CHAPITRE C
L^extinctioD des deux fils du roy Edouard d'Angleterre , el le ooaroD-
nement da rojr Richard.
Le roy Edouard d'Angleterre, quatrième de ce nom« l'ecommanda, avant son trespas, ses deux fils, Edouard et Greorgesà son frère Richard, duc de Glocestre, afin que Edouard, prince de Galles, son fils aine, eagé de quatorze ans, succédast à la cou-
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ronne, comme son vrai héritier. Sondit frère Richardy duc de Glocestre, proumit de faire son possible, et demoura régent, et print en sa tutelle les deux enfans ses nepveux. Icelui, faindant vouloir debeller et envahir les François , assembla grande pécune et suffisante armée pour ce faire, et arriva à Londres la nuict Sainct-Jehan-Baptiste ; et commença dès lors à monter en orgueil ; si devint à demi tyran . La reine d' A ngleterre cognoissant laproter vie de son courage, se tira arrière et emmena ses enfans en une place franche nommée Vastremoustre (Westminster) , afin que ledit de Glocestre ne leur fit quelque moleste. Néantmoinsceulx de Galles, les princes du sang et parenté du roy Edouard se mirent en peine de couronner le prince de Galles, et tirèrent vers Londres pour ce faire ; et ledit duc de Glocestre l'une fois se falndoit estre joyeux de ce couronnement, Taultre fois tenoit terme tout au contraire; et y mit tant d'entraves , que la chose suschey. Il trouva façon par aulcunes accusations de soi despescher du seigneur d'Escales nepveu desdits enfans , et seigneur de la Rivière , ensenable de Thomas Vayant; puis fit bouter ledit prince son nepveu en la tour de Londres. Et pour ce qu'il sembloit qu'il ne povoit faire chose de valeur^/s'il n'avoit le second fils son nepveo, eagé de douze ans, afin de anéantir la querelle , il le fit mander par l'arcevesque de Cantorbie> onde desdits enians , lequel dit à la mère vefve du roi Edouard^ que son fils Georges vint haslivement au couronnement de
Chrohiqobs. t. XLIV, — J. Molinet. //. 20
4oi CHROHIQUE» («4«5)
soti frère ; si verroit les honneurs cpii se feroient il* lecq afin de tousjours apprendre. La reine, toute apprinse des déceptions de son beau -frère, Faccordoit fort enuis ; nonobstant elle se confioit audit arcevesque.
Le second fils du roi Edouard, nommé Georges, comme dit est , fut rendu et bouté en la tour de Londres avecq son frère aisné ; le duc Richard leur fit donner estât qui fort diminua. L'aisné fils estoit simple et fort mélancolieux , cognoissant aulcunement la mauvaisetié de son oncle, et le second fils estoit fort joyeux et spirituel, appert et prompt au% danses et aux esbats, et disoit à son frère, pwtant l'ordre de la Jarretière : «Mon frère, apprenez » à danser.»Et son frère lui répondit: ce Uyauldroît » mieuxque vousetmoi apprinsions à mourir^ car n je cuide bien sçavoir que guaires de temps oe n serons au monde. » Ils furent environ cinq sep«maines prisonniers; et par le capitaine de la4our, le ducRichard lesfitoccultement mourir et estaindre.
Aulcuns disent qu'il les fit bouter en une grande huge , et enclorre illec sans boire et saos manger. Aultres disent qu'ils forent estains entre deux quieutes, coudiants en une mesme chambre. Et quant vint à l'exécution , Pierre , l'aisné fils, dormoit, et le jeune veilloit « lequel s'appercut do malice , car il commença à dire : a Ha, mon frère, » esveillez>4yous , car l'on vous vient oceir î » Pais disoit aux appariteurs, « Pourqum tueii-vous mon » frère? tuez-moi et le laissez vivre ! » Ainsi doncques
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r«n après Pautre furent exécutés et estaincts , et les corps rués en quelque lieu secrtet ; puis furent recueillis, et après la mort du roy Richard eurent royaux obsecques.
Ce mesme jour arriva en la toor de Londres, le duc de Boucquinghen , lequel fut mecreu d'avoir eslàinct et occis lesdits enfants , à cause qu'il prétendoit avoir droict à la couronne ; et le seigneur de Hastingues , grand chambellan d'Angleterre, capitaine de Calais, et nourrisseur desdits enfants, eut la teste tranchée sur un blocq, car il fut suspicionné à vouloir trahir le roy en ladite tour. Lequel roy fit mourir inhumainement le seigneur de Sainct- Bouve , auquel il fit copper les gènitoires , tirer le cœur et les entrailles^de son corps, et les fit bruisler en une payelle plaine de feu devant lui ; et il lui fut demandé s'il vouloit boire , et il répondit : « si je bois qui le recepvra !
n fit venir à la cour la fille aisnée de son frère, le roi Edouard, jeune fille et belle oultre mesure ; et fut nouvelle de la marier aii daulphin de France. Il lui promit qu'elle seroit prochaine de la reine sa femme : il l'engrossa et en eut enfant. Il fut accusé et déclaré par les portaux des églises avoir faict mourir la reine sa femme, pour ce qu'elle estoit grosse, et d'avoir desflorè la petite fille sa niepce ; et pour coulorer le meurtre de ses deux nepveux et couvrir son faict , il fit venir la mère en plein conseil d'Angleterre , laquelle cogneust que de trois enfants masles qu'elle avoit
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ens, n*y aToit que le roy Richard son vrai fils légitime du duc d'Yorck^ elles aultres estoient eafants des frères-myneurs,
A cause dudit meurtre de ses deux nepveux, et pour aultres énormes et exécrables cas, les princes et nobles d'Angleterre , souverainement ceulx de l'église , s'élevèrent contre lui et desployèrent la bannière Sainct-Ghibert, évesque ; et plusieurs barons et chevaliers qui s'esloient assemblés pour descendre en France, se mirent en payne de trouver les corps desdits en£ants,, estans procréés de sang royal. Et après qu'ils furent trouvés, furent honorablement ensepvelisen l'église des Prescheurs de Londres ; et ce faict,entrèrent au palais royal et firent prisonnier le duc Richard ; mais il parla iaot doulcement et proumit tant de beaux dons, qu'il eschappa de la main de ses ennemis. Puis aprés^ plus par force que par amour , fut par les princes de sa bande, couronné roi d'Angleterre,le jour de Saint-Michel , l'an mil quatre cents quatre- vingt et deux. Il régna en grande crudélité , expoliaot les églises.
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