CHAPITRE LXXXVI
Ia prinse de la ville de Bohain par les François.
Par un landi vingt-huitième jour de janvier, environ trois heures après minuict, aulcuns compagnons de guerre des gçtrnisons françoises, prindrent , par faulte de guet , etentrèrent en la ville de Bohain^ que tenoieniles Bourguignons. Ilsoccirent un seul homme et constituèrent dix aultres prisonniers. Aulcuns manans et habitans se saulvèrent au chasteau , et les aultres tournèrent en fuile, qui mieux mieux. Quand les François furent au-dessus de la ville, ceulx du chasteau, au nombre de quatrevingts, sortirent sur eulx à main forte, et en tuèrent cinq ou six , et ce faisant furent navrés ; et afin qu'iceulx François ne leur donnassent Tassault et ne tinssent illec leur séjour , ils bruslèrent la pluspart de la ville; et par un contraire, les François bruslèrent l'aultre ; et tost après y survindrent les garnisons de Guise , de Saint-Quentin et de Beaurevoir , sur espérance de faire quelque emprinse ; mais ils perçurent que logis n*y povoient prendre , et que ceulx du chasteau estoient fort pourveus d'artillerie et de vivres, parquoi ils retournèrent chacun en son quartier. Tost après fut reprins le chasteau de Riacourt sur les François, mais Beaurevoir, qui tenoit, fut en danger
<48a) DE JEAN MOLINET. So.^
d'estre prinse^ car un mauvais garçon, natif de . Hainault , nommé Radelet , tenoit un jour le parti de France , et Taultre de Bourgogne ; ainsi se Iransmuoit de çà et de là pour trafiquer et achever ses trahisons iniques. Icelui tenant le parti des François, espia une journée que la garnison de Beaurevoir estoit allé courre , et avoit laissé partie d'icelle pour garder le chasteau ; et adonc se joindit avecq les Bourguignons , auxquels il fit sçavoir la disposition et estât des François , tel que dict est dessus , disant que s'ils avoient une seule once de hardiesse, ils gaigneroient Beaurevoir. Âulcuns Bourguignons aventureux, pourchassans la bonne fortune, s'accouplèrent avec ledit Radelet, qui rudement et vitement les mit dedans par aulcunes trouées, et ainsi gaignèrent la place. Geste priiise venue à la congnoissance du seigneur de Moj , la garnison de Saint-Quentin se resveilla, et celles des frontières àl'environ , se mirent sus en nombre <le trois cents chevaulx et quatre cents piétons; et se trouvèrent devant le chasteau de Beaurevoir , lequel estoit lors desgarni de vivres et de pouldre ; et à ceste cause vuidèrent Bourguignons comme ils y estoient entrés; mais Radelet fut illec rateint, tellement que les François lui deffendireut le courre, lui firent coupper la teste, et ainsi récent les gages tels que un trafîqueur, trompeur et pipeur doibt recepvoir pour son infidélité.
Aultresprinsesetreprinsespar agueis,sur ghètes,
CHBOKIQ0E5. T,XL1F, — J. MOLÎNET. //. 20
3o6 CHUONIQUES (i48î»)
embuscheSy et par muces^ furent faictes et achevées tant à Beaurevoir comme à Bohain et aultres forteresses à Tenviron , desquelles le compte fort long pourroit attédier l'audience des escoutans.