‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 115 sur 135 · CHAPITRE CI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CI

La mort du xoj Richard d'Angleterre , et le couronnement de Henry,

eoffite deRichemont.

Ja-soit ce que le comte Henri de Richemoiil fût assez loingtaio de la couronne d'Angleterre par consanguinilé , nonobstant il aspiroit très fort après; et fut longtemps détenu prisonnier; puis trouva façon d'eschapper, et vint à la court du duc de Bretagne qui le soutint : pourquoi le roy Richard^ le pluscremu de tous les rois d'occident à cause de sa tyrannie , fil prendre les navires des Bretons ; mais Tappoinctement en fut à coup fait ; et le comte Henri , doubtantque Ton ne payast de lui parle tenir prisonnier , comme Ton avoit faid par avant , print la clef des champs et il se dérobay se mit en délivre , et arriva en France avecq aul* cuns anglois de sa sorte ^ où il fut receu à grande joie. Il estoit fort plaisant y élégant personnage y et un beau parement en la court de France, et se nommoil roi d'Angleterre. Et le roi Richard , pour ses desmérites, estoit de chacun hay ; et n'y avoit prince en Angleterre qui osast susciter guerre ni prendre armes contre lui , se n'estoit quVulcun estranger voulut quereller à la couronne, ou* des-* cendre en aulcun port. Et fmt5nt les nobles^ d'Angleterre bien joyeux quand le comte de» Ri-

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chemont estoit si bien aimé et entretenu eu » France , plus pour contrarier le roi Richard que ' pour le bien dudit comte*

Deux ffrands sei^^neurs tJ'An^leterre entre les aultres^ hors de la grâce du roy Richard , excitèrent le comte de Richemoot de aspirer à la couronne. L'un fut le seigneur d'Oxenfort, lequel avoit espousé la sœur du comte de W^arvict , qui fut succombé en bataille par le roy Edouard. Cestuy seigneur d^Oxenfort, estoit par le. roy prisonnier au chasteau de Hames» séant deçà la n^er auprès de la mer de Calais; et Taultre seigneur qui persuadoit ledit comle , estoit le seigneur de Standelay, le plus riche d'Angleterre, en sod pays portant couronne de plomb, ei avoit espousé la mère dudit comte de Ri^^benmnt.

Iceulx grands et puissants seigneurs , avecq grande qnantité d'aultres, firent alliance epsenlble , et lui proumirent le faire roy d'Angleterre s'il voulait descendre ea Galles avecq certaine armée, auquel pây s estoient prochains lesdits deux seigneurs. Si manda ledit seigneur de StMdelay aucapitaihe de Hames, qu'il delivrast le deî^eur d'Oxénfort illec prisonnier, afio qu'il se ^ticisf en iFrance avecq le . coiute do Richeiooat> coonmeil fit; etJors. ledit comte fit s0n ^im^s çu Frahce, où le roy, CJhaiîles lui délivra soisante mille> francs >et di^r-huit ceate eompagnons de guerre, non point de 6es.oi:Hionflaiices ^ maia gem rassemblés avec certains navires pour les mener.

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Si montèrent au port de Honfleur ; et a vok de lui luesme environ dix-huit cents compagnons qui se fourèrent avec les aultres. Leroy Richard, adverti de ces besoignes, fit préparer son armée pourobvi^ à la descente des François et du dit comte* Alor3 les grands seigneurs d'Angleterre eurent cause d^ mettre main aux armes , nèn point pour secourir un roy, mais pour estre quittes de lui, et eux venger des torfaicts qu'il leur avoit faict. Se lui tournèrent le dos, car il avoit donné sept cents livres sterlins à un riche nommé Thomas pour lever gens d'armes ; et se debvoit trouver avecs le seigneur de Herhat et aultres, pour résider à la descente; mais ils firent le contraire.

Finablement le comte de ftichemont, ensemble son armée francoise , descendit en Galles à peu de résistance ; et trouva les seigneurs du pays toul à poinct pour lui donner aide , comme promis lui avoient ; et furent tous en nombre de vingt mille testes armées* Le roy Richard se vouloit joindre avecq les seigneurs d'Angleterre , pour estre à la descente, mais ils lui mandèrent : h Ne vous bougez, » nous ferons bien.» Le roy Richard prépara ses batailles, où il y avoit avant-garde et arrière-garde j il avoit envii;>n quarante mille combattants et grande quantité d'engiens volants. Le conducteur Se Tavant^garde estoit Joan Hard, que le roy Richard avoit fait duc de Norford^ en lui donnant par confiscation les terres et sergiieories du seigneur d'Oxenfort. Un aultre seigneur de Bracqueben ,.

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capitaine de la tour de Londres, avoit pareillement charge de ladite avant-garde ; et avoient ensemble onze ou douze mille combattants* Le lieu fut prins et journée assignée es octaves de TAssomption Nostre-Dame , pour combattre puissance contre puissance. Les François pareillement firent leurs préparations en marchant contre les Angles, estans au camp à un quart de lieue.

Le roy fit tirer les engiens de son armée contre le comte de Richemont ; et adoncq les François , cognoissans par le traict du roy la situation dn lieu et les manières de la bataille , eurent ad vis, pour éviter ledit traict , d'eux assembler de coslé à la bataille dudit roy , et non pas de front.

Et par ainsi furent maistres de ladite avantgarde, qui lors fut desconfite, après plusieurs proesses d'armes achevées d'un costé et d'aultre* En ce conflit fut prins le duc de Norfordavecq son fils, et envoyé au comte de Richemont , lequel le renvoya au seigneur d'Oxenfort, qui bien tost le fit despescher. L'avant-garde du roy Richard tournée en fuite , fut recueillie par le seigneur de Standelaj, qui , atout vingt mille combattants , venoit le beau pas à l'aide du comte.

Le comte de Northombelland estoit, à l'aide du roi Richard, accompagné de dix mille hommes qui debvoient charger sur les François ; et ne fit rien ; ains s'efnfuit lui et sa compagnie, et abandonna son rm Ricbai'd ; car il.avmtentendementavec le comte de Richemont; comme avoient plusieurs aultres

qui le laissèrent an besoing. Il se porta vaillamment selon sa fortune , et avoit la couronne en chef ;

maïs quand il vit ceste desconfiture et se trouva seul sur le camp, il cuida courre après les aultres; son cheval saulta en un palud duquel ne se povoit ravoir; et lors fut approché d'un deceulxde Galles, qui d'une hallebarde l'abattit mort. Si le chargea devant lui sur son cheval, et le porta, les cheveux pendants, comme l'on porteroit un mouton; et ainsi, lui qui avoit misérablement occis plusieurs persontiÉtges, fina ses jours iniquement et ordement, en fange et en bedare ; et lui qui les Angles avoit espoliés, fut monstre au peuple tout nud et sans quelque vesture ; et sans solemnité royale fut sépulture à l'entrée d'une église d'un village,

L'arrière-gaf de^ que menoit le grand chambellan d'Angleterre , voyant le roi Richard mort , tourna en fuite ; et n'y eut en ceste bataille que quatre cents morts d'un costé et d'aultre. Le comte de Richement, voyant son ennemi suppédité, et que Dieu lui avoit donné victoire sur un mauvais tiran, print le serment d'aulcunes villes à l'environ de Londres, où il entra comme videur, et futreceu à grand triomphe ; et ains sa coronation fit partout publier que , s'il y avoit quelqu^un de la lignée du roi Edouard qui eusiist droit à la couronne, qu'il se monstrast, et il l'aideroit à le couronner; mais aine ne s'apparut ; et jaçoit ce que le duc de Glarence, frère des deux rois Richard* et Edouaifd , eust un fils bouté en cloistre dès le temp^ que son

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përe mourut en une pipe de malvoisie » toutes fois» pour les démérites de son père^ Fut déclaré inhabile à succéder à la couronne.

Le traité du mariage fut faict du comte Richemont et de Elisabeth , aisnée fille du roi Edouard^ trespassé ; par le droit de laquelle il fut honorablement couronné roi d'Angleterre, le jour Sainct- Simon et Saincl Jude , en l'an mil quatre vingt et cinq ; et le second an de son règne , eut d'icelle Elisabeth un fils nommé Artus p en commémoration et afin qu'il pust ensuivir en vertu , force et prouesse le très victorieux Artus , très renommé en Angleterre.

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