‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 107 sur 135 · CHAPITRE XCII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCII

liC trespas et obsecqoe dMllastre et resplandissant srîçnenr monsd- ^ear Pierre de Luxembourg , comte de Saint-Fol.

Le vingt-sixième jour d'octobre, monseigneur Pierre de Luxembourg , comte de Saint-Pol, de Linej, de Conversan , de Brienne, de Marie et de Soissons , trespassa de ce siècle , en la ville d*Ënghien , et délaissa deux filles , Tune , nommée Marie , laquelle fut mariée au comte de Romont, et la maisnée , nommée Françoise, à messire Philippe de Clèves. Les solemnités des obsecques dudit comte furent célébrées en l'église d'Enghien , aussi sumptueusement que jamais furent faictes pour comte de Saint-Pol ; et fat ladite église où il repose , tendue de draps noirs , ayans quatre aulnes de large , armoyés de ses armes , estoflPés de fin argent , et du collier de la thoison-d'or dont il estoit chevalier ; et estoient illecq cierges ardans du poids de livre et demie

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en nombre de six cents ^ à demi pied près l'un de Taultre.

Item^ au milieu du chœur estoit la chapelle et la bierre à quatre pans^ de onze à douze pieds de hault; au-dessus estoient cinq cents cj^ronsde une livre , et à quatre quartons les blasons du trespassé, et quatre chandeliers ayans chacun un cierge pesant dix livres.

Item dessoubs la bierre estoit une couche à creste de six à sept pieds de hault , couverte de velours noir, et une croix blanche de velours; et traînoit à tous costés quatre aulnes ; et dessus ledit drap un riche pale de velours cramoisi, à une croix blanche.

Le jeudi vingt-huitième de novembre, se partirent du chasteau d'Ënghien , en habits de dueil embrochiés , pour venir aux vigiles : Loys, monseigneur de Luxembourg, le seigneur de Fiennes, le seigneur de Renly , le seigneur de Beloire , Loys Rollin , fils du bailly de Haynault, Bauduin de Fontaines , fils du seigneur de Fontaines ; et au devant d'iceulx estoient dix-sept officiers tous vestus de cottesd'armes ; et au-dessus d'iceulx, soixante-douze, que chevaliers, qu'escuyers ou gens d'offices, tous vestus de noir et chaperons de mesme.

Et aux aelles du deuil, de cent à six vingt hommes vestus de noir et embrochiés, portans chacun un flambeau armoyé; aultres gens des villages dudit seigneur , jusques un nombre de neuf cens

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semblablement habillés , portoient chacun un flambeau.

» /i^m,Thoison-cl'Ormictsur labierre ung- très riche chapeau comtal; et pareillement ung roj d'armes portoit et mîct sur la bierre la cotte d'armes dudit seigneur ; et six aultres heraults et officiers vestas de cottes d'armes du trèspassé , portoient chacun une bannière des six conviés, dont il avoit le titre et seigneurie.

» Item Je deuil estoit aecompagnéde monseigneur révesque de Cambray , de messire Olivier de la Marche, représentant la personne du duc, dont il estoit premier maistre d'hostel , le comte de Romont , le seigneur de Ligne , le seigneur de Boussu , le seigneur de Goux , le baillj de Hajnault,le seigneur de Fontaine, Hugues de Melan, le seigneur d'Inchj et le seigneur de Coudé.

» Item , trois messes furent chantées auxdits obsecques, l'une du Saint- Esprit, par l'abbé de Cambon , l'aultre de la vierge Marie par l'abbé de MaroUes , et celle de Requiem par l'abbé de Gambray. Et quant le deuil fut disposé pour venir à la dernière messe , le seigneur de Lisuneau porta le pennon de mondict seigneur ; Robert de Melun et le seigneur de Vertain conduisirent un coursier housse et paré des armes du trèspassé ; Hugues de Mehin porta l'espée; le seigneur de Hames^ porta l'escu ; le seigneur de Fontaine porta le heaulmet timbre et armage ; le seigneur de Boussu la bannière dudit seigneur. Toutes cas choses furent

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apportées en l'église et offertes , puis mises à Fentour de la bière. Le cheval pareillement fut offert, mais ne retourna pas vers la bière , car Ton avoit faict un huis propice au chœur de ladite église par lequel il passa oultre.

Lojs monseigneur alla premier à l'offertoire , et le deuil en suivant comme dessus ; puis fut faict un notable sermon à la louange de Dieu et du bon seigneur trespassé, où futcomprinse sa généalogie; et furent distribués aux pauvres la somme de six cents francs , où furent onze mille personnes, desquelles trente-huit furent estainctes en la presse, dont la pitié fut durement anoyeuseet lamentable.

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