‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 110 sur 135 · CHRONIQUES (»4B · texte numérisé non relu

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Quant au premier poinct, jour fut pris pour faire le serment en l'église monseigneur Saint- Jean en Gand; et au jouppréfixj se trouvèrent illecq monseigneur le due d'Austrice , monseif:fneur le jeune duc Philippe , son »fils , madame Marguerite la daulphine , sa fille , et Fambassade de France , où ils ouïrent la messe célébrée par monseigneur l'evesque Salubrie, confesseur de mondit seigneur d' A ustrice ; après laquelle messe et comme père, maimbour, tuteur et curateur de ses en fans, fit serment solemnel de tenir la paix jusques ce qu'ils auroient eage et discrétion. Lesdits ambassadeurs furent notablement festojés des Gantbois , de monseigneur le comte de Nassou et aultres^ quileur firent plusieurs sumptueux et honnesles banquets; et les Gantbois, qui lors estoient en grande liesse , firent , comme ils avoient accoustumé annuellement , leurs monstres de leurs gendarmes, qui lors se mirent en point. Aulcun temps paravant, environ an et demi, une question s'estoit meule entre les Jacobins de Gand et ceux de ladite ville , pour ce quelesdits Jacobins avoient dit en leurs sermons qu'il y avoit plusieurs mescréans et gros chrétiens en leur viHe. Les Gantbois s'en contentèrent fort mal, et voudrent scavoir qui estoient iceux mescréans, afin d j procéder par justice; mais lesdits Jacobins ne les voulurent divulguer, ne dénommer.

Monseigneur de Tournay, leur ^diocésain , en fut adverti. Si envoj^a faire information pour co-

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gnoistre s'il y avoit aulcuns hérétiques , et furent oys plusieurs clignes de foi , et ne fut quelqu'un vaincudece crime. La matière fut envoyée à Rome, et plaidèrent ceux de la ville contre lesdits Jacobins; et ce temps pendant les Ganthois deffendirent à leurs manans et habitans^ sur grosse amende , que nul ne favorisast , n'allast ne ne vinst en l'église desdits Jacobins , qui tenoient leurs huis clos .Néanmoins ils aulmosnoient et donnèrent aur tant pour Dieu que par avant, dont grandement chacun s'esbahissoit.

En ceste façon firent Ganthois leurs monstres au caresme; etestoit leur grand doyen Jehan Van den- Bauder, aliàs Bovier Treniste , homme fort aimé du peuple, vertueux comme il sembloit, car il refusoit tous dons qui lui estoient offerts ; et faisant ceste office, exposa grandement de ses biens. Il estoit petit homme de corps, mais fort éloquent en deux ou trois langaiges, et plain de vif sens naturel. Les Jacobins dirent que quant vint la nuict de Saint-Thomas d'Acquin , ils lui prièrent qu'il lui pleut souffrir ouvrir l'église , afin que le peuple vinst acquérir les pardons le lendemain, mais ne s'y voulut consentir et le refusa ; et ce mesme jour que les Ganthois monstrèrent leurs triomphes de gendarmerie , qui estoit le jour dudit Saint-Thomas, et qui debvoient passer, comme ils firent , devant l'église dudit Saint - Thomas, ledit grand doyen estant en grand bruit avecq les aiiltres, illecq cheut en appoplesie , si que onques

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puis ne parla ; et cela dirent les Jacobins que ce fut chose miraculeuse à cause de son dit refus. Il fut enterré aux Chartreux , et Jehan Van-den- Baures^ doyen des febvres, fut esleu grand dojen. Le jeudi absolu ensuivant, le roy Edouard d'Angleterre s'en alla faire un pèlerinage, comme il avoit de coustume pour tenir les aveaux ; il fut altéré de chaleur, et se cuida rafreschir d'une^salade ; et se refroidi tellement qu'il termina le quatrième jour après Pasques. Il estoit duc d'Iorck avant sa coronation , très élégant personnage , hault et droit; il espousa une veufve nommée Elisabeth, à demi noble ^ femme d'un pension^ naire, et la prinst par concupiscence ; il en eut deux fils et deux filles. Le premier fils fut prince de Galles , nommé Edouard , l'aultre se nommoit George ; l'un avoit quatorze ans , l'aultre douze ans ; et furent fort bien instruits es arts libéraux. L'une des filles fut nommée Catherine, Tautre Elisabeth , qui depuis fut mariée au comte de Ricemont , roy Henri d'Angleterre septième de ce nom. Ledit roy Edouard régna par aulcun teoips que le roy Henri sixième de ce nom estoit prisonnier en la tour de Londres , où il fit aulcuns miracles ; et fut celui Edouard nolé , lui et son frère Richard , duc de Glocestre , d'avoir mis le roy Henri en prison, où il avoit esté l'espace de vingt ans. Inédit Edouard fut débouté de son royaulme par le comte de Wervick ; il arriva à VEcluse , et fit ses doléances au duc Charles , son

beau-frère , qui avoit espousé madame Marguerite sa sœur. Leduc Charles le recueillit et le furriit de gens et d'argent , tellement que par force d'armes et le moyen d'aulcuns ses adhérens en Angleterre^ il reconquist son royaulme en moins de onze sepmaines. Il vaincquist le comte de Wervick, en bataille^ le jour de Pasques, et le retint prisonnier , et peu de jours après lui fit trancher la teste. Son frère, le duc de Glarence, querella contre sa marastre, et fut vaincu par procès, et jugé à mourir, saulf la grâce d*icelui voy qui ne lui voulut faire aultre miséricorde, sinon de choisir telle mort qu'il lui plairoit ; et pria qu'il peut mourir en une pippe plaine de malvoisie , et ainsi en advint. Il régna puiasamment, magnifiquement et plein de grandes richesses; il descendit à Calais pour soi fourrer en France à grande armée, comme il est récité cy-dessus , puis finit ses jours comme dit est ; et recommanda ses deux enfans masles au duc de Glocestre , son frère , souverainement l'aisné, qui estoit prince^de Galles , espérant qu'il le feroit couronner^ mais il les traita l'un et l'autre assez pitoyablement , comme il apperra cyaprès.

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