‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 99 sur 135 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

Le trcspas de très illustre dame madame Marie de Bourgogne seule fille de très preux et resplendissant prince le duc Charles de Bourgogne et espouse de Maxlmilien très YÎctorieox duc d'Austrice.

Après que madame Marie de Bourgogne héritière et unique fille de très puissant et très hault duc Charles de Bourgogne eut prinse la possession du paj'S de Hainault et faict son entrée en la ville de Mons, principale ville de la comté de Ha jnault, descendit en Valenchiennes, où elle fut honorablement reçue. A son entrée furent faictes aulcunes histoires par personnages es quarrefours des rues , sur les sept versu4i^e Maria Stella y qui grandement lui plurent. Elle fut logée à la Salle- le-Com te ; et le lendemain fit les debvoirs et serments tels que les comtes de Haynault ont accoutumé de faire à leur primitive venue. La nuict de son arrivée en Valenchiennes , qui fut le vingt-deuxième jour de novembre, pour lui donner effroi et réveiller les espris de guerre, les garnisons de Guise, Saint- Quentin etd'aultres villes de guerre, prindrent, par faultede guet, la ville du Ghasteau-en-Cambresis, et aulcuns compagnons desdites garnisons s'espandirent et boutèrent les feux autour de, Gondé, telle^ ment que madame, à son parlement, tirant illec, apperceut bien la gasture et arsure qu'ils avoient

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faicte la nuict précédente ; et dlUec se tira en Flandres; et fît une partie de son quaresme en la ville de Bruges, avec le duc d'Auslrice son mari; et pour passer temps , selon la mode des princes, seigneurs, dames et demoiselles, voulonté lui print d'aller veiller avec ses nobles gentilshommes. Lors si grande meschéance advînt tant pour elle que pour tous les pays, car elle cheut jus de sa hacquenée , qui lors deschanglée estoit ; se fut blescbée aulcunement , et tellement que, trois semaines après, elle s'accoucha malade ; puis, après avoir faict ses ordonnances et reçu les sacrements de saincte église, rendit l'ame à Dieu, en sa ville de Bruges, le vingt -septième de mars, environ deux heures à Taprèsdiner, Tan mille quatre cents qnatre-vingt-et-un;

Du trespas de ceste très haulte et très vertueuse ducesse estant en fleur de jeunesse, feut le duc son mari plus ennuyeux que jamais fut noble espoux pour la mort de sa chère espouse; car vive amour irréfragable les avoit ensemble unis en si amiable et doulce concorde, que ne sembloit possible les desjoindre sans le dard mortel de la mort. Tous les supposls de ses pays entièrement en furent désolés ; et comme la vignç bien labourée engendre le bon raisin, dont procède la délicieuse liqueur de bon vin, qui les cœurs tristes létifie convenablement, ceste très excellente et fructueuse princesse, florissanleen toutes bonnes mœurs, nous a germiné et produict et enfanté trois

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nobles cépeaux de moult haulle estime, desquels le fruict, en temps futur, donnera suavité de joie à ceulx qui sont encore à naistre. La très illustre et inclite dame avoit esleu sa sépulture en l'église Nostre-Dame de Bruges, où le corps fut honorablemenl porté, pour le lendemain, troisième jour d'apvril, célébrer ses obsèques. Eten partant de son hostel pour aller à l'église Nostre-Dame faire son enterrement , précédoîent gens restus de couleur noire en grande multitude, portans chacun un flambeau en main ; puis suivoient les quatre ordres mendians, les chanoines de l'église, messeigneurs les prélats , messeigneurs de la loi de Bruges , les gentils-hommes de la cour , chevaliers , gens du conseil, chanceliers, conséquemment roy et héraulx d'armes auprès du corps, que portoient dix nobles hommes, sur lequel corps estoit une riche pale que portoient en l'air, par les quatre bouts, quatre nobles personnages, et par dessus le chapeau du* cal de fin or ; et suivoient en habits de deuil, embrouchés de chaperons , très illustre et très resplandissant seigneur , monseigneur le duc d'Anstrice, le jeune seigneur de Gheldres^ Philippe monseigneur de Clèves, le comte Pierre de SainU Pol, l'évesque de Metz, le comte de Nassou, et le seigneur de Bièvres; et les dames qui furent auxdites obsèques : madame la princesse d'Orenga, la fille de Gheldres, la dame de Vere. Et le lendemain fut la seconde messe célébrée par l'abbé de Saint-Bertin , et la tierce par monseigneur . de Salubrie.

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