé (hiiis sji f;iniillc a\ail fait desliner à la prêtrise lame la moins ecclésiastique de l'univers. Le jeune abbé de Gondl n'était encore connu que par des duels, ses aventures galantes , la jiart qu'il prit à deux conspirations contre Richelieu , et l'Histoire de la conjuration de Ficsque qu'il écrivit à dix-huit ans, ce qui fit dire au fameux caidinal , quand Louis XIII le destina à la Coadjutorerie de Paris, que l'auteur de ce livre était un dangereux esprit. La Reine, à son a\ énemcnt à la régence, arrive peu après, le confirma dans celte dignité, etle prélat par ce motifnc se déclara point d'abord contre le gouvernement ; cependant il avait des liaisons avec les mécontcns de la Cour, du Parlement et du clergé, que le jansénisme jetait en grande partie dans l'opposition ; ses libéralités lui avaient aussi acquis parmi le peuple une nombreuse clientelle dont il disposait à son gré , et le refus qu'on liri fit du gouvernement de Paris qu'il ambitionnait , la défiance et le dédain que la Reine montra quand il vint s'offrir à elle , lors des premiers troubles connus sous le nom des Barricades, le décidèrent facilement à se jeter dans la faction dont il fut l'ame et le chef. Il souleva le peuple , échauffa le Parlement et anima les Parisiens à se défendre contre les troupes du Roi. A la paix, il refusa d'être compris dans l'amnistie accordée aux Fronaeurs et continua à braver le ministre et à saisir toutes les occasions de relever son parti , se joignant tour à tour à tous ceux qui avaient quelque sujet de plainte; à la noblesse, lors de l'affaire des Tabourets; à Condé, quand il parut se séparer de Mazarin ; aux bourgeois, quand ils s'assemblèrent pour se faire payer des rentes de l'Hôtel-de- Ville. Ce fut encore lui qui, lorsque le Prince l'accusa en Parlement,

rassura les Frondeurs consternés et les décida à faire tète à l'orage. L'adroit discoui's qu'il prononça devant cette compagnielui ramena tous les esprits, et peu de jours après, ayant à prononcer un sermon à Saint-Germain-l'Auxerrois, il prêcha sur la Charité y le choix d'un texte semblable, alors qu'il était en butte à la haine de ses ennemis , achevant de tourner l'opinion en sa faveur, il se vit plus puissant que jamais, au point que la Reine et le ministre n'osèrent rien entreprendre contre le prince de Condé, avant de s'être assurés de l'assentiment du Coadjuteur.

Le duc de Brissac (Louis de Cossé) se trouvait parent du Coadjuteur dont il avait épousé la cousine, Marguerite de Gondi ; cette raison , jointe peut-être à quelques motifs d'ambition et à son esprit d'insouciance et de désordre, l'engagea à entrer dans la faction.

Le marquis de Noirmoutiees (Louis de La Trémouillc) avait de plus que Brissac une haine personnelle contre le prince de Condé, qui, voyant plier son régiment dans une bataille, s'en était pris à lui et l'avait publiquement insulté.

Le marquis de Laigues (Geoffroy) avait aussi reçu du Prince une offense grave , s'étant vu accuser par lui de mauvaise foi au jeu. Avant de s'être attaché au Coadjuteur, Laigues était peu connu et peu considéré. Il devint l'amant de la duchesse de Chevreuse et finit par l'épouser en secret.

Le comte de MontrÉsor (François de Bourdeilles) possédait pour ainsi dire la routine des conspirations , ayant fait

j)artic de toutes celles (jui s'étaient tramées sous Richelieu, et depuis. Retz dit de lui qu'il avait la mine de Caton , mais qu'il n'en avait pas le jeu.

Le marquis de Fontrailles (Louis d'Astarac) , bossu , spirituel, toujours prêt, comme Montrésor, à prendre part à tous les complots, bien qu'il n'eût qu'à grand'peine dérobé sa tête à la hache de Richelieu, lors de la conjuration de Cinq-Mars.

Le comte de Matha se trouvait cousin de Montrésor, étant comme lui de la maison de Bourdeilles; ce que j'ai dit du duc de Brissac pourrait en partie s'appliquer à lui : c'est le même dont il est parlé dans les Mémoires de Grammont.

La duchesse de Chevreuse (Marie de Rohan), fille du duc de Montbazon d'un premier mariage, épousa le connétable de Luynes, favori de Louis XIII , et en secondes noces Claude de Lorraine , duc de Chevreuse. Favorite d'Anne d'Autriche comme son mari l'était du Roi, elle avait eu dans sa jeunesse un grand empire sur cette princesse ; c'était pour elle qu'elle avait été persécutée, puis exilée par Richelieu ; elle s'attendait donc , quand la mort de Louis XIII qui la haïssait lui permit de rentrer en France, à recevoir de la Reine un accueil qui la dédommagerait de ses souffrances. Mais la duchesse, livrée aux intrigues galantes ou politiques, conservait à quarante-cinq ans toutes les passions de ses jeunes années , et la souveraine était devenue sérieuse et dévote. En outre, Mazarin possédait alors toute sa confiance , et madame de Chevreuse fit de vains efi'orts pour la recouvrer. Le dépit qu'elle en eut la porta à se

joindre aux Importans et au duc de Beaufort, et elle fut exilée de nouveau par la Reine , après l'avoir été pour elle. Elle revint à Paris lors du siège de cette ville par les troupes royales; elle avait déjà servi les Frondeurs dans leurs négociations avec les Espagnols, et ne pouvait manquer d'en être bien accueillie. Quand la paix, ou plutôt la trêve, fut signée entre la Cour et la Fronde , le Coadjuteur , alors épris de mademoiselle de Clievreuse , obtint qu'elle et sa mère resteraient à Paris. Madame de Chcvreuse continua donc ses relations avec les Frondeurs, sans cesser, toutefois, de se montrer à la Cour, d'où la Reine, sans doute , n'osait plus la bannir.

Mademoiselle de Chevreuse (Charlotte-Marie de Lorraine) était tout ce qu'elle pouvait être avec une mère telle que la sienne ; de la beauté , nul esprit , et le caractère le plus hardi et le plus emporté.

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