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CHAPITRE XCIII

La joarnëe de Boulongne et la prinse de Bislen.

BouLONGWE est un chastel assis en marescaige, à trois lieues près de la cité de Liège , sur une rivière nommée Sarre , lequel tenoit lors le parti de Guillaume de la Marche, alias La Barbe, où se tenoient de quatre-vingts à cent compagnons de guerre , pelotans le pays, et portans grand dommage aux Brabanchons,tant à l'ost d'iceulx comme à leurs voisins , car ils avoient illec amassé par capture et pillerie, huit vingt chevaux et aultres proyes et bagues assez bonnes. Quand le prince d'Orange, Philippe, monseigneur de Clèves et les

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capitaîues conducteurs des firabanchons furent advertis de leurs roberies et pillotages , ils assemblèrent leurs compagnons de cheval et de pied jusques au nombre de six à sept mille combattants, et par un lundis sixième de janvier, en Van quatrevingt-deux, ils plantèrent le siège devant ledit chasteau.

Quand les compagnons qui dedans estoient , se trouvèrent environnés de leurs ennemis , ils le firent savoir audit messire Guillaume,qui promit les secourir dans trois jours , dont ils furent moolt joyeux ; ils redoublèrent leur force et leur courage , et en devinrent haultains et fiers. Toutes fois , ce temps pendant , la place fut battue ; et au commencement d'icelle batterie , les assiégés, par dérision , touchoient de leurs manteaux la muraille touchée de leurs engins , comme si rien ne fust endommagé. Néantmoins elle abbatit d'une grosse bombarde la pluspart d'une tour. Quand viut le mercredi en suivant , le prince d'Orange et Phillipe, monseigneur, voyansque la batterie leur avoitproufité , délibérèrent et conclurent donner l'assault à la forteresse ; et firent commandement sur la hart , que cbacqn de l'ost fist provision de deux fagots , lesquels furent faicts en peu d'espace, et assemblés en nombre de dix mille,, à la vue des assiégés. Pareillement furent apportés des villages àl'environ, huis, fenestres, pelles, eschelles et tout ce que trouver se povoit pour faire ceste emprinse. Les assiégés voyants ces préparations^ et sa-

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chants que La Barbe auquel ils espéroieut avoir secours ^ ne s'en avanchoit et ne s'approchoit d'eulx, dont estoient en hasard d'estre perdus par cest assaut^ requirent de parlementer , et firent les appoinctemens qu'ils rendroient la place,par telle façon que les gens de guerre s'en iroient dénués de leurs proyes et bagues , un blanc baston en leur main , et les paysacs demoureroient prisonniers , comme ils furent.

Mais pendant le temps que ces besognes se firent, La Barbe, qui point ne dormoit, fit assiéger les Liégeois,, et fit crier sur le port, que tous ceulx qui povoient porter basions, puis l'eage de dix -huit jusques à quarante , iroient en sa compagnie pour mettre à mort tous ceux qu'ils trouveroient contraires au pays de Liège , sans espargner homme ne femme , prestre ne clerq ,, vieux ne jeune, ne personne de quelque estât ou sexe, qu'il fust, et en firent serment au perron de Liège * de ainsi le tenir.

Lors Liégeois sç, mirent en leurs diligences d'estfe en poinct , et trouver moyen et façon pour grever les Brabanchons, et les mettre à finale desconfiture; et pour les bouter au dernier supplice, firent garnir deux grands tonneaux queuvves plains de licols, et les amener avec le charroy, sur intention de les pendre; et marchèrent en bonne ordonnance , soubs la conduite dudit seigneur Guillaume , Thierry , Pouillgn , sire Gaillard et aultres, jusques au nombre de quinze à dix-sept mille combattans.

Ce mesme jour un paige se partit de la compagnie des Liégeois, et certifia à Philippe monseigneur, Testât et disposition d*iceulx, disant que grosse puissance de gens d'armes s*étoit préparée en la cité , accompagnée de trente -deux mestiers, pour desfaire et ruer jus ceux qui ledit chasteau de Boulongne avoient assiégé.

Ces nouvelles venues aux capitaines des Bral>anchons , Philippe , monseigneur , fit entrer Pierre de Gaures avecq bonne bande de combattans audit chasteau , dont les Liégeois estoieot vuidés sur les adventures qu'il pourroit survenir; et tantost après, aulcuns Liégeois ignoraos la reddition faicte, vindrent parlementer avecq Pierre de Gaures, estant illecq, cuidans parler auxdits Liégeois, en disant qu'ils soustenissent fort, et que La Barbe venoit à grande armée pour leur donner secours ; et ceulx qui dedans estoient les souffroient approcher, afin de tirer sur eux, comme ils firent. L'ost des Brabanchons bien adverti de la venue des Liégeois , proposa de soi garantir à rencontre, et de les attendre sans rendre pieds fuitifs ; et par le conseil d'Anthoine de Fontaines, bien expérimenté de la guerre , et de Montfort , qui esloit au prince d'Orenge, ils se fortifièrent de leur charroy, où ils firent entrer les vivandiers et femmes de l'os t.

Quand vint le jeudi ensuivant, environ neuf heures du matin , les batailles des Liégeois fure&t apperçues des Brabanchons, qui crièrent : alarme!

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et furent terriblement estonnés. Gendarmes mon* tërent à cheval, piétons vuidèrent de leurs tran* chis, et se mirent en notable ordonnance. Ils avoient la rivière de la Sarre entre eux et lesilits Liégeois , et estoient de deux lez fort près serrés, en nombre de huit mille combattans; ils se desvalèrent en un ravin ; et Liégeois ce voyans , pensèrent qu'ils donnoient la fuite, mais ils préparoient leur bataille pour lesrecepvoir.

Philippe monseigneur fut faict chevalier de la main du prince d'Orenge ; puis Cornille et Mi- <;hel de Berghes, bastard de Ravestain, Henri de Suaure , Hutin de Hubart , et Olivier Femelart , furent faicts chevaliers par les mains de messire Philippe de Clèves ; et le comte de Solre , Allemand, fit pour ce jour trente chevaliers de sa nation ; et furent iceulx les plus vaillans des autres, car n'y eut celui qui ne fut navré à la journée. Leur bataille fut toute en une masse ; ils affûtèrent deux gros cour taux, deux grosses serpentines, les deux sœurs de Bourbon^ et avoient quatre cents Namurois , quinze cents Allemans piétons, trois cents Malinois coleuvriniers , douze cents chevaliers, et le demourant Picars et Hannuyers, Les hacquebutiers furent ensemble, les archers en deux esles , les picquenaires entrelassés , et les hommes d'armes à la main dextre ; les piétons s'agenouillèrent trois fois en disant leur Pater noster, et proumettans jeûner au pain et à l'eau le premier vendredi ensuivant; et d'anlfre

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part les Liégeois se mirent en poincte et se disposèrent de donner dedans ; ils avoient artillerie volante , deux serpentines de cuivre et six de fer, de quoi ils tirèrent trois ou quatre coups , sans dommager les Brabanchons , auxquels ils ouidoient donner le soleil en l'œil ; mais les engiens des Brabanchons firent oinrrir la bataille des liégeois; les archierset hacquebutiers d'iceulx s'acquitèrent puissament.

La Barbe et ceux de son parti, comme messire Gaillard et aultres, donnèrent dedans vigoureusement ; et Tost des Brabanchons ne s'oublia point à faire son debvoir , car le prince d'Orenge y fat navré ; Philippe monseigneur eut son cheval tué; messire Cornille de Berghes eut ses guillardioes rompues. Chacun, d'un parti et d'aultre, s'employa tant vaillament, que vingt ansparavant n'avoit esté veu le pareil ; mais finablement , par le trait des Brabanchons^ le viste recueil d'iceulx, ensemble par les merveilleux et vigoureux courages des AUemans, qui firent le possible, et par la bonnne conduite et seure closture du charrov,

les Liégeois tournèrent en fuite, qui tindrent si peu que néant. Messire Guillaume de la Marche cuida fourrer par derrière audit charroj, mais il trouva si rude obstacle, qu'il tourna le dos avec ses fuyans ; et dura la chasse deux bonnes lieues. Sire Gaillard, capitaine des François , y demoura mort et grande partie de sa compagnie* Un chevalier clévois, nommé Vacqtendon, accom-

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pagné de trois cents chevaux, y fut occis, et toute sa bande, sans unseul eschappé; grand planté de Suisses et AUemans du parti des Liégeois furent occis par les AUemans, des Brabanchons qui guaires ne les aimoient. Le damoiseau Adolf et aultres parents de La Barbe, y demourèrent prisonniers ; Pierre Rocha , maire de Liège , qui descendit de son cheval pour ordonner ses gens, y fut prins avec plusieurs aultres qui me sont incogneus. Les Brabanchons y perdirent sept ou huit hommes seulement , et les Liégeois y demourèrent trois mille , que mors que prisonniers ; et abandonnèrent leurs engiens, Testendard du Perron , les bannières des carliers, parmenltiers et aultres. L'on disoit que La Barbe, tout confus , laissa son cheval à une censé , et retourna sans selle en la cité de Liège, où le peuple cria le meurdre sur lui, pour la perte de la bataille, mais il trouva ses excuses ; et tost après monseigneur Philippes de Clèves l'envoya deffier de feu et de sang, par Ravestain, son hérault, qui fut en très grand dangier de sa vie.

Le dix-septième jour de febvrier, an susdit, ceulx de Bislen , tenans le parti de messire Guillaume de la Marche, alias La Barbe , envoyèrent lettres vers monseigneur Philippe de Clèves comme chef de l'armée , pour eux rendre , et leur fut donné saulf-conduit, pour venir Vers lui ; mais ils changèrent propos, et fortifièrent leurs places, de grans bolu vers et aultres matériaux

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pour eux deflFcndre; et de faict boutèrent en leur ville deux cents Suisses, attendans secours de La Barbe. Et ce mesme jour , monseigneur Philippe leur fit donner Fassault en trois lieux, lequel dura heure et demie ; et il y eut plusieurs faicts d'armes achevés d'un parti et d'aultre, et plusieurs horions donnés^ plusieurs bleschés et navrés et mors, mais toutes-fois la ville prinse, pillée et bruslée, et grand nombre de prisonniers détenus; et soubdainement s'ourdit un gros alarme en l'ost des Brabanchons , car l'on maintenoit que La Barbe approchoit à grande puissance pour les ruer jus ; dont chacun se mit en son debvoir pour soi défendre et le recepvoir^ mais ce ne furent que quatre chevaliers seulement, qui venoient pour découvrir l'armée; pourquoi le grand murmure présentement s'acquoisa ; et après ceste horrible guerre et dissension , les Liégeois se pacifièrent à monseigneur le duc , par tel qu'ils lui -paieroient 'chacun an, trente-deux mille mailles de Rin , comme duc de Brabant et général adnommé du pays de Liège ; et du différent qui estoit touchant les années précédentes, l'empereur, les archevesques de Coulongnes et de Mayence en seroient arbitres; et debvoit l'une partie et l'aultre cesser la guerre, et le premier qui recommence roit il estoit tenu de payer six mille.

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