‹ Chroniques de Jean Molinet (volume 2)Chapitre 116 sur 135 · CHAPITRE Cil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Cil

La printe de Tenremonde.

J ASSOIT ce que la paix fust nouvellement publiée par les pays, entre le roi Charles de France et monseigneur le duc d' Austrice , toutes fois grands difierends et préparations de la guerre s'esmeurent es limites et paysdudit duc ; et rebellèrent contre la ducé les villains contre les nobles, les subjects contre Ipurs seigneurs, et les escoliers contre leurs maistres , trop plus en Flandres qu'aultre part ; car les Gi^i^thpis, ensemble aulcuns leurs adhérens> semir^ntep poinct contre mondit seigneur d' Austrice , li^ueî désirpit avpir son fils, monseigneur

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PhîUppe, lors estant en 6and> en sa gouverne et œaîmboumie ; et les Ganthois disoient que mondit sèigtieuT duc ne se sçavoit gouverner hii^mesme, ei; que toute U substance des^ revenues des pays estoit dissipée par les AUemans et Bourguignons esians eui sa compagnie et service y avec plusieurs ajultres allégations qu'ils ûiirent avant. Et pour rompre la foire d'Anvers, eschéante à la Saipcte- Croix :en septembre , les Flamens firent publier en p]usieirrslieux une semblable Teste, en ce ntiesme )Our, en la ville de Bruges/ faisans prJDhibition et deffense à ceulx de leur obéissance que nuls marchands n'allassent audit Anvers, pour vendre ne pour acheter, ains vinssent en ladite ville de Bruges, et aliénassent leurs marchandises, et illecq ven*dissent et achetassent, comme ils feroient dans ladite ville d'Anvers. Nonobstant ces publications, la feste d'Anvers se tint , non pas en telle prospérité comme elle souloit, et celle de Bruges ne fut guëres grand chose* Les marchands estrangers , sentans eeste division , essaiërent à venir en Anvers ; et par ainsi se mirent, en poincte les Brabanchons contre les Flamens* Et pour ce que mieux vault àia fois conquerre par subtilité qu'il ne fait par puissance , afin d'éviter effusion de sang humain , les Brabanchons s'appenrërent de faire une em-» prinse sur la ville de Tenremonde ^ laquelle pour^ rcHtporier grand dommage aux fronjtiàres voisines. Dont advint que , par le pourchas de maistre Jehan Boulu , son frère, ei aultres leurs adhéreos^

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lors estans en la ville, bons pour le duc d'Austrice, Ton fit préparer trois chariots chargés de r^igieux et religieuses, marchans et aultres, tous arasés à la couverte, entremeslés cy un, cy Taultre, ccmime la mode est en Brabant; et ce fut faict pour abuser les portiers , afin qu'ils pensassent qu'ils fassent paysans fuittis avec leurs bagues , pour esire illecqà sauveté. Iceulx se partirent de la ville de Malines, environ quatre heures du matin , et arrivèrent à la porte de Tenremonde environ onze heures du jour au mois de décembre. Ils avoîent mis en front devant, une abesse tenant un petit chien et aulcunes religieuses de mesmé ; et iceulx personnages, venus devant ladite porte, parlementèrent aux portiers, afin de les empescher j usques ils fussent descendus; et soiïbdainement ^ parle moyen d'aulcuns instruments propices à ce faire, se mirent au-dessus de ladite porte.

En ce temps pendant, monseigneur le duc , accompagné de huits cents chevaliers suivans les charriots, entra en la ville; et quant vint au passage d'un pont, ceux de la ville ^ qui déjà estoient advertis de ceste emprinse, se préparèrent à leurs defienses pour résister ; mais finablement ils cîessèrent l'œuvre de faict ; et toutesfois le frère du comte de Hornes y demoura mort sur la chaussée, avec petit nombre d'un parti et d'aultre.

Ce mesme jour , à l'après disner , Copevcde s'estoit parti de Gand avec une grosse bande de Flameus^. pour soi fourrer en garnison en ladite

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ville de Tenremonde , ajant délilDéré de la dilapider et en faire un village, mais Dieu-et fortune en disposèrent aultrement.

En ce temps , le comte de Romont, capitaine des Flamens ^ amena environ de quinze à seize mille hommes à Fentour de Gasbecq et sur les frontières de firabant , et jusques aux barrières de Bruxelles du quartier vers Nostre-Dame de Grâce ; lesquels firent grand dommage en plusieurs villages non accoustumés d'estre persécutés de guerre ; car ils couppèrent arbres^ pillèrent et brûlèrent sur les champs l'espace de quinze jours ; puis la cacqsangue se bouta en leur ost ; se furent plusieurs ramenés en Flandres mors et malades par charées.

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